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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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2002-2003 Suite – Petit à petit l'opération Culture & Foot prend forme. Mario, l'ancien numéro 10 amateur, ratisse et creuse dans la vie du Divin Baggio prêt à tout pour convaincre Trapattoni, son ancien entraîneur, de le sélectionner pour la coupe du monde qui se jouera au Japon et en Corée où il est vénéré pour sa classe infinie et sa réputation d'impétrant boddhisattva.

Morisi suit ses exploits avec voracité ; celui-ci, 35 ans, marque 9 buts lors des 8 premiers matchs de la saison mais, karma ou imprudence, "se fait les croisés" pour la sixième fois de sa carrière.

L'Opération Baggio est une odyssée en soi. Comme pour beaucoup d'Italiens, d'Espagnols et de Latino Américains, le football peut être considéré comme un art quand il est exercé par les icônes que furent Edson Arantès do Nascimento, Ferenc Puskas, Omar Sivori, Alfredo di Stefano, Eusebio, George Best, Florian Albert ou Gianni Rivera. A fortiori Zico, Platini, Maradona...

L'idée qu'un joueur de ballon puisse être un créateur de formes éphémères, d’actions de grâce et de beauté chorégraphique est au cœur du personnage Baggio, que l'Académie des Beaux Arts nomme "monument de la ville de Florence" en 1989 au même titre que la coupole de Santa Maria del Fiore peinte par Giotto ou le Persée de Benvenuto Cellini, "pour son aptitude à enchanter les foules avec son toucher de velours et ses buts d'auteur."

Foot et beauté, ballon et enchantement, Morisi s'est lancé sur les traces de celui que Giovanni Agnelli, le boss de la Fiat, a baptisé ‘Raphaël’. Au fur et à mesure de ses recherches, Mario se rend compte que le Divin à la Queue de Cheval, Ballon d'Or et meilleur joueur du monde avant la coupe du monde USA 94, a déclenché une marée de commentaires littéraires et provoqué un véritable concours de lyrisme chez des intellectuels du monde entier, à commence par Eduardo Galeano, un grand de la littérature latino-américaine.

Morisi passe finalement des heures à fouiller sur internet, à interviewer des journalistes italiens au téléphone ; il traduit des centaines de dépêches en français et accouche d'un projet en trois volets : une biographie "littéraire" brute avec un maximum de données et de citations : la trame d'un roman ayant pour thème la découverte du Divin par un hyper-intello cachochyme qui n'a jamais entendu parler de lui ; enfin un texte écrit pour le Chok d'Alain Besset, le Stéphanois qui lui promet de le porter sur scène s'il le mène à terme.

Le 11 septembre 2001, Morisi récupère d'une nuit studieuse sur son ordinateur quand il assiste à l'heure des croissants à l'attaque terroriste des Tours Jumelles. Le Millénium va commencer comme il s'était terminé avec le fantasme de la guerre des civilisations chère à Huntington, une nouvelle guerre du Golfe et la chasse au super méchant Bin Ladden sur fond d'attentats répétés contre l'Occident. Peu de temps auparavant, on avait assisté à des émeutes dans les quartiers qui avaient fasciné le monde entier. L'idée de situer l’ ‘Orfeo Baggio ´dans une Zup plongée dans le chaos s'impose d'elle même. Dans la périphérie de Saint-Étienne, au milieu des explosions et des coups de feu, la police surprend un quadragénaire en costume de ville en train de jongler à deux pas du cadavre d'une bibliothécaire qui a été violée et assassinée On le contraint par corps dans un local où deux inspecteurs, Raoul, pré retraité, amateur de rugby, et son équipière Sonia, une nana ambitieuse et techno, n'ont que les mots du suspect pour se faire une idée, l'électricité ayant sauté et les ordinateurs étant en berne. Le gars, sous les yeux d'un vieil Arabe qui est â la recherche de son neveu disparu la veille, ne se démonte pas. À 'nom/prénom/date de naissance', il répond : "Comment ! Vous ne reconnaissez pas ? Je m'appelle Baggio, Roberto, né le 18 février 1967 à Caldogno, Vicenza, Italia, Mondo !"

La démarche est gonflée, faire rentrer le foot au théâtre, provoquer les gardiens du temple, être fidèle à la profession de foi d'Antonin Artaud et du Chok qui affirment que rien de ce qui est humain ne leur est étranger si cela brûle de passion et d’urgence...

La suite s'étalera sur deux années et demi. Besset réceptionne le texte de Morisi et lui propose de le rendre fonctionnel pour les quatre acteurs et les quatre musiciens qui vont le faire vivre.

Avec Philippe Ambrosini, le bras droit de Balmer dans "Boulevard du Palais", ils en font une pièce destinée à être jouée en 90 minutes dans un décor et une ambiance surréalistes avec recours à la vidéo et à des téléviseurs. Sur une scénographie signée Hervé Fogeron qui imagine une surface de réparation verte (couleur taboue au théâtre), une cage deu but géante et des filets...

Le texte déposé à la SACD à Paris, la pièce soumise à un concours organisé par la Fondation Beaumarchais, Morisi boucle son dossier de demande de Mission Stendhal et projette un mois d'enquêtes en Italie.

Coup de tonnerre dans sa boîte à lettres un mois plus tard : l’ex numéro 10 de Tavaux et du RCFC apprend que son projet a été retenu parmi les 30 soutenus en 1993, aubaine à peine pensable si l'on considére qu'il n'a écrit que des polars au moment de la décision. À croire qu'un ange en poste à Paris lui a donné un coup de pouce inattendu...

