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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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Fin 1995- Début 1996 – L'Écho du Zinc Besançon s'enracine en sortant 5 fois avant les fêtes. Ce qui fait du numéro choc de janvier 1996 la 13e parution Marseille compris.

L'apparition de ce folliculaire teigneux et ingérable émeut les politiques de tout poil car 1995 c'est l'année de l'élection de Chirac en mai, des municipales en juin et de cantonales à l'horizon, pour ne pas parler des Législatives.

En ce sens, l'EDZ tombe mal pour les petits malins car il se couvre de pub et fait un tabac comme "épisodique à tendance bimestrielle" et "journal qui n'abuse pas modérément mais donne la parole aux citoyens...

Ceux que ça peut intéresser devront se rendre à la bibliothèque de conservation rue de la bibliothèque à Besançon où tous les numéros sont consultables. Toujours est-il que l'Écho, qui tient son siège au Petit Bar, rue Chifflet, prend de l'importance et s'étoffe se faisant le porte-voix d'une belle bande de trublions. À commencer par le Dr Lebolabeau, alias Christian Max, le fondateur de "Croa", un brulot anticlérical, anticapitaliste et écologiste qu fait perdre son calme au vénéré socialiste et historien Pinard, spécimen de la gauche bienpensante catholique dans la place.

 

Dans la catégorie ´politiquement incorrect’, Martial Côte-Colisson, commercial au Télécom, membre des amis de Couleur 3, le France Culture de la tv romande, outre que militant régionaliste et fédéraliste, entame les certitudes des jacobins du Petit Bar et de la fac, qui nous en font le reproche.

Autre caillou dans les sabots dominants, les papiers de Valentin Chateaufarine et de deux de ses étudiants, futurs artistes contemporains et performeurs qui s'attaquent à la politique urbanistique de la Mairie et des Collectivités.

Pis ! le patron de Bistropolitan/L'EDZ donne la parole à un des plus extrêmes exemplaire d'anarchiste opérant en ville comme marchand de biens : l'étonnant et détonant Jean-Claude Joyeux, candidat déclaré aux futures cantonales sur la liste du proto-écologiste Nachin. C'est titré ; "Je ne suis pas le mercenaire d'un parti, moi !"

De son côté Morisi et ses hétéroymes, plus Samir, Berth et Manu, les dessinateurs, n'y vont pas de mainmorte. Hara Kiri/Charlie dans les marches de l'Est ça fait grincer des dents.

D'autant que la rédaction s'étoffe et que de futurs journalistes professionnels, porteurs de projets et artistes émergents s'y collent grâce aux annonces payantes que Morisi et deux copains collectent dans la Boucle et en périphérie.

Pour les historiens de la ville qui utiliseront ces textes plus tard, la liste des annonceurs dans le numéro de janvier 1996 est la suivante. Que ceux que ça barbe saute le paragraphe.

Ont participé au numéro de janvier 1996 – Quarts de la page n°2 – Le Queen une discothèque, le Web Café, l'hôtel des Cigales à Marseille et la Double Page. Pastilles à 15 francs hors-taxes. Unique Coiffure, Le Petit Dépanneur, Distrimat, Le Arcades, au 19e siècle, L'Embuscade, Le Cargo, Au Disque Bleu. La Fringale, l'Indian Café, Electric Auto Mécanique, Le Café, le Calypso, le Pare Choc, le Marulaz, le Café du Théâtre, le Black Hawks, l'Underground Café, les Copains d'abord, le Glouton, le Petit Velle (un huitième de page).

Mais pas seulement : les 1/6e de page centrale quadri ont trouvé preneurs. La Taverne de Maître Kanter, le Petit Bar, le Zipo, la bière Gangloff, Le restaurant-brasserie Le Clemenceau et l'Auberge du Printemps rue des Cras.

Page 10 pour les brèves "Vu du Zinc", on a le Jurassien, le Bar de l'U, le Républik, le Cercle Suisse, la pizzeria le Vicanino, le Groony's, la Brasserie Universelle, la Boit à Sandwichs, la Cave du Globe, le Yam's, le Cousty, le Pt'it Vat et l'Annexe des Aviateurs, outre la discothèque du centre ville Le Sypssi Club.

Pages suivantes un échange d'annonce avec Radio 2000. Trois 1/8e de page avec le Freeky's, le Barfly, le t-6 et le Comptoir, dit le restaurant des artistes à Valentin.

Bouquet final en bas de la page 14 réservée à "Berth planche", notre infernal dessinateur, la Tratt, Art Déco, la Brasserie Granvelle, le Grill du Trappeur, le Brussel's, le Temps des Copains et le Gibus Bar. Pour conclure avec une pastille des Plaisirs Solitaires, le marchand de bd de la rue Claude-Pouillet... Bientôt viendraient les pages de promo de l'Opéra Théâtre, de Lionel Patrick as mal de monde…

Que cela indisposât les mercenaires de la politique et les bénéficiaires du système, je m'en serais douté mais que les bienpensants de la gauche me reprochent de vivre grâce à la pub, alors là non ! Pouille aux petits profs rancis, gauchistes de confort et futurs bobos et aux donneurs de leçons n'ayant jamais rien entrepris.

Cela étant, la bave du crapaud glisse sur les ailes de la noire colombe et nos articles, nos enquêtes, nos insolences, notre passion pour les artistes - qu'ils soient peintres ou rockers - et pour ceux qui se battaient pour remportent le premier set.

Bien entendu, cela signifiait 18 heures de travail par jour, car au fond de l'Écho il y avait un homme fe 45 ans qui s'agitait dans une turne de 8 mètres carrés à l'arrière du Petit Vat, où avait habité celui que Schnaeb, notre chroniqueur AOC, avait appelé "Le Chat Puant", une crapule qui escaladait les façades pour violer les femmes seules et qui laissait derrière lui l'odeur dans laquelle Morisi baigna pendant neuf mois.

Mais l'essentiel de l'EDZ en janvier 1996 n'est pas olfactif, il est cybernétique. Car c'est du Web Café du 3 rue Jean-Petit qu'allait partir le scandale de la mise en ligne publique des confidences mises à l'index du Dr Gubler, le médecin de feu Tonton Mitterrand. Vous l’allez voir : l'EDZ en tête de gondole, ça fera grincer des dents..,

(A Suivre

24 janvier 1996 – "Et Besançon devient le centre du monde" grâce à Pascal Barbraud, créateur du m 5e web café de l'Hexagone, et au ´Grand Secret’ du Dr Claude Gubler sur la tromperie Mitterrand...

Ce jour glacial de la fin janvier 1995, après que Juppé a déclenché une vague de manifestations sans précédent, je sors de l'arrière-cour du P'tit Vat où je dors trois heures par nuit pour cause de mise en page, de corrections, de PAO des pubs, de manque de mémoire de mon Mac… Et je bois un café avec J.-F., le prince des barmen da la ville, l'homme qui sait tout et transmets à bon escient. Puis je rejoins ma ZX bleu métalisée d'occase et je vais chercher Serge, mon commercial à queue de cheval. On court partout, on fait signer, on essaie de faire payer, on promet, on part et on revient.

De retour au Black Hawks ou chez Jean Paul au Yam's, ou au Petit Bar près de la fac, on me souffle à l'oreille que Barbraud, le créateur du Web Café, va mettre en ligne le livre bombe des confidences du médecin du Mitterrand, un ouvrage frappé d'interdiction qui fait scandale. Pas de chance, suite à un accord rédactionnel avec l'Opéra théâtre de Didier Brunel, j'interviewe Jean-Michel Ribes autour de ses ‘Brèves de comptoir’ au programme le lendemain.

Un lendemain qui restera historique, comme vous allez vous en rendre compte ci-dessous en prenant connaissance du texte intégral du papier de tête paru dans l'EDZ de février 1996. À vous d’en juger.

in “L’Echo du Zinc ” n° 13

Janvier 1996 ) « Et Besac devint le centre du monde !

Tout se joua un mercredi gris de l’hiver 1996. Un mercredi 24 janvier, pour être précis. En se levant aux aurores, pas plus Raymond, le chauffeur de bus que Ciccio, le patron du Café ; Robert le bourgmestre que les sans-abris de la rue Battant ne se doutaient que leur bonne ville allait devenir pour vingt-quatre heures le centre du monde. Deux jours plus tard, c’est Pascal le Cybernaute qui morphlait. Tant pis pour ceux, dont nous ferions partie, qui le voyait citoyen d’honneur de la Ville de Besançon...

“Pour un grand secret, ce fut un drôle de grand secret. Pour un grand silence, ce fut un drôle de grand silence. À croire qu’en cette fin de siècle les mots ne signifient plus ce qu’ils désignaient il y a quelque temps encore. Pis, qu’un sorcier sournois s’est mis à retourner les mots contre eux mêmes, à multiplier les courts circuits sémantiques, et à tisser une inextricable toile d’araignée entre les mots et les choses.

C’est justement de toile d’araignée, de Web, qu’il s’est agi ce matin-là à zéro heure. Pascal Barbraud, le créateur du cinquième cybercafé de France, 3, rue Jean-Petit, celui à qui l’EdZ doit d’avoir été le cinquième journal de France disponible sur Internet (après le “Monde Diplo”, les “DNA”, “Hara-Kiri” et “Elle”) venait de mettre à exécution une idée désarmante de limpidité : donner à lire sur son serveur un bouquin qui a fait scandale au point d’être interdit à la vente : “Le Grand Secret” du Dr Gubler, le médecin personnel de sa défunte majesté Mitterrand 1er.

Jusque là, pas de quoi casser deux pattes à un canard, fut-il un quotidien beauceron, comtois ou poitevin.

Déjà la veille, averti de l’initiative de Pascal Barbraud par des voies occultes, un des convives de Dechavanne avait déclaré à ses interlocuteurs ulcérés que ce n’était pas la peine de s’affoler sur les fondements moraux du bouquin du Dr Gubler, puisqu’il “serait demain sur Internet” !

Aussitôt dit, aussitôt fait. Pascal et son équipe téléphonent un peu partout, se procurent un scanner et, en deux heures, livrent le bouquin par qui le scandale est arrivé à la voracité des Net-surfers et autres accros du maillage informatique tous azimuts. Comme par hasard, TF-1 et “L’Est” rappliquent à toute vitesse. Une dépêche AFP ne tarde pas à révéler la terrifiante nouvelle : le ´Grand Secret’ du Président et de son médecin court follement autour de la planète !

Mercredi matin, quand Pascal et Marie, sa compagne, arrivent rue Jean-Petit, c’est la panique ! Caméras, micros et calepins se bousculent et le téléphone prend feu ! Ca déboule à pied, par câble, à cheval et par fax ! Ils sont tous là, ceux qui la veillent confondaient Besançon et Briançon, Besac et Cognac : “Envoyé Spécial”, RMC, RTL, Europe 1 & 2, L’Associated Press, Reuters, Le “Times”, Les agences Sypa et Gamma, “Le Point”, Radio France Besançon, Radio Canada, LCI, France 2 et 3, la RAI, Radio Bip, “le Nouveau Quotidien de Lausanne”, “France Soir”, Radio 2.000, “Le Figaro”, “Le Monde”, “Libération” et, tenez-vous bien : Le “New Herald Tribune”, le “Washington Post”, le “Wall Street Journal” et CNN !

Quelque peu éberlué par l’ampleur des réactions, Pascal tourne comme une toupie entre les envoyés spéciaux, les interviewers, les micros et les caméras. Le répondeur qui répète obstinément le code du Cybercafé n’en peut plus. Le fax crache des mètres et des mètres de message. La mail-box fume. 200 connections à la seconde en simultané pendant près de vingt-quatre heures : du jamais vu ! Dur, dur pour celui qui s’est battu sans compter pour imposer son Cyber-Café au public de Besançon, aux étudiants du CLA, à la direction du Plazza, au Pop Hall et un peu partout. Inlassablement, les yeux sortant de la tête mais l’élocution précise et la passion inextinguible, Pascal psalmodie les grands versets de la Bible Internet : maillage de tous à tous, liberté d’expression sans limite, protection de la liberté d’opinion vers et contre les États, inertie et stupidité des institutions en place...

Seulement voilà, les fouille-bouse de l’Internationale quotidienne ne se contentent pas de généralités. La première question des journalistes, c’est immanquablement : “Vous n’avez pas peur des conséquences ?” ; “Avez-vous reçu un coup de fil du procureur ?”. Et même, de la part du correspondant de la CNN, au téléphone : “Est-il vrai que la police est chez vous et que votre Cybercafé est fermé ?”

Ce à quoi Pascal, qui a pris soin, à ses dires, de s’entourer d’un pool d’avocats, répond, l’écume aux lèvres : “Mais en quoi cela vous regarde-t-il ? Ce sont mes problèmes, pas les vôtres ! Vous n’allez quand même pas me faire la morale ! Parlez-moi plutôt de liberté d’expression, vous êtes journalistes, non ?”

Irritation qui amène Barbraud à crier aux oreilles de son interlocutrice du “Figaro” : “Écoutez, je commence à en avoir assez de votre mauvaise foi. Cette fois, c’est moi qui m’autocensure et qui pars : Ciao !”

Les heures passent. Les journalistes sont toujours aussi nombreux dans la Cybercrêperie. Marie va et vient, livide, elle sert, sourit, débarrasse, se faufile, répond au téléphone, tâche de faire payer les consommations, ce qui ne se passe pas si facilement que ça avec une certaine presse. Un seul d’entre eux, venu de Suisse, aura l’intelligence de resituer l’événement dans son cadre. Rebondissant sur le nom de Proudhon prononcé par Pascal, ce collègue nous questionne sur Fourier, Ledoux, Lip et Considérant. Un coup de tonnerre cybernétique dans une ville utopiste et novatrice, bonne limonade de l’autre côté du Jura !

Du côté de France 3, on s’en tape. Un seul souci : occuper les lieux au cas où la maréchaussée surgirait pour enchrister le trublion du Net. Alors Pascal saute dans sa voiture et file au CLA en quête d’un compresseur.

Côté réseau, c’est la folie. Tout l’Est de la France a sauté et les techniciens parisiens des Télécom tournent comme des toupies pour trouver une solution au gigantesque embouteillage télématique.

Dans la soirée ça se calme (un peu). Pascal fait chercher Le Monde du lendemain à la gare.

La nuit tombe et les usagers ordinaires du Cyber de la rue Jean-Petit se confrefichent du "Wallpaper" qui a fait le tour du monde : l’image d’un Mitterrand à la bouche scotchée d’une double barre noire ; ils vaquent à leurs propres secrets. Quant aux millions de Netsurfers, ils tâchent de télécharger quelques pages du brûlot. Un brûlot que personne n’a encore eu l’heur de lire en entier.

La suite, tout le monde la connaît. L’AFP, relayée par “l’Est Républicain” (qui la veille placardait le visage de Barbraud à la une) apprend au public que le cyber-scancaleux aurait eu maille à partir avec la justice commerciale à Versailles, Corbeil et Dole. Et “France-Soir” de titrer : “La Gubler Connection”. Quelques heures plus tard, le bruit court que le rebelle cybernétique a été arrêté pour une histoire d’abandon du domicile conjugal. La justice et la bonne penserie se rejoignent en un unanime soulagement : celui par qui le scandale est arrivé va payer. à se demander pourquoi il a fallu cette affaire pour qu’on retrouve un homme qui se démenait si ouvertement. À se demander si l’État ne se mobilise pas de manière sélective...

La conclusion ? Elle est paradoxale et triste. Tout le monde a oublié que Pascal Barbraud — passion, naïveté et folie — a rendu Besançon célèbre dans le monde entier. Car cette affaire de “Grand Silence” fera date. Comme dans le cas de la “bioéthique”, nous entrons dans un débat du IIIe millénaire. Comment juger un délit qui n’a jamais existé auparavant ? Saurait-on concevoir un crime qui n’aurait jamais été commis ? Et de fait, aucune juridiction ne peut s’appliquer contre Barbraud, puisque son acte ne s’inscrit dans aucune territorialité, dans aucune jurisprudence. Quant à l’accusation concernant le viol des droits de l’éditeur et de l’auteur, elle tient mal la route. L’imputé a seulement "scannerisé" les pages du livre. Ce sont ceux qui l’ont dupliqué, téléchargé et imprimé chez eux qui ont commis le délit ! Beau foutoir. Un coup de génie et ce coup de génie, quoi qu’on en pense, a vu le jour dans la patrie de toutes les utopies, notre chère Besançon.

Quand on pense que les collectivités dépensent des fortunes pour faire connaître leurs villes et régions, souvent en pure perte, on sourit.

Et si l’on faisait Pascal Barbraud citoyen d’honneur de la Ville de Besançon, histoire de taquiner les pisse-froid et les frileux ? - Signé Mario Morisi ..."

Pas mal vu, non ? Sauf que la presse officielle et ceux qui la contrôlent, n'ayant comme souvent rien vu venir...

(A Suire)

1996 – "L'Écho du Zinc" dérange de plus en plus à Besançon. Considéré dans un premier temps comme une météorite appelée à se dissoudre "le journal qui abuse modérément" a tout ce qu'il faut pour agacer et inquiéter les importants en place, les élites aux manettes, les cadors de la culture et les ambitieux en politique.

Cocktail d'articles "peuple" en guise de rubriques "people", de reportages dans les bars, de portraits de citoyens pas comme les autres, l'EDZ s'en prend aux médias en place, le quotidien régional en tête. Dans le sillage de l'affaire Barbraud-Gubler, Houdemont s'affole...

L'intro à cet épisode est toute trouvée. Au mois de juin précédent, les principaux candidats à la municipale donnait un show à la parisienne à l'Opéra Théâtre. Voilà ce que le rédac chef en dit pour l'introduire :

« Et une tranche de démocratie spectacle, une ! »

« Samedi 19 heures. Opéra-théâtre. Ils sont cinq à faire face au public. Guy Reboux pour la Gauche Critique ; André Nachin pour “Besançon Demain”, Gilbert Carrez pour le P.C., Michel Jacquemin pour la Majorité Présidentielle. Et Robert Schwint, le maire sortant, pour les Socialistes. Autrement dit cinq des six candidats qui brigueront la mairie aux élections municipales des 11 et 18 juin, le représentant du Front National s’étant désisté. »

Et voici comme il ponctue son reportage :

« Après trois heures de débat suivi par près de six cents personnes, les fans de Jacquemin attendent leur héros dans le hall et l’on se tape fort dans le dos. Un peu plus de pudeur chez les socialistes. Parmi les gens qui dévalent les escaliers et qui descendent du poulailler, une dizaine de Blacks et une poignée de Beurs. La bonne bourgeoisie bisontine vient de se donner en spectacle. Grâce à L’Est, on se l’est joué “Marche du Siècle” ou “Heure de Vérité”. —Pendant ce temps là, tapie dans l’ombre, la grosse nationale attend son heure. »

Celui qui écrit ces mots 26 ans plus tard comprend mieux le ressentiment envers les gars de L'Écho. Installés dans le landerneau local et régional, les édiles et ceux qui veulent prendre leur place avaient leurs entrées à l'Est, au Pays, au Progrès, à Radio France et à France 3, toutes gens respectables et compréhensifs rétribuées et ´under control’. Et là soudain, une feuille de type "Le Père Duchesne" ou "L'Accusateur public" doublée d'un esprit à la Charliei Hebdo ou à la Karl Zéro en fait un "Farkir" sur le mode "contre-culturel" et "ananar".

Ceux qui se plaignent de l'équipe de l'Écho n'ont pas tous les torts. Nous donnons la parole à tout un spectre de la société privée de "la" parole :?"Croa", un feuille anticléricale, s'exprime par la plume du Dr Lebolabeau. L'ancien député Joseph Pinard en écume de rage. Martial Côte- Colisson décline le crédo d’Allenbach, un futur candidat fédéraliste aux législatives et aux présidentielles.Le Morisi 96 et ses potes n'ont peur de rien, ils interviewent le Dr Courtaud, un ancien médecin de la coloniale spécialiste de la médecine du sport, par ailleurs proche du FN qui nous a attaqué pour ne donner la parole qu'à la gauche et aux gauchistes. À ceux de nos amis qui sont offusqués, je réponds que tout le monde peut s'exprimer dans nos colonnes si c'est nous qui posons les questions et qui tirons les conséquences.

Ca pétarade au PS, au RPR, chez les démocathos, un peu partout.

Dans les mois qui suivront, après avoir vu les grévistes punaiser à la Viotte l'édito "Messieurs, ne désespérez pas la vie en cours", nous donnerons la parole à Charles Piaget, la légende des années Lip. Aux antifascistes de la CNT. Au doyen lorsqu'il prendra d'assaut l'ancien commissariat de Goudimel. Nous mettrons en lumière les fanzines et les radios de terrain. Radio Bip, Radio Sud.

Dans le domaine de la culture, les dossiers "Ca glisse au pays des spectacles" font du bruit. De l'Opéra-théâtre de Didier Brunel, de Lionel Patrick Production, du Los Production de François Pinard, du CDN Nouveau Théâre et des Scènes nationales de Planoise, qui va tirer son épingle du jeu et pour qui roule Ferréil, l’adjoint à la Culture ?

Les pages "zik en bar" sont archi pleines. Hors structures officielles et tournées, la scène musicale bisontine est florissante. Une vingtaine de lieux, plus de trente concerts par semaine dans les bars. Ah ils peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli, les partis dits de gouvernement : passez vous un film des années 50/70, regardez l'importance des bistrots dans la circulation des idées. Mais qu'on t-il fait des zincs et de la république des comptoirs ?

Il y a ceux qui nous en veulent pour d'autres raisons. Financer un journal par la pub serait caca, on serait dépendants de nos annonceurs, forcés de parler bien d'eux.

Archi faux, comment la cinquantaine d'annonceurs indépendants pourraient peser sur notre rédaction mobile, polymorphe, diverse, masculine-féminine, bénévole ou pigée pour des sommes symboliques ?

La guerre démarre le lendemain de l'affaire du Web Café. Désireux de relancer le scandale, l'Est titre sur le matériel de Barbraud qu'il aurait déménagé à la cloche de bois. Fake idiote et précipitée. La rédaction de l'Est (dit répugnant en 68/74) ayantnpris pour argent comptant l’indiscrétion téléphonique d'un indicateur. Pas de pot, il s’était agi d’une saisie d'huissier.

Dans son numéro suivant : dont la première page est intitulée "Le Zinc Républicain" et habillée visuellement comme l'Est, Morisi imite "Jalons" et imagine que la ville est passé sous contrôle RN et que - naturellement - le journal collabore...

Plus fort encore, l'EDZ surprend certains envoyés de l’Est en train de roupiller pendant une conférence de presse. Fait un reportage qui démontre que la régie publicitaire de ´Besançon Votre Villé est la même que celui de l'Est. Et que l'on se partage des pubs sur la surveillance et le maintien de l'ordre sécuritaire. Pis ! Une personne informée des faits nous rencarde sur le scandale Chantelat-Cuynet- Pétrement…

De sorte que le directeur général du journal - dont le siège se trouvait à Houdemont - pique une colère noire et ordonne que tout soit fait pour faire taire ces anarchistes. Où impriment-ils d'abord ? Qu'on leur coupe le sifflet, qu'on leur interdise l'accès aux rotatives.

Averti, car l'Écho du Zinc avait beaucoup d'yeux et beaucoup d'oreilles, je fais parvenir ma réponse dans nos colonnes. Nous imprimons en Espagne, les gars : vous pouvez aller vous faire bénir...

Le lectorat des bars et des lieux de culture ? Les gens ? Les artistes, les étudiants, les patrons de bar, les syndicalistes et les pochetrons ?

Ravis d'avoir de la lecture gratuite à l'heure des croissants ou de l'apéro. C’est qu’ils n'y allaient pas de mainmorte, les gars du Zinc, ça changeait des faux jetons et des pisse-froid.

