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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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Fin 1995- Début 1996 – L'Écho du Zinc Besançon s'enracine en sortant 5 fois avant les fêtes. Ce qui fait du numéro choc de janvier 1996 la 13e parution Marseille compris.

L'apparition de ce folliculaire teigneux et ingérable émeut les politiques de tout poil car 1995 c'est l'année de l'élection de Chirac en mai, des municipales en juin et de cantonales à l'horizon, pour ne pas parler des Législatives.

En ce sens, l'EDZ tombe mal pour les petits malins car il se couvre de pub et fait un tabac comme "épisodique à tendance bimestrielle" et "journal qui n'abuse pas modérément mais donne la parole aux citoyens...

Ceux que ça peut intéresser devront se rendre à la bibliothèque de conservation rue de la bibliothèque à Besançon où tous les numéros sont consultables. Toujours est-il que l'Écho, qui tient son siège au Petit Bar, rue Chifflet, prend de l'importance et s'étoffe se faisant le porte-voix d'une belle bande de trublions. À commencer par le Dr Lebolabeau, alias Christian Max, le fondateur de "Croa", un brulot anticlérical, anticapitaliste et écologiste qu fait perdre son calme au vénéré socialiste et historien Pinard, spécimen de la gauche bienpensante catholique dans la place.

 

Dans la catégorie ´politiquement incorrect’, Martial Côte-Colisson, commercial au Télécom, membre des amis de Couleur 3, le France Culture de la tv romande, outre que militant régionaliste et fédéraliste, entame les certitudes des jacobins du Petit Bar et de la fac, qui nous en font le reproche.

Autre caillou dans les sabots dominants, les papiers de Valentin Chateaufarine et de deux de ses étudiants, futurs artistes contemporains et performeurs qui s'attaquent à la politique urbanistique de la Mairie et des Collectivités.

Pis ! le patron de Bistropolitan/L'EDZ donne la parole à un des plus extrêmes exemplaire d'anarchiste opérant en ville comme marchand de biens : l'étonnant et détonant Jean-Claude Joyeux, candidat déclaré aux futures cantonales sur la liste du proto-écologiste Nachin. C'est titré ; "Je ne suis pas le mercenaire d'un parti, moi !"

De son côté Morisi et ses hétéroymes, plus Samir, Berth et Manu, les dessinateurs, n'y vont pas de mainmorte. Hara Kiri/Charlie dans les marches de l'Est ça fait grincer des dents.

D'autant que la rédaction s'étoffe et que de futurs journalistes professionnels, porteurs de projets et artistes émergents s'y collent grâce aux annonces payantes que Morisi et deux copains collectent dans la Boucle et en périphérie.

Pour les historiens de la ville qui utiliseront ces textes plus tard, la liste des annonceurs dans le numéro de janvier 1996 est la suivante. Que ceux que ça barbe saute le paragraphe.

Ont participé au numéro de janvier 1996 – Quarts de la page n°2 – Le Queen une discothèque, le Web Café, l'hôtel des Cigales à Marseille et la Double Page. Pastilles à 15 francs hors-taxes. Unique Coiffure, Le Petit Dépanneur, Distrimat, Le Arcades, au 19e siècle, L'Embuscade, Le Cargo, Au Disque Bleu. La Fringale, l'Indian Café, Electric Auto Mécanique, Le Café, le Calypso, le Pare Choc, le Marulaz, le Café du Théâtre, le Black Hawks, l'Underground Café, les Copains d'abord, le Glouton, le Petit Velle (un huitième de page).

Mais pas seulement : les 1/6e de page centrale quadri ont trouvé preneurs. La Taverne de Maître Kanter, le Petit Bar, le Zipo, la bière Gangloff, Le restaurant-brasserie Le Clemenceau et l'Auberge du Printemps rue des Cras.