(An 2003 – Alors que les États-Unis préparent la deuxième guerre du Golfe et que la Chine déclare à l'OMS l'apparition d'un nouveau coronavirus, le SARS COV 1, Morisi, qui soutient sa maman atteinte d'une tumeur au sein, boucle son dossier près le ministère de la Coopération, remplit une marée de formulaires et encaisse une bourse de 3 500 euros destinée à couvrir ses frais du début à la fin du mois de mars, de Milan à Florence et retour en passant par Vicenza, Como, Brescia, Bologne, Empoli, Florence et Plaisance...

Le monde est en ébullition et les mass médias traditionnels (presse papier, radio, tv) sont relayés par les réseaux dit sociaux et les nouvelles technologies de l'information qui s’ingénient à faire et à défaire les opinions publiques. En fait les États-Unis d'Amérique se servent de l’alibi sanglant du 11 septembre pour renforcer leur présence dans le Golfe riche en hydrocarbures et fait de Bin Ladden un monstre insaisissable voué à la destruction massive de l'Occident de manière que la péninsule que Morisi découvre à bord de sa Fiat Uno est envahie par une marée de drapeaux arc-en-ciel réclamant "la pace", c'est-à-dire la paix en italien.

Morisi a préparé son expédition avec soin. Parti au début du mois de mars, il se rend à Milan où il rencontre un homme de Vittorio Petrone, l'ami intime de Roberto Baggio, par ailleurs son agent et le pdg de Choronomark, une société de communication installée dans le centre chic de la capitale lombarde.

De Milan - où il rencontre Beccantini, une des consciences du journalisme sportif appointé par "La Stampa", il se rend à Caldogno, le bourg natal de Baggio qui se trouve à 10 km de Vicenza en direction des monts Berici.

Installé à l'Hôtel Marco Polo, il s’enteetient avec une trentaine de témoins de l'enfance et de l'adolescence du Divin à la Queue de Cheval, y compris ses premiers entraîneurs et quelques-uns de ses professeurs quand il fréquentait le Collège Dante Alighieri.

Morisi adore organiser, planifier, établir des cartes, noircir ses Clairefontaine de notes, de croquis et d’emplois du temps. Par sauts de puce, il se rend à Bologne où il est reçu par Andrea Aloi et Adolfo Rossi, dans les locaux du légendaire "Guerin Sportivo", un "So Foot" avant l'âge qui avec son logo, un Bayard italique rebelle, tient du ´Canard Enchaîné’ et tire la bourre aux grands journaux du nord, "La Gazzetta" et "Tuttosport" en tête.

Lorsque je pousse la porte du "Guerin" à San Lazzaro, dans la banlieue de Bologne, je n'en crois pas mes yeux. Andrea Aloi, une plume et une conscience lui aussi, m'accueille avec un capuccino, me prie de lui parler de mon projet et m'accompagne dans le bureau d'un collègue moustachu et caustique... qui a fait le vide sur le bureau qui se trouve en face de lui et m'annonce que ce bureau et les archives sont à ma disposition. Au mur, des unes fameuses du "Guerin", "journal de critique et de politique sportive" fondé en 1912, ce qui en fait le plus ancien magazine de sport du monde. Parmi elles, celles consacrées au Divin Codino Baggio qui a fait rêver et jouir Bologne l'espace d'une saison en 1997/98.

Traité comme un roi par des gens que mon idée de triptyque biographie-roman décalé et pièce musicale intrigue, j'obtiens un rendez-vous avec Ivan Zazzaroni, l'ancien directeur de la rédaction et jeune turc des émissions sportives de la RAI. Nous prenons un café sur une terrasse à l'ombre des Deux Tours de Bologne, la cité avec Padoue où la médecine moderne est née, une ville rouge politiquement, un paradis des universitaires où professait un autre des héros de Morisi, Umberto Eco.

De Bologne, je file à Empoli où "les Hirondelles" de Brescia, le dernier club de Baggio, affrontent l'équipe locale. Installé dans un hôtel à proximité d'un grand parc, je me régale de vin de Toscane et de bœuf alla fiorentina et apprécie l'ambiance sans chichi de cette ville située à 20 km de Florence. J'y retrouve mon ami Marco Bencivenga, le responsable de la rédaction de "Brescia Oggi". Adorable, il s'occupe des accréditations de sorte que j'assisterai à toutes les conférences de presse d'après-match, ce qui me permet de faire valoir mon "Opération Baggio", insistant sur le fait que le ministère des affaires étrangères finançait mes investigations.

Sur le terrain, je vois enfin évoluer Roby Baggio, une légende mondiale, le héros divin et malheureux de la finale de la coupe du monde 9 ans plus tôt. Il n'est pas exceptionnel mais il se passe quelque chose chaque fois qu'on lui adresse la balle, une suspension du temps, une pause dans les encouragements ou dans les sifflets, un arrêt imperceptibles dans les battements du cœur.

À bord de ma Uno, je prends la route après avoir soupé avec Marco et une paire de journalistes en déplacement et je me rends à Florence où j'ai trouvé un pied à terre, l'Hôtel Albion, sur les quais de l'Arno, à portée de fusil du Ponte Vecchio et des quartiers où j'ai passé tant de journées étonnantes et vécu tant d'émotions fortes.

C'est là que je suis pris du fameux syndrome de Stendhal nommé ainsi par Graziella Magherini, une psychiatre de la ville qui a passé une partie de sa carrière à soigner l'étrange malaise qui s'empare des visiteurs et les amène à s'évanouir, tant la beauté de ce qui les entoure finit par les submerger. Pas une blague, c'est le grand Stendhal, dans son ´Voyage en italie ´ qui en parle le premier aorès avoir perdu connaissance à la sortie de l'église Santa Croce.