(A Suivre)

Premier semestre 1996, le Petit Bar de la rue Chifflet est de facto le siège de l'Écho du Zinc, le brulot citoyen qui tarabuste les importants et illustre la vie des Bisontins de la vraie vie : chauffeur de la CTB, médecin corse candidat au doctorat à 85 ans, candidats imprévus aux cantonales, piliers de bar historiques et inventeurs de toutes sortes de diableries.

Le Petit Bar… Les bistrots de quartiers, les commandos du rade ou "quatre garçons dans le vin" : Mrs les petits chefs de l'économie, de la politique et de la morale : qu'avez-vous fait de ces agoras de quartiers où l'on pouvait rire et débattre sans vous et contre vous ?

Une des spécialités de l'EDZ depuis sa création à Marseille en novembre 1993 c’était justement le "running reportage" de bar en bar, ce qu'on appelait les Raids de l'EDZ ou les commandos du rade. L'idée était simple. Se donner rendez-vous à l'heure du café calva (c'était encore une habitude, les clients du Café Flore en bas de la Viotte pourraient en témoigner...). Étudier un parcours en boucle et raconter les bistrots à l'heure du café-journal, dans la matinée, à l'apéro du midi ainsi de suite jusqu'à la fermeture. Un moyen de témoigner d'un temps présent qui allait devenir temps jadis, des témoignages sur le vif, des gueules d’atmosphère…

Parmi tous ces bars que nous connaissions à la première personne ou par le bouche à oreille, certains étaient des "temples". Le Bar de l'U, le café du Théâtre, les rades de la rue Gama, l'Étoile, le Commerce, la Brasserie Universelle, le 19e et plus récemment le Carpe Diem place Jean-Gigoux ou le Marulaz, place Marulaz, de l'autre côté du Doubs.

Cela dit le cœur de l'EDZ se trouvait entre les deux entrées de la fac de Lettres, le 18 rue Chffilet et en face du bar de l'U, à l'endroit où se trouvait l'hôtel Parisiana. À cet endroit, en face de la pizzeria-trattoria Le Sirocco, frémissait un caboulot à deux entrées et deux salles tenu par Pascal Bôle-Besançon et sa famille.

Rien de transcendantal a priori sauf que ce n'est pas Pascal, ancien serveur au Théâtre, qui donnait le ton mais toute sa tribu. Son père, un monsieur de peu de mots au grand sourire, son épouse, dite l'Adjudant, qui, lorsqu'elle ne s'occupait pas des enfants confiés à ses soins, avait l'œil sur ses deux garçons, sa fille… et un bébé à venir.

Le Petit Bar, c'était une famille à rallonge avec des papys, des tontons, des cousins et des amis originaires d'un peu partout.

Le matin tôt, le père Bôle accueillait les lève-tôt. Dans la matinée c'était le moment des interclasses et du bachotage. À l'apéro et au déjeuner (cuisine grand-mère excellente et modique), celui du doyen Massonie, de son bras droit Condé et de ce que leurs ennemis appelaient sa ´garde prétorienné, parmi lesquels le colossal Jacques D. ancien lieutenant colonel, émoulu du Polytechnk de Zurich, notable franc-maçon au grand cœur.

Mais pas seulement...

Au Petit Bar se donnaient rendez-vous du matin au soir, Christian Max, l'anti-agenouilliste, le papa de "Croa" qui obtint du tribunal administratif qu'on ôte la croix de pierre anachronique qui dominait une cour de la mairie utilisée comme bureau de vote, Françous L., historien chercheur et indicateur de bibligraphies. Cavatz, un doctorant qui dessinait pour l'Écho comme Christophe Bertin, dit Berth, qui serait sommité du dessin d'humour dans ce pays.

On y croisait le grand homme de théâtre de la Vieille Monnaie et ses invités ou les naïfs qu'il emberlificotait. Jean-Claude Joyeux, l'empêcheur de faire tourner en rond les élections. Louis U, philosophe et passionné d'art contemporain, Mario L. et Manu C. les duettistes d'Anatole, les organisateurs du festival de Blues de la Pesse.

Des profs, des étudiants, des intellectuels (Mohamed M, le frère d'un galeriste algérois), les gens du CLA dont Jean Perrin un sociologue à l'ironie dévastatrice. Des ravis sympathiques (le verre de vin coûtait trois sous) mais également des gens de la vie vraie, planton à la Préfecture, antifranquiste membre de l'association Don Quichotte, chauffeur de la CTB, le vendeur de cadres et de toiles du coin de la rue, le conservateur de la Bibliothèque, ad libitum...

Le Petit Bar était le veai siège de l'Écho, l'endroit où tout se tramait, où l'on venait ébruiter une rumeur, où certains proposaient leurs articles ou leurs dessins. C'est du Petit Bar que partaient les expéditions pour l'Espagne car – squeezé par l'Est qui nous refusait l'accès à ses imprimeries – Morisi et ses amis faisait l'aller-retour Besançon-Gérone en Catalogne pour imprimer ce que le maire avait qualifié de torchon. 1600 km aller-retour avec une nuit passée près du ´Pon de Padra ´, une ville pittoresque et vivante qu'on n'avait guère le temps d'apprécier.

C'est au Petit Bar que nous déballions une partie des 3000 exemplaires et c'était une fête. On se l'arrachait. D'autant que le bruit ne cessait de courir que l'Écho était mort, qu'il était menacé, qu'il avait du mal à se financer.

1996, ce fut l'année de la mort de Mitterrand, de François Chaumette, de Marguerite Duras ; celle d'une série de catastrophes aériennes mais surtout l'année de la vache folle venue de Grande-Bretagne sous le nom de Kreutzfeld-Jacob qui frappa les bouchers-charcultiers et les Grill au buffet avec la peur que nous avions tous du prion et la hantise de devenir une bout de viande tremblotant pour abus de steak tartare et de carpaccio de bœuf.

Il en aurait fallu plus pour incapaciter les filles et les gars de l'Écho et leurs amis. Que de rigolades sur les banquettes craquelées de chez Pascal. Les brèves de comptoir improvisées, les canulars, les idées folles et la résistance à toutes les conneries...

Mais bientôt, au CLA d'été, le Morisi de l'EDZ, après avoir passé une semaine avec sa fille à l'hôtel Ibis de Marseille-Bonneveine, allait faire une de ces grandes rencontres qui vous change la vie et il ne s'agit pas là d'une simple formule...

(À suivre)


Été 96 – la trêve d'été au CLA comme chaque année – Le paradis du 12 de la rue Plançon, la fille de Morisi dans la Boucle, la joyeuse bande du Petit Père des Peuples, amitié, innovation, passion, français langue(s) étrangère(s) et début août l'apparition qui changera les choses...

La "piaule" dans laquelle dort le papa de "l'Écho du Zinc", 45 ans à l'époque, est sombre, sans commodité et insalubre. En meilleur santé financière, il profite des bonnes adresses de l'Association sportive et culturelle du Centre de linguistique appliquée pour louer une moitié de maisonnette à proximité de l'orange de verre qui domine les abords du Doubs après le pont Canot. C'est une maison ravissante avec un jardinet, une pièce salon spacieuse donnant sur une cuisine, un escalier design menant à trois chambres et à une salle de bain. Il y a de la lumière dans toutes les pièces, c'est le paradis des plantes vertes à l'intérieur et à l'extérieur.

C'est L., la fille de M., qui étrenne les lieux. Elle a six ans et c'est la première fois qu'elle vient à Besançon après avoir visité ses grands parents à 50 km de là. Morisi est fou amoureux de la ville, il ne cesse d'en parler et de la faire découvrir, il finira sur "Le Besançon des Écrivains" de la ville (ça le fait sourire) entre Jules César, Victor Hugo, Chesterton et Stendhal...

La Boucle de Besac aux mois de juillet-août, à l'époque, c'était l'heure des grandes invasions grâce aux stages intensifs d'été du CLA et au stage prof de FLE qui voyait de 500 à 700 enseignants de Français langue étrangère arriver de plus de 80 pays et demeurer d'une quinzaine à deux mois en formation de formateurs.

Une invasion dans le sens où la quarantaine d'enseignants recrutés par Christian Lavenne, le cerveau et la cheville ouvrière de ces étés bisontins, n'étaient pas tous des enseignants à plein temps mais des professionnels en tout genre, ce qui avait enclenché une dynamique qui révolutionnait le secteur. Les stagiaires profs venus d'Algérie, d'Israël, d'Afrique noire, d'Amérique latine, des républiques ex-soviétiques du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan ou encore du Kirghizstan - mais également du Canada, d'Espagne et du moyen orient - n'avaient pas seulement à choisir un certain nombre de modules par quinzaine (phonétique, syntaxe, lexique. argumentation, didactique…) mais finissaient par être aspirés par toutes sortes d'activités culturelles, sportives et festives qui transformaient leur séjour en tour de force.

Apparu en 1984 comme programmateur culturel, Morisi, qui était licencié ès lettres et avait enseigné en Angleterre et en Algérie, avait été sollicité par des collègues en 1986 et 87. Il avait fait ses débuts en 1988 et 89, où il avait mis sur pied un module "PAO et journalisme" qui donnait l'occasion aux membres de ses groupes de penser, organiser, réaliser et distribuer un "journal" où ils exerçaient une liberté de la presse garantie par Christian Lavenne, le directeur, et l'établissement. C'est ainsi qu'une vingtaine de journaux ´libres de ton’ ont été créés et vendus en ville (0,50 cts en général) et que l'un d'entre eux a été le premier en France à annoncer le coup d'État contre Gorbatchev, qui s'était produit dans la nuit et qui nous avait contraint à refaire la une au petit matin.

C'est dans "Serviette Noire", le journal pensé, composé et réalisé par une douzaine de profs algériens que furent écrits les réquisitoires les plus insolents en direction du FIS et du GIA qui avaient annoncé que les traîtres enseignant le français et propageant la propagande des infidèles étaient condamnés à rendre des comptes.

Un autre journal, travaillant sur la rumeur, fit croire à tout le CLA que le Conseil Régional offrirait des paniers garnis à chacun des stagiaires. Quel intense bonheur de travailler avec des rédacteurs aussi différents que le président de l'université d'Ispahan, un roi malawite, un physicien canadien ou un Nigérian proche du grand Fella.

Cet été là, en juillet 1996, après avoir raccompagné sa puce à Marseille et avoir passé un weekend à l'hôtel Ibis et sur les plages de la Pointe Rouge, celui que j’étais organise des apéros sympas au 12 de la rue Plançon, à côté du bâtiment principal du CLA. C'est une grande partie de l'équipe pédagogique du stage d'été qui s'y retrouve, une bande d'amis s'estimant l’un l’autre au point que le principe d'un cinquième module avait été décrété, permettant à chacun d'entre nous d'assister aux cours des autres, ce qui permit à Morisi de s'initier à la pratique vidéo avec Alain D., à d'autres de participer à son PAO et journalisme, à tout le monde de peaufiner sa pratique de l'informatique… Car le CLA est un des premiers établissements de FLE à avoir développé des méthodes qui s'appuyaient sur les NTIC.

Le boulot, le bonheur d'opérer dans cette tour de Babel de l'interculturel, mais aussi et surtout les joies de la vie ! Les fêtes chaque semaine chez le Petit Père des Peuples à Naisey, les apéros à Granvelle et les soirées piscines, les concerts et les spectacles qui finirent par convaincre pas mal de monde à participer aux modules de nuit, la France étant le pays de l'amour, n'est-ce pas ?

Juillet s'achève par une belle fête à la Cantine du Douze. Morisi file saluer ses parents à 50 kilomètres de là, est de retour dans la cour du CLA rue Mégevand pour la deuxième partie de l'été. Comme chaque lundi de reprise, les nouveaux intervenants se présentent et présentent leur module. Morisi rigole avec Jean Perrin, Alain Dorion, Claude Condé, Vincent Orenga, Serge Borg, Thierry Lebeaupin, Athanase Shungu, Michel Jeannot, Régine Llorca, Hamid le libraire, la Paule ou Dragoje quand une grande belle jeune femme brune pousse la porte de l’amphi et apparaît sur un tapis volant ; elle salue la compagnie avec grâce et leurs regards se croisent...

(A Suivre

2 août 1996-1er septembre 1997 – La dernière romance, l'éblouissement, la fusion, l'harmonie, le grand espoir et la grande peur, le retour du réel, la "Mémoire des Grenades", le supplice de la goutte d'eau, l'arrachement dans la continuité, une année d'écriture et d'automutilation, la déchirure et la fuite chez les Étrusques, avec une grande question : Les grandes histoires d'amour sont-elles autre chose que des affabulations imaginaires ?

La citation est connue, ce qu'il se passe à Vegas ne sort pas de Vegas, de la même manière ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple est irracontable, les mots sont impuissants à le transmettre, l'œil ne peut se voir lui même, on ne peut être l'acteur forcené d'une histoire d'amour sans inventer, maquiller, embellir ou trahir, c'est une fatalité, les romances sont des fictions, des comédies ou des drames dont les héros (les victimes) maltraitent le scénario et les dialogues, souvent les réécrivent.

Mario (allons y pour le prénom) est complètement pris au dépourvu par l'apparition d'Elle I., alias Iris V. Elle S., la maman de sa fille unique, n'est plus sa compagne depuis 1993 et sa vie sentimentale s'est arrêté au moment où il a quitté la résidence d'Alembert. Sincèrement monogame, il n'a pu rencontrer d'autres femmes qu'une année et demi plus tard, et encore, dans des conditions douteuses, les soirs de fête, de concerts ou de spectacles. Au bistrot. Dans une boite de nuit. Rien de spécialement odieux, de spécialement amer. Parfois des occasions gâchées avec de chic filles disponibles ou dépressives. Avec la mauvaise conscience de ne pas être où il faudrait, de trahir la maman de sa fille, qu'on est si heureux de revoir, d'emmener au ski dans le haut Jura, sur les plages de l'Adriatique, bientôt à Londres ou Cadaquès.

Pour être honnête il y a le CLA d'été depuis quelques années et les aventures entre adultes consentants, parfois venus de loin, des congrès de vacances, un moyen mutuel de sa rassurer avant de retourner à son quotidien et à ses échecs, un couple brinquebalant ou le rôle du trompé trompeur.

Et là soudain, un 2 août, l'apparition d'une jeune femme toute en lumière, l'attirance partagée, une dizaine de proximité et d'échanges, la connivence, les regards auxquels on ne veut pas croire.

L'inévitable se produit un mardi soir au sortir d'un restaurant de la rue Bersot, elle et la première femme avec qui il dîne en tête à tête, un rapprochement graduel, une tension qui monte, l'insolence de son pied nu sous la table, le baiser torride dans le porche d'en face.

Tout cela nous dépasse, est inattendue. Discrètement, Iris V, va rejoindre M.M. à la Cantine du Douze. Ils apprennent le corps de l'autre graduellement, lentement, ils se donnent du plaisir mais gardent l'essentiel pour la fois d'après. Ils se frôlent en se croisant entre deux cours, se promettent tout du regard, elle s'assure de son désir plusieurs fois en cachette. Et ils parlent, parlent, se racontent, s'écoutent. Elle le trouve incroyablement créatif, bienveillant, généreux, follement aimant de sa fille Laura.

Ce qui se passe entre le moment où ils s'aiment à corps perdu et le moment où elle lui concède un cadeau d'adieu charnel dans l'appartement de la rue Jean-Petit qu'elle occupe depuis un mois, ne se raconte pas, ne peut pas, ne doit pas se raconter. Mario éprouve une telle série d'éblouissements, de bonheurs, d'illuminations tant émotionnelles que sensuels et sexuels, qu'il se jette dans la rédaction au jour le jour de ce qu'il appelle "La Mémoire des Genades", l'histoire de A à Z, vécue de l'intérieur, de cette romance éperdue pour lui qui aboutira à une conversion, si si, une conversion.

L'attirance, la fusion hors norme (pour les deux au commencement), le paradis en CDD dure ce qu'il dure, car il donne des signes de folie amoureuse. D'abord aimantée, bouleversée, anéantie ("Pourquoi est-ce si bon avec toi ?), elle prend du recul. En réponse aux billets enflammées qu'il lui adresse, elle répond par un billet torride qu'elle conclut par un "amour impossible trop possible".

Elle fait allusion à la relation qu'elle entretient à Paris avec con copain, un intellectuel égocentré qui ne semble pas vouloir lui donner d'enfants. Elle n'a pas prévu de le trahir mais c'est ce qu'il se passe et au ton de sa voix il a l'air de s'en douter.

Ce n'est pas un vaudeville, M.M. est sens dessus dessous, il noircit des dizaines de pages, se dit qu''Iris met en évidence ce qu'il lui manque, qu'elle le révèle à lui même, qu'elle lui donne de la force.

Le 2 septembre 1996, Mario raccompagne Iris à son train, elle va passer le weekend chez une copine en Savoie. S'ils se reverront, sans doute, il y a cette proposition qu'il lui a faite de tenir la rubrique Livres jeunesse dans Show Dedans, le prochain avatar de L'Écho du Zinc. Elle est ok pour proposer des articles culture depuis Paris, elle a par ailleurs un projet avec le CLA...

Nous nous reverrons une dizaine de fois, entre ambiguïté et affection sincère. Elle passera un weekend à Besançon, à Arbois, à Dole. En vain. Il finit par être débordé par sa "Mémoire des Grenades", par lui laisser des messages, l'inonder de logomachies amoureuses.

L'année suivante revient le temps du CLA d'été. C'est le supplice de Tantale. Il ne pense plus qu'à elle. Craint et meurt du désir de la croiser. Sadisme tacite ou minoration de sa passion, elle vient travailler sur son ordi dans son nouvel appartement au bout de la Grande Rue, habite à deux pas de là rue Ronchaux. Son cœur bat quand il la voit boire un verre avec un supposé rival. Se renferme. Devient nerveux. Tout en comprenant. Elle a 29 ans, un DEA en cours à Jussieu, une relation pérenne à sauvegarder. Lui en a 45, il a une fille, une situation professionnelle bancale, un fond Bohème peut rassurant.

Morisi craque fin août. Il trahit la confiance du Petit Père des Peuples au milieu de son dernier module PAO et Journalisme. Le cœur déchiré, la douleur des nuits sans sommeil en bout de plume ("La Mémoire des Grenades" – confession totale et obscène - qui restera à jamais inédite - fera 300 pages, le double si l'on tient compte des notes connexes et des lettres non envoyées), il saute dans sa BX un jeudi soir et file en Italie par la Suisse. Une nuit à Ivrea en lisant "La Sérénissime" de Erica Jong, et il file à l'aveugle vers le Sud. Se retrouve dans un hôtel de Lido di Tarquinia en terre étrusque, écrit, écrit, écrit, achète "Le Cantique des Cantiques" en italien dans une bouquinerie des bords de mer et s'inonde de vin rouge et grappa dans une ambiance de "Mort à Venise" pour cause de fin de saison touristique.

Le lendemain matin, un 1er septembre, Morisi décide de combattre le deuil de son amour en arrêtant pour toujours de fumer. Il tire une dernière taf d'un paquet de Diana et laisse paquet à peine ouvert sur la table de chevet. En tirant sur le starter de sa BX, il décide de passer par Viterbe, Orvieto, Bologne, mais ne s'arrête pas à Piacenza pour visiter ses cousins. Lorsqu'il arrive dans la banlieue sud de Milan, il est tenté de prendre par l'ouest pour rejoindre Gênes, prendre par Vintimille et d'aller embrasser sa grande puce. Se sent sale et seul. Il n'a plus qu'une issue, ne plus fumer, ne plus boire et penser à respecter sa fille, la maman de sa fille qu'il a laissé tomber, et toutes les femmes du monde à commencer par sa mère. Alors il se gare sur un parking, commande un "panino alla coppa" et une San Pellegrino et boit à la santé de son salut uui – c'est de plus en plus clair – passera par l'écriture. Mais devenir écrivain à près de 50 ans, est-ce bien raisonnable ?

(A Suivre)

2 août 1996-1er septembre 1997 – La dernière romance, l'éblouissement, la fusion, l'harmonie, le grand espoir et la grande peur, le retour du réel, la "Mémoire des Grenades", le supplice de la goutte d'eau, l'arrachement dans la continuité, une année d'écriture et d'automutilation, la déchirure et la fuite chez les Étrusques, avec une grande question : Les grandes histoires d'amour sont-elles autre chose que des affabulations imaginaires ?

La citation est connue, ce qu'il se passe à Vegas ne sort pas de Vegas, de la même manière ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple est irracontable, les mots sont impuissants à le transmettre, l'œil ne peut se voir lui même, on ne peut être l'acteur forcené d'une histoire d'amour sans inventer, maquiller, embellir ou trahir, c'est une fatalité, les romances sont des fictions, des comédies ou des drames dont les héros (les victimes) maltraitent le scénario et les dialogues, souvent les réécrivent.

Mario (allons y pour le prénom) est complètement pris au dépourvu par l'apparition d'Elle I., alias Iris V.

Elle S., la maman de sa fille unique, n'est plus sa compagne depuis 1993 et sa vie sentimentale s'est arrêtée au moment où il a quitté la résidence d'Alembert. Sincèrement monogame, il n'a pu rencontrer d'autres femmes qu'une année et demi plus tard, et encore, dans des conditions douteuses, les soirs de fête, de concerts ou de spectacles. Au bistrot. Dans le cadre de ses reportages. Rien de spécialement odieux, de spécialement amer. Souvent des occasions gâchées avec de chic filles déjà déçues, disponibles ou dépressives. Avec la mauvaise conscience de ne pas être là où il le faudrait, de trahir la maman de sa fille qu'on est si heureux de revoir, d'emmener au ski dans le haut Jura, sur les plages de l'Adriatique, bientôt à Londres ou Cadaquès. Même si l’on se sent impur…

Pour être honnête, il y a le CLA d'été et les aventures entre adultes consentants, partenaires venus de loin ( Parfois d’Iran…), rapprochements de vacances, moyen mutuel de sa rassurer avant de retourner à la routine de nos échecs, des couples brinquebalants ou du trompeur trompé…

Et là soudain ! Un 2 août, l'apparition d'une jeune femme toute en lumière, l'attirance partagée, une dizaine de jours de proximité et d'échanges, la connivence, les regards auxquels on ne veut pas croire.

L'inévitable se produit un mardi soir au sortir d'un restaurant de la rue Bersot, elle est la première femme avec qui Morisi dîne en tête à tête, un rapprochement graduel, une tension qui monte, l'insolence de son pied nu sous la table, le baiser torride sous le porche d'en face.

Tout cela nous dépasse, est inattendu. Iris V, va rejoindre M.M. à la Cantine du Douze. Ils apprennent le corps de l'autre. graduellement, lentement, ils se donnent du plaisir mais gardent ce qu’ils désirent pour la fois d'après. Ils se frôlent en se croisant entre deux cours, se promettent tout du regard, elle s'assure de son désir en cachette. Il la lui garde, la lui offre, la lui fait sentir.

Et ils parlent, parlent, se racontent, s'écoutent. Elle le trouve incroyablement créatif, bienveillant, généreux, follement aimant de sa fille Laura.

Ce qui se passe entre le moment où ils s'aiment à corps perdu et le moment où elle lui concède son cadeau d'adieu dans l'appartement de la rue Jean-Petit qu'elle occupe depuis un mois, ne se raconte pas, ne peut pas, ne doit pas se raconter. Mario éprouve un tel chapelet d'éblouissements, de bonheurs, d'illuminations émotionnelles autant que sensuelles qu'il se jette dans la rédaction de ce qu'il appelle "La Mémoire des Genades", l'histoire d’un satori vécu de l'intérieur, l’odyssée d’une romance éperdue et accélérée qui aboutira à une conversion, si si, une conversion.