Page 10 pour les brèves "Vu du Zinc", on a le Jurassien, le Bar de l'U, le Républik, le Cercle Suisse, la pizzeria le Vicanino, le Groony's, la Brasserie Universelle, la Boit à Sandwichs, la Cave du Globe, le Yam's, le Cousty, le Pt'it Vat et l'Annexe des Aviateurs, outre la discothèque du centre ville Le Sypssi Club.

Pages suivantes un échange d'annonce avec Radio 2000. Trois 1/8e de page avec le Freeky's, le Barfly, le t-6 et le Comptoir, dit le restaurant des artistes à Valentin.

Bouquet final en bas de la page 14 réservée à "Berth planche", notre infernal dessinateur, la Tratt, Art Déco, la Brasserie Granvelle, le Grill du Trappeur, le Brussel's, le Temps des Copains et le Gibus Bar. Pour conclure avec une pastille des Plaisirs Solitaires, le marchand de bd de la rue Claude-Pouillet... Bientôt viendraient les pages de promo de l'Opéra Théâtre, de Lionel Patrick as mal de monde…

Que cela indisposât les mercenaires de la politique et les bénéficiaires du système, je m'en serais douté mais que les bienpensants de la gauche me reprochent de vivre grâce à la pub, alors là non ! Pouille aux petits profs rancis, gauchistes de confort et futurs bobos et aux donneurs de leçons n'ayant jamais rien entrepris.

Cela étant, la bave du crapaud glisse sur les ailes de la noire colombe et nos articles, nos enquêtes, nos insolences, notre passion pour les artistes - qu'ils soient peintres ou rockers - et pour ceux qui se battaient pour remportent le premier set.

Bien entendu, cela signifiait 18 heures de travail par jour, car au fond de l'Écho il y avait un homme fe 45 ans qui s'agitait dans une turne de 8 mètres carrés à l'arrière du Petit Vat, où avait habité celui que Schnaeb, notre chroniqueur AOC, avait appelé "Le Chat Puant", une crapule qui escaladait les façades pour violer les femmes seules et qui laissait derrière lui l'odeur dans laquelle Morisi baigna pendant neuf mois.

Mais l'essentiel de l'EDZ en janvier 1996 n'est pas olfactif, il est cybernétique. Car c'est du Web Café du 3 rue Jean-Petit qu'allait partir le scandale de la mise en ligne publique des confidences mises à l'index du Dr Gubler, le médecin de feu Tonton Mitterrand. Vous l’allez voir : l'EDZ en tête de gondole, ça fera grincer des dents..,

(A Suivre

24 janvier 1996 – "Et Besançon devient le centre du monde" grâce à Pascal Barbraud, créateur du m 5e web café de l'Hexagone, et au ´Grand Secret’ du Dr Claude Gubler sur la tromperie Mitterrand...

Ce jour glacial de la fin janvier 1995, après que Juppé a déclenché une vague de manifestations sans précédent, je sors de l'arrière-cour du P'tit Vat où je dors trois heures par nuit pour cause de mise en page, de corrections, de PAO des pubs, de manque de mémoire de mon Mac… Et je bois un café avec J.-F., le prince des barmen da la ville, l'homme qui sait tout et transmets à bon escient. Puis je rejoins ma ZX bleu métalisée d'occase et je vais chercher Serge, mon commercial à queue de cheval. On court partout, on fait signer, on essaie de faire payer, on promet, on part et on revient.

De retour au Black Hawks ou chez Jean Paul au Yam's, ou au Petit Bar près de la fac, on me souffle à l'oreille que Barbraud, le créateur du Web Café, va mettre en ligne le livre bombe des confidences du médecin du Mitterrand, un ouvrage frappé d'interdiction qui fait scandale. Pas de chance, suite à un accord rédactionnel avec l'Opéra théâtre de Didier Brunel, j'interviewe Jean-Michel Ribes autour de ses ‘Brèves de comptoir’ au programme le lendemain.