Je connais Florence, j'ai le plan en tête, j'y ai mis les pieds pour la première fois avec mon père et ma mère en 1966 : Ah le Fiorentina-Bologne au stadio comunale avec Hamrin, Nielsen, Bulgarelli…

J'y suis retourné seul. Avec mes copains de la Communauté de Bacchus. Avec le capitaine aux yeux bleus. Avec Lilith B. Avec Trinit', Michou et Bottom, lors d'une expédition digne de l' "Armée Brancaleone" avec Gassman. Avec ma Lo, Ivinho di Agogo et ses filles Thaïs et Mona. D'autres fois en passant. Mais là, c'était spécial. Toutes les portes me sont ouvertes. Je suis reçu par l'adjoint à la Culture à la marie, qui se trouve à l'intérieur de la Galerie des Offices ! On téléphone pour moi à droite et à gauche. On me recommande Rigoletto Fantappié (je n'invente pas le nom) qui est la mémoire de la Fiorentina, le président de la Coordination des Supporters de la Viola.

On m'ouvre les bibliothèques. On m'indique des pistes.

Car Roberto Baggio, footballistiquement, est le fils de Florence. Le genou explosé (il a mis 16 mois à se remettre), les Florentins l'ont couvé, protégé, soutenu, aimé ; l'ont invité à prendre le café, à manger. à écouter de la musique. Une romance folle au point que la Ville sera secouée par 3 jours d'émeutes avec couvre-feu, arrestations et centaine de blessés quand le Comte Pontello, alors président de la Fiorentina, le vendra en cachette à la Juventus de Turin, l'ennemi juré, le symbole de l’arrogance industrielle du nord.

La semaine passée à Florence est inoubliable. Mario découvre la rue Carnessecchi où Baggio vivote avec les stagiaires en pension. Il est conduit dans la trattoria située en face du stade Artemio-Franchi où le patron le prend en sympathie et lui confir des anecdotes inédites : la porte de son restaurant forgées par Florindo, le papa de Roby. Une biographie interdite dont il est le seul à avoir un exemplaire, qu'il me laisse consulter mais que je ne peux pas photocopier.

À deux pas de là, j'ai l'honneur de passer une heure avec le formidable Rigoletto Fantappié qui me raconte la folie des émeutes, les rendez-vous secrets que Roby donnait à Cecchi Gori, le producteur de cinéma qui allait reprendre le lcub. Les parties de chasse avec Ramon Diaz, l'international argentin et Roberto : un ange, une lumière, de la joie pure.

Le dernier soir, installé devant un énième verre de Campari en vue de la statue du David et du Persée de Celliini, je suis pris d'une émotion incontrôlable.Je me rends compte que je suis là, dans un des berceaux de la civilisation, payé par la France pour narrer la figure d'un godelureau en culotte courte portant le numéro 10 et se blessant régulièrement au genou. Ainsi mon grand-père Lazare avait fui l'Italie sous la pression du fascisme, avait traversé les Alpes à pied avec son épouse et mon père âgé d'un an et demi, et le pays qui l'avait accueilli (assez mal, il faut le dire) finançait le voyage et le travail littéraire de son petit-fils, le faisant passer de rejeton des montagnes dans la catégorie des intellectuels qui s'étaient pressés aux abords de la piazza della Signoria, de Santa Maria del Fiore, de Santa Croce, du Ponte Vecchio et des Jardins de Boboli…

Alors satori a Firenze, au comble de l'émotion, le revoyant partir en bleus pour payer mes études, il me vient de penser à mon papa, parti neuf mois plus tôt. Papa, tour ça c’était grâce à toi…

(A À Suivre)

Vive la Finlande ! - L'Opération Baggio ayant été un succès de notoriété et d'estime, celui que j'étais en 2006 a tout lieu d'être satisfait de ce qui s'est accompli entre mai 2000 et le printemps 2006, date de la sortie du ´Monde selon Baggiô aux éditions de l'Embarcadère : trois Faits Divers de 2000 en 2003, un ´Orfeo Baggio ´ (2004) dont la presse internationale a validé l'existence (Canal Plus, L'Express, So foot, la Rai, la Gazzetta dello Sport, L'Espresso, le Corriere della Sera, BBC World, le Guardian, El Pais, El Clarin, les médias chinois et japonais...) on peut dire que le mariage Culture et Foot était un succès.

Mais il y eut aussi la satisfaction de transformer le Faits Divers n*4 en "Castor Paradiso", eau forte au noir qui restera avec ´Les Innocents’ de Carco et ´Le Clochard d'Asmodée de Pidoux, un hommage marquant au petit peuple du quartier Battant...

En 2005 se multiplient les propositions. Je participe aux Petites Fugues avec le CRL. Je donne des ateliers d'écriture dans les écoles, les collèges et les lycées. Basé à Dole je fréquente les milieux artistiques et sportifs en attendant que Sylvie Magnenet, connue en pigeant pour "Jura Magazine"; m'entraîne dans l'aventure "Spormidable", un mensuel cousin de notre Gazette du Sport.

Ce que je ne comprends toujours pas, c'est ce qui me projette sur la piste finlandaise ! Car sous influence depuis ma tentative de désertion de l'hiver 1976, je succombe à l'Ombilic du Nord par la faute d'un olibrius né dans un camion lors de la guerre d'hiver entre la Finlande et l'Allemagne nazie. Comment le démon de Kittilä, sa ville natale, s'y est-il pris pour me faire perdre le Sud ? Tout simplement en glissant dans mes mains fébriles ´le Lièvre de Vatanen’, son épopée poético-écologique, une odyssée initiatique imprégnée d'un des plus grand livres de l'histoire de l'humanité, ´Le Kalevalà, autrement nommée ´La Geste des Anciens Finnois’.