Bien évidemment, l’attirance, la fusion hors norme, le paradis mutuel en CDD dure ce qu'il dure, car le Mario de 1996 donne des signes de folie amoureuse. D'abord aimantée, bouleversée ("Pourquoi est-ce si bon avec toi ?), elle prend du recul. En réponse aux pages enflammées qu'il lui adresse, elle répond par un billet torride qu'elle conclut par un "amour impossible trop possible" qui signe un tournant…

Puis elle fait allusion à la relation qu'elle entretient à Paris avec un intellectuel un peu fat qui ne semble pas vouloir lui donner d'enfants. Elle n'a pas prévu de le trahir mais c'est ce qui advient, et au ton de sa voix quand elle lui téléphone, il finit par s'en douter.

Ce n'est pas un vaudeville, M.M. est sens dessus dessous, il noircit des dizaines de pages à l’intention de la dame au tapis volant ; se dit qu'Iris le révèle à lui même, qu’elle lit en lui, qu'elle lui donne de la force.

Le 2 septembre 1996, Mario raccompagne Iris à son train, le stage d’été est fini, elle passe le weekend chez une copine en Savoie. S'ils se reverront ? Sans doute, il y a cette proposition qu'il lui a faite de tenir la rubrique Livres jeunesse dans ´Show Dedans’, le prochain avatar de L'Écho du Zinc. Elle est ok pour proposer des articles Culture depuis Paris, elle a par ailleurs un projet avec le CLA...

Nous nous reverrons une dizaine de fois entre frustration, regret, ambiguïté et affection sincère. Elle passera un weekend à Besançon, à Arbois, à Dole. Une faute, Il y croit toujours, est débordé par sa "Mémoire des Grenades", il lui laisse des messages, l'inonde de logomachies amoureuses.

L'été suivant revient le temps du CLA. C'est le supplice de Tantale. Il ne pense plus qu'à elle. Craint et meurt du désir de la croiser. Sadisme tacite ou minoration de sa passion, elle vient travailler sur son ordi, a choisi un appartement à deux pas de chez lui. Son cœur bat quand il la voit prendre un verre avec un potentiel rival. Il se renferme. Devient nerveux. Tout en comprenant : elle a 29 ans, un DEA en cours à Jussieu, une relation pérenne à sauvegarder. Lui en a 45, il a une fille, une situation professionnelle bancale, un fond Bohème peu rassurant.

Le soldat Morisi craque. Fin août il trahit la confiance du Petit Père des Peuples au milieu de son module PAO et Journalisme. Le cœur déchiré, la douleur des nuits sans sommeil en bout de plume il vaticine. Devenue une obsession ´La Mémoire des Grenades’ – confession obscène qui restera à jamais inédite - fait 400 pages, le double si l'on tient compte des notes connexes et des lettres non envoyées.

Le soir tombe. Il la voit rieuse à une terrasse. Alors il ne peut plus, il saute dans sa BX et file par la Suisse. Une nuit à Ivrea en lisant "La Sérénissime" d’Erica Jong et en pissant son désarroi par écrit, et il plonge plein Sud. Se retrouve à Lido di Tarquinia en terre étrusque, écrit, écrit, écrit, achète "Le Cantique des Cantiques" en italien dans une bouquinerie et s'inonde de vin rouge et de grappa dans une ambiance de "Mort à Venise" pour cause de fin de saison touristique.

Au petit matin, un 1er septembre, Morisi décide de combattre le deuil de son amour en arrêtant pour toujours de fumer. Il tire une taf et laisse son paquet de Diana sur la table de chevet. En mettant le contact de sa BX, il décide de passer par Viterbe, Orvieto, Bologne, mais ne s'arrêtera pas chez lui à Piacenza.

Lorsqu'il arrive dans la banlieue sud de Milan, il est tenté de prendre par Gênes et Vintimille et d'aller embrasser sa grande puce à Marseille. Se sent sale et seul. N’a plus qu'une issue : ne plus fumer, boire moins, respecter sa fille, la maman de sa fille et toutes les femmes du monde, à commencer par sa mère qui pense si fort à luu, ce salaud…

Alors il se gare sur le parking d’un Grill, commande un "panino alla coppa" et une San Pellegrino et boit à la santé de son salut qui – c'est de plus en plus clair – passera par l'écriture.

Mais devenir écrivain à 50 ans au lieu de trouver un vrai boulot, est-ce bien raisonnable ?

(A Suivre)


1996-début 1997 Revisited – Obsédé par le cul-de-sac d'un amour qui l'aura mis sens dessus dessous ; et bien décidé à transformer le venin d'une relation impossible en énergie rédactionnelle, Morisi rebondit et transforme "l'Écho du Zinc" en ‘Show Dedans’, un petit format mensuel placé sous le signe de l'Art, du Spectacle et de la Movida et imprimé en Franche-Comté...

Régénéré par l'arrivée de nouveaux rédacteurs Abder Soudani (politique, social , culture, qui fondera une agence de presse dans le Connecticut) - Chahira Dubois (reportage), Claude de Couvonges (méta analyses), Jean Marc Grosdemouge (zics), Agnès Wittmann (jeunesse), qui s'ajoutent à Thierry Loew (polars), Denis Bépoix (cinéma), Antoine Scararo (arts plastiques), ITV Rock (Da & Da), Thierry Lebeaupin (danse, spectacle vivant), et bien d'autres, le numéro 0,5 de Show Dedans, un numéro 0 de combat, sort à l'automne et prend tout le monde de court. Le temps de convaincre Didier Brunel de l'Opéra théâtre dont Morisi est le "nouvelliste" pour la saison 96-97!- Souris du "Pöp Hall" (les Bains Douches de la Boucle), Pralon et son "Indispensable", le même et "Meubles Plus", le théâtre municipal de Dole, la discothèque le D-3, Fançois Pinard et Los Production, outre que le Cousty, la Doublure d'Euterpe, les Bières Rouget de Lisle et Alizé pour vos listes de mariage, et le tour est joué

Le coup de magie, le coup de génie survient début janvier 1997. Ayant obtenu le blanc-seing de son maître ès journalisme et parrain Roland Dhordain, Morisi à l’idée de l'expédition "Un jour dans la vie de France Inter" dont le principe est de raconter 24 heures d’émissions et de donner un visage aux grandes voix du service public de l'information. C'est ainsi qu'une première équipe se rend à la Maison de la Radio : Pascal Grosdemouge pour interviewer Lenoir, l’icône des radio rock, et Agnès Wittmann pour rencontrer Roland Dhordain

En second rideau se tient Berth qui attendra de lire les articles pour les illustrer avec la verve que l’on sait.

Dans le gang formé ad hoc, à 9 heures du matin, se retrouvent, conduit par le "camion" de Claude, le futur président de l'Uni de France-Comté, Abder Soudani, qui a été professeur de journalisme à l'université d'Alger et a dû fuir son pays pour cause de GIA; Chahira Dubois, future professionnelle et Yves Petit, le meilleur photographe de spectacles de la place.

Tout a été pensé, les meilleurs ressources mobilisées sur place. L'équipe du ´Show Dedans’ numéro 1 dormira chez Ammad aux Abbesses. Les 360 km parcourus le cœur léger, nous sommes reçus par le directeur Casanova, qui a accédé à la demande de Dhordain, nous souhaite un bon séjour et de belles rencontres… notre avis compte, petit ou grand média, il est impatient de nous lire, un audit pour ses équipes...

La narration des 24 heures que nous passons dans la maison ronde ne tiendrait pas dans un dossier de "L'Obs" ou de "L'Express". 13 pages format A-5 au ton vivace que l'on peut résumer à ses titres : ´Laurent Ruquier, changement de direction’ – ´La rançon de l'art en son’, ´Basse fréquencé, ´15 heures 30 quand la rédaction bout, Hees veille ´ - Synergie - Claude Villers : ´Moi je travaille dans une radio libre ´, ´Roland Dhordain ou un roman de la radiô’ - ´France Inter est-elle soluble dans le temps ? ´– Inter Actif, inter Phone, inter Pelle, inter Rime, Badinter... - Pour finir par le ´Pop Club’ au Fouquet's avec José Arthur.

Puis ´C'est Lenoir’, Macha avec son équipe en son absence et ´Sous les étoiles exactement’ avec Le Vaillant. Le tour des aiguilles de l'horloge s'achevant par une paire d'heures 'au bocal", l'instance qui reçoit et classe les nouvelles fraîches et les sccops pour l'équipe du journal du matin, à l'époque dirigée par Christophe Hondelatte.

L'expérience est magique. Les professionnels de leur profession nous reçoivent, nous répondent, nous considèrent comme des collègues à part entière. On assiste, lors du comité de rédac de midi, au licenciement d'un envoyé spécial ayant ´confondu France Inter et Europe n°1´ en proposant un son obscène sur la mère d'une victime d'un enlèvement. Je demande si nous pouvons… On nous répond bien sûr. Ca a eu lieu, c’est à nous de choisir la façon de raconter.

Le moment le plus glorieux, après les entretiens avec Claude Villers, Bédouet, Hees, est cette soirée où le grandissime José Arthur nous installe à sa table ; mentionne notre présence, signale notre existence.

Sortis avec des étoiles dans les yeux, Claude, Abder, Chahina, Yves et Mario courons en riant du côté de l'Etoile, nous changeons au cul du "camion" de l’alors doyen de la fac et nous rentrons aux Abbesses où ceux qui ont bouclé leur programme essaient de dormir pendant que Mario et Yves s'occupent de boucler la boucle. Exténuées, les yeux piquants mais le cœur en fête, nous reprenons l'autoroute et fêtons l'événement dans un Grill. Ne restera plus à Mario qu'à faire rentrer tout ça dans son Mac et d'y mettre les formes.

´Show Dedans’ fait son effet. France 3 et Radio France nous honorent, ´Le Pays de Franche-Comté’ du bon Jean-Claude Barbault nous portraiture au Cercle Suisse. Infernaux, ces filles et ces gars du Zinc… Satisfaction du côté des annonceurs culturels et de nos partenaires, qu'on associe au reportage 5 Étoiles à Paris.

Il y aura une autre expédition, dans les locaux de Couleurs 3, la chaîne branchée de la RT suisse romande. Des reportages, des salons, des festivals un peu partout dans la région, avec des passerelles sur Suisse (Le Bikini, le musée Olympique. Tant et si bien, avec une résurgence d’un "l'Écho du Zinc" toujours aussi insolent, que l'idée vient aux félés du Zinc d'une semaine de ´l'Art en Bar’ qui se conclurait par une fiesta du feu de Dieu au Grand Kursaal.

Tandis qu'il se démène pour reconquérir Iris V., celui que j’étais devine qu'il ne deviendra jamais l'écrivain qu'il rêvait être s'il raconte la vie autô’ur de lui au lieu d’achever ´La Boucle infernale ´, ´Dans la ville aux mille coupoles’, ´Odyssée 36-15´, ´Curriculum Mortis’ et ´La Mémoire des Granades’ dont la rédaction nocturne le tue à petit feu.

(A Suivre)

1997-98 – "Show Dedans", "l'Art en bar" : du Comptoir de la rue Richebourg à la place Victor-Hugo ou comment l'amitié entre un marchand de biens condamné à mort par sa tumeur au poumon, anarchiste et sculpteur sur bois, fan du Bateau Lavoir et d'Aznavour, est à l'origine du Cylindre, l'ancêtre de la Rodia... Un conte de la Boucle ordinaire, en somme.

Ces chroniques alignent jour après jour les événements, les lieux, les gens comme si l'on filait le long d'une autoroute laissant derrière nous amours, amis, exaltations et détresse, comme si les témoins et les complices de nos vies étaient les personnages secondaires d'une série télévisée au long cours, comme si autrui n'existait pas vraiment, comme si les uns étaient remplacés par des autres, dans le but de mettre en évidence le héros, le grand homme, la série d'agités du bocal que je fus. Égo saga totale, narcissisme échevelé ?

Ce ne fut pas le cas. Chaque nom mentionné ici, masculin-féminin, a été le cœur d'une relation passionnée, féconde, émouvante, créative, formatrice, faite de temps forts et de fusion, de heurts et de ruptures, de routine et de surprises : et à la mention de chacune et de chacun d'entre elles, il faudrait une note en bas de page et des annexes, une bible entière, car chacun d'entre ces noms est une histoire à part entière, le roman d’une existence, une tragicomédie comme toutes celles qui débutent dans un berceau et s’en retournent à la poussière Telle est - en tout cas - la nature de celle qui lie le Morisi de la fin des années 90 à Jean-Claude Joyeux, personnage controversé, douloureux, généreux et ingérable.

Mario rencontre Jean-Claude rue Gama, en plein cœur du quadrilatère de la rue Pasteur. Il est vendeur de biens, il achète le moins cher possible et il revend le plus cher. Il est doué. Il fait de l'ombre à pas mal de monde. Doué pour les affaires mais insoumis, explosif : un affairiste Bohème. La nuit, il sculpte des figurines en bois. Il écrit. Il est poète. Il adore Antonin Artaud.

Jean Claude est lui même une figurine de bois sculptée jusqu'à la pulpe. Un cancer du poumon l'a expédié sur le billard. Il fume et il fume et il tousse, et c'est le tabac roulé qui le fume plutôt qu'il ne fume le tabac. Il est maigre, très maigre, réduit à l'os, sorte de déporté de l'intérieur. Heureusement il a ses "tiots", des enfants qui viennent le visiter dans sa turne toute en longueur de derrière la statue de Jeanne d'Arc, au carrefour le la rue Chifflet et de la rue Lecourbe qui conduit place du Jura, naguère un lieu de pèlerinage pour les monarchistes et les fachos.

Les gens de caractère qui savent qu'ils vont crever osent tout. Jean-Claude obtient deux fois 4% aux élections. Il joue la carte de l'empêcheur de voter en rond que l'on doit aller voir au deuxième et au troisième tour ; il négocie dur, a des idées généreuses, veut imposer son soutien aux désavantagés.

Il boit, aussi, beaucoup, canon de rouge après canon de rouge. Il vit une ultime idylle avec une jeune femme que sa courageuse agonie émeut. Il est souvent au Petit Bar, au Bar de l'U et au Carpe Diem où il déclame ses convictions et vomit ses dégoûts. Quand il a le blues, il chante "Emmenez-moi" de Charles Azanavour. Déchirant et déchiré, ses yeux baignent dans l'amour amitié, dans l'amour anarchie, avec un zest de rage et de désillusion. Il n’arrive plus à haïr les cons et les salauds, il se contente de les railler, misérables minus.

Comme ça, entre solitaires populaires, il se rapproche de Morisi qui l'a interviewé pour l'Écho du Zinc et qui l'épate avec sa passion de faire vivre son torchon sans gagner un sou. Ils parlent et ils parlent chez Pascal, au Carpé, au bar de l’U.

À la fermeture, Jean-Claude emmène Mario chez lui, il lui montre ses sculptures, il regarde la Cinquième toute la nuit, parlent de Ferré, d’Hemingway, de Lalcolm Lowry. Ils dorment tout habillés sur un lit à demi défoncé. Le marin, Mario donne des conseils de prof à son fils qui part à l'école, corrige ses brouillons.

Un matin de 1997 (ou 98), Jean Claude invite Mario à prendre un café. Il a une proposition à lui faire. Il est propriétaire de la moitié du bar restaurant disco de Larnod, sur la route de Lyon. Il est en conflit avec le copropriétaire, il a envie de l'emmerder. Pour l'emmerder il a une idée géniale : Mario connaît le Besac des artistes, alors voilà : Jean Claude va lui vendre l'endroit pour le franc symbolique et il en fera le siège de l'EDZ, un bateau lavoir, une Factorie, avec concerts, récitals, ateliers, expositions.

Mario en tombe sur le cul, il se dit que Joyeux boit trop, a pété un câble, oublie ses enfants, est aveuglé par la détestation de son ancien partenaire (un brasseur bisontin)… mais non, c'est sincère, les papiers sont prêts, Mario sort le franc symbolique de sa poche et son nom atterrit sur le contrat de vente.

Ce genre de proposition a de quoi faire réfléchir mais Mario ne se sent – absolument pas – l'âme d'un propriétaire gestionnaire, d'un entrepreneur de spectacles. Il traverse la rue, passe devant le bureau du grand homme de théâtre fils d'un conseiller général, sonne à la porte d'Anatole, l'association créée par Manou Combi et Mario Lontananza et leur raconte tout. Un lieu pour leurs concerts à 10 minutes de Besançon, une salle de 300 places et les bureaux attenants. Pour 1 petit franc. Ils le regardent comme s'il avait perdu la tête.

Jean Claude est ok, ces gars sont bosseurs et sérieux, implantés sur le marché musical et culturel à Besançon et pas seulement.

Ça paraît irréel mais Jean Claude ne rigolait pas, il rencontre les duettistes qui signent et prennent possession des lieux, les aménagent, en font leur siège, font bouillir de rage leurs concurrents.

Un matin, mon téléphone sonne (je loue un duplex à deux pas du Square Castan. Manou et Mario me demandent de passer. Je saute dans ma voiture. Manou et Mario ( c’est fou ce que ça S’M) m'entraînent dans l'ancienne boite de nuit déserte : "Mario, toi qui as toujours des idées, tu peux nous trouver un nom, on doit remplir un tas de papiers et on est à sec."

Je fais le tour de la salle en forme de demi-tonneau et un ´Cylindré sort de ma tête ! On me saute au cou, je suis un génie ! Pour la peine je deviens invité perpétuel, concerts gratis pour moi ad vitam aeternam !

Jean-Claude me paie des coups. Il est heureux du tour qu'il vient de jouer à son enf... d'associé. Bon vent à Manou et à Mario qui après avoir fait leurs preuves au Cylindre à Larnod, jetteront les bases de la SMAC de la Rodia, un succès incontestable.

Ainsi allait la vie de Morisi et de ses potes les hypersensibles : sans les cinglés que se passerait-il de nouveau sous le soleil...

(A Suivre

Fin 1997, Début 1998. – Tourmenté par son amour impossible pour Iris V, remuant ciel et terre pour les parutions et les moutures successives de l'Écho du Zinc, Morisi, 47 ans aux pommes, emménage au bout de la Grande Rue, à deux pas de la place Victor-Hugo et du Square Castan où l'institution Saint- Jean devient le siège du Conseil Régional.

S'il avait publié les livres qu'il a dans ses tiroirs, la partie mégalo de Morisi aurait pu se flatter de la proximité de pas mal de figures célèbres : Victor Hugo, les Frères Lumière et une atelier ayant été occupé par Gustave Coubet. Ailleurs dans la Boucle : Proudhon, Fourier…

"Mon fils, à toi ce livre sur la ville que tu aimes tant et qui nous a fait si peur", telle est la dédicace de ma maman sur le tome 1 du "Mon Vieux Besançon" de Gaston Coindre, chef-d'œuvre illustré qui présente l'histoire de la capitale comtoise sous un jour intime, rue par rue, demeure par demeure avec leurs occupants ; un enchantement imagé par des gravures enchanteresses du XIXe.

C'est que le fils Morisi, douze adresses et 8 villes à l'âge de sept ans, a choisi ses racines : "Mario Morisi, l'italo-Bisontin", titre L'Express lors d'une incursion en ville. Besançon, qu'il a découvert en sortant de la bétaillère qui conduisait les gamins du FC Dole dans la ville natale de Victor-Hugo, c'est pour lui la Ville-Femme avec ses sept collines (comme Rome ?) - le ventre de la cité enserré dans une boucle presque parfaite du Doubs - de 'dubitare' qui en latin veut dire hésiter - car son cours est en méandres (mé-andres ? Masculinité en doute ?).

Besançon donc, La Ville femme au fond de laquelle on aimerait se blottir, une vulve, une oreille, car l'or-y-est, les alchimistes le disaient, les sons y entrent mais rien n'en sort, où est le trésor ? Et pour quelles raisons´Chrysopolis’, ces cadrans solaires, ces inscriptions cabalistiques sur les murs ?

Morisi aime Vesontio : c'est sa référence cardinale. Le Gynople ("Gynopolis") de "L'Émirat du tourbillon" (1986), son premier livre, c'est une divagation dystopique et uchronique à partir de "B'sac".

Dans les "Baskets d'Euriipide" (1987), la diaspora des nains qui s'échappent de la Butte Montmartre sont accueillis dans la Boucle : "De Butte en Boucle !' s'écrie le nain Foirus.

Besançon est le théâtre onirique de "La Boucle infernale" en 1970.

Apparaît dans "Mort à la Mère" (2000), est le cœur de "Castor Paradiso", un roman noir se déroulant à Battant (2005).

Besançon, son Grand Séminaire, est un endroit essentiel dans la formation de Renaud Outhier, "l'abbé scavans du siècle des Lumières" de "La Boue et les Étoiles" (2010).

Besançon apparaîtra dans les futurs romans de Morisi ("Jeanne Antide Vermot" (2012) et "Soldatà Sana" (2020) mais surtout dans les articles et dossiers du temps où il est journaliste (un Spécial Besançon et l'inovation sociale dans la Revue des Caisses d'Épargne (1991). A fortiori dans l'Écho du Zinc, où l'on explore les bistrots locaux en suivant les caprices de ses bistronomes : Raids du Zinc, Quatre garçons dans le vin... - Ah, les descentes en enfer et au paradis de la Viotte à Granvelle en traversant le Doubs devant la Madeleine, bonheur de se laisser avaler, de glisser, de s'enivrer au Pontarlier anis ou au Jura sous les yeux des tritons et de Neptune- "qui sur Besançon a maistrie juste après Saturne, le maître du temps" (La Boucle infernale).

Après son serment de chez les Étrusques pour honorer son satori avorté avec Iris, celui que j'étais s'accroche, il ne touchera plus jamais une cigarette, il convertira sa douleur en amour pour sa fille, restera en vie le plus longtemps possible, la rendra fière de ce qu'il est mais surtout de ce qu’il fait.

C'est lors d'un hiver extrêmement rigoureux que le Papa de l'EDZ fait découvrir "sa" ville à "sa" fille (futilité des possessifs). Par bonheur il n'habite plus dans l'antre du "chat puant" à l'arrière du "P’tit Vat", il vient de quitter l'appartement au-dessus du Comptoir rue Richebourg ; il est installé au 135 Grande-Rue, au fond d'une cours dans un appartement en duplex doté d'une mansarde. C'est un nid douillet, c’est un endroit secret où il accouche de "La Mémoire des Grenades", confession obscène qu'il fera disparaître de ses placards.

Le 185 se trouve au pied du quartier ecclésiastique, à deux pas du Square Castan et de son jardin antiquement reconstitué. Là où Morisi a étudié chez les Maristes, où il a bu ses premières bières brunes, un quartier où il y avait l'AFCC de Daniel H, l'homme qui l'a initié au théâtre, où il a rencontré le capitaine aux yeux bleus, six ans de traversée ensemble...

Fin 1997, il n'y a plus l'AFCC mais le mini théâtre de de Berghen. Surtout les Sandales d'Empédocle, une vraie librairie. Et la maison natale de Victor Hugo.

Il y a surtout la vasque du Square et au fond de la vasque de récupération des eaux d'Arcier, à la lisière du banc adossé aux catacombes, le "topos" spirituel par excellence, le "nexus" de la Ville en Boucle, de la Ville femme. Un endroit où règne un silence absolu. Un endroit où je me rendais pour panser des plaies ou jouir du temps qui fuit à la vie à la mort. J’invite ceux qui me lisent à s'y rendre séance tenante. Il s'y promène de drôles d'idées insignes, intimes - comme ce jour où, pour sublimer mon mal d'Iris, je me récitai Le "Tao Tö Ching". Cette autre où j’entamai la lecture du "Livre tibétain de la Vie et de la Mort".