Un lendemain qui restera historique, comme vous allez vous en rendre compte ci-dessous en prenant connaissance du texte intégral du papier de tête paru dans l'EDZ de février 1996. À vous d’en juger.

in “L’Echo du Zinc ” n° 13

Janvier 1996 ) « Et Besac devint le centre du monde !

Tout se joua un mercredi gris de l’hiver 1996. Un mercredi 24 janvier, pour être précis. En se levant aux aurores, pas plus Raymond, le chauffeur de bus que Ciccio, le patron du Café ; Robert le bourgmestre que les sans-abris de la rue Battant ne se doutaient que leur bonne ville allait devenir pour vingt-quatre heures le centre du monde. Deux jours plus tard, c’est Pascal le Cybernaute qui morphlait. Tant pis pour ceux, dont nous ferions partie, qui le voyait citoyen d’honneur de la Ville de Besançon...

“Pour un grand secret, ce fut un drôle de grand secret. Pour un grand silence, ce fut un drôle de grand silence. À croire qu’en cette fin de siècle les mots ne signifient plus ce qu’ils désignaient il y a quelque temps encore. Pis, qu’un sorcier sournois s’est mis à retourner les mots contre eux mêmes, à multiplier les courts circuits sémantiques, et à tisser une inextricable toile d’araignée entre les mots et les choses.

C’est justement de toile d’araignée, de Web, qu’il s’est agi ce matin-là à zéro heure. Pascal Barbraud, le créateur du cinquième cybercafé de France, 3, rue Jean-Petit, celui à qui l’EdZ doit d’avoir été le cinquième journal de France disponible sur Internet (après le “Monde Diplo”, les “DNA”, “Hara-Kiri” et “Elle”) venait de mettre à exécution une idée désarmante de limpidité : donner à lire sur son serveur un bouquin qui a fait scandale au point d’être interdit à la vente : “Le Grand Secret” du Dr Gubler, le médecin personnel de sa défunte majesté Mitterrand 1er.

Jusque là, pas de quoi casser deux pattes à un canard, fut-il un quotidien beauceron, comtois ou poitevin.

Déjà la veille, averti de l’initiative de Pascal Barbraud par des voies occultes, un des convives de Dechavanne avait déclaré à ses interlocuteurs ulcérés que ce n’était pas la peine de s’affoler sur les fondements moraux du bouquin du Dr Gubler, puisqu’il “serait demain sur Internet” !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Pascal et son équipe téléphonent un peu partout, se procurent un scanner et, en deux heures, livrent le bouquin par qui le scandale est arrivé à la voracité des Net-surfers et autres accros du maillage informatique tous azimuts. Comme par hasard, TF-1 et “L’Est” rappliquent à toute vitesse. Une dépêche AFP ne tarde pas à révéler la terrifiante nouvelle : le ´Grand Secret’ du Président et de son médecin court follement autour de la planète !

Mercredi matin, quand Pascal et Marie, sa compagne, arrivent rue Jean-Petit, c’est la panique ! Caméras, micros et calepins se bousculent et le téléphone prend feu ! Ca déboule à pied, par câble, à cheval et par fax ! Ils sont tous là, ceux qui la veillent confondaient Besançon et Briançon, Besac et Cognac : “Envoyé Spécial”, RMC, RTL, Europe 1 & 2, L’Associated Press, Reuters, Le “Times”, Les agences Sypa et Gamma, “Le Point”, Radio France Besançon, Radio Canada, LCI, France 2 et 3, la RAI, Radio Bip, “le Nouveau Quotidien de Lausanne”, “France Soir”, Radio 2.000, “Le Figaro”, “Le Monde”, “Libération” et, tenez-vous bien : Le “New Herald Tribune”, le “Washington Post”, le “Wall Street Journal” et CNN !