Il y avait eu Henry Miller, Lennon-McCartney-Harrison- Starr, Nietzsche, Dostoievski, Robert Baggio, il y eut Arto Paasilinna, "la forteresse de pierre" en finnois. - Conséquence de ce sort qui m'est jeté, je gomme le Divin à la Queue de cheval et je m'immerge dans le monde d'Arto la tête la première, dévorant ses romans, prenant contact avec Anne Colin du Terrail, sa traductrice en France, parcourant l'histoire de la Finlande ; découvrant ses musiciens (Sibélius), ses peintres (Gàlen-Kalela), ses architectes (Alvar Aalto) et ses écrivains (Mika Waltari, Alexis Kivi...), ppur ne pas parler de ses héros olympiques : Paavo Nurmi, Lasse Viren et Juha Mieto...

C'est du "Chant du Bourreau" de Norman Mailer que m'est venue la manie de constituer des dossiers comme on le fait pour une thèse et d'en faire le terreau de mes fictions. Aux États-Unis on a appelé cette manière de procéder : "The New Journalism", qu'ont rendu célèbres Norman Mailer ("Marylin" et "Le Chant du Bourreau") - Coover ("Le Bûcher de Time Square") - Gay Talese ("Honor Thy Father") ou Tom Wolf ("Le Bûcher des Vanités") ; des chasseurs de faits â la fois détectives et procureurs qui entrent dans la tête de leurs personnages et nous foont vivre ce qui fut leur réel de l’intérieur. - Bref, je m'enfonce dans la toundra finlandaise, j'investis le Pôle nord, je fais connaissance avec les peuples de là-haut : leur faune, leur flore, leurs croyances - et je me lance sur les traces du lièvre d'un Arto Paasilinna qui se réjouit qu'un fada italo-français ait décidé d'écrire un road-movie dont chaque chapitre sera un hommage à un de ses romans. Réjoui au point qu'il décide de me rencontrer lorsque son éditeur lui apprend que je vais passer à l'acte et me lander d'un rallye routier entre les étangs chers à Marcel Aymé, son auteur français favori, et sa patrie, le pays des 100 000 lacs...

Le plus étonnant survient après que j'ai candidaté à pour une seconde Mission Stendhal et que – mais comment se nomme mon ange gardien au ministère de la Coopération ! – je décroche le pompon : 3 500 euros pour faire le tour de la Finlande dans le sens inverse des aiguilles d'une montre sur les traces du lièvre blessé apparu à un journaliste au pays des glaces. Morisi le Finlandais venait de voir le jour, qui sera de retour là haut en août, où il paricipe à un Symposium dédié à l'épouse de l'ancien président du pays et père de la patrie, j'ai nommé Uhro Kekkonen...

(A Suivre)

Février-mars 2006 - L'odyssée finlandaise de Morisi et de Joël Max, photographe mal voyant et ami d'enfance de l'auteur de l'inénarrable (au sens propre du terme) "Poisson d'Absentès". Premier épisode...

Morisi - fier comme un bar tabac d'avoir obtenu sa seconde Mission Stendhal en deux ans - laisse tomber le Divin à la queue de cheval objet d'une exploration qui a duré plus de six ans. pour le très terrien Arto Paaslinna, auteur de l'immortel ´Lièvre de Vatanen’, l'année du Lièvre en finnois, le titre français ayant mis le rude Arto dans une colère noire… Le voilà donc établissant un road-book détaillé après avoir alerté la moitié des consuls honoraires, de la capitale Helsinki en passant par Savonlinna, au sud-est du pays, à Joenssu, ville quasiment frontière avec la Russie voisine, et par Rovaniemi, lieu de résidence du Père Noël et capitale de la Laponie.

Quand Mario propose à Max de l'accompagner, lui qui sous ses allure de grand troll mutique et mal voyant, a voyagé sur les cinq continents, des Andes à l'extrême orient, celui-ci se demande si c'est bien raisonnable de parcourir 10 500 km en hiver pour courir après un lapin polaire, mais, après tout, il ne dit pas non, le temps de préparer son matériel, un bon mois (Max a le tempo lent) et on prépare l'expédition en détail.

Les Missions Stendhal est un dispositif génial qui permet à des chercheurs et à des auteurs de se rendre dans le pays de leur choix en remboursant leurs frais de voyage et en leur versant une somme qui n’est pas ésuivalente selon qu’ils se rendent en Autriche pour étudier l'histoire du coucou ou à la Terre Adélie pour apprendre la langue des pingouins.

Arto Paasilnna est un phénomène. Chapka finnoise, large d'épaule, le regard inquiétant et agité, adepte du langage des ours et des gloutons, il est né dans un camion pendant la guerre germno-finlandaise, a été reporter et fait-diversier en Laponie, est tout à la fois un poète et un romancier que l'on aurait dit "populiste" dans le sens où comme ses collègues latino-américian Garcia Marquez ou Amado, il a joui d'une immense popularité en flattant la nature atypique et foutraque d'un peuple qui n'a d'indo-européen que sa partie suédophone, le reste de la population (Finnois et Sami) provenant des steppes oural-altaïques d'où sont originaires les finnno-ougriens, autrement dit les Finns, les Estoniens et les Hongrois.

Comme ces gens sont un peu fous et qu’Arto est leur prophète, Absentès-Morisi adore au point d’avoir lu tout ce qui a été traduit de luu en français grâce à une traductrice. Anne Colin du Terrail, qui allait devenir la grande conseillère et la post-facière du livre à venir, une post-face que je recommande aux nombreux fabs de Paasilinna.