L’hiver 97/98, loin de tout cela et pourtant si près, je reçois ma fille que je bichonne et qui adore les colonnes et la Porte romaine. Après avoir visité le papy et la mamie, nous filons chez Alain S., copain de foot, frère de la belle Maryse venue me visiter en Angleterre 30 ans plus tôt, patron… de zinc à Arbois, et exploitant d'un chalet au bas d'une piste de ski proche de Lamoura.

Ombilic du Foot, ombilic du Zinc, ombilic de l'Amitié, Alain nous reçoit gracieusement et ma puce va passer cinq hivers à skier et à se gorger de l’air pur des montagnes avec sa copine Camille-Charlotte, fille d'un couple... de restaurateurs dolois ; inséparables gamines que j'allais promener comme si elles avaient été des sœurs. Morisi l'éclaté en papa poule, c'était une nouveauté.

Puis je raccompagnais Lo à Marseille, la ramenais à sa maman toute heureuse de la voir heureuse. Arrivait le moment de la déchirure quand nous devions nous quitter : supplice, répétition sisyphéenne, arrachement éternellement recommencé qui me forçait, Prométhée ridicule dans son duplex, à redoubler d'efforts pour mener à bien mes écritures.

Les femmes, les sens, le plaisir, le sexe ? Hors sujet s'il l'on excepte quelques cabrioles au sortir du Sipssi, du Mocambo voisin ou de soirées passées à écouter des amis musiciens au Casino. Le dard dressé sans problème. Du savoir-faire et du respect. Aucun désir de couple. Fidélité absurde d'un Casanova du Bon Coin, dépendance vaine à la maman de sa fille qu'il avait abandonnée et à celle de l'été 96 qu'il n'a pas su retenir.

En attendant, Ombilic de la Balle, je me fais installer une antenne parabolique puor suivre les exploits du "Divin à la queue de cheval", le ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio, dont le rêve est, après quatre ruptures des ligaments croisés du genou, de participer à sa troisième coupe du monde l'été suivant en France...

(A Suivre)

Année 98-99 : À la force du poignet, l'EDZ et ses avatars se cramponnent à la rampe et racontent Besançon et ses gens de tout poil : citoyens, artistes et énergumènes avant tout. Nul doute que l’EDZ est le contrepoint chaud, vif, insolent, libre de ce que racontent les médias "en place", l’Est Républicain, Besançon Votre Ville, Radio France devenue France Bleu et France 3, où les camarades journalistes perdent chaque jour davantage d'autonomie et de moyens.

Dommage, car avant que le néo-libéralisme convenu et le Covid n'euthanasient une partie de nos bistrots ( pas viables), Besac comme Saint-Etienne, Rennes, Toulouse ou Marseille, c'était la movida...

´Movida ´, le mot vient de Madrid, Espagne, dans "movida", il y a le "move" anglo-américain, le mouvement, la vie. Vous me direz que Besançon n'a pas attendu que tout cela soit la mode pour se bouger. Dans les années 80/90, il fallait voir les soirs de fermeture autour du théâtre, de la place Jean-Gigoux, de la rue Pasteur, des rues Bersot et Claude-Pouilley, de Marulaz, la Madeleine et Battant. Des dizaines de garçons et de filles qui faisaient durer le plaisir une heure, deux heures après la fermeture des bars, ce qui agaçait les patrons de night-clubs, car il y avait un night sur la place Granvelle (le Siipssi), une boite au bout de la Grande Rue (le Taos, dit le Swatt) et pas mal d'american, dont le Bagatelle, le Sélect, d'autres à la durée de vie plus ou moins éphémères.

Autre temps, autres mœurs. "En France, on entre en bistrot comme on entre en religion", écrivit Antaole France. C'était le cas du temps de l'Écho (1993-2000). Ca l'avait été les décennies précédentes, une spécialité gauloise, se la raconter, faire circuler les nouvelles, faire de la politique, commercer "en affaire", ne pas dormir seul, informer volontairement ou involontairement les flics. Trouver du boulot. Ne pas se suicider et prendre un dernier verre avant de rentrer dans sa turne. "Monsieur Richard, un dernier, pour la route !"

Nostalgie d'un temps révolu avec les lois hygiénistes, la crise économique, la chasse au bruit et les réseaux sociaux ?

Un peu, car en le privant de cet art du bistrot qui l'avait aidé à survivre à l'exode rural, à deux guerres et à la pauvreté, on a tronçonné le corps social de la France, on a brisé la chaîne des petites solidarités quotidiennes qui reliaient le bouquiniste au marchand de biens, au plâtrier-peintre, à l'étudiant, à son prof, aux clients de la salle des ventes et à l'avocat ou au patron de garage. Repassez vous les films de l'âge d'or du cinéma réaliste français de l'entre deux guerres et des années 50 et 60... Y aurait-il eu 'Hôtel du Nord', 'les Vieux de la Vieille', les 'Tontons Flingueurs' et Coluche sans Blondin, René Fallet et les hussards de la picole et du delirium lexical car, nous en sommes toujours d'accord "L'intention de l'amiral serait que nous percions un canal secret souterrain qui relierait le Wang Ho au Yang Tsé Kiang...." ('Un Singe en hiver')

Ah, les commandos du rade de l'EDZ, des tours du monde de la boucle en 90 canons du centre à la rue de Belfort en zigzagant par la place Flore, Montrapon, Saint Ferjeux, Planoise, la place du Jura, un tour à Rivotte et retour au Petit Bar avant de se finir au Cercle Suisse ou au Carpé, au Gibus, au Brussel's ou aux Passagers du zinc !

Et dans chacun de ses oasis, parfois heureux souvent lugubres, des créatures appartenant à la ‘zèt'zumanie ´ : une expression empruntée à mon ami Pedro (ne repose pas en paix, dis leur de quel bois tu te chauffes...).

Comme cette enfant qui tire son papa ivre par la manche, cette maman obligée de se prostituer qui tend un billet de 20 à une cloche ; ces comédiens cassant la croûte entre deux répètes de 'Caligula' ; ce camé tremblant à la recherche d'un fix’, ; le sosie de Sharon Stone ou celui de Pauline Carton en chaleur ; le directeur de l'Orchestre de Besançon déjeunant avec une compositrice de musique contemporaine. Le Doyen de la fac en train de préparer sa ré-élection. Un machino quittant une terrasse et courant pour aller chercher son fils à la sortie de l'école ; Monsieur Ali qui lit l’Est chez Barika, des vieux gars qui jouent au 4X21 rue des Granges : les pros du BBC qui prennent un drink sur le compte du patron, bref, des univers qui se côtoyaient et se croisaient, faisaient ville, donnaient aux quartiers de Besac des airs de' ramblas' et faisaient la nique au Quartier Latin et à Greenwich Village…

Avec des concerts, du rock, du punk, du jazz, de la chanson française : Ah, Pascal Mathieu, Boris Mégot et les autres, sans oublier le grand Raoul, sa barbe rousse et son œil qui disait merde à l'autre. Pierrot de la rie de Belfort aussi, et les autres.

Certes, c'était avant la gentryfication immobilière, les interphones, les coups de fil des minus de ma génération aux flics parce qu'il y a trop de bruit en face de chez eux, et la Triade facebook-twitter-instagram qui vide les bistrots et remplit les cabinets des psy d'autistes et d'incapacité de l'accolade et de la poignée de main.

Bordille, comment ils vont faire, les mômes du hip-hop on-line et du free-style en bocal distancié ? Qui va les ramasser quand ils pleureront leur misère en ville, comment vont-ils s'y prendre pour tomber sur ´quelqu'un’ (la compagne ou le compagnon d'une vie) par hasard ?

Bon, j'aurais eu mon épisode vieux con, tout arrive à qui sait attendre... Que voulez-vouis, j'adorais le temps où Gabin, Aragon et Audiard parlaient d'un 'artilleur de Mayence qui n’en est jamais revenu ´ ou de cette fille qui avait rencontré "un juif venant de Formose qui sentait l'ail" et ´qui l'avait tiré d'un bordel de Shangaï" . Ouais, ils ne parlaient pas de Pascal Praud, d'Hanouna et de Zemmour, cette fiente toxique, ce symbole de la France de la haine qui hélas a la vie dure.

(A Suivre)

Mai 1998 – Bistropoitan et l'EDZ-Besac invente le concept d'Invasion de ville, convoque ses meilleurs limiers et prend la ville de Saint-Éienne d'assaut. Ce qui fait dire à un anonyme sur un billet abandonné chez Yvette au bar de Lyon : "Les Bisontins (les byzantins ?) ont débarqué ! Avec leurs chapeaux, leurs ordos, leurs photos, leur vidéo et leur Mario ! Les Byzantins ont débarqué troubler l'ordre stéphanois, faire parler ceux qui ne parlent pas. Et dire enfin ce qui ne se dit pas..."

Quel hommage pour nos ‘70 heures en Vert’ ! Des souvenirs à en pleurer pour le commando du rade et de la culture composé d'Isabelle Tannier, Yves Petit, Amor Hakkar et Mario Morisi, renforcé par une vingtaine de rejetons des Armes et du Cycle, des mines et de l'ASSE... Et par Berth au feutre et au fusain...

Mai 1998. On touche là à un grand moment de L'EDZ, la semaine où, en coordination avec Alain Besset et ses lascars du Chok théâtre, souvent passé à Besac, un carré de fêlés saute dans une voiture, dévale l'A 39, l'A 40, prend par Sainté à la bifurque de Vienne et pose ses ordis, ses appareils photos et son matériel vidéo au siège du Chok puis chez Yvette, Mecque et Factory de la contre-culture (et pas seulement) de ce temps-là. "Et vous venez faire quoi, nous demandent les habitués ? - Envahir votre ville et la raconter, mon colonel, ni plus ni moins !

Ce qui suit est à peine croyable. Entre le mythe de l'auto-organisation proudhonienne des "Byzantins", et la solidarité ouvrière chère à Sainté, c'est illico le grand amour. Des PC poussent sur les tables, des reporters locaux proposent des sujetsau musée d'Art moderne comme sur le lieu de tournage d'un long-métrage parisien ; dans les caves et les garages comme dans les ateliers d'artistes, chez les décorateurs, à Radio Dio (un porte-drapeau du mouvement des Radios dites libres avec Grenouille à Marseille).

Pour payer le 8, le 12 pages stéphanois qui sera inclus dans l'EDZ Besac ? Nos complices font le tour des bistrots, des coiffeurs, des graphistes, des artisans. Tout le monde s'y colle, tout le monde est commercial, correcteur, réviseur, rédacteur, dessinateur au point qu'on comptera 24 signatures en 12 pages, un pool de rédaction métastatique qui contamine tout, au point que l'Adjoint à la Culture, de droite, jamais venu chez Yvette, rapplique inspecter la chose. Où va-t-on si des fauteurs de trouble font irruption pour mettre au grand jour les petits secrets et les combines en politique culturelle ! Pire, car le peuple a plein d'yeux, plein d'oreilles et la langue bien pendue !

Des "byzantins", en pius, qu'on ne peut pas tenir en échange d'une sub ou d'une faveur...

Vindieu ! Ce sont des jours flamberge au vent, Amor, ce cinéaste qui mériterait tellement mieux (allez voir "La Maison Jaune" et pas seulement) se régale sa cam au point. Yves Petit, à qui l'EDZ devrait faire une statue, fait un reportage tous azimuts 24 h 24. Isa Tannier, l'"alter ega" de M.M. déniche des merveilles de sujets et de portraits. "Lui" l'homme qui travaille du chapeau, coordonne le flux tendu (et confus) des propositions qui affluent ; on boit, on rit, on séduit, on mange, tout semble gratuit car partagé, il finit par y avoir dans nos pages des artistes pauvres, des artistes connus : le patron du CDN, Pierre Pécoud, une pointure de l'art brut, des rockers, le jeune dramaturge Granouillet ; des punks, des décoratrices, des artisans, des fadas, des mythos, un chirurgien d'excellence, des fachos planqués, des génies aigris, des gitans flamboyants, un poète russe qui n'écrit pas, des nanas épatantes, une ancienne fleur da pavé au cœur d'or...

Pas tout à fait deux jours et arrive le Boss du Chok, celui qui fait tout bouger depuis la création de sa compagnie et bientôt de son théâtre. Il revient de Toulouse où il donne des cours et propose ses spectacles. Il n'en revient pas de ce qu'il trouve, c'est la Factory de Warhol, un atelier du Quattrocento, un laboratoire de Cine-Citta ! Bon sang, les invasions de Ville ! J'en ferai plus tard quelque chose mais l'idée n'a pas pris comme je l'espérais. Le projet était sublime : une demi douzaine de reporters multi-disciplinaires débarquent dans un bistrot ou dans un atelier et en font leur rédaction. Sont accueillis par des indigènes qui les guident puis se joignent au commando. Objectif : raconter le quotidien des artistes du lieu des plus prestigieux aux plus obscurs. Façon "Là bas si j'y suis" de Mermet. On collationne des réclames, des annonces, des pubs. On bosse le chemin de fer, on met en page et on file chez l'imprimeur. Une semaine plus tard, on livre le résultat aux gens du là-bas devenu un ici et on s'en va.

Les envahis choisissent une tierce ville à envahir, préparent le coup avec des gens de là-bas et la chaîne se met en route urbi et orbi. — P..., et personne pour comprendre ce que ça signifiait ! Si, les Stéphanois quand il parcourent l'EDZ Saint-Étienne 23 ans plus tard. Que de méconnus devenus des références, que de foyers de résistance et de créativité ! Bref, quelle richesse dans le bas-peuple des bistrots...

Bref, quand on boit un dernier verre chez la Sublime Madame Yvette, partie elle aussi, on a les yeux pas secs, vous vous souvenez, Isa, Yves, Amor ?

(A Suivre)

1999/2000 - Vers le Millenium, les parutions de l'EDZ sont en avance sur leur temps, elles inventent le périodicité épisodique et les variants, une chaîne de titres qui obéit aux lois occultes de l'anamorphose et qui accouchent d'un "Show Dedans" (4 numéros), d'un "Culture & Cie" (7 numéros), d'un "Welcome Magazine" façon Guide du routard pour l'été et bientôt d'une autre diablerie :"la Gazette du Sport bisontin et comtois"....

C'est avec "Culture & Cie" que l'EDZ atteint sa maturité éditoriale, un équilibre de culture(s), de société et de vie de tous les jours, avec l'apparition parmi les annonceurs de tout ce qui se faisait de mieux sur Besançon : L'Opéra théâtre, le Nouveau théâtre de Besançon, l'Espace Planoise, l'Orchestre de Besançon, Los Production, Micropolis, le théâtre de Dole, celui de Lons ; le Cylindre, Le Moulin de Brainans, mais également, fidèles à leur engagement initial, le Bar de l'U, le Cercle Suisse, les Passagers du Zinc, le Café, Au Pt'it Bar, la Casa d'Espé, le Timis, le Parechoc, l'Annexe des Aviateurs, le Yam's, le Globe, le Black Hawks, l'Embuscade, le Blankass, le Café de la Viotte, le Groony's, la Brasserie Granvelle, le Kilarney, et de nouveaux partenaires comme une école de salsa et l'Épicerie 'Le Temps présent', ouverte presque non-stop et guidée de main de maîtresse par 'l'épicière est une sorcière"...

Dans le contenu, grâce à pléthore d'amis amoureux de théâtre, de musique, des arts plastiques, de livres, de bd et de polars (merci Thierry Loew, merci tous les autres), on remarque ´la Tour prend garde ´, club d'échecs d'excellence qui propose des problèmes ´top of the pops’ aux candidats à un classement ELO.

Le chemin de fer a pris ses marques et puisque ces chroniques s'adressent aussi à ceux qui raconteront l'histoire, citons la colonne d'accroches du numéro 6 de mars 2000 :

CULTURE PROJETS – une Friche à Bsac ? Une salle rock à Besac ? No more pub rock à Besac ? / THEATRE EN REGION - Opéra-théâtre, Belfort, Lons... / ZIK(s- - Fred Lançon, Lamb, Curtis Mayfield, Raspigaous, JAZZ : Vorarshadouia . CHANSON : Le Mégot Tour. POLAR : Viande froide. POEZIE 2000 : Tija convie. / CULTURE CITÉ - Cult-Laïque, Cult-zinc, Cult-Urba, Cult-Gastro, Cult-Peuple...

Les mots disent la chose, un vrai city-news où les programmes sont introduits, habillés, exaltés ou vilipendés, un média chaud, l'humus sur lequel va prospérer ‘Diversion(s)´, un éditeur venu du grand est appelé à faire florès en mode cool, sans polémique, au service des acteurs culturels, moyennant finance...

Mario Morisi va quitter le 135 Grande Rue pour s'installer au Clairs-Soleils dans le cadre de la "Gazette du Sport," folie éditoriale mise sur pied par le trio universitaro-rock, Jean-Pierre Lhôte, Claude Condé et Gilles Trinita, avec Morisi en rédac-chef,

2009 c’est le moment où le sport bisontin est au zénith avec les handballeuses de Sandrine Mariot et Valérie Nicolas. bientôt championnes d’Europe, le BRC en coupe de France, le BBC de Mulon en Pro A, le hand masculin et le hockey sur classe auxquels s'ajoutent les haltérophiles, les lutteurs et les kayakistes, dont Maxime Boccon qui sera notre envoyé spécial aux JO de Sydney.

Des journées bien remplies, d’autant que celui que j'étais, ivre d'hyperactivité et motivé par le financement des moments consacrés à sa fille unique sur le point d'entrer au collège, décide avec Condé devenu doyen de la fac de Lettres, de lancer les Éditions du Zinc qui présentent aux Sandales d'Empédocle ´:´La Boucle infernalé - ´Dans la Ville aux Mille Coupoles’ ; un recueil de dessins de Berth ; un essai de Louis U, et un roman foldingue d'un élève de Claude dont, qu'il me pardonne, j'ai oublié le nom.

1998, c'est l'année de la première victoire de la France dans "sa" coupe du monde. Ombilic de la Balle, mon cœur ne balance pas, je suis les exploits de Roberto Baggio, le 'Divin à la queue de cheval' qui s'est rasé, ô tempora ô mores ! Pour quelques centimètres en quart de finale au stade de France, mon héros manque le but en or qui aurait fait pleurer la France. Déçu moi, pas ma Lo qui saute sur la table d'un bar terrasse avec le maillot 10 de Zizou, sous les applaudissements des touristes présents à Rimini où nous passons une inoubliable semaine...

Plus de nouvelles d'Iris, si ce n'est sporadiques. Je tiens le coup côté cigarette, mieux, je prends une décision tous les 1er septembre, date de notre rupture : je ne bois plus pendant six mois, je me fixe des délais pour mes écritures. Je sors moins, je phosphore seul aux Clairs-So, y amène parfois une camarade de jeu dans un appartement bureau presque vide. Mécaniquement, tout va bien, j'essaie de donner à l'autre ce qu'il attend. C'est sympa et triste. À l'ombre des trois Dames : Elle M,, Elle S et Elle I.

Ah si, je rentre souvent voir mes vieux parents à Sampans. Giovanni dit Jean se morfond dans sa retraite, sa tumeur au colon l'a affecté même s'il en est guéri.

Ma mère lutte dignement, ils ne s'entendent plus que par routine et reconnaissance. Elle est folle de joie chaque fois que je lui amène Lo, "sa petite reine". Elle est désolée que ça n'ait pas marché entre moi et sa maman, elle l'aimait beaucoup, elle aurait tellement voulu avoir une fille...

Ces années-là le débat fait rage pour savoir si le Millenium commence le 31 décembre 1999 ou le 31 décembre 2000. Ma fille est moi fêtons la fin de 99 et mon 48e anniversaire chez Claude au Point du Jour. Nos enfants font connaissance ; Ève adore Lo. J'apprends à Léo à frapper de l'extérieur du pied, il deviendra pro et jouera en première division à Chypre.

Le deuxième Millénium, nous le fêtons chez Hans, mon vieux copain des années italiennes et du Fashing à Schwäbisch-Hall. Nous prenons une photo de Lo avec un billet de 50 Deutsch-Mark, qui sera caduc le lendemain matin, premier jour de la monnaie "tunique". Bon, Lo encaisse mal la nature gutturale du parler local et la névrose morbide de la compagne de Hans. On visite un château, Hans lui fait faire de la luge...

Ainsi venait de passer l'An 2000. Fin des parutions de L'EDZ et début du journalisme sportif avec la "Gazette du Sport", puis "Spormidable", le mensuel que Sylvie Magnenet va lancer dans la foulée.

Tout cela jusqu'à ce que l'Ombilic du Rock et de l’Amitié m'offre une occasion inattendue sur un plateau, qui sera l'objet du prochain épisode....

(À Suivre)


Premier semestre 2000 – "La Gazette du Sport bisontin et comtois" débarque en plein Âge d'Or du sport à Besançon. Responsable d'une irruption qui plaît moyennement aux médias en situation de monopole : Gilles Trinita, historien, amateur de calembours et rocker parmi les rockers, avatar de Lee Brilleaux, père de Dr Fox, chanteur de Barfly, maintenant, avec Farid, pilier des Cosmix Banditos.

Dans l'ombre du projet, on trouve Jean-Pierre Lhôte, psychologue à la fac et Claude Condé, homme de cœur et d'esprit qui ne s'est pas contenté de faire une carrière universitaire remarquable.

Aux manettes rédactionnelles, on trouve M.M., pour qui le sport a toujours ét une mamelle nourricière, un ombilic.

Mais avant le numéro 1 de "La Gazette du Sport bisontin et comtois," un variant de l'EDZ pour ce qui est de la maquette, le Morisi du Millénium reçoit un coup de fil d'Aurélie Pavard, l'épouse de Christophe Tronchet, homme de communication, auteur d'un livre sur New York, ex Dee Dee's et toujours Silver d'Argent à présent signés chez Saravah par le fils de Pierre Barouh, une référence de la chanson faite en France.

Aurélie et Mario s'étaient vus lors d'un de ses passages à Paris pour saluer les gens de l'hôtel de Clermont. Auteure d'un roman érotique particulièrement chaud et réussi, Aurélie devenue l'épouse de Tronchet et maman, a l'idée d'une série de polars qu'elle présente à Gérard de Villiers qui trouve son idée excellente. Il y a des romans policiers de toutes les sortes, mais pas de noirs inspirés de vrais Faits Divers qui proposeraient, à la "Détective", de reconstituer et vivre les meurtres aux premières loges, à partir de dossiers avérés, minutes des procès et enquêtes de police.

La collection Faits-Divers, produite par les éditions Vauvenargues, Paris, obéit à un principe : on connaît la victime et le coupable, on s'appuie sur des faits réels, mais on les téléporte dans une autre région pour éviter les problèmes légaux. Le frisson vient du crime qui devient inéluctable au fil des pages. Pas de criminels professionnels, pas de tueurs en série, du drame au quotidien, l'horreur qui surgit au petit bonheur la poisse en Haute-Saône, à Albi ou en Saône et Loire.

Aurélie, qui signe Louise Marie le n°1, "J'ai tué l'homme de ma vie", et qui a en main "Appelez moi Jo" de Vincent Ged et "Vos papiers s'il vous plaît" de Jeff Denis, vient d'être plantée pour son auteur numéro 2 : pas facile de torcher 200 pages en quelques semaines.

C'est là que Mario intervient. Mario a écrit avec Amanda Lear, avec Sam Bernett et Max Dumas, qui d'autre pour pondre sur commande un Faits-Divers en un mois et quelque : sortie prévue pour avril 2000.

Mario est ok. Il se réfugie dans la maison familiale à Sampans et, après avoir choisi un des trois dossiers criminels qu'Aurélie lui faits. parvenir, traite la question d'un matricide œuvre d'un dadais psychotique de 40 ans que sa maman, une coureuse, veut à tout prix marier pour s'en débarrasser. Ca se passe près de Lure, dans un coin de marais qui ressemble au fief du capitaine aux yeux bleus. Horrible histoire qui vaut à son auteur d'être mal vu par le conseil général de Haute-Saône, terre de sorcellerie, d'alcoolisme et - c'était jadis - de consanguinités sanglantes.