Quelque peu éberlué par l’ampleur des réactions, Pascal tourne comme une toupie entre les envoyés spéciaux, les interviewers, les micros et les caméras. Le répondeur qui répète obstinément le code du Cybercafé n’en peut plus. Le fax crache des mètres et des mètres de message. La mail-box fume. 200 connections à la seconde en simultané pendant près de vingt-quatre heures : du jamais vu ! Dur, dur pour celui qui s’est battu sans compter pour imposer son Cyber-Café au public de Besançon, aux étudiants du CLA, à la direction du Plazza, au Pop Hall et un peu partout. Inlassablement, les yeux sortant de la tête mais l’élocution précise et la passion inextinguible, Pascal psalmodie les grands versets de la Bible Internet : maillage de tous à tous, liberté d’expression sans limite, protection de la liberté d’opinion vers et contre les États, inertie et stupidité des institutions en place...

Seulement voilà, les fouille-bouse de l’Internationale quotidienne ne se contentent pas de généralités. La première question des journalistes, c’est immanquablement : “Vous n’avez pas peur des conséquences ?” ; “Avez-vous reçu un coup de fil du procureur ?”. Et même, de la part du correspondant de la CNN, au téléphone : “Est-il vrai que la police est chez vous et que votre Cybercafé est fermé ?”

Ce à quoi Pascal, qui a pris soin, à ses dires, de s’entourer d’un pool d’avocats, répond, l’écume aux lèvres : “Mais en quoi cela vous regarde-t-il ? Ce sont mes problèmes, pas les vôtres ! Vous n’allez quand même pas me faire la morale ! Parlez-moi plutôt de liberté d’expression, vous êtes journalistes, non ?”

Irritation qui amène Barbraud à crier aux oreilles de son interlocutrice du “Figaro” : “Écoutez, je commence à en avoir assez de votre mauvaise foi. Cette fois, c’est moi qui m’autocensure et qui pars : Ciao !”

Les heures passent. Les journalistes sont toujours aussi nombreux dans la Cybercrêperie. Marie va et vient, livide, elle sert, sourit, débarrasse, se faufile, répond au téléphone, tâche de faire payer les consommations, ce qui ne se passe pas si facilement que ça avec une certaine presse. Un seul d’entre eux, venu de Suisse, aura l’intelligence de resituer l’événement dans son cadre. Rebondissant sur le nom de Proudhon prononcé par Pascal, ce collègue nous questionne sur Fourier, Ledoux, Lip et Considérant. Un coup de tonnerre cybernétique dans une ville utopiste et novatrice, bonne limonade de l’autre côté du Jura !

Du côté de France 3, on s’en tape. Un seul souci : occuper les lieux au cas où la maréchaussée surgirait pour enchrister le trublion du Net. Alors Pascal saute dans sa voiture et file au CLA en quête d’un compresseur.

Côté réseau, c’est la folie. Tout l’Est de la France a sauté et les techniciens parisiens des Télécom tournent comme des toupies pour trouver une solution au gigantesque embouteillage télématique.

Dans la soirée ça se calme (un peu). Pascal fait chercher Le Monde du lendemain à la gare.

La nuit tombe et les usagers ordinaires du Cyber de la rue Jean-Petit se confrefichent du "Wallpaper" qui a fait le tour du monde : l’image d’un Mitterrand à la bouche scotchée d’une double barre noire ; ils vaquent à leurs propres secrets. Quant aux millions de Netsurfers, ils tâchent de télécharger quelques pages du brûlot. Un brûlot que personne n’a encore eu l’heur de lire en entier.

La suite, tout le monde la connaît. L’AFP, relayée par “l’Est Républicain” (qui la veille placardait le visage de Barbraud à la une) apprend au public que le cyber-scancaleux aurait eu maille à partir avec la justice commerciale à Versailles, Corbeil et Dole. Et “France-Soir” de titrer : “La Gubler Connection”. Quelques heures plus tard, le bruit court que le rebelle cybernétique a été arrêté pour une histoire d’abandon du domicile conjugal. La justice et la bonne penserie se rejoignent en un unanime soulagement : celui par qui le scandale est arrivé va payer. à se demander pourquoi il a fallu cette affaire pour qu’on retrouve un homme qui se démenait si ouvertement. À se demander si l’État ne se mobilise pas de manière sélective...