Le mot fou est idoine car l'œuvre de Paasilinna met en scène une nature à couper le souffle, une faune mi réaliste mi symbolisue et des personnages complètement barrés qui mettent l'ordre établi en danger avec leurs lubies. ´La Cavale du Géomètre ´ aborde la démence sénile et Alzhaimer, ´Un homme heureux’, un architecte qui avec son pont et sa politique sociale rend furieux les dominants. Un ´Meunier hurlant’ qui jette une contrée dans la panique avec son idée de relancer un vieux moulin. Des pasteurs qui font le tour du pays par la Russie avec un ours qui danse dans les tavernes, un autre qui enchante et terrorise avec une éléphante qu'il sauve de l'abattoir et des boulettes surgelées.

L'idée qui vient à Morisi est simple, imiter ces périples, de l'ouest au sud est, à l'est, au grand nord, puis par la côté ouest en visitant les lieux où se situent l'acttion des romans du grand Arto. Un mois de travail et le road-book est prêt. Le Centre Culturel Français, les consuls honoraires, la presse locale en France et en Finlande sint avertis de cette aventure pas commune : deux doux dingues français qui se lancent à l'assaut de l'Ultima Thulé avec une Citroën dont les portières et le capot arborent le logo de leurs partenairs ( Ilbilic des Basket d’Euripide !) : Le vin jaune Badoz, les Assurances Generali, le Coco Bango, la librairie la Passerelle, le garage Cuynet, la Cave d'Enfer, Chez Michel et Édith du bar des Sports!et les Jardins du Creux Vincent, un producteur de légumes impliquant des handicapés mentaux.

C'est chez ces derniers, à l'instigation de l'ami Henri Soufflot, un Cheyenne, que nous lançons l'Opération Arto Paaslinna-Marcel Aymé, le premier rallye littéraire du genre reliant les étangs de la Vouivre aux 100 000 lacs de la nymphe Aino.

L'idée est croquignolette, reste à la réaliser et à parcourir chaque étape dans les temps, puisque nous sommes attendus par le Arto chez lui à Espoo, par l'anthropologue Heikki Kirkkinen, membre du comité des sciences humaines de l'Union européenne, spécialiste des terres de frontières ; enfin par l'ancien reporter de guerre Arvo Ruonaniemi, l'homme qui interrompit le président US Lyndon Johnson, occupé à distribuer des stylos billes aux indigènes, pour lui faire savoir que 95% des Finlandais étaient inscrits dans une bibliothèque.

Mais comme certains me l'ont fait remarquer, mes chroniques sont interminables et les lire sur un écran fait mal aux yeux. Tant pis pour ceux qui aurait voulu entendre parler du premier jour de notre équipée, une douzaine d'heures de Dole du Jura au sud de Copenhague, après avoir traversé l'Allemagne sous une pluie battante, ; pris le ferry pour le Danemark et manqué dormir dans la voiture par moins 4°C. Dormi vite, salué les propriétaires du gite et oublié une partie des appareils photos de Max dans notre chambre. On appelle les gens qui sont sur la route de leur cabanon d'hiver et doivent rebrousser chemin pour nous sortir de la mouise, les locations de ferry à suivre n'étant pas modifiables. Quelques (légers) excès de vitesse plus tard et nous chevauchons le magnifique ouvrage qui relie le Danemark à Malmö en Suède, que nous traversons d'un trait (600km) pour sauter dans le ferry de nuit Stockholm-Turku, l’ancienne capitale politique, intellectuelle et ecclésiastique de la Finlande.

Vous n'en saurez pas plus, si ce n'est que Maxi fait ami ami avec un trio de gothiques post-adolescents et que nous dormons dans la quille du ferry ; trois heures à peine, l'eau de vie du coin secoue pas mal, ce qui nous donne l'impression d'être à l'intérieur du shaker agité par Tom Cruise dans "Cocktail", vu que l’Amorella tient davantage du briséglace que d'un palace des croisières Costa...

(A Suivre)

21 février 2006 – Par choix de ne pas déranger le grand homme, Joël Saras ne prendra qu'une photo d'Arto Paasilinna en compagnie de Morisi-Absentès. Une photo qui vaut son pensant d'or et d'émotion. Point d'orgue de ce qui deviendra "Le Poisson d'Absentès" trois ans plus tard.

Quelle journée mémorable. Max et moi dormons du sommeil du juste au Marta Hotelli, un haut lieu des invasions étrangères à Helsinki. Dole-Helsinki autrement 2572,6 km d'après Mappy. En GX d'occasion. Sans pneus clous.

Le planning de la journée est excitant. Une interprète par ailleurs auteure vient nous prendre après une abondante collation.

Il fait froid mais pas plus qu'en Franche-Comté, Max et moi sommes habitués et bien vêtus.

Arto habitue dans la ville nouvelle d'Espoo bâtie au sud de la capitale, dans un bâtiment édifié selon les principes ondulants d'Alvar Aalto, le génial architecte finlandais.

Lorsque nous gravissons les escaliers en hélice et que Paasilinna nous ouvre la porte, j'ai un coup au cœur, je ne comprends pas plus de deux mots de ce qu'il me dit et j'ai 'e regard assuré d'une communiante impubère.

L'interprète (je me maudis d'avoir oublié son nom) nous présente ; l'épouse d'Arto nous sourit, je crois savoir que son mari ne reçoit personne, surtout pas les journalistes et les critiques avec qui il a des relations orageuses au point d'en avoir assommé un lors d'un salon.

Arto est fier qu'un auteur français ait eu l'idée incongrue de traverser son œuvre d'une façon aussi originale, un ancien torero qui se lance sur les traces de son Lièvre, de ses pasteurs, de ses ours et de son éléphante.