"Mort à la Mère" est une réussite, il plait beaucoup à De Villiers, les 15 000 exemplaires distribués dans les Point H sont épuisés en peu de temps.

Mais là n'est pas l'essentiel, l'essentiel, c'est que ces Faits-Divers - il y en aura trois autres : "J'aurai ta Peau Saxo" (2001), "Achevez Cendrillon" (2002) et "Castor Paradiso" qui ne sortira pas chez Vauvenargues, liquidé suite aux ennuis du patron avec Vinci, mais chez Tigibus à Besançon (2005) - c'est que ces Faits-Divers donnent naissance à un des hétéronymes de Morisi avec Pierre Launay, Seamus Anderson, Schwartz-Belqaçem, Héraldo Flynn, Marmor et autre Vernon Bulgari, un auteur posthume.

L'anecdote mérite d'être racontée. Stressée à mort, Aurélie reçoit mon manuscrit, le révise et l'envoie au maquettiste qui ne connaît que mon prénom, Mario, et veut un nom de famille. Aurélie est injoignable, je le suis encore plus, le gars ne fait ni une ni deux, il colle ´Mario Absentès’ sur la couve, puisque je se suis Mario l’anonyme et l’innommé. Ainsi naquit le pseudo de l’auteur de noirs de l'École de l'Aire de Sampans, un mouvement littéraire qui se réunit toutes les années bissextiles sur une aire de l'autoroute A-36...

La littérature noire, c'est beau, mais début 2000 il y avait surtout les risques que prenait Trinita en mettant sur pied un dossier qui le faisait passer de chômeur à directeur d'une société de presse avec tous les tracas que cela implique, même s’il était soutenu par le L de LTC l'Agence, Jean Pierre Lhote, et par le C, Claude Condé, qu'on voyait plus au Petit Bar que dans notre bureau des Clairs Soleils.

Mais de tout cela nous reparlerons tantôt, car ce furent des mois ébouriffants à chanter les exploits de nos stars bisontines et comtoises au nez et à la barbe des importants de la presse locale ( Hein Labbé, hein Vial…) qui ne pouvaient pas nous piffrer, tout au contraire des sportifs et de ceux qui savaient lire...

(A Suivre)

2000-2001 – La superbe aventure de Gilles Trinita, Morisi et consorts au pays du sport bisontin et franc-comtois. Des moments de triomphe avec les équipes de sports co, de confidences avec les athlètes olympiques et de franc-penser avec les petits malins qui nichent dans les clubs affaires et les couloirs qui comptent, sous le regarde routinier de journalistes qui n'ont plus de sportifs que le nom et le statut...

Merci les gens de l'ESB F, de l'ESB M, du BBC, du BRC (un peu moins), du BHC, de la lutte, de l'haltéro et des sports d'hiver....

Erik Lehmann, Germain Castano, Sandrine Mariot, Raphaëlle Tervel, les Matam Matam, Aiain Pivron, les responsables du centre de Prémanon, les autorités du sport à Dole et à Lons, la fine fleur de la boxe bisontine, des champions du monde et d'Europe. Ah, le parcours du BRC en coupe de France aux dépens de Strasbourg puis de Lens. La coupe d'Europe de l'ESB F, la lutte pour la montée de l'ESBM, lavpaddion quoi, du rugby de campagne et devla lutte au sommet ; qu'est-ce qu'on s'est régalé avec nos correspondants et nos soutiens (Merci Jacques Mariot !).

Un départ sur les chapeaux de roue, vraiment. Nés quelques mois plus tôt, nous voilà reçus par Ruty au centre de formation du FC Sochaux, à Châlon chez kes ruggers : auteurs de dossiers transversaux façon "l'Équipe Magazine" donnant la parole aux arbitres de sports co', aux capitaines, aux gardiens de but.

Au siège, en plein Clairs-So, quartier mal famé et diffamé, on fait fureur. Les sportifs de haut-niveau, les présidents de ligue et de districts, et même les politiques, viennent se faire confesser par LTC… Ah, les séances de brainstorming avec le colonel Chabert, patron de la boxe franc-comtoise ! Ah les moments festifs avec Max Boccon et ses potes de l'équipe olympique de canoë-kayak.

Le problème, c'est que nous brûlons les étapes. Au lieu d'attendre que le dispositif d'aide à la réinsertion de Trinit' se mette en place et nous verse des aides, nous nous lançons dans la bagarre de manière que nous en somme au numéro 4 quand la décision de nous aider - ou non - va être prise...

Ils sont débordés, les tuteurs et les consultants. D'autant que suivant la tradition de l'EDZ qui abuse modérément, la Gazette traque les combines et les indélicatesses, titre dur, parle de catastrophes annoncées, farfouine du côté du Club Affaires du BRC ; alerte le public et le président Granger, top manager du Crédit Agricole national, qui les écoute avec intérêt puis avec reconnaissance.

Ça tousse dans le Gotha plan-plan du sport indigène et de ceux qui devraient le raconter. Quand ´la Gazetté s'installe au Palais des Sports pour assister à un choc de Pro A ou à un quart de finale de coupe d'Europe de hand féminin, les rassis stipendiés d'autor tirent la tronche. D'autant qu'ils écrivent avec les pieds, font dans le sobre poussé jusqu'à l'ennui.

Sanction : les sportifs que nous rencontrons nous félicitent : enfin une manière vivante, insolente, engagée de parler du sport !

Le problème - il vient de la nature impétueuse de Morisi - c'est que nous faisons des pas plus longs que nos jambes en embauchant une secrétaire à mi temps que nous sommes incapables de diriger et qui, abandonnée à notre bureau sans mission à accomplir, finira par traîner LTC aux prudhommes.

Idem pour le jeune commercial qui performe au commencement mais avec qui les choses se gâtent. Il est là pour la blinde pas que pur le fun.

Autre biais, les salaires (des mi-temps) que nous nous versons et qui entament notre trésorerie. Effet de système aggravé par la décision (la faute à Morisi encore) d'abandonner la formule papier journal pour une formule magazine régional qui coûte le triple en fabrication et nous oblige à courir aux quatre coins de la Franche Comté.

- Saint-Claude, Belfort, Prémanon, Dole, Lons, c'est bien beau mais les Bisontins s'en moquent un peu. Quant aux publicités, papier glacé, quadri, elles n'arriveront pas assez tôt.. C’est un fait : on n’inspire pas confiance dans la durée…

On reçoit du renfort : le graphiste du Pop Hall nous refait la maquette.

Des correspondants se proposent dans le pays de Montbéliard et dans le Jura.

Sauf que, si Morisi dort au bureau et marne 18 heures sur 24 en plus de ses romans de gare, l'actionnaire majoritaire, Gillou Bouli, chanteur de blues rock et amateur de grasses matinées le weekend, trouve qu'il en fait trop pour ce que cela lui rapporte, avant tout des soucis.

On manque de transformer l'essai de peu. Ayant fait un reportage sur la préparation de l'étape du Tour de France dans le haut-Doubs, nous rencontrons un cadre de Festina qui trouve notre aventure séduisante. On pourrait trouver un arrangement.

Le gars ne ment pas mais, lorsqu'il se manifeste, LTC a déclaré forfait au grand soulagement du conseiller patrimoine du Crédit Agricole qui n'en peut plus de voir Bip Trinita et Bop Morisi le supplier de leur accorder une rallonge, un business-plan optimiste sous les ruggers e sorte que l'Agence met la clé sous le paillasson, pour le plus grand bonheur de ceux qu'elle a empêché de glander sur leurs deux oreilles pendant 16 mois.

La fin est désolante, Gilles et Mario se fâchent, ils se rejettent la responsabilité. Gilles assume les conséquences statutaires de la cessation d'activité de la Sarl ; le devoir rappelle Mario auprès de ses vieux parents en mauvaise santé. De Besançon à Dole, il n'y a qu'un pas mais Mario - aux Assedic - doit rebondir vite. - Ombilic de l'Amitié, c'est le moment que choisit Guy Bolet - ancien des Manches à balai, bateleur, funambule, trompettiste, dramaturge sur commande, anciens de la Cure d’Orsans, dix ans plus tard auteur Grasset - pour lui demander s'il se sent capable d'animer des ateliers d'écriture… en prison, ce qui lui permettrait de prendre un congé sabbatique...

(À Suivre)

Début des années 2000-2001 - Les parents de Morisi ont vieilli et sont un peu perdus dans la grande maison qu'ils se sont payée à la sueur de leur front. Le père ne conduit plus ou presque, la maman se sent seule loin de son fils et de sa petite fille, pour qui elle se fait du souci. ..

Alors Mario rentre à Sampans pour les soutenir. Fini le tourbillon et les béatitudes de la Boucle, retour à Dole, une ville qui, pour l'auteur du tout récent "Mort à la Mère" (un titre qui déplut à Elle S., la maman de notre fille), sentait fort la droite maussade et la naphtaline...

La liquidation de LTC signe la fin d'une époque pour le Morisi que j'étais alors.

Fini les reportages au vitriol de l'EDZ et les investigations de la Gazette du Sport, les "commandos du rade" et les portraits de citoyens en colère. Bienvenus les salons du livre et les dédicaces.

Écrivain à 50 ans, il était temps. Pas grâce aux livres sortis au milieu des années 80, pas grâce à ma traduction de l'anglais chez Actes Sud ou aux ‘Bavures de l'Adoption’ du début des années 90, mais grâce aux Faits Divers de chez Vauvenargues, un comble pour quelqu'un qui n'était pas un inconditionnel du roman noir et des thrillers.

C'est pourtant le 'Pas Sérial S'abstenir' n°3 de mai 2000 qui allait mettre le pied à l'étrier de Morisi qui signe sous le nom d'Absentès, son hétéronyme au noir, et qui est tout étonné de se retrouver

avec des pointures du genre : Crifo, Reboux, Embarek, Akkouche.

Plus étonné encore de voir son livre en tête de gondole du programme de la manifestation avec un extrait si chouette qu'il a encore aujourd’hui l'impression que c'est un autre qui l'a écrit.

La suite est inespérée, ´Mort à la Mère' passe à la télé, reçoit le titre de ´Coup de Cœur’ aux Mots Doubs en septembre, où il revoit son ami Patrice Delbourg, qui lui présente le grattin parisien.

Aurélie, la maman des Faits Divers, l'appelle dans la foulée. De Villiers trouve le livre excellent, il en veut un autre pour le printemps 2001. Il essaie même de l'enrôler dans une de ses collections...

C'est le moment de la mue, je quitte le bureau des Clairs-So et je régresse (c'est le mot pour 'rentrer' en espagnol) à Sampans dans la bâtisse familiale où j'écoutais jadis ´Bonjour Monsieur le Mairé de Pierre Bonte avant de me faire ramasser scolairement. Gueule de nostalgie forcément. C’est entre ces murs que nous avions vécu deux ans avec le capitaine aux yeux bleus...

Souvenirs, souvenirs, Je m'installe à l'avant de la maison (un ´château ´ de 12 pièces, haut de 8 mètres au garrot). J'y installe un bureau, mes archives, mon ordi, mon scan, une montagne de matériel filaire.

Maman est heureuse de me savoir là, tout à côté d'elle. À quoi cela peut bien servir de faire un enfant si on ne l'a vu qu'une dizaine de mois en 30 ans ? En attendant, je la conduis faire ses courses au Géant Casino, je l'emmène faire réparer sa montre, suivre des examens à l'hôpital Pasteur.

Avec mon père, c'est plus heurté. On regarde le foot et le vélo ensemble mais il supporte mal, lui le combattant, le meneur d'hommes, de péricliter, physiquement : chaque matin un sale sensation, Parkinson qui guette, des problème de digestion, la tension… Il ne va plus au PMU… Il ne supporte plus ma mère… Il ne supporte plus rien, dort la plupart du temps, voit tout en noir.

Trêve de lamentations, Morisi est résilient (c'en est presque de l'insensibilité), il suit les conseils de son ami Guy Bolet et ils rencontrent le SPIP de Belfort qui pilote le dispositif "atelier d'écriture" en prison, une action conjointe du ministère de la Justice et de celui de la Culture.

Côté Culture, Morisi connaît Philiippe Lablanche, le conseiller au Livre et à la Lecture de la DRAC qui a apprécié les "Culture & Cie" et ´Mort à la Mère ´.

On boucle rapidement. Je reçois une lettre m'annonçant que je dois me rendre à la maison d'arrêt de Lure pour exposer mon projet au directeur de la prison et au SPIP en charge. Bonne nouvelle (le prix horaire est alléchant, les frais d'essence et de panier calculés comme dans l'administration). Pauvre maman qui m'imagine pris en otage par des détenus sanguinaires... Il n'y a pas de limite aux angoisses d'une mère et aux grognements d'un père qui trouve que son fils unique, dont il a été si fier, est un bon à tout, bon à rien, ce qui n'est pas faux.

C'est dans ce contexte que Morisi invite pas ma de ses amis à fêter son 50e anniversaire à l'endroit précis où il avait fêté son vingtième. Une bamboula mémorable où les copains de toujours (l'ami fraternel, les Max, des amis du foot dolois, les conscrits de Sampans) fraternisent avec les camarades de fraîche date (Dahmane Soudani le journaliste et pas mal de Bisontins), en la présence de sa fille adorée et de sa copine Camille Charlotte.

Une ligne de partage des eaux de sa vie, une bande jaune qu'il allait franchir, car mis en lumière par la critique Morisi/Absentès allait devenir ce que j'avais toujours rêvé d'être, un écrivain...

(A Suivre)

001-2002 – Niccolo Machiavelli, un des pères fondateurs des sciences politiques, l'a formulé dans son traité "Le Prince", dans la "Vie au temps de Tite Live" et dans son "Histoire de Florence"...

Toute stratégie, aussi raffinée soit-elle, bute sur un élément incontrôlable, la ´fortune ´, c'est-à-dire l'ensemble des conditions aléatoires qui s'imposent au Prince, au stratège et à chacun d'entre nous. Cette "fortune" est la plupart du temps incarnée ; c'est le hasard et l'alchimie inexplicable des rencontres que nous faisons qui nous aident ou nous empêchent de réussir dans nos projets...

Morisi n'a pas à se plaindre au moment où il se détourne de ses activités d'éditeur de presse pour se consacrer à son besoin de devenir écrivain et d'être régulièrement publié car - au détour des années 2000 - se développe le Centre régional du Livre de Franche-Comté qui prend la suite d'une association précédente à la vocation, disons plus locale et népotiste.

Louis U, le vieux complice du temps des études en philosophie et des tournées rock'n'roll, y avait ses entrées. C'est lui, lorsque Morisi est directeur de MJ, qui lui a commandé une série de textes pour sa revue littéraire "Luvah", Incluse une triple traduction en aveugle d'un texte de William Blake.

L'homme de lettres, de livres, de littérature à qui l'on confie la tâche de bâtir un Centre du Livre de Franche-Comté mis au service de toute la filière du Livre (auteurs, éditeurs, libraires, distributeurs, diffuseurs, organisateurs de salons ) se nomme Dominique Bondu.

Cirer les chaussures est rarement éloigné de savonner la planche, ça ne sera pas le cas ici. Dominique Bondu a été un moteur, un lanceur, un projeteur de grande classe. Avec son équipe (un salut affectueux à Géraldine Faivre, la Madame Petites Fugues, inlassable, humaine, intelligente... et à Christophe Fourvel, auteur à la Fosse aux Ours, qui s'est chargé des premiers catalogues des ressources en région et des parutions). En fait Bondu remet l'église au milieu du village et les pendules à l'heure. Il concrétise le projet de centraliser les subventions de la DRAC, de la Région, des départements et des Villes et fait du CRLFC le lanceur des ´Dionysies’ du Triangle d'Or, une fête à la fois littéraire et viticole autour d'un thème, le premier étant le roman policier.

Il mettra ensuite sur pied les Petites Fugues, double semaine qui propose à une vingtaine d'auteurs nationaux, suisses et locaux de parcourir les villes, les villages et les bibliothèques pour présenter leurs livres accompagnés d'un tuteur qui pouvait être un professionnel du CRL ou un partenaire, dont Morisi pendant une décennie.

Le principe dit la vision de Dominique. L'argent public qui nourrit les activités du CRL et ses festivals doit être orienté vers le public, les collégiens et les lycéens, les associations, les bibliothèques, les comités d'entreprise, les maison de retraite, les malades ou les détenus.

Du socio-culturel alors, du socio-éducatif en lieu et place du culturel pur (je vous renvoie à Bourdieu et à son discours sur la distinction) ?

Pas du tout. L'écriture, la littérature et la qualité sont au cœur de tous les choix du CRL et - de Saint-Claude à Belfort, de Luxeuil à Morteaû- les auteurs invités régalent un public trop souvent abandonné à ses pâturages par des prétentieux se targuant d'excellence parisienne.

Une des missions de ce CRL qui monte et fait des jaloux (c'est une association à laquelle tous les acteurs du Livre son appelés à adhérer) consiste en des aides à l'édition qui, après analyse des projets par une commission mixte CRL/professionnels du Livre, aboutit à proposer quelques milliers d'euros d’aides ciblées aux auteurs et à leurs éditeurs : une manière de permettre à ceux qui n'ont pas leurs entrées dans le 6e arrondissement de Paris d'être publiés et soutenus dans la promotion de leurs ouvrages.

Mais Bondu va au-delà, il est un vrai militant, un passionné, c'est lui qui encourage les auteurs, y compris celui que j'étais, dans leurs aventures littéraires. Il va jusqu'à faire transiter par son budget des missions du type de celle que Morisi se voit confier par la DRAC et le ministère de la Justice, ce qui fait rentrer ses actions à Lure, Vesoul, Lons le Saunier dans un cadre rigoureux et contrôlable.

Et lorsque celui-ci publiera "Castor Paradiso" chez Tigibus ; puis se lancera dans son triptyque consacré au Ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio (une pièce de théâtre en 2004, un roman en 2006), c'est lui qui insistera pour qu'il dépose un dossier complémentaire à la Mission Stehdhal que le ministère des Affaires étrangères lui a accordée.

Un grande reconnaissance donc – et je les cite à nouveau – à Dominique Bondu, Géraldine Faivre et Christophe Fourvel (auteur des toutes premières critiques sur les faits-divers d'Absentès).

Auxquels j'adjoindrai volontiers Philippe Lablanche, le conseiller au Livre de la Direction régionale des Affaires culturelles, un ancien bibliothécaire par ailleurs mon référent dans l'action écriture en direction des maisons d'arrêt.

Dont nous reparlerons sous peu, car ce fut une plongée dans la misère et la douleur de plus de trois ans....

(À suivre)

2001-2002 – Le retour au bercail de Morisi, devenu écrivain de polars, mais demeuré agitateur de particules culturelles et donc politiques, ne fait pas plaisir à tout le monde dans la ville natale de Pasteur dont il suffit de lire ‘Le Moulin de la Sourdine ´de Marcel Aymé, un enfant adopté de l'ancienne capitale de la Comté comme Charles Nodier, pour comprendre la nature profonde : belle endormie ourdie par une oligarchie de familles hostiles à toute intrusion imprévue, et ce depuis des lustres...

L'équipée des gens de l'Écho du Zinc quatre ans plus tôt n'était pas passée inaperçue. Appliquant le principe de l'invasion de ville, Morisi, son équipe et le photographe Yves Petit, avait troublé la quiétude de la doyenne administrée par l'ineffable sénateur-maire réactionnaire Barbier, chirurgien hostile à l'interruption de grossesse et moraliste quand ça l'arrangeait.

Au point que mis au courant de l'enquête que mène Morisi au sujet d'une obscure manipulation des subs par l'association des commerçants, il le convoque d’urgence dans son bureau pour savoir de quoi il retourne, n'hésitant pas à lui rappeler qu'il existe des lois contre les dénonciations calomnieuses.

Ca n'empêche pas le numéro 4 de "Show Dedans", couplé avec le numéro 30 et quelque de l'EDZ, d'interviewer son adjoint à la culture, l'impayable Jean Philippe Lefèvre dont les déplacements en compagnie du directeur du théâtre municipal et leur coût affole le tout Dole. De sorte qu'on a recours à l'ancien directeur de Télérama, un énarque bien introduit dans la région et à Paris, pour étouffer l'affaire. Si l'on ajoute que la note des missions/réceptions flambe et que ledit adjoint est immortalisé par’Yves Petit en compagnie du chanteur de Noir Désir, on devine que l'EDZ de ce mois-là ne passe pas inaperçu, même s'il met en évidence le talent des artistes locaux.

Ce souvenir du passage de Morisi est dans les mémoires quand on apprend au château - qui va virer du côté de la simili gauche en 2008 - que le gaillard qui a empoisonné la vie d'Yves-Marie Lehmann, un avocat dolois devenu vice-président du Conseil Régional, futur maire de Poligny et président du Festival de Musique de Besançon, n’est pas le bienvenu. Non non, Dole est une ville mémère qui n'a rien à voir avec les fiefs de gauche nourris par la population laborieuse polarisée par l'usine Solvay et par un tissu semi industriel de type Jacob-Delafon. Dole est une ville de droite, conservatrice, catholique, en partie réactionnaire. Voir débarquer un type sur qui l'on a aucun levier tracasse. Surtout au moment où éclate "l'affaire Lefèvre", une carambouille impliquant un institut de formation privée révélée par le terrible Chaou, un lanceur d'alerte enrôlé par le Petit Dolois, hebdo rené de ses cendres. En effet,quii parmi les gens sérieux, ceux qui gèrent et prospèrent peinard, avait besoin d'un "Canard enchainé" fouillant dans les tiroirs (et dans les poubelles) pour donner du grain à moudre et de la visibilité aux jaloux et aux mécontents ?

Dole fait beaucoup de rock, à l'époque, mais le rock et le sénateur maire Barbier, c'est Dracula et le point du jour. Il y a pourtant pas mal de groupes de qualité, de concerts, qui naturellement ´troublent l'ordre public’.

De tout cela naîtra une belle initiative, bien plus tard, dans le cadre du Conservatoire de Musique. Puis sonnera l'heure de la Commanderie, la méga salle de spectacle gérée par et pour le privé, en même temps que la chasse au bruit et aux incivilités d'après les gigs en ville.

Morisi n'est pas revenu à Dole – ville avec qui il a peu d'atomes crochus – pour semer la zizanie. Il a mis de côté sa panoplie d'agitateur pour écrire ses Faits Divers et pour veiller sur ses parents qui jour après jour perdent de leur autonomie. Passant son temps en voiture entre Sampans, Dole, Lons et Besançon, il mobilise son énergie sur un projet qui l'habite depuis l'été 97 : un opus sur le Ballon d'Or bouddhiste italien Roberto Baggio, qui a rejoint le Panthéon de ses idoles : Henry Miller, Léo Ferré, Dostoïevski, Les Beatles, Nietzsche, Knut Hamsun, Frank Zappa, Garcia-Marquez, Umberto Eco ou encore Crumb et les Pieds Nickelés. Pour cela, il récolte tout ce qu'il peut via Internet sur celui qu'on a appelé "Guillaume Tell", "Raphaël" ou encore "Le Divin à la Queue de cheval". Ombilic de la Balle ; ce sera l'objet d'une chronique qui nous conduira à Vicenza, à Milan, à Bologne et à Florence, en passant - tiens tiens... - par Saint-Étienne et le Chok Théâtre de Monsieur Alain Besset. (A Suivre)

1994-2002 – L'Ombilic du Théâtre et de la Fraternité combattante ou lorsque le Morisi du Millénium se laisse emporter par une lame de Chok qui lui fait découvrir : ´Un Détenu à Auschwitz’ (Bousquet), ´M. Artaud vous délirez’, Hank (Bukovski), Koltès (´la Nuit juste avant les forêts’, ´Combat de nègres et de chiens’ ) et Ahmed Kalouaz. L'amitié qui naît entre lui, Besset & Co et la manière dont l'Ombilic de la Balle le rattrape dans la bonne ville de Saint-Étienne...