La conclusion ? Elle est paradoxale et triste. Tout le monde a oublié que Pascal Barbraud — passion, naïveté et folie — a rendu Besançon célèbre dans le monde entier. Car cette affaire de “Grand Silence” fera date. Comme dans le cas de la “bioéthique”, nous entrons dans un débat du IIIe millénaire. Comment juger un délit qui n’a jamais existé auparavant ? Saurait-on concevoir un crime qui n’aurait jamais été commis ? Et de fait, aucune juridiction ne peut s’appliquer contre Barbraud, puisque son acte ne s’inscrit dans aucune territorialité, dans aucune jurisprudence. Quant à l’accusation concernant le viol des droits de l’éditeur et de l’auteur, elle tient mal la route. L’imputé a seulement "scannerisé" les pages du livre. Ce sont ceux qui l’ont dupliqué, téléchargé et imprimé chez eux qui ont commis le délit ! Beau foutoir. Un coup de génie et ce coup de génie, quoi qu’on en pense, a vu le jour dans la patrie de toutes les utopies, notre chère Besançon.

Quand on pense que les collectivités dépensent des fortunes pour faire connaître leurs villes et régions, souvent en pure perte, on sourit.

Et si l’on faisait Pascal Barbraud citoyen d’honneur de la Ville de Besançon, histoire de taquiner les pisse-froid et les frileux ? - Signé Mario Morisi ..."

Pas mal vu, non ? Sauf que la presse officielle et ceux qui la contrôlent, n'ayant comme souvent rien vu venir...

(A Suire)

1996 – "L'Écho du Zinc" dérange de plus en plus à Besançon. Considéré dans un premier temps comme une météorite appelée à se dissoudre "le journal qui abuse modérément" a tout ce qu'il faut pour agacer et inquiéter les importants en place, les élites aux manettes, les cadors de la culture et les ambitieux en politique.

Cocktail d'articles "peuple" en guise de rubriques "people", de reportages dans les bars, de portraits de citoyens pas comme les autres, l'EDZ s'en prend aux médias en place, le quotidien régional en tête. Dans le sillage de l'affaire Barbraud-Gubler, Houdemont s'affole...

L'intro à cet épisode est toute trouvée. Au mois de juin précédent, les principaux candidats à la municipale donnait un show à la parisienne à l'Opéra Théâtre. Voilà ce que le rédac chef en dit pour l'introduire :

« Et une tranche de démocratie spectacle, une ! »

« Samedi 19 heures. Opéra-théâtre. Ils sont cinq à faire face au public. Guy Reboux pour la Gauche Critique ; André Nachin pour “Besançon Demain”, Gilbert Carrez pour le P.C., Michel Jacquemin pour la Majorité Présidentielle. Et Robert Schwint, le maire sortant, pour les Socialistes. Autrement dit cinq des six candidats qui brigueront la mairie aux élections municipales des 11 et 18 juin, le représentant du Front National s’étant désisté. »

Et voici comme il ponctue son reportage :

« Après trois heures de débat suivi par près de six cents personnes, les fans de Jacquemin attendent leur héros dans le hall et l’on se tape fort dans le dos. Un peu plus de pudeur chez les socialistes. Parmi les gens qui dévalent les escaliers et qui descendent du poulailler, une dizaine de Blacks et une poignée de Beurs. La bonne bourgeoisie bisontine vient de se donner en spectacle. Grâce à L’Est, on se l’est joué “Marche du Siècle” ou “Heure de Vérité”. —Pendant ce temps là, tapie dans l’ombre, la grosse nationale attend son heure. »

Celui qui écrit ces mots 26 ans plus tard comprend mieux le ressentiment envers les gars de L'Écho. Installés dans le landerneau local et régional, les édiles et ceux qui veulent prendre leur place avaient leurs entrées à l'Est, au Pays, au Progrès, à Radio France et à France 3, toutes gens respectables et compréhensifs rétribuées et ´under control’. Et là soudain, une feuille de type "Le Père Duchesne" ou "L'Accusateur public" doublée d'un esprit à la Charliei Hebdo ou à la Karl Zéro en fait un "Farkir" sur le mode "contre-culturel" et "ananar".