Fier, le buste dressé comme un élan qui va enfoncer un rival à coups de buffet sous la neige, il nous montre les innombrables traductions en d'innombrables langues de ses romans, chinois et malaisien compris. Puis il nous invite à engloutir le fond de nos tasses et nous montons dans la voiture de l'interprète, destination Kuusilaakso, la "vallée des sapins" où il a bâti un domaine qu'il a peint en rouge profond comme on le fait en Laponie où il est né.

Le voyage dure deux heures. Je réponds aux questions de notre hôte tandis que Max reste terriblement silencieux. L'interprète a l'air au goût de l'inventeur du thriller écologique, je ne comprends rien à ce qu'ils se disent mais un certain langage corporel suffit. Et puis Arto est encore émoustillé de la veille, une soirée de présentation de son roman de l'année qui sera traduit en français sous le nom de "Sang froid, nerfs d'acier" car l'homme-ours obéit à ses bibliorythmes : hivernage dans son refuge en novembre, composition du bijou annuel et sortie de la forêt pour une période de saturnales correspondant à la débâcle du premier printemps...

Arrivée en plein milieu d'un Sahara de neige en vert foncé et blanc, suivant l'ordre d'Arto, notre voiture s'arrête en forêt. L'air féroce, son énorme index pointé vers un champ, l'auteur du "Fils du Dieu de l'Orage" nous indique un ruisseau et nous fait dire que les Finlandais mentent par omission quand ils se disent sages et mesurés alors que l'endroit a été le théâtre d'un bain de sang entre les blancs de Mannerheim et les rouges locaux entre janvier et mai 1918.

Nous ne sommes plus qu'à quelques kilomètres de la Vallée des Sapins quand Arto nous indique une datcha cosy de belle dimension et nous parle de la maîtresse d'Alexis Kivi, l'auteur des "Sept Frères" (non traduit en français), un livre fondateur de la littérature en langue finnoise.

J'avoue que j'en suis touché, ces deux arrêts sont une forme d'acceptation de mon projet.

Bientôt nous arrivons. Faisons le tour des lieux, de plusieurs bâtiments en bois recouverts de laque rouge, et des machines agricoles dont Arto est fier et qu'il manœuvre sous nos yeux en ululant...

Maintenant le détail. Notre rallye littéraire Marcel Aymé–Arto Paasilnna comprend une découverte des produits du Jura au nord. Raison pour laquelle j'ai sorti le clavelin de vin jaune de la maison Badoz et que je l'ai offert au papa du Lièvre. Il file immédiatement chercher un tire-bouchon et le hume et le hume, i le hume et le goûte avec tant de sérieux qu'on reste à l'attendre dans le froid pendant que Max shoote la propriété, dont une tour de guet en bois noir auquel nous accédons un quart d'heure plus tard, puisque c'est là que le bonhomme a prévu de répondre à mes questions.

J'ai interviewé pas mal de monde dans ma vie, et des célébrités, mais je suis pris de court, trop occupé à boire notre hôte du regard et des oreilles, je pose des questions idiote que l'interprète essaie d'améliorer, les réponses de l'homme-ours n'ayant souvent rien à voir avec ce que je veux lui demander... À l'exception d'une seule qui provoque chez moi un fou rire ; "Monsieur Paasilinna, dans le Fils du Dieu de l'Orage", le dernier des croyants aux dieux finnois liquide une bouteille d'alcool près d'un rocher sacré. C'est là que le le fils du Dieu en chef des Finnois lui apparaît et se transforme en lui pour voir si les Finlandais moderne croient en son père et en ses oncles. Ce rocher existe-t-il dans le monde réel. ?" - Expression bouffe d'Arto qui grimace, fronce le sourcils, feule, me transperce de ses yeux trop bleus, et sans un mot, ôtant sa chapka, pointe son index du haut vers le bas et m'indique l'intérieur de son crâne.

La suite est succulente. Paasilinna, qui ne cessera de humer le vin jaune qu'il câlinera toute la journée dans sa grosse pogne, nous entraîne dans le "tunturri" lapon qu'un homme aux yeux bridés, sans doute le gardien des lieux, vient d'apprêter. Nous indiquant les pouffes rustiques installés autour d'un brasier, il sort trois bouteille de vin de baies noires d'un panier et nous en parle fièrement, car c'est le cru "Rutja", le fils du dieu de l'orage, :le meilleur de tout le pays, fierté qu'il tient à partager avec la fine fleur de l'œnologie mondiale, deux Français ! - Ainsi nous venions d'être initiés à une partie des secrets du "Meunier Hurlant", de "La Forrêt des renards pendus" ou de "La Cavale du Géomètre".

Sur le chemin du retour à la presque-nuit (il est trois heures de l'après-midi), Arto a fini la bouteille de vin jaune dont il dit que c'est une merveille dont il ne reconnaît que la moitié des arômes. Problème, le liquide doré ajouté aux effluves de la veille a tendance à faire monter son taux de testostérone, ce qui n'est pas du goût l'interprète au volant.

Arrivé à Espoo, la tentation est trop grande. Puisqu'il a fini le vin jaune, aurait-il l'amabilité de nous la dédicacer et d'accepter que Max fasse une photo de lui à côté d'Absentès. Arto ne se défile pas.

La bouteille est sur ma table 17 ans plus tard, une relique dont ma fille L, fera ce qu'elle voudra.

Retour au Marta Hotelli, heure de prises de notes et petit tour dans les rues glaciales de la capitale finlandaise. Dans l'impatience de me retrouver devant la brocante où démarre l'histoire du Fils du Dieu de l'Orage, endroit magique repris dans le futur Poisson, hommage au monde du grand conteur finnois qui sera tantôt frappé d'un AVC, ; perdra la mémoire ; ne comprendra plus qu'onl 'applaudisse - et s'en ira comme un personnage de ses romans, comme un pekko, ces djinns locaux qu'on n'arrive plus à faire rentrer dans leur bouteille d'eau de vie.