Alain et Mario se rencontrent grâce au grand homme de théâtre de la rue de la Vieille Monnaie (et fils de conseiller général). Mario, dérouté de Marseille, lance le numéro 1 de L'Écho du Zinc-Besançon. Pour les pages Culture il interviewe le directeur du Chok théâtre que le théâtre de la Vieille Monnaie a programmé dans son lieu. Impressionné par la mise en scène abrupte, nue, violente d'un ´Détenu à Auschwitz’ du résistant Alain Bousquet : la rencontre imaginée en Franz Kafka et un officier nazi cultivé, Mario lui propose de se rendre dans la rue du Loup, alors un coupe-gorge qui donnait dans la rue du Lycée. Un titre lui vient illico à l’esprit : "Besset ou le théâtre chevlllé au corps".

Le séjour de Besset entre la rue de la Vieille-Monnaie et le Petit Bar, devenu le HQG, marque Morisi qui accepte de se rendre à Saint Etienne en décembre 95 pour voir un spectacle du Chok à la Comédie de Saint-Étienne : "On devrait tuer les vieux footballeurs", spectacle multimédia où un détenu quasiment nu (Beset) pédale dans une sphère métallique comme un rat de laboratoire pendant qu'on diffuse des images des exploits de George Best ou des Verts sur grand écran.

Le Chok passe et repasse à Besançon où il se fait un public. Le théâtre de la Vieille Monnaie en use et en abuse. Peu avant l’an 2000 un mois de Chok est mis sur pied à partir de trois créations de Besset, Bruyère, Valérie Gonzalez et compagnie. La première exige qu'une grosse partie de la troupe soit sur place. La deuxième n'implique que trois sociétaires, la dernière, un Koltès à nu, le seul Alain Besset. C'est un succès d'estime, pas un succès d'audience.

Le bilan est amer. Cette nuit noire-là est à marquer d'une pierre blanche. Besset : chapeau noir, gilet de chasseur noir, chemise noire, pantalon noir, chaussures noires – remonte la rue Renan direction le square Castan puis le Groony's où il doit me retrouver. Je l'intercepte car sa mine me faisait souci depuis le matin. En plein brouillard givrant Alain est furieux, il en grince du dedans, je crains un instant qu'il me décoche une droite. Salopard de grand homme de théâtre qui lui a appris que les frais de séjour de la troupe seraient défalqués des cachets, ce qui le laisse sans voix, lui qui a réglé ce qu'il devait à chacun des membres de sa troupe avant leur retour à Saint-Etienne et à Paris. Stances historiques : "Besac, votre Besac, je vous le laisse, je vous laisse sous la surveillance de votre putain de Citadelle, bande de salauds, de profiteurs..."

Alain se calme chez Lemmy, puis au Mocambo, une pizza de nuit tenue par un ancien coéquipier de Morisi du temps du RCFC. Il y a Trinite, des mecs et des nanas, des comédiens, des artistes de tout poil.

Le lendemain matin, alors qu'Alain fait son sac dans le duplex de Morisi, il lui fait une promesse. Il a lu ´Mort à la Mère ‘ et il aime les dialogues. Si un jour il écrit pour le théâtre, il lui fait le serment qu'il le mettra en scène. Et il n'est pas bourré, c'est juré craché !

Dès qu'il le peut Morisi file avec sa ZW d'occase à Sainté. Il y fait la connaissance des gens de là-bas, il ouvre grand ses yeux et ses oreilles car 1998 c'est le moment où la bande du Chok investit un entrepôt et en fait, en neuf mois, avec l'aide de tout un quartier, une salle dotée de bureaux et d'un bar. Une boite noire de 80 places avec une sono, des lights et un espace pour entreposer les décors.

Je vois naître et grandir le Chok. J'assiste à quelques premières dont un "Nuit d'automne à Paris" de Gilles Granouillet du Verso, la compagnie cousine qui viendra s'installer dans la même ruelle au pied d'un grand escalier. "Nuit" qui raconte le massacre des Algériens à Paris en 1961, sujet qui ne peut évidemment que me toucher.

La proposition de mettre en scène un de mes textes booste mon travail sur Roberto Baggio. Et si, en plus du roman que j'ai en tête et qui s'appelle alors "Baggio et son ombre", clin d'oeil au travail du Chok sur Artaud, j'écrivais une pièce décalée : l'histoire d'un fan du Divin à la Queue de Cheval devenu criminel, un polar mariant faits-divers, football et théâtre ?

J'ai beau courir de Dole à Besançon et retour, préparer mes interventions dans les prisons, vendre des reportages sur le terrain pour "Jura Magazine", m'occuper du ravitaillement de Sampans, la chance que me donne Besset devient une obsession.

Je ne fais donc ni une ni deux : ayant appris que le Ministère des Affaires étrangères offrait des bourses annuelles destinées à aider les créateurs et les chercheurs qui avaient besoin d'aller à l'étranger pour réaliser leurs projets, j'excogite un dossier Baggio : le roman, la pièce et le biographie.

Objectif : financier un mois de recherches à Vicenza, Milan, Come, Bologne, Empoii et Florence. Rencontrer les témoins de l'enfance du ´Divin Codino’ ; interviewer un maximum de personnes l'ayant connu : journalistes, coéquipiers, entraîneurs et quidams. Si l'on ajoute à cela que j'ai collationné plus d'un millier d'articles et de dépêches en français, italien, espagnol, portugais, anglais, allemand, suédois et même roumain, ma demande de Mission Stendhal s'envole vers le ministère - à la mi juin - sur les ailes de la Poste. Et si l'on me donnait les moyens de laisser de côté les Faits-Divers et les livres sur commande pour exploiter mon amour de la Botte et de l'Italie, des mes origines et de mes amours… ?

Hélas, coup de poignard entre les omoplates du 22 juin 2002, Maman monte les escaliers et vient me réveiller dans mon bureau : "Mario, je crois que ton père est mort".

(A Suivre)

Le 22 juin 2002, deux jours avant la saint Jean Baptiste. Le papa de Mario s'en va au petit matin d'une belle journée de soleil. Mario va chercher le voisin pour l'aider à allonger le corps dans le lit de la chambre où il a imaginé "L'Émirat du tourbillon" et soigné ses oreillons à son retour d'Angleterre.

Au risque de paraître pompeux, les relations avec mon père tenait de celles qu'avaient entretenus (selon les Grecs anciens) Ouranos, Chronos et Zeus, dans la mesure où le père fier de sa progéniture finit par prendre ombrage du rejeton qui lui doit la vie et qui est à son apogée quand le premier périclite et craint d'être détrôné. Tout cela sur fond de relation à la mère, que le second voudrait subjuguer.

Le fils Morisi (et non le fils Launay, du nom de jeune fille de la maman) est accueilli comme un divin enfant. Seul héritier d'une maigre lignée (les Morisi de Groppallo, Piacenza, font rarement plus de trois enfants, la plupart du temps deux et même pas du tout), est vite l’objet de mille sollicitudes ; il n'y a pas de veillée de Noël à Nanterre, c'est autour du 1er janvier que se déroule la seule vraie grande fête de famille qui voit se réunir, les grands-parents italiens et la mamie française, la tante Lucie, les oncles (trois du côté français par alliance) et les parents du petit dont la légende familiale raconte qu'il est né le 1er jour du premier mois de la première des années 50 et dans la chambre 11.

Papa travaille dur, il a eu une jeunesse et une adolescence agitées, on l'a expédié faire son service chez les fascistes que son père avait combattus dans son village. Six mois plus tard, il déserte, rentre à Paris où il vit dans une semi clandestinité, faisant des aller-retour en Normandie pour échanger - pour son quartier - du sucre contre du beurre. Puis il échappe au Service du travail obligatoire ; aurait fait quelques jours de prison pour avoir trafiqué des produits de première nécessité avec les soldats italo-américains arrivés en libérateurs. Repoussé plusieurs fois au guichet qui s'occupait des naturalisation en 1946/47, Morisi, que tout le monde appelle Jean en France, envoie paître les fonctionnaires et jure qu'il restera italien et tant pis si cela lui complique la vie pour trouver du boulot.

Les choses se calment entre 1946 et 1950, année où Jean rencontre Janine, une brunette lumineuse et sensible qui a perdu tôt son papa. Ils dansent ensemble le dimanche, il va la retrouver à vélo au Vésinet où elle habite avec deux veuves de. guerre, Yvonne, sa maman, et Marie, l'arrière-grand-mère de son fils à venir. Elles sont toutes les deux cousettes, livrent leurs travaux à M. André, un tailleur du 9e arrondissement de Paris.

Morisi manque ne pas exister. Envoyé en déplacement, "Jean" oublie d'aller au bal un dimanche après-midi. Elle lui en veut. Dit qu'elle n'a plus envie de le voir. Choqué, Jean court acheter des fleurs un lundi après le travail et l'attend sur le quai de la gare du Vésinet. Elle feint de ne pas le voir. File vers la sortie. Se retourne. Leurs regards se croisent, elle craque, je suis né...

Jean est un battant. Il est arrivé en France sur les bras de sa mère à travers les Alpes, du sud au nord jusqu'à la gare de Lyon, puis à Nanterre où habite une de ses tantes maternelles, tenancière d'un café.

Privé de Certificat d'études pour cause de livraison de journaux à 11 ans et de boulange à 13 et demi, il accompagne son père et participe aux grandes grèves de 36 où il fait partie des groupes qui s'en prennent aux jaunes, qui les traitent de macaronis, de terroristes et mème de fascistes.

En 38, pour la Coupe du Monde de foot, Giovanni-Jean assiste au triomphe de la Squadra Azzurra (Ombilic de la Balle) toute du noir mussolinien vêtue, une fierté mâtinée de dégoût.

Jean n’est pas grand mais il a l’œil noir, de l’esprit et du succès avec les femmes, il séduit une comtesse, dit-on dans la famille, et une riche juive qui le garderait bien près de lui.

Fêtard, membre d'une bande de copains pas tous très catholiques, mon futur père se remet en question lorsque ça devient sérieux avec Janine. Ils se marient au printemps 1950, je nais neuf mois plus tard.

Né aux forceps, contrarié par les disputes entre son père (un mâle alpha blessé de guerre, d'une intelligence notoire mais terrassier) et sa mère (treize ans de moins, soupçonneuse, bilieuse, se détruisant au travail), Papa change du tout au tout. Il a tellement peur de ne pas pouvoir entretenir son épouse et élever son fils qu'il travaille douze, quatorze heures par jour et décide d'accepter les propositions de déplacements qu’on lui fait : missions bien payées avec pas mal de primes.

Jean gravit les échelons, il travaille pour une société parisienne d'isolation thermique qui en fait vun chef d'équipe puis un chef de chantier tant il est habile à optimiser ses chantiers et à diriger ses ouvriers qui pour la plupart l'estiment beaucoup.

Ces Chroniques en ont parlé. On bouge beaucoup dans la famille Morisi. Berre en 1952, puis Boulogne et Dunkerque en 53/54. Le Pornichet en 65, Saint-André de l'Eure en 56. Papa signe un contrat, trouve un 'garni' et maman et moi allons le rejoindre.

Enfin pas toujours, les ´chantiers’ ne durent parfois que deux ou trois semaines. Souvenir de nos adieux un dimanche sur un quai de gare, des larmes, des larmes, et s’il ne revenait jamais et s’il tombait malade…

De 1950 à 1958, mon père fait le tour de la France industrielle, envoie une montagne de cartes postales, s'inquiète du sort de sa Janou et de ´la puce ´ qui l'attendent à Nanterre. Puis il y a ce chantier ‘Chez Solvay’ à Tavaux, dans le Jura.

Jean Morisi a été un bon footballeur. Accusant un déficit de croissance, il était doté d'une bonne capacité pulmonaire mais n'avait pas atteint la taille prévue, la mauvaise nutrition, l'angoisse d'une naissance forcée, la peur d'un malheur, qui sait ?

Le Jean et son fils Mario, c'était quelque chose, deux forts caractères et une maman au milieu. Mario est doué pour les études et pour le ballon. Ce serait le rêve du père de le voir jouer en pros car selon lui il ressemble à Giovanni Ferrari, le milieu de terrain de la Squadra deux fois vainqueure du Mondial.

Il faudrait trop de temps pour raconter l'amour-chamaille du père et du fils. Papa voterait communiste s'il était français, le fils est soixante-huitard. Papa est pour l'Inter de Milan et Felice Gimondi. Le fiston pour l'AC Milan et Gianni Motta. Le père est belcanto, Bécaud, tango et accordéon, son rejeton fan de Léo Ferré, des Beatles et des Doors. Ainsi va la vie, le père soucieux voyant le noir partout, il se coltine un bohème qui ne sait pas ce qu'il veut en dépit de nombreux talents.

On a plusieurs fois frisé la crise. Janine, une grande lectrice, a dû tenir bon la barre entre ses deux machos au grand cœur, hypersensibles, souvent incapables de se contenir verbalement (sans un gros mot, attention !).

Puis avec le temps, Mario s’était mis à demander à son père de lui raconter son enfance, sa jeunesse, ses virées à vélo, ses copains de misère à Nanterre : - Bon dieu, ses yeux humides et sa voix tremblante quand il parlait de sa mère qui faisait des lessives le ventre glacé, de son père ou de ses défunts amis.

Car il avait beaucoup d'amis, de jeunes ouvriers qu'il avait formés et à qui il avait proposé de devenir chefs d'équipe, des Yougos intempérents qu'il menait à la dure mais avec respect, Calais, Bouffaré, Le Barazer, son équipe de choc dans la jungle chimique de Chez Solvay, un Sevezo 2 qui leur a mangé les poumons et souvent les cellules du dedans.

C'est un ras de marée de souvenirs – touchants ou dérangeants - qui se rue dans la mémoire au moment d'évoquer un de nos parents en allé. Et dans ce cas un immense merci à un homme qui s'est détruit au boulot pour son fils et pour sa femme. Qui a trouvé le moyen de restaurer tout seul ou presque une ferme de 12 pièces après le travail. Et qui – fils de Rital honni – a fini par devenir un "Monsieur Jean" qu'on saluait avec respect et dont on parle encore à son fils, un crétin incapable de penser à l'avenir, lui et ses foutus livres… - Et s'il en était fier, celui que ses copains du foot appelait "Peppone", et s'il était heureux lorsqu'un client du PMU mentionnait un article élogieux sur un des livres de son fils, il ne lui en disait rien, comme il ne lui avait jamais fait un compliment ou presque quand il jouait au ballon.

Ah si, il y avait ses merveilleux moments dans la salle à manger de Sampans, sous une toile du Tonton, avec l'ami fraternel Jean Paul, Trinite, Martinella, Salva, Abdou Vincent et Nicole, les amis de la famille... Un match de coupe d'Europe, de la coppa, de la pancetta, une escalope à la milanaise, des lasagnes faites maison, du valpolicella, du bardolino, du 'parmeggiano reggiano', du gorgonzola et pour faire passer le tout de l'asti, de la grappa ou du fernet-branca...

Et comme ma gorge se serre quand je le revois chanter, la voix cassée ‘ Mamma sono tanto felice ‘ ou ´Torn’a Surriento ´ - Ou quand je le surprends en train de faire ´une gâchée ´ avec sa petite-fille, dix ans… ´Ou quand il établit la liste des vainqueurs du tour de France dans la marge de l’Équipe pour lutter contre un début de Parkinson…

Mais on est le 22 juin 2002 et Giovanni Morisi, mon papa, s'est effondré près du radiateur en ouvrant les volets qui donnent sur le pré. Il fait un temps splendide, le ciel est d'un azur jamais vu. Janou ? Elle ne comprend pas bien. On appelle le docteur qui constate le décès. Un véhicule des pompes funèbres met en souci le voisinage qui vient aux nouvelles. Gisèle, la grande copine de Janine, vient la consoler, ainsi que ses enfants et des voisins. Deux grands diables font descendre le corps inerte de mon père dans un sac noir. Je ne souviens plus s'il - mon Papa - est parti la tête ou les pieds devant.

En fait, il n'est pas parti.

Je suis fait de lui et je lui envoie des marées de lumière là où il est.

Papa, tu sais quoi ? J'ai fini la pièce que j'ai écrite sur Baggio. Elle a été jouée le 3 juin 2004 à l'Opéra théâtre de Besançon en présence d'une équipe de la RAI, on en parle sur la Gazzetta. Du foot et de l'Italie à l'Opéra ! Je suis sûr que tu aurais été fier de moi, tu ne crois pas ?

(A Suivre)

2002-2003 – La vie sans le père à Sampans – Les refuges à Dole, la Cave d'Enfer, le Bar des Sport... – Les longues heures passées sur Mac à traquer Baggio – Un début de reconnaissance à Arbois aux côtés de Didier Daeninckx, Dominique Manotti, Alain Raybaud... et Cesare Battisti...

Impossible de décrire le sentiment qui m'habite lorsque je vois ma mère se hisser au premier sans mon père dans les parages. Nous l'avons enterré au tout petit cimetière de Sampans où l'attendait mamie Yvonne, décédée lorsque j'étais en Algérie. En présence de l'ami fraternel, de son cousin Philippe Terrier, ancien pro du FC Sochaux, de mes fidèles amis, de villageois et d'un groupe d'ouvriers ayant travaillé avec lui.

Par un beau soleil, j'avais demandé à tout ce petit monde de s'approcher et j'y étais allé d'une oraison laïsue expliquant ses origines et son parcours, prêchant pour que de nombreux immigrants puissent accomplir le même chemin que lui et donner le meilleur d'eux mêmes en France. D'où le choix d'une pierre tombale réalisée par mon ami Claudy Pellaton, un demi puits bâti en pierre de taille de la région serti d’un éclat de roche volcanique de notre vallée en Émilie-Romagne.

Par delà la nouvelle vie à organiser avec ma mère, les "courses" au Géant Casino et les consultations chez le Dr Jacob, devenu un ami, à Damparis, je me partageais entre mes recherches sur le Ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio, qui finissait sa carrière à Brescia et le quatrième Faits-Divers destiné à Gérard e Villiers, un noir se passant dans le quartier Battant. Hélas pour moi, tarabusté par Vinci qui dit souffrir de la crise, le père fouettard de "SAS" et de "l'Exécuteur" (un facho qut traitait bien ses auteurs) se débarrasse de la collection mais m'envoie un chèque de 3000 euros en me restituant les droits de "Mort à la Mère", de "J'aurai ta peau Saxo" et d' "Achevez Cendrillon", ce qui me vaut d'être "sélectionné" comme comme "régional de l'épate" (Blondin) aux premières Fêtes de Dionysos organisées à Arbois en compagnie de piliers de la littérature noire et sociale invités par le CRL de Dominique Bondu.

Je regrette ce début d'été 2003 que mon père soit parti. Arbois et Poligny, c'étaient des villes et des équipes que j'avais affrontées quand je jouais au foot au point que j'en avais gardé un grand copain, Alain Seguin, qui m'avait invité à La Serra, permettant à ma tendre Lo de faire du ski pendant une demi-douzaine d'années.

C'est "chez Seguin" que j'ai l'occasion, pendant quelques jours de prendre le petit-déjeuner croissant avec Didier Daenincks, Dominique Manotti, et Cesare Battisti, ancien activiste de 'Prima Linea' dans les années 70 qui ne devait sa liberté qu'à François Mitterrand et à sa doctrine de neutralité envers les opposants politiques. Nous en profitons pour parler italien et je lui dis tout le bien que je pense de son "Dernières Cartouches". Par la suite, il sera adopté par nous toutes et tous, par Élisabeth Cerutti des Sandales et - entre autre - Thierry Loew et Pas Serial S'abstenir...

J’ai 52 ans passé. Je deviens écrivain à l'usure. Mes copains du foot et de lycée et les ouvriers de mon père me félicitent, je ne signe pas d'autographes dans la rue mais mes polars se vendent bien.

Écrivain mais pas seulement, je vends des reportages au "Jura Magazine" de Marc Pouillard, qui par la suite fera prospérer l'agence de com' D'Artagnan et qui me voudrait dans son panel de créatifs.. - Dans la foulée, Sylvie Magnenet lancera un "Spormidable" qui reprend le principe de 'La Gazette' : un gratuit papier glacé qui parle du sport et des sportifs à la manière de 'l'Équipe Magazine'. Étant le rédac/chef d'une équipe saupoudrée dans la région, je roule beaucoup, j'interviewe à tire-larigot, je redouble d'activité.

En ce sens, mon image est brouillée : Ombilic du Polar et Ombilic du Stade ne font pas forcément bon ménage ; confusion accrue (volontairement) par l'idée que j'ai exposée lors des Petites Fêtes de Dionysos : le concept d'hétéronymie cher à ´l'intranquille ´ Fernando Pessoa : une coopérative d'auteurs pseudonymes qui travaillent chacun dans un style et dans une direction différents. Fastoche pour quelqu'un qui a signé ses premiers textes Heraldo Belqacem-Schwarz, Launay, Seamus Anderson, Marmor et à présent Absentès, l'alter-ego au noir qui fait de l'ombre à l'auteur soi-même.

Il y a la vie de tous les jours et les zincs. À Dole, il y a Le Parisien qui fut un PMU, le Café Central des Monnin et Fils, le Pub Rock de la Paix, la Navigation maisi surtout La Cave d'Enfer reprise par Claude Pastore, dit El Diablo, un ancien joueur de rugby châlonnais, Ombilic de la Botte, originaire du sud de l'Italie...

C'est à la Cave d'Enfer (que les anciens ont en tête pour son aquarium grouillant de truites et la plaque commémorant le martyyre d'un groupe de Dolois résistant au roi de France brûlés vifs sur place). C'est en fait chez Claude que le Morisi dplois prenait l'apéro et assistait aux matchs du tournoi des Six Nations. Puis on allait le long du Canal Charles Quint chez Chartier, un troisième ligne pétaradant et légendaire à Dole, où on 'se la racontait' à en mourir de rire. Au point qu'il m'arriva de dormir sur une banquette ou sous les arbres pour ne pas conduire ivre et risquer l'accident en rentrant à Sampans. — Quel beau souvenir la soirée d'été ou mon ami "l'aérobarde" québécois, Jean-Pierre Bérubé, rencontré au CLA, s'est joint à Vincent de Chassey, banquier auteur et chanteur originaire du haut-Doubs connu aux Abbesses… pour une soirée chanson française mémorable, sous le regard de Dolois heureux d'être à pareille fête et de voir honorer leur bonne langue françoise.

En attendant, du matin au soir, j'accumulais des informations en une douzaine de langues sur ce footballeur stupéfiant dit "Le Divin à la Queue de Cheval", né le 18 février 1967, soit 45 ans jour pour jour après ma maman qui naturellement l'aimait beaucoup...

(A Suivjour


2002-2003 Suite – Petit à petit l'opération Culture & Foot prend forme. Mario, l'ancien numéro 10 amateur, ratisse et creuse dans la vie du Divin Baggio prêt à tout pour convaincre Trapattoni, son ancien entraîneur, de le sélectionner pour la coupe du monde qui se jouera au Japon et en Corée où il est vénéré pour sa classe infinie et sa réputation d'impétrant boddhisattva.

Morisi suit ses exploits avec voracité ; celui-ci, 35 ans, marque 9 buts lors des 8 premiers matchs de la saison mais, karma ou imprudence, "se fait les croisés" pour la sixième fois de sa carrière.