Ceux qui se plaignent de l'équipe de l'Écho n'ont pas tous les torts. Nous donnons la parole à tout un spectre de la société privée de "la" parole :?"Croa", un feuille anticléricale, s'exprime par la plume du Dr Lebolabeau. L'ancien député Joseph Pinard en écume de rage. Martial Côte- Colisson décline le crédo d’Allenbach, un futur candidat fédéraliste aux législatives et aux présidentielles.Le Morisi 96 et ses potes n'ont peur de rien, ils interviewent le Dr Courtaud, un ancien médecin de la coloniale spécialiste de la médecine du sport, par ailleurs proche du FN qui nous a attaqué pour ne donner la parole qu'à la gauche et aux gauchistes. À ceux de nos amis qui sont offusqués, je réponds que tout le monde peut s'exprimer dans nos colonnes si c'est nous qui posons les questions et qui tirons les conséquences.

Ca pétarade au PS, au RPR, chez les démocathos, un peu partout.

Dans les mois qui suivront, après avoir vu les grévistes punaiser à la Viotte l'édito "Messieurs, ne désespérez pas la vie en cours", nous donnerons la parole à Charles Piaget, la légende des années Lip. Aux antifascistes de la CNT. Au doyen lorsqu'il prendra d'assaut l'ancien commissariat de Goudimel. Nous mettrons en lumière les fanzines et les radios de terrain. Radio Bip, Radio Sud.

Dans le domaine de la culture, les dossiers "Ca glisse au pays des spectacles" font du bruit. De l'Opéra-théâtre de Didier Brunel, de Lionel Patrick Production, du Los Production de François Pinard, du CDN Nouveau Théâre et des Scènes nationales de Planoise, qui va tirer son épingle du jeu et pour qui roule Ferréil, l’adjoint à la Culture ?

Les pages "zik en bar" sont archi pleines. Hors structures officielles et tournées, la scène musicale bisontine est florissante. Une vingtaine de lieux, plus de trente concerts par semaine dans les bars. Ah ils peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli, les partis dits de gouvernement : passez vous un film des années 50/70, regardez l'importance des bistrots dans la circulation des idées. Mais qu'on t-il fait des zincs et de la république des comptoirs ?

Il y a ceux qui nous en veulent pour d'autres raisons. Financer un journal par la pub serait caca, on serait dépendants de nos annonceurs, forcés de parler bien d'eux.

Archi faux, comment la cinquantaine d'annonceurs indépendants pourraient peser sur notre rédaction mobile, polymorphe, diverse, masculine-féminine, bénévole ou pigée pour des sommes symboliques ?

La guerre démarre le lendemain de l'affaire du Web Café. Désireux de relancer le scandale, l'Est titre sur le matériel de Barbraud qu'il aurait déménagé à la cloche de bois. Fake idiote et précipitée. La rédaction de l'Est (dit répugnant en 68/74) ayantnpris pour argent comptant l’indiscrétion téléphonique d'un indicateur. Pas de pot, il s’était agi d’une saisie d'huissier.

Dans son numéro suivant : dont la première page est intitulée "Le Zinc Républicain" et habillée visuellement comme l'Est, Morisi imite "Jalons" et imagine que la ville est passé sous contrôle RN et que - naturellement - le journal collabore...