(À Suivre)

Août 2006 – Ayant lu les articles parus dans la presse quotidienne d'une bonne partie de la Finlande, les organisateurs du Sylvy Symposium (une manifestation culturelle intitulée à la mémoire de l'épouse de Kekkonen, le de Gaulle finlandais) et leur conseiller scientifique le Dr Osmo Pekonen, physicien membre de l'Académie et rédacteur-en-chef d'une revue mathématique de vulgarisation, prennent leur courage à deux mains et invitent Absentès-Morisi à participer au volant humoristique des rencontres qui se déroulent début août à Pieksämäki, un nœud ferroviaire élu "endroit le plus ennuyeux de Finlande". .

Clausevitz, Sun Tseu et Machiavel sont d'accord sur un point : un stratège et une stratégie ont beau être au point, l'issue de la bataille dépend du sort qu'il appelle "la fortune", bon heur ou mal heur on l'ignore au premier coup de mousquet.

Dans le cas du Morisi finnois de l'an de grâce 2006, les planètes étudiées par Pekonen, pas loin de deux mètres, sont alignées. Alerté par les articles qui révèlent le "rallye littéraire" hivernal de l'auteur atypique Morisi dans son journal quotidien à Jyvväskylä, il prend contact avec lui, le fait inviter au "Symposium" et s'occupe de tout le reste.

Sous Morisi, un garçon qui n'a pas de casier judiciaire et qui est convaincu qu'une belle idée doit se réaliser quoi qu'il en coûte, piaffe Absentès, l'ex torero, ancien directeur de boite de nuit pour invalides de guerre et écrivain de polars de gare/. C'est ce dernier, un olibrius, qui donne une conférence sur sa chasse au Lièvre de Paasiinna : vêtu en bédouin dans son burnous en poil de chameau rapporté du Sahara ! Plaignons la traductrice Kristina Juvonen que je salue ! Le texte est un feu d'artifice de loufoquerie où les calembours le disputent aux métaphores loufoques sous le regard hébété d'une centaine de lecteurs du grand Arto !

On parle (et on boit) beaucoup, pendant ces trois jours. Ilkka Seppä, l'organisateur, une copie conforme du mage Väinämöinen, un des héros du "Kalevala" - la source de l'identité nationale locale tant de fois menacée par les voisins suédois et russes - est aux petits soins pour Absentès quand Morisi lâche les cheveux de sa fantaisie et pour Morisi, un garçon sentimental qui s'émeut beaucoup et note tout ce qu'il lui passe par la tête pour son futur "Poisson" dont la rédaction s'est enrichie de mille détails qu'il a du mal à faire rentrer dans le bocal prévu pour la parution l'année suivante ; le plus drôle étant que le Symposium ne propose pas seulement des rencontres sur l'humour en Finlande et en Europe,mais tient son prestige d'un colloque consacré à Charles Péguy et à Jeanne d'Arc ! - Allez savoir ce que pensèrent les zélateurs de la soi disant pucelle quand on leur fit savoir que le héros du "Poisson" de était un anarcho-gauchiste priapique se promenant nu dans la toundra en cherchant une vouivre pour passer la nuit et en imitant le cri du glouton et...

Naturellement, comme les nuits sont encore blanches début août, Mister Hyde Absentès entraîne le spécialiste du Divin à à la Queue de Cheval dans les dancings du coin mais ils rentrent bredouille et dorment tout habillés au bord d'un lac aux reflets argentins...

(A Suivre)

2006-2008. "Inside-Outside Vesoul, Dole, Lure et Lons", Absentès Morisi sème l'écrtiure et prone la littérature d'évasion en prison. Trois saisons et neuf ateliers pour une campagne de Taule Fictions...

L'occasion naît de l'Ombilic de l'Amitié lorsque Guy Boley, auteur Grasse qui a été chanteur de rue, cracheur de feu, directeur de cirque, funambule et chauffeur de bus, veut prendre une année sabbatique sans abandonner les détenus à qui il prêche le bon usage du verbe depuis plusieurs années. L’idée lui vient de mettre Morisi dans le coup et de le présenter aux autorités pénitentiaires qui administrent le dispositif Écriture en maison d'arrêt.

Morisi est accepté par les autorités de tutelle. Un contrat est signé pour une trentaine de séances de 2 heures à Lure ; la rétribution est coquette, les frais de déplacement payés au tarif de l'administration.

Embrouille. Un contrat a également été souscrit avec Marjorie Pourchet, une dessinatrice illustratrice. Mario propose qu'on coupe la poire en deux, il s'occupera de faire naître un scénario que Marjorie illustrera avec les détenus. Une séance ´personnages et scénar ‘ - une heure illustration et une heure conjointe pour caler le story-board.

C'est dans la chapelle qu'on propose à Mario de lancer l'affaire. Trois tables perdues au milieu de la pièce, un écho infernal et une moitié de participants... musulmans.

Le directeur de la prison est ok : nous travaillerons dans la bibliothèque, un mur de livres valait mieux qu'un mur de taule.

Mes écrivains sont cinq, puis quatre. Des détenus de longue durée ou en attente de jugement. Je leur propose un protocole. Cinq dix minute d'échange libre, les trois coups comme au théâtre pour symboliser l’entrée dans le monde que nous allons créer - travail sur les personnages, les lieux et le scénar- et pour conclure : trois coups et retour au réel- Échange de clôture. Je les salue et je parcours les 130 km qui me séparent de Sampans en profitant de la chronique bd de José Artur sur Inter. Trois mois plus tard, "Viva Patatas" est né. C’est la saga d'un guichetier de banque qui hérite d'une mine au Mexique et s'y rend en compagnie d’une bimbo qui l’aime pour ses beaux yeux : occasion pour mes écrivains de s'évader sans risque.