L'Opération Baggio est une odyssée en soi. Comme pour beaucoup d'Italiens, d'Espagnols et de Latino Américains, le football peut être considéré comme un art quand il est exercé par les icônes que furent Edson Arantès do Nascimento, Ferenc Puskas, Omar Sivori, Alfredo di Stefano, Eusebio, George Best, Florian Albert ou Gianni Rivera. A fortiori Zico, Platini, Maradona...

L'idée qu'un joueur de ballon puisse être un créateur de formes éphémères, d’actions de grâce et de beauté chorégraphique est au cœur du personnage Baggio, que l'Académie des Beaux Arts nomme "monument de la ville de Florence" en 1989 au même titre que la coupole de Santa Maria del Fiore peinte par Giotto ou le Persée de Benvenuto Cellini, "pour son aptitude à enchanter les foules avec son toucher de velours et ses buts d'auteur."

Foot et beauté, ballon et enchantement, Morisi s'est lancé sur les traces de celui que Giovanni Agnelli, le boss de la Fiat, a baptisé ‘Raphaël’. Au fur et à mesure de ses recherches, Mario se rend compte que le Divin à la Queue de Cheval, Ballon d'Or et meilleur joueur du monde avant la coupe du monde USA 94, a déclenché une marée de commentaires littéraires et provoqué un véritable concours de lyrisme chez des intellectuels du monde entier, à commence par Eduardo Galeano, un grand de la littérature latino-américaine.

Morisi passe finalement des heures à fouiller sur internet, à interviewer des journalistes italiens au téléphone ; il traduit des centaines de dépêches en français et accouche d'un projet en trois volets : une biographie "littéraire" brute avec un maximum de données et de citations : la trame d'un roman ayant pour thème la découverte du Divin par un hyper-intello cachochyme qui n'a jamais entendu parler de lui ; enfin un texte écrit pour le Chok d'Alain Besset, le Stéphanois qui lui promet de le porter sur scène s'il le mène à terme.

Le 11 septembre 2001, Morisi récupère d'une nuit studieuse sur son ordinateur quand il assiste à l'heure des croissants à l'attaque terroriste des Tours Jumelles. Le Millénium va commencer comme il s'était terminé avec le fantasme de la guerre des civilisations chère à Huntington, une nouvelle guerre du Golfe et la chasse au super méchant Bin Ladden sur fond d'attentats répétés contre l'Occident. Peu de temps auparavant, on avait assisté à des émeutes dans les quartiers qui avaient fasciné le monde entier. L'idée de situer l’ ‘Orfeo Baggio ´dans une Zup plongée dans le chaos s'impose d'elle même. Dans la périphérie de Saint-Étienne, au milieu des explosions et des coups de feu, la police surprend un quadragénaire en costume de ville en train de jongler à deux pas du cadavre d'une bibliothécaire qui a été violée et assassinée On le contraint par corps dans un local où deux inspecteurs, Raoul, pré retraité, amateur de rugby, et son équipière Sonia, une nana ambitieuse et techno, n'ont que les mots du suspect pour se faire une idée, l'électricité ayant sauté et les ordinateurs étant en berne. Le gars, sous les yeux d'un vieil Arabe qui est â la recherche de son neveu disparu la veille, ne se démonte pas. À 'nom/prénom/date de naissance', il répond : "Comment ! Vous ne reconnaissez pas ? Je m'appelle Baggio, Roberto, né le 18 février 1967 à Caldogno, Vicenza, Italia, Mondo !"

La démarche est gonflée, faire rentrer le foot au théâtre, provoquer les gardiens du temple, être fidèle à la profession de foi d'Antonin Artaud et du Chok qui affirment que rien de ce qui est humain ne leur est étranger si cela brûle de passion et d’urgence...

La suite s'étalera sur deux années et demi. Besset réceptionne le texte de Morisi et lui propose de le rendre fonctionnel pour les quatre acteurs et les quatre musiciens qui vont le faire vivre.

Avec Philippe Ambrosini, le bras droit de Balmer dans "Boulevard du Palais", ils en font une pièce destinée à être jouée en 90 minutes dans un décor et une ambiance surréalistes avec recours à la vidéo et à des téléviseurs. Sur une scénographie signée Hervé Fogeron qui imagine une surface de réparation verte (couleur taboue au théâtre), une cage deu but géante et des filets...

Le texte déposé à la SACD à Paris, la pièce soumise à un concours organisé par la Fondation Beaumarchais, Morisi boucle son dossier de demande de Mission Stendhal et projette un mois d'enquêtes en Italie.

Coup de tonnerre dans sa boîte à lettres un mois plus tard : l’ex numéro 10 de Tavaux et du RCFC apprend que son projet a été retenu parmi les 30 soutenus en 1993, aubaine à peine pensable si l'on considére qu'il n'a écrit que des polars au moment de la décision. À croire qu'un ange en poste à Paris lui a donné un coup de pouce inattendu...

(An 2003 – Alors que les États-Unis préparent la deuxième guerre du Golfe et que la Chine déclare à l'OMS l'apparition d'un nouveau coronavirus, le SARS COV 1, Morisi, qui soutient sa maman atteinte d'une tumeur au sein, boucle son dossier près le ministère de la Coopération, remplit une marée de formulaires et encaisse une bourse de 3 500 euros destinée à couvrir ses frais du début à la fin du mois de mars, de Milan à Florence et retour en passant par Vicenza, Como, Brescia, Bologne, Empoli, Florence et Plaisance...

Le monde est en ébullition et les mass médias traditionnels (presse papier, radio, tv) sont relayés par les réseaux dit sociaux et les nouvelles technologies de l'information qui s’ingénient à faire et à défaire les opinions publiques. En fait les États-Unis d'Amérique se servent de l’alibi sanglant du 11 septembre pour renforcer leur présence dans le Golfe riche en hydrocarbures et fait de Bin Ladden un monstre insaisissable voué à la destruction massive de l'Occident de manière que la péninsule que Morisi découvre à bord de sa Fiat Uno est envahie par une marée de drapeaux arc-en-ciel réclamant "la pace", c'est-à-dire la paix en italien.

Morisi a préparé son expédition avec soin. Parti au début du mois de mars, il se rend à Milan où il rencontre un homme de Vittorio Petrone, l'ami intime de Roberto Baggio, par ailleurs son agent et le pdg de Choronomark, une société de communication installée dans le centre chic de la capitale lombarde.

De Milan - où il rencontre Beccantini, une des consciences du journalisme sportif appointé par "La Stampa", il se rend à Caldogno, le bourg natal de Baggio qui se trouve à 10 km de Vicenza en direction des monts Berici.

Installé à l'Hôtel Marco Polo, il s’enteetient avec une trentaine de témoins de l'enfance et de l'adolescence du Divin à la Queue de Cheval, y compris ses premiers entraîneurs et quelques-uns de ses professeurs quand il fréquentait le Collège Dante Alighieri.

Morisi adore organiser, planifier, établir des cartes, noircir ses Clairefontaine de notes, de croquis et d’emplois du temps. Par sauts de puce, il se rend à Bologne où il est reçu par Andrea Aloi et Adolfo Rossi, dans les locaux du légendaire "Guerin Sportivo", un "So Foot" avant l'âge qui avec son logo, un Bayard italique rebelle, tient du ´Canard Enchaîné’ et tire la bourre aux grands journaux du nord, "La Gazzetta" et "Tuttosport" en tête.

Lorsque je pousse la porte du "Guerin" à San Lazzaro, dans la banlieue de Bologne, je n'en crois pas mes yeux. Andrea Aloi, une plume et une conscience lui aussi, m'accueille avec un capuccino, me prie de lui parler de mon projet et m'accompagne dans le bureau d'un collègue moustachu et caustique... qui a fait le vide sur le bureau qui se trouve en face de lui et m'annonce que ce bureau et les archives sont à ma disposition. Au mur, des unes fameuses du "Guerin", "journal de critique et de politique sportive" fondé en 1912, ce qui en fait le plus ancien magazine de sport du monde. Parmi elles, celles consacrées au Divin Codino Baggio qui a fait rêver et jouir Bologne l'espace d'une saison en 1997/98.

Traité comme un roi par des gens que mon idée de triptyque biographie-roman décalé et pièce musicale intrigue, j'obtiens un rendez-vous avec Ivan Zazzaroni, l'ancien directeur de la rédaction et jeune turc des émissions sportives de la RAI. Nous prenons un café sur une terrasse à l'ombre des Deux Tours de Bologne, la cité avec Padoue où la médecine moderne est née, une ville rouge politiquement, un paradis des universitaires où professait un autre des héros de Morisi, Umberto Eco.

De Bologne, je file à Empoli où "les Hirondelles" de Brescia, le dernier club de Baggio, affrontent l'équipe locale. Installé dans un hôtel à proximité d'un grand parc, je me régale de vin de Toscane et de bœuf alla fiorentina et apprécie l'ambiance sans chichi de cette ville située à 20 km de Florence. J'y retrouve mon ami Marco Bencivenga, le responsable de la rédaction de "Brescia Oggi". Adorable, il s'occupe des accréditations de sorte que j'assisterai à toutes les conférences de presse d'après-match, ce qui me permet de faire valoir mon "Opération Baggio", insistant sur le fait que le ministère des affaires étrangères finançait mes investigations.

Sur le terrain, je vois enfin évoluer Roby Baggio, une légende mondiale, le héros divin et malheureux de la finale de la coupe du monde 9 ans plus tôt. Il n'est pas exceptionnel mais il se passe quelque chose chaque fois qu'on lui adresse la balle, une suspension du temps, une pause dans les encouragements ou dans les sifflets, un arrêt imperceptibles dans les battements du cœur.

À bord de ma Uno, je prends la route après avoir soupé avec Marco et une paire de journalistes en déplacement et je me rends à Florence où j'ai trouvé un pied à terre, l'Hôtel Albion, sur les quais de l'Arno, à portée de fusil du Ponte Vecchio et des quartiers où j'ai passé tant de journées étonnantes et vécu tant d'émotions fortes.

C'est là que je suis pris du fameux syndrome de Stendhal nommé ainsi par Graziella Magherini, une psychiatre de la ville qui a passé une partie de sa carrière à soigner l'étrange malaise qui s'empare des visiteurs et les amène à s'évanouir, tant la beauté de ce qui les entoure finit par les submerger. Pas une blague, c'est le grand Stendhal, dans son ´Voyage en italie ´ qui en parle le premier aorès avoir perdu connaissance à la sortie de l'église Santa Croce.

Je connais Florence, j'ai le plan en tête, j'y ai mis les pieds pour la première fois avec mon père et ma mère en 1966 : Ah le Fiorentina-Bologne au stadio comunale avec Hamrin, Nielsen, Bulgarelli…

J'y suis retourné seul. Avec mes copains de la Communauté de Bacchus. Avec le capitaine aux yeux bleus. Avec Lilith B. Avec Trinit', Michou et Bottom, lors d'une expédition digne de l' "Armée Brancaleone" avec Gassman. Avec ma Lo, Ivinho di Agogo et ses filles Thaïs et Mona. D'autres fois en passant. Mais là, c'était spécial. Toutes les portes me sont ouvertes. Je suis reçu par l'adjoint à la Culture à la marie, qui se trouve à l'intérieur de la Galerie des Offices ! On téléphone pour moi à droite et à gauche. On me recommande Rigoletto Fantappié (je n'invente pas le nom) qui est la mémoire de la Fiorentina, le président de la Coordination des Supporters de la Viola.

On m'ouvre les bibliothèques. On m'indique des pistes.

Car Roberto Baggio, footballistiquement, est le fils de Florence. Le genou explosé (il a mis 16 mois à se remettre), les Florentins l'ont couvé, protégé, soutenu, aimé ; l'ont invité à prendre le café, à manger. à écouter de la musique. Une romance folle au point que la Ville sera secouée par 3 jours d'émeutes avec couvre-feu, arrestations et centaine de blessés quand le Comte Pontello, alors président de la Fiorentina, le vendra en cachette à la Juventus de Turin, l'ennemi juré, le symbole de l’arrogance industrielle du nord.

La semaine passée à Florence est inoubliable. Mario découvre la rue Carnessecchi où Baggio vivote avec les stagiaires en pension. Il est conduit dans la trattoria située en face du stade Artemio-Franchi où le patron le prend en sympathie et lui confir des anecdotes inédites : la porte de son restaurant forgées par Florindo, le papa de Roby. Une biographie interdite dont il est le seul à avoir un exemplaire, qu'il me laisse consulter mais que je ne peux pas photocopier.

À deux pas de là, j'ai l'honneur de passer une heure avec le formidable Rigoletto Fantappié qui me raconte la folie des émeutes, les rendez-vous secrets que Roby donnait à Cecchi Gori, le producteur de cinéma qui allait reprendre le lcub. Les parties de chasse avec Ramon Diaz, l'international argentin et Roberto : un ange, une lumière, de la joie pure.

Le dernier soir, installé devant un énième verre de Campari en vue de la statue du David et du Persée de Celliini, je suis pris d'une émotion incontrôlable.Je me rends compte que je suis là, dans un des berceaux de la civilisation, payé par la France pour narrer la figure d'un godelureau en culotte courte portant le numéro 10 et se blessant régulièrement au genou. Ainsi mon grand-père Lazare avait fui l'Italie sous la pression du fascisme, avait traversé les Alpes à pied avec son épouse et mon père âgé d'un an et demi, et le pays qui l'avait accueilli (assez mal, il faut le dire) finançait le voyage et le travail littéraire de son petit-fils, le faisant passer de rejeton des montagnes dans la catégorie des intellectuels qui s'étaient pressés aux abords de la piazza della Signoria, de Santa Maria del Fiore, de Santa Croce, du Ponte Vecchio et des Jardins de Boboli…

Alors satori a Firenze, au comble de l'émotion, le revoyant partir en bleus pour payer mes études, il me vient de penser à mon papa, parti neuf mois plus tôt. Papa, tour ça c’était grâce à toi…

(A À Suivre)

Vive la Finlande ! - L'Opération Baggio ayant été un succès de notoriété et d'estime, celui que j'étais en 2006 a tout lieu d'être satisfait de ce qui s'est accompli entre mai 2000 et le printemps 2006, date de la sortie du ´Monde selon Baggiô aux éditions de l'Embarcadère : trois Faits Divers de 2000 en 2003, un ´Orfeo Baggio ´ (2004) dont la presse internationale a validé l'existence (Canal Plus, L'Express, So foot, la Rai, la Gazzetta dello Sport, L'Espresso, le Corriere della Sera, BBC World, le Guardian, El Pais, El Clarin, les médias chinois et japonais...) on peut dire que le mariage Culture et Foot était un succès.

Mais il y eut aussi la satisfaction de transformer le Faits Divers n*4 en "Castor Paradiso", eau forte au noir qui restera avec ´Les Innocents’ de Carco et ´Le Clochard d'Asmodée de Pidoux, un hommage marquant au petit peuple du quartier Battant...

En 2005 se multiplient les propositions. Je participe aux Petites Fugues avec le CRL. Je donne des ateliers d'écriture dans les écoles, les collèges et les lycées. Basé à Dole je fréquente les milieux artistiques et sportifs en attendant que Sylvie Magnenet, connue en pigeant pour "Jura Magazine"; m'entraîne dans l'aventure "Spormidable", un mensuel cousin de notre Gazette du Sport.

Ce que je ne comprends toujours pas, c'est ce qui me projette sur la piste finlandaise ! Car sous influence depuis ma tentative de désertion de l'hiver 1976, je succombe à l'Ombilic du Nord par la faute d'un olibrius né dans un camion lors de la guerre d'hiver entre la Finlande et l'Allemagne nazie. Comment le démon de Kittilä, sa ville natale, s'y est-il pris pour me faire perdre le Sud ? Tout simplement en glissant dans mes mains fébriles ´le Lièvre de Vatanen’, son épopée poético-écologique, une odyssée initiatique imprégnée d'un des plus grand livres de l'histoire de l'humanité, ´Le Kalevalà, autrement nommée ´La Geste des Anciens Finnois’.

Il y avait eu Henry Miller, Lennon-McCartney-Harrison- Starr, Nietzsche, Dostoievski, Robert Baggio, il y eut Arto Paasilinna, "la forteresse de pierre" en finnois. - Conséquence de ce sort qui m'est jeté, je gomme le Divin à la Queue de cheval et je m'immerge dans le monde d'Arto la tête la première, dévorant ses romans, prenant contact avec Anne Colin du Terrail, sa traductrice en France, parcourant l'histoire de la Finlande ; découvrant ses musiciens (Sibélius), ses peintres (Gàlen-Kalela), ses architectes (Alvar Aalto) et ses écrivains (Mika Waltari, Alexis Kivi...), ppur ne pas parler de ses héros olympiques : Paavo Nurmi, Lasse Viren et Juha Mieto...

C'est du "Chant du Bourreau" de Norman Mailer que m'est venue la manie de constituer des dossiers comme on le fait pour une thèse et d'en faire le terreau de mes fictions. Aux États-Unis on a appelé cette manière de procéder : "The New Journalism", qu'ont rendu célèbres Norman Mailer ("Marylin" et "Le Chant du Bourreau") - Coover ("Le Bûcher de Time Square") - Gay Talese ("Honor Thy Father") ou Tom Wolf ("Le Bûcher des Vanités") ; des chasseurs de faits â la fois détectives et procureurs qui entrent dans la tête de leurs personnages et nous foont vivre ce qui fut leur réel de l’intérieur. - Bref, je m'enfonce dans la toundra finlandaise, j'investis le Pôle nord, je fais connaissance avec les peuples de là-haut : leur faune, leur flore, leurs croyances - et je me lance sur les traces du lièvre d'un Arto Paasilinna qui se réjouit qu'un fada italo-français ait décidé d'écrire un road-movie dont chaque chapitre sera un hommage à un de ses romans. Réjoui au point qu'il décide de me rencontrer lorsque son éditeur lui apprend que je vais passer à l'acte et me lander d'un rallye routier entre les étangs chers à Marcel Aymé, son auteur français favori, et sa patrie, le pays des 100 000 lacs...

Le plus étonnant survient après que j'ai candidaté à pour une seconde Mission Stendhal et que – mais comment se nomme mon ange gardien au ministère de la Coopération ! – je décroche le pompon : 3 500 euros pour faire le tour de la Finlande dans le sens inverse des aiguilles d'une montre sur les traces du lièvre blessé apparu à un journaliste au pays des glaces. Morisi le Finlandais venait de voir le jour, qui sera de retour là haut en août, où il paricipe à un Symposium dédié à l'épouse de l'ancien président du pays et père de la patrie, j'ai nommé Uhro Kekkonen...

(A Suivre)

Février-mars 2006 - L'odyssée finlandaise de Morisi et de Joël Max, photographe mal voyant et ami d'enfance de l'auteur de l'inénarrable (au sens propre du terme) "Poisson d'Absentès". Premier épisode...

Morisi - fier comme un bar tabac d'avoir obtenu sa seconde Mission Stendhal en deux ans - laisse tomber le Divin à la queue de cheval objet d'une exploration qui a duré plus de six ans. pour le très terrien Arto Paaslinna, auteur de l'immortel ´Lièvre de Vatanen’, l'année du Lièvre en finnois, le titre français ayant mis le rude Arto dans une colère noire… Le voilà donc établissant un road-book détaillé après avoir alerté la moitié des consuls honoraires, de la capitale Helsinki en passant par Savonlinna, au sud-est du pays, à Joenssu, ville quasiment frontière avec la Russie voisine, et par Rovaniemi, lieu de résidence du Père Noël et capitale de la Laponie.

Quand Mario propose à Max de l'accompagner, lui qui sous ses allure de grand troll mutique et mal voyant, a voyagé sur les cinq continents, des Andes à l'extrême orient, celui-ci se demande si c'est bien raisonnable de parcourir 10 500 km en hiver pour courir après un lapin polaire, mais, après tout, il ne dit pas non, le temps de préparer son matériel, un bon mois (Max a le tempo lent) et on prépare l'expédition en détail.

Les Missions Stendhal est un dispositif génial qui permet à des chercheurs et à des auteurs de se rendre dans le pays de leur choix en remboursant leurs frais de voyage et en leur versant une somme qui n’est pas ésuivalente selon qu’ils se rendent en Autriche pour étudier l'histoire du coucou ou à la Terre Adélie pour apprendre la langue des pingouins.

Arto Paasilnna est un phénomène. Chapka finnoise, large d'épaule, le regard inquiétant et agité, adepte du langage des ours et des gloutons, il est né dans un camion pendant la guerre germno-finlandaise, a été reporter et fait-diversier en Laponie, est tout à la fois un poète et un romancier que l'on aurait dit "populiste" dans le sens où comme ses collègues latino-américian Garcia Marquez ou Amado, il a joui d'une immense popularité en flattant la nature atypique et foutraque d'un peuple qui n'a d'indo-européen que sa partie suédophone, le reste de la population (Finnois et Sami) provenant des steppes oural-altaïques d'où sont originaires les finnno-ougriens, autrement dit les Finns, les Estoniens et les Hongrois.

Comme ces gens sont un peu fous et qu’Arto est leur prophète, Absentès-Morisi adore au point d’avoir lu tout ce qui a été traduit de luu en français grâce à une traductrice. Anne Colin du Terrail, qui allait devenir la grande conseillère et la post-facière du livre à venir, une post-face que je recommande aux nombreux fabs de Paasilinna.

Le mot fou est idoine car l'œuvre de Paasilinna met en scène une nature à couper le souffle, une faune mi réaliste mi symbolisue et des personnages complètement barrés qui mettent l'ordre établi en danger avec leurs lubies. ´La Cavale du Géomètre ´ aborde la démence sénile et Alzhaimer, ´Un homme heureux’, un architecte qui avec son pont et sa politique sociale rend furieux les dominants. Un ´Meunier hurlant’ qui jette une contrée dans la panique avec son idée de relancer un vieux moulin. Des pasteurs qui font le tour du pays par la Russie avec un ours qui danse dans les tavernes, un autre qui enchante et terrorise avec une éléphante qu'il sauve de l'abattoir et des boulettes surgelées.

L'idée qui vient à Morisi est simple, imiter ces périples, de l'ouest au sud est, à l'est, au grand nord, puis par la côté ouest en visitant les lieux où se situent l'acttion des romans du grand Arto. Un mois de travail et le road-book est prêt. Le Centre Culturel Français, les consuls honoraires, la presse locale en France et en Finlande sint avertis de cette aventure pas commune : deux doux dingues français qui se lancent à l'assaut de l'Ultima Thulé avec une Citroën dont les portières et le capot arborent le logo de leurs partenairs ( Ilbilic des Basket d’Euripide !) : Le vin jaune Badoz, les Assurances Generali, le Coco Bango, la librairie la Passerelle, le garage Cuynet, la Cave d'Enfer, Chez Michel et Édith du bar des Sports!et les Jardins du Creux Vincent, un producteur de légumes impliquant des handicapés mentaux.

C'est chez ces derniers, à l'instigation de l'ami Henri Soufflot, un Cheyenne, que nous lançons l'Opération Arto Paaslinna-Marcel Aymé, le premier rallye littéraire du genre reliant les étangs de la Vouivre aux 100 000 lacs de la nymphe Aino.

L'idée est croquignolette, reste à la réaliser et à parcourir chaque étape dans les temps, puisque nous sommes attendus par le Arto chez lui à Espoo, par l'anthropologue Heikki Kirkkinen, membre du comité des sciences humaines de l'Union européenne, spécialiste des terres de frontières ; enfin par l'ancien reporter de guerre Arvo Ruonaniemi, l'homme qui interrompit le président US Lyndon Johnson, occupé à distribuer des stylos billes aux indigènes, pour lui faire savoir que 95% des Finlandais étaient inscrits dans une bibliothèque.