Plus fort encore, l'EDZ surprend certains envoyés de l’Est en train de roupiller pendant une conférence de presse. Fait un reportage qui démontre que la régie publicitaire de ´Besançon Votre Villé est la même que celui de l'Est. Et que l'on se partage des pubs sur la surveillance et le maintien de l'ordre sécuritaire. Pis ! Une personne informée des faits nous rencarde sur le scandale Chantelat-Cuynet- Pétrement…

De sorte que le directeur général du journal - dont le siège se trouvait à Houdemont - pique une colère noire et ordonne que tout soit fait pour faire taire ces anarchistes. Où impriment-ils d'abord ? Qu'on leur coupe le sifflet, qu'on leur interdise l'accès aux rotatives.

Averti, car l'Écho du Zinc avait beaucoup d'yeux et beaucoup d'oreilles, je fais parvenir ma réponse dans nos colonnes. Nous imprimons en Espagne, les gars : vous pouvez aller vous faire bénir...

Le lectorat des bars et des lieux de culture ? Les gens ? Les artistes, les étudiants, les patrons de bar, les syndicalistes et les pochetrons ?

Ravis d'avoir de la lecture gratuite à l'heure des croissants ou de l'apéro. C’est qu’ils n'y allaient pas de mainmorte, les gars du Zinc, ça changeait des faux jetons et des pisse-froid.

(A Suivre)

Premier semestre 1996, le Petit Bar de la rue Chifflet est de facto le siège de l'Écho du Zinc, le brulot citoyen qui tarabuste les importants et illustre la vie des Bisontins de la vraie vie : chauffeur de la CTB, médecin corse candidat au doctorat à 85 ans, candidats imprévus aux cantonales, piliers de bar historiques et inventeurs de toutes sortes de diableries.

Le Petit Bar… Les bistrots de quartiers, les commandos du rade ou "quatre garçons dans le vin" : Mrs les petits chefs de l'économie, de la politique et de la morale : qu'avez-vous fait de ces agoras de quartiers où l'on pouvait rire et débattre sans vous et contre vous ?

Une des spécialités de l'EDZ depuis sa création à Marseille en novembre 1993 c’était justement le "running reportage" de bar en bar, ce qu'on appelait les Raids de l'EDZ ou les commandos du rade. L'idée était simple. Se donner rendez-vous à l'heure du café calva (c'était encore une habitude, les clients du Café Flore en bas de la Viotte pourraient en témoigner...). Étudier un parcours en boucle et raconter les bistrots à l'heure du café-journal, dans la matinée, à l'apéro du midi ainsi de suite jusqu'à la fermeture. Un moyen de témoigner d'un temps présent qui allait devenir temps jadis, des témoignages sur le vif, des gueules d’atmosphère…

Parmi tous ces bars que nous connaissions à la première personne ou par le bouche à oreille, certains étaient des "temples". Le Bar de l'U, le café du Théâtre, les rades de la rue Gama, l'Étoile, le Commerce, la Brasserie Universelle, le 19e et plus récemment le Carpe Diem place Jean-Gigoux ou le Marulaz, place Marulaz, de l'autre côté du Doubs.

Cela dit le cœur de l'EDZ se trouvait entre les deux entrées de la fac de Lettres, le 18 rue Chffilet et en face du bar de l'U, à l'endroit où se trouvait l'hôtel Parisiana. À cet endroit, en face de la pizzeria-trattoria Le Sirocco, frémissait un caboulot à deux entrées et deux salles tenu par Pascal Bôle-Besançon et sa famille.

Rien de transcendantal a priori sauf que ce n'est pas Pascal, ancien serveur au Théâtre, qui donnait le ton mais toute sa tribu. Son père, un monsieur de peu de mots au grand sourire, son épouse, dite l'Adjudant, qui, lorsqu'elle ne s'occupait pas des enfants confiés à ses soins, avait l'œil sur ses deux garçons, sa fille… et un bébé à venir.