Ma deuxième aventure littéraire en zonzon a pour théâtre la maison d'arrêt de Vesoul, un palace comparé à celle de Lure dont le directeur, un sale c..., a été contraint d’accepter le dispositif Culture-Justice, qu'il trouve injustifié de gaspiller de l'argent public pour faire écrire des âneries à criminels. Aussi s'arrange-t-il pour proposer une séance de muscu aux heures prévues pour les ateliers Écriture de Morisi, qui perd les cinq gars des quartiers qui s'étaient inscrits chez lui. et se retrouve en tête à tête avec Tonton Ali, un délinquant probablement sexuel à qui il fait écrire des fables animalières pour sa fille. - Émouvant en revanche le retour d'un ado black à qui Morisi a offert un dictionnaire et qui, libéré et réinséré, passe à la prison et le lui rappporte;

C'est à Lons-le-Saunier que naît le projet "Épistaule", un dispositif fondé sur la réception et l'envoi de lettres. Le premier pas est la création par chaque participant d'un autre soi fruit d'une autre vie, à partir d'une autre famille, d'un autre passé et d'un autre motif d'incarcération. Mais également d'un lieu de détention imaginé ensemble. À chaque début de séance, Absentès distribue le courrier personnalisé qu'il a réfigé à l’intention de ces alias.

Les détenus passent la séance à répondre à ces lettres après en avoir discuté avec leurs compères épistaulards. Commencée à Lure, l'opération se poursuit à Lons et aboutit à un projet de série télévisée. Basé sur la visualisation et la mise en images des scripts, l'atelier donne naissance à un pilote qu’il s’agirait de

proposer à un pannel de maisons de profuctions

Ce qui aurait été fait si les ateliers ne s'étaient interrompus faute de budget et tant pis pour "Viva Patatas" (Lure), "Les fables de Tont Ali" (Vesoul), "Alisson Maurice" (Dole), "L'Épicerie du Quai d'Orsay" et "La Ferme d'Ulysse" (Lons), des synopsis qu'on aurait pu proposer aux chaînes de télé - l’idée de Morisi - toujours aussi naïf - étant de lancer un programme national d'écriture de scénarios dans les prisons dont les fruits, en cas de contractualisation, aurait amélioré le quotidien des détenus, le vice rendant ainsi hommage à la vertu…

Avant de quitter les maisons d'arrêts, les criminels, les délinquants, les malchanceux et les innocents… le souvenir d ces moments où les matons vous bloquent dans un sas, oublient leurs clés, vous annoncent que la séance est annulée faute de combattants, histoire de vous faire comprendre que vous êtes un sale gauchiste payé bon-bon pour faire du bien à des salopards.

À moins que, comme à Lure, un d'entre eux ne passent le vendredi soir pour connaître la suite des aventures de Patatas : ou qu'un directeur comme celui de Lons ne fasse des pieds et des mains pour que l’opération ´Épistaule ´se poursuive, ayant remarqué que les "écrivains" d’Absentès étaient calmes, commandaient des livres à la bibliothèque et même des crayons et du papier...

(A Suivre

2006-2010 – La résurrection laïque de Renaud Outhier, un abbé "sçavans" né à La Marre-Jousserand en 1694, mort en 1774 à Bayeux - Le doctorat d'anthropologie polaire du mathématicien Osmo Pekonen et la mission qu'il confie à Absentès redevenu Morisi entre "Spormidable" et ses ateliers d'écriture en prison.- La thèse de Pekonen ; le prix de l'Académie des Sciences qu'il reçoit pour son travail sous la coupole et ce qui s'ensuit...

La Finlande est inscrite dans le destin de Morisi depuis ce jour où il décida de choisir une Finlandaise plutôt qu'une Anglaise comme correspondante. Il y a eu ces premiers voyages avec Roger B., Hans S. mais surtout l'épopée hivernale de l'hiver 1976 avec Christian B. et la chasse au Lièvre de Paasilinna qui attire l'attention d'un membre de l'Académie des Sciences et des Lettres de Finlande, un gaillard de deux mètres à la fois savant et polyglotte, amoureux de la France et de tout ce qui pense en Europe du sud et du nord.

Tout commence le dernier jour du Sylvy Symposium en août 2006. Alors que le bourgmestre finit son discours en brandebourg et tricorne et que le banquet débute, Pekonen s'assoit à côté de Morisi et lui demande s'il a entendu parler d'un de ses compatriotes jurassiens, Reginald Outhier, un membre de la fameuse expédition de Maupertuis dans les terres arctiques pour déterminer la "figure de la Terre", le sujet scientifique de l'ère post-Newton, à savoir notre planète est-elle ronde ou en forme de mandarine aplatie aux deux pôles ?

La controverse est vive. Le saint Siège, les disciples de Descartes et de Cassini optent pour une planète allongée aux deux pôles. Newton et les Anglo-Saxons pour des pôles aplatis. Pour en avoir le cœur net, le fils de corsaire Maupertuis, bel allure, bel esprit et homme d'action, convainc Maurepas, le ministère de la Marine, d'armer une expédition composée des meilleurs savants de l'époque (français et suédois, avec du matériel optique anglais) et de mesurer la longueur d'un degré de longitude au nord, pendant qu'un autre savant-voyageur français, La Condamine, mesurerait un degré de longitude au niveau de l'Équateur en Amérique centrale.

L'histoire