Mais comme certains me l'ont fait remarquer, mes chroniques sont interminables et les lire sur un écran fait mal aux yeux. Tant pis pour ceux qui aurait voulu entendre parler du premier jour de notre équipée, une douzaine d'heures de Dole du Jura au sud de Copenhague, après avoir traversé l'Allemagne sous une pluie battante, ; pris le ferry pour le Danemark et manqué dormir dans la voiture par moins 4°C. Dormi vite, salué les propriétaires du gite et oublié une partie des appareils photos de Max dans notre chambre. On appelle les gens qui sont sur la route de leur cabanon d'hiver et doivent rebrousser chemin pour nous sortir de la mouise, les locations de ferry à suivre n'étant pas modifiables. Quelques (légers) excès de vitesse plus tard et nous chevauchons le magnifique ouvrage qui relie le Danemark à Malmö en Suède, que nous traversons d'un trait (600km) pour sauter dans le ferry de nuit Stockholm-Turku, l’ancienne capitale politique, intellectuelle et ecclésiastique de la Finlande.

Vous n'en saurez pas plus, si ce n'est que Maxi fait ami ami avec un trio de gothiques post-adolescents et que nous dormons dans la quille du ferry ; trois heures à peine, l'eau de vie du coin secoue pas mal, ce qui nous donne l'impression d'être à l'intérieur du shaker agité par Tom Cruise dans "Cocktail", vu que l’Amorella tient davantage du briséglace que d'un palace des croisières Costa...

(A Suivre)

21 février 2006 – Par choix de ne pas déranger le grand homme, Joël Saras ne prendra qu'une photo d'Arto Paasilinna en compagnie de Morisi-Absentès. Une photo qui vaut son pensant d'or et d'émotion. Point d'orgue de ce qui deviendra "Le Poisson d'Absentès" trois ans plus tard.

Quelle journée mémorable. Max et moi dormons du sommeil du juste au Marta Hotelli, un haut lieu des invasions étrangères à Helsinki. Dole-Helsinki autrement 2572,6 km d'après Mappy. En GX d'occasion. Sans pneus clous.

Le planning de la journée est excitant. Une interprète par ailleurs auteure vient nous prendre après une abondante collation.

Il fait froid mais pas plus qu'en Franche-Comté, Max et moi sommes habitués et bien vêtus.

Arto habitue dans la ville nouvelle d'Espoo bâtie au sud de la capitale, dans un bâtiment édifié selon les principes ondulants d'Alvar Aalto, le génial architecte finlandais.

Lorsque nous gravissons les escaliers en hélice et que Paasilinna nous ouvre la porte, j'ai un coup au cœur, je ne comprends pas plus de deux mots de ce qu'il me dit et j'ai 'e regard assuré d'une communiante impubère.

L'interprète (je me maudis d'avoir oublié son nom) nous présente ; l'épouse d'Arto nous sourit, je crois savoir que son mari ne reçoit personne, surtout pas les journalistes et les critiques avec qui il a des relations orageuses au point d'en avoir assommé un lors d'un salon.

Arto est fier qu'un auteur français ait eu l'idée incongrue de traverser son œuvre d'une façon aussi originale, un ancien torero qui se lance sur les traces de son Lièvre, de ses pasteurs, de ses ours et de son éléphante.

Fier, le buste dressé comme un élan qui va enfoncer un rival à coups de buffet sous la neige, il nous montre les innombrables traductions en d'innombrables langues de ses romans, chinois et malaisien compris. Puis il nous invite à engloutir le fond de nos tasses et nous montons dans la voiture de l'interprète, destination Kuusilaakso, la "vallée des sapins" où il a bâti un domaine qu'il a peint en rouge profond comme on le fait en Laponie où il est né.

Le voyage dure deux heures. Je réponds aux questions de notre hôte tandis que Max reste terriblement silencieux. L'interprète a l'air au goût de l'inventeur du thriller écologique, je ne comprends rien à ce qu'ils se disent mais un certain langage corporel suffit. Et puis Arto est encore émoustillé de la veille, une soirée de présentation de son roman de l'année qui sera traduit en français sous le nom de "Sang froid, nerfs d'acier" car l'homme-ours obéit à ses bibliorythmes : hivernage dans son refuge en novembre, composition du bijou annuel et sortie de la forêt pour une période de saturnales correspondant à la débâcle du premier printemps...

Arrivée en plein milieu d'un Sahara de neige en vert foncé et blanc, suivant l'ordre d'Arto, notre voiture s'arrête en forêt. L'air féroce, son énorme index pointé vers un champ, l'auteur du "Fils du Dieu de l'Orage" nous indique un ruisseau et nous fait dire que les Finlandais mentent par omission quand ils se disent sages et mesurés alors que l'endroit a été le théâtre d'un bain de sang entre les blancs de Mannerheim et les rouges locaux entre janvier et mai 1918.

Nous ne sommes plus qu'à quelques kilomètres de la Vallée des Sapins quand Arto nous indique une datcha cosy de belle dimension et nous parle de la maîtresse d'Alexis Kivi, l'auteur des "Sept Frères" (non traduit en français), un livre fondateur de la littérature en langue finnoise.

J'avoue que j'en suis touché, ces deux arrêts sont une forme d'acceptation de mon projet.

Bientôt nous arrivons. Faisons le tour des lieux, de plusieurs bâtiments en bois recouverts de laque rouge, et des machines agricoles dont Arto est fier et qu'il manœuvre sous nos yeux en ululant...

Maintenant le détail. Notre rallye littéraire Marcel Aymé–Arto Paasilnna comprend une découverte des produits du Jura au nord. Raison pour laquelle j'ai sorti le clavelin de vin jaune de la maison Badoz et que je l'ai offert au papa du Lièvre. Il file immédiatement chercher un tire-bouchon et le hume et le hume, i le hume et le goûte avec tant de sérieux qu'on reste à l'attendre dans le froid pendant que Max shoote la propriété, dont une tour de guet en bois noir auquel nous accédons un quart d'heure plus tard, puisque c'est là que le bonhomme a prévu de répondre à mes questions.

J'ai interviewé pas mal de monde dans ma vie, et des célébrités, mais je suis pris de court, trop occupé à boire notre hôte du regard et des oreilles, je pose des questions idiote que l'interprète essaie d'améliorer, les réponses de l'homme-ours n'ayant souvent rien à voir avec ce que je veux lui demander... À l'exception d'une seule qui provoque chez moi un fou rire ; "Monsieur Paasilinna, dans le Fils du Dieu de l'Orage", le dernier des croyants aux dieux finnois liquide une bouteille d'alcool près d'un rocher sacré. C'est là que le le fils du Dieu en chef des Finnois lui apparaît et se transforme en lui pour voir si les Finlandais moderne croient en son père et en ses oncles. Ce rocher existe-t-il dans le monde réel. ?" - Expression bouffe d'Arto qui grimace, fronce le sourcils, feule, me transperce de ses yeux trop bleus, et sans un mot, ôtant sa chapka, pointe son index du haut vers le bas et m'indique l'intérieur de son crâne.

La suite est succulente. Paasilinna, qui ne cessera de humer le vin jaune qu'il câlinera toute la journée dans sa grosse pogne, nous entraîne dans le "tunturri" lapon qu'un homme aux yeux bridés, sans doute le gardien des lieux, vient d'apprêter. Nous indiquant les pouffes rustiques installés autour d'un brasier, il sort trois bouteille de vin de baies noires d'un panier et nous en parle fièrement, car c'est le cru "Rutja", le fils du dieu de l'orage, :le meilleur de tout le pays, fierté qu'il tient à partager avec la fine fleur de l'œnologie mondiale, deux Français ! - Ainsi nous venions d'être initiés à une partie des secrets du "Meunier Hurlant", de "La Forrêt des renards pendus" ou de "La Cavale du Géomètre".

Sur le chemin du retour à la presque-nuit (il est trois heures de l'après-midi), Arto a fini la bouteille de vin jaune dont il dit que c'est une merveille dont il ne reconnaît que la moitié des arômes. Problème, le liquide doré ajouté aux effluves de la veille a tendance à faire monter son taux de testostérone, ce qui n'est pas du goût l'interprète au volant.

Arrivé à Espoo, la tentation est trop grande. Puisqu'il a fini le vin jaune, aurait-il l'amabilité de nous la dédicacer et d'accepter que Max fasse une photo de lui à côté d'Absentès. Arto ne se défile pas.

La bouteille est sur ma table 17 ans plus tard, une relique dont ma fille L, fera ce qu'elle voudra.

Retour au Marta Hotelli, heure de prises de notes et petit tour dans les rues glaciales de la capitale finlandaise. Dans l'impatience de me retrouver devant la brocante où démarre l'histoire du Fils du Dieu de l'Orage, endroit magique repris dans le futur Poisson, hommage au monde du grand conteur finnois qui sera tantôt frappé d'un AVC, ; perdra la mémoire ; ne comprendra plus qu'onl 'applaudisse - et s'en ira comme un personnage de ses romans, comme un pekko, ces djinns locaux qu'on n'arrive plus à faire rentrer dans leur bouteille d'eau de vie.

(À Suivre)

Août 2006 – Ayant lu les articles parus dans la presse quotidienne d'une bonne partie de la Finlande, les organisateurs du Sylvy Symposium (une manifestation culturelle intitulée à la mémoire de l'épouse de Kekkonen, le de Gaulle finlandais) et leur conseiller scientifique le Dr Osmo Pekonen, physicien membre de l'Académie et rédacteur-en-chef d'une revue mathématique de vulgarisation, prennent leur courage à deux mains et invitent Absentès-Morisi à participer au volant humoristique des rencontres qui se déroulent début août à Pieksämäki, un nœud ferroviaire élu "endroit le plus ennuyeux de Finlande". .

Clausevitz, Sun Tseu et Machiavel sont d'accord sur un point : un stratège et une stratégie ont beau être au point, l'issue de la bataille dépend du sort qu'il appelle "la fortune", bon heur ou mal heur on l'ignore au premier coup de mousquet.

Dans le cas du Morisi finnois de l'an de grâce 2006, les planètes étudiées par Pekonen, pas loin de deux mètres, sont alignées. Alerté par les articles qui révèlent le "rallye littéraire" hivernal de l'auteur atypique Morisi dans son journal quotidien à Jyvväskylä, il prend contact avec lui, le fait inviter au "Symposium" et s'occupe de tout le reste.

Sous Morisi, un garçon qui n'a pas de casier judiciaire et qui est convaincu qu'une belle idée doit se réaliser quoi qu'il en coûte, piaffe Absentès, l'ex torero, ancien directeur de boite de nuit pour invalides de guerre et écrivain de polars de gare/. C'est ce dernier, un olibrius, qui donne une conférence sur sa chasse au Lièvre de Paasiinna : vêtu en bédouin dans son burnous en poil de chameau rapporté du Sahara ! Plaignons la traductrice Kristina Juvonen que je salue ! Le texte est un feu d'artifice de loufoquerie où les calembours le disputent aux métaphores loufoques sous le regard hébété d'une centaine de lecteurs du grand Arto !

On parle (et on boit) beaucoup, pendant ces trois jours. Ilkka Seppä, l'organisateur, une copie conforme du mage Väinämöinen, un des héros du "Kalevala" - la source de l'identité nationale locale tant de fois menacée par les voisins suédois et russes - est aux petits soins pour Absentès quand Morisi lâche les cheveux de sa fantaisie et pour Morisi, un garçon sentimental qui s'émeut beaucoup et note tout ce qu'il lui passe par la tête pour son futur "Poisson" dont la rédaction s'est enrichie de mille détails qu'il a du mal à faire rentrer dans le bocal prévu pour la parution l'année suivante ; le plus drôle étant que le Symposium ne propose pas seulement des rencontres sur l'humour en Finlande et en Europe,mais tient son prestige d'un colloque consacré à Charles Péguy et à Jeanne d'Arc ! - Allez savoir ce que pensèrent les zélateurs de la soi disant pucelle quand on leur fit savoir que le héros du "Poisson" de était un anarcho-gauchiste priapique se promenant nu dans la toundra en cherchant une vouivre pour passer la nuit et en imitant le cri du glouton et...

Naturellement, comme les nuits sont encore blanches début août, Mister Hyde Absentès entraîne le spécialiste du Divin à à la Queue de Cheval dans les dancings du coin mais ils rentrent bredouille et dorment tout habillés au bord d'un lac aux reflets argentins...

(A Suivre)

2006-2008. "Inside-Outside Vesoul, Dole, Lure et Lons", Absentès Morisi sème l'écrtiure et prone la littérature d'évasion en prison. Trois saisons et neuf ateliers pour une campagne de Taule Fictions...

L'occasion naît de l'Ombilic de l'Amitié lorsque Guy Boley, auteur Grasse qui a été chanteur de rue, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule et chauffeur de bus, veut prendre une année sabbatique sans abandonner les détenus à qui il prêche le bon usage du verbe depuis plusieurs années. L’idée lui vient de mettre Morisi dans le coup et de le présenter aux autorités pénitentiaires qui administrent le dispositif Écriture en maison d'arrêt.

Morisi est accepté par les autorités de tutelle. Un contrat est signé pour une trentaine de séances de 2 heures à Lure ; la rétribution est coquette, les frais de déplacement payés au tarif de l'administration.

Embrouille. Un contrat a également été souscrit avec Marjorie Pourchet, une dessinatrice illustratrice. Mario propose qu'on coupe la poire en deux, il s'occupera de faire naître un scénario que Marjorie illustrera avec les détenus. Une séance ´personnages et scénar ‘ - une heure illustration et une heure conjointe pour caler le story-board.

C'est dans la chapelle qu'on propose à Mario de lancer l'affaire. Trois tables perdues au milieu de la pièce, un écho infernal et une moitié de participants... musulmans.

Le directeur de la prison est ok : nous travaillerons dans la bibliothèque, un mur de livres valait mieux qu'un mur de taule.

Mes écrivains sont cinq, puis quatre. Des détenus de longue durée ou en attente de jugement. Je leur propose un protocole. Cinq dix minute d'échange libre, les trois coups comme au théâtre pour symboliser l’entrée dans le monde que nous allons créer - travail sur les personnages, les lieux et le scénar- et pour conclure : trois coups et retour au réel- Échange de clôture. Je les salue et je parcours les 130 km qui me séparent de Sampans en profitant de la chronique bd de José Artur sur Inter. Trois mois plus tard, "Viva Patatas" est né. C’est la saga d'un guichetier de banque qui hérite d'une mine au Mexique et s'y rend en compagnie d’une bimbo qui l’aime pour ses beaux yeux : occasion pour mes écrivains de s'évader sans risque.

Ma deuxième aventure littéraire en zonzon a pour théâtre la maison d'arrêt de Vesoul, un palace comparé à celle de Lure dont le directeur, un sale c..., a été contraint d’accepter le dispositif Culture-Justice, qu'il trouve injustifié de gaspiller de l'argent public pour faire écrire des âneries à criminels. Aussi s'arrange-t-il pour proposer une séance de muscu aux heures prévues pour les ateliers Écriture de Morisi, qui perd les cinq gars des quartiers qui s'étaient inscrits chez lui. et se retrouve en tête à tête avec Tonton Ali, un délinquant probablement sexuel à qui il fait écrire des fables animalières pour sa fille. - Émouvant en revanche le retour d'un ado black à qui Morisi a offert un dictionnaire et qui, libéré et réinséré, passe à la prison et le lui rappporte;

C'est à Lons-le-Saunier que naît le projet "Épistaule", un dispositif fondé sur la réception et l'envoi de lettres. Le premier pas est la création par chaque participant d'un autre soi fruit d'une autre vie, à partir d'une autre famille, d'un autre passé et d'un autre motif d'incarcération. Mais également d'un lieu de détention imaginé ensemble. À chaque début de séance, Absentès distribue le courrier personnalisé qu'il a réfigé à l’intention de ces alias.

Les détenus passent la séance à répondre à ces lettres après en avoir discuté avec leurs compères épistaulards. Commencée à Lure, l'opération se poursuit à Lons et aboutit à un projet de série télévisée. Basé sur la visualisation et la mise en images des scripts, l'atelier donne naissance à un pilote qu’il s’agirait de

proposer à un pannel de maisons de profuctions

Ce qui aurait été fait si les ateliers ne s'étaient interrompus faute de budget et tant pis pour "Viva Patatas" (Lure), "Les fables de Tont Ali" (Vesoul), "Alisson Maurice" (Dole), "L'Épicerie du Quai d'Orsay" et "La Ferme d'Ulysse" (Lons), des synopsis qu'on aurait pu proposer aux chaînes de télé - l’idée de Morisi - toujours aussi naïf - étant de lancer un programme national d'écriture de scénarios dans les prisons dont les fruits, en cas de contractualisation, aurait amélioré le quotidien des détenus, le vice rendant ainsi hommage à la vertu…

Avant de quitter les maisons d'arrêts, les criminels, les délinquants, les malchanceux et les innocents… le souvenir d ces moments où les matons vous bloquent dans un sas, oublient leurs clés, vous annoncent que la séance est annulée faute de combattants, histoire de vous faire comprendre que vous êtes un sale gauchiste payé bon-bon pour faire du bien à des salopards.

À moins que, comme à Lure, un d'entre eux ne passent le vendredi soir pour connaître la suite des aventures de Patatas : ou qu'un directeur comme celui de Lons ne fasse des pieds et des mains pour que l’opération ´Épistaule ´se poursuive, ayant remarqué que les "écrivains" d’Absentès étaient calmes, commandaient des livres à la bibliothèque et même des crayons et du papier...

(A Suivre

2006-2010 – La résurrection laïque de Renaud Outhier, un abbé "sçavans" né à La Marre-Jousserand en 1694, mort en 1774 à Bayeux - Le doctorat d'anthropologie polaire du mathématicien Osmo Pekonen et la mission qu'il confie à Absentès redevenu Morisi entre "Spormidable" et ses ateliers d'écriture en prison.- La thèse de Pekonen ; le prix de l'Académie des Sciences qu'il reçoit pour son travail sous la coupole et ce qui s'ensuit...

La Finlande est inscrite dans le destin de Morisi depuis ce jour où il décida de choisir une Finlandaise plutôt qu'une Anglaise comme correspondante. Il y a eu ces premiers voyages avec Roger B., Hans S. mais surtout l'épopée hivernale de l'hiver 1976 avec Christian B. et la chasse au Lièvre de Paasilinna qui attire l'attention d'un membre de l'Académie des Sciences et des Lettres de Finlande, un gaillard de deux mètres à la fois savant et polyglotte, amoureux de la France et de tout ce qui pense en Europe du sud et du nord.

Tout commence le dernier jour du Sylvy Symposium en août 2006. Alors que le bourgmestre finit son discours en brandebourg et tricorne et que le banquet débute, Pekonen s'assoit à côté de Morisi et lui demande s'il a entendu parler d'un de ses compatriotes jurassiens, Reginald Outhier, un membre de la fameuse expédition de Maupertuis dans les terres arctiques pour déterminer la "figure de la Terre", le sujet scientifique de l'ère post-Newton, à savoir notre planète est-elle ronde ou en forme de mandarine aplatie aux deux pôles ?

La controverse est vive. Le saint Siège, les disciples de Descartes et de Cassini optent pour une planète allongée aux deux pôles. Newton et les Anglo-Saxons pour des pôles aplatis. Pour en avoir le cœur net, le fils de corsaire Maupertuis, bel allure, bel esprit et homme d'action, convainc Maurepas, le ministère de la Marine, d'armer une expédition composée des meilleurs savants de l'époque (français et suédois, avec du matériel optique anglais) et de mesurer la longueur d'un degré de longitude au nord, pendant qu'un autre savant-voyageur français, La Condamine, mesurerait un degré de longitude au niveau de l'Équateur en Amérique centrale.

L'histoire est méconnue, c'est un abbé savant de 40 ans (âge canonique à l'époque) qui est recruté par Maupertuis pour raconter, illustrer, documenter l'expédition. Cet abbé jurassien né sur le premier plateau au-dessus de Poligny, a étudié au Collège de l'Arc de Dole avec les jésuites puis au Séminaire de Besançon qui était connu pour abriter des esprits forts férus de mathématique et de sciences. Vicaire provisoire à La Marre chez des parents, puis vicaire de Montain près de Lons-le-Saunier, Outhier s'illustre par ses talents d'astronome, de cartographe, de lithograveur, d'horloger et d'opticien, ce qui l'amène à réaliser des globes terrestres mobiles qui attirent l'attention de l'Académie des Sciences, ou il est appelé comme secrétaire particulier de Mgr de Luynes, un archevêque féru d'astronomie.

C'est le première partie de la vie de Renaud Outhier que Pekonen demande à Morisi de documenter. Sa famille, ses parents, sa formation, ses études, son retour sur le plateau, la manière dont il développe ses talents d'observateur et d'astronome.

Morisi adore constituer des dossiers, chasser des indices, fouiller dans les archives pour y déterrer des raretés. Le voici qui écume les archives départementales, les fonds diocésains, les bibliothèques municipales, les tiroirs de toute une série de communes perdues. Et lorsqu'il découvre dans une d'entre elles une description des pierres tombales portant le nom des Outhier et de leurs familiers. il saute dans sa GX et fait le tour des cimetières du plateau avec son appareil photo et son stylo, harcelant les maires des villages, les présidents d'association et les habitants du Fied, de La Marre et des hameaux perdus sur un plateau lunaire qui lui donne le titre de l'autobiographie imaginée de l'abbé qu'il intitulera "La Boue et les Étoiles".

Pekonen, qui est docteur ès sciences, entend soutenir une thèse sur "la Rencontre des Religions lors du Voyage au Nord de Réginald Outhier", a besoin d'un assistant en France. Il ne s'agit pas pour lui de laisser Absentès s'échauffer et dériver comme dans le cas du "Monde selon Baggio" ou du "Poisson d'Absentès" mais de l'encourager à lui livrer des informations sourcée utilisables dans un doctorat de haut niveau.

Morisi a un passé universitaire, une maîtrise de phllo. Il tient compte des exigences d'Osmo et se démultiplie à Poligny, Salins, Lons, Dole, Besançon, mais également à Bayeux, dans le Calvados, où l'abbé, devenu académicien à Paris et à Berlin, a fini sa vie. Manne d'infos que Pekonen intègre dans sa thèse et qui contribuera à lui faire gagner le prix "Estienne de Chaix" et à faire rentrer Morisi dans la bibliographie mondiale concernant la Figure de la Terre. Rose à la boutonnière de ce travail de fourmi - la démonstration que l'abbé jurassien n'a pas pu être l'auteur d'un mémoire scandaleux sur la confession des pénitentes paru en Avignon, ragot qui se perpétuait depuis l'année de sa mort.

Tout habité de cet abbé improbable, Morisi ne s'arrête pas en si bon chemin. Il convoque sa coopérative d'hétéronymes dont le siège se trouve sur une aire d'autoroute près de Sampans et leur annonce qu'il va entrer dans la peau de l'abbé à partir des données de la thèse à présent publiée.

Édité par Alain Mendel, des éditions Sekoya, illustré par les gravures originales de "l'abbé sçavans", 'La Boue et les Etoiles" est chroniquée dans la revue "Sciences et Espace" qui le classe deuxième livre de vulgarisation scientifique de l'année derrière un ouvrage consacré... à Einstein. Le plus beau étant à venir, lorsque les organisateurs de la Fête du siècle des Lumières invitent Morisi et son éditeur à présenter leur livre au pavillon Fersen de Suomenlinna, le jour de la Saint-Jean, en plein soleil de minuit. Comme Morisi a réussi à convaincre sa fille Laura de l'accompagner, c'est les yeux mouillés et plein d'étoiles qu'il profite de ce qu'elle dort pour s'en aller saluer la statue d'Alexis Kivi, un inspirateur d'Arto Paaslinn, à qui, finalement, il devait de vivre ces moments inespérées et pour ainsi dire incongrus.

Mais d'El Oued Souf à Rovaniemi il n'y a qu'un tir d'aile quand on est élu par les fées et par les djinns..

(A Suivre)

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