Le Petit Bar, c'était une famille à rallonge avec des papys, des tontons, des cousins et des amis originaires d'un peu partout.

Le matin tôt, le père Bôle accueillait les lève-tôt. Dans la matinée c'était le moment des interclasses et du bachotage. À l'apéro et au déjeuner (cuisine grand-mère excellente et modique), celui du doyen Massonie, de son bras droit Condé et de ce que leurs ennemis appelaient sa ´garde prétorienné, parmi lesquels le colossal Jacques D. ancien lieutenant colonel, émoulu du Polytechnk de Zurich, notable franc-maçon au grand cœur.

Mais pas seulement...

Au Petit Bar se donnaient rendez-vous du matin au soir, Christian Max, l'anti-agenouilliste, le papa de "Croa" qui obtint du tribunal administratif qu'on ôte la croix de pierre anachronique qui dominait une cour de la mairie utilisée comme bureau de vote, Françous L., historien chercheur et indicateur de bibligraphies. Cavatz, un doctorant qui dessinait pour l'Écho comme Christophe Bertin, dit Berth, qui serait sommité du dessin d'humour dans ce pays.

On y croisait le grand homme de théâtre de la Vieille Monnaie et ses invités ou les naïfs qu'il emberlificotait. Jean-Claude Joyeux, l'empêcheur de faire tourner en rond les élections. Louis U, philosophe et passionné d'art contemporain, Mario L. et Manu C. les duettistes d'Anatole, les organisateurs du festival de Blues de la Pesse.

Des profs, des étudiants, des intellectuels (Mohamed M, le frère d'un galeriste algérois), les gens du CLA dont Jean Perrin un sociologue à l'ironie dévastatrice. Des ravis sympathiques (le verre de vin coûtait trois sous) mais également des gens de la vie vraie, planton à la Préfecture, antifranquiste membre de l'association Don Quichotte, chauffeur de la CTB, le vendeur de cadres et de toiles du coin de la rue, le conservateur de la Bibliothèque, ad libitum...

Le Petit Bar était le veai siège de l'Écho, l'endroit où tout se tramait, où l'on venait ébruiter une rumeur, où certains proposaient leurs articles ou leurs dessins. C'est du Petit Bar que partaient les expéditions pour l'Espagne car – squeezé par l'Est qui nous refusait l'accès à ses imprimeries – Morisi et ses amis faisait l'aller-retour Besançon-Gérone en Catalogne pour imprimer ce que le maire avait qualifié de torchon. 1600 km aller-retour avec une nuit passée près du ´Pon de Padra ´, une ville pittoresque et vivante qu'on n'avait guère le temps d'apprécier.

C'est au Petit Bar que nous déballions une partie des 3000 exemplaires et c'était une fête. On se l'arrachait. D'autant que le bruit ne cessait de courir que l'Écho était mort, qu'il était menacé, qu'il avait du mal à se financer.

1996, ce fut l'année de la mort de Mitterrand, de François Chaumette, de Marguerite Duras ; celle d'une série de catastrophes aériennes mais surtout l'année de la vache folle venue de Grande-Bretagne sous le nom de Kreutzfeld-Jacob qui frappa les bouchers-charcultiers et les Grill au buffet avec la peur que nous avions tous du prion et la hantise de devenir une bout de viande tremblotant pour abus de steak tartare et de carpaccio de bœuf.

Il en aurait fallu plus pour incapaciter les filles et les gars de l'Écho et leurs amis. Que de rigolades sur les banquettes craquelées de chez Pascal. Les brèves de comptoir improvisées, les canulars, les idées folles et la résistance à toutes les conneries...

Mais bientôt, au CLA d'été, le Morisi de l'EDZ, après avoir passé une semaine avec sa fille à l'hôtel Ibis de Marseille-Bonneveine, allait faire une de ces grandes rencontres qui vous change la vie et il ne s'agit pas là d'une simple formule...

(À suivre)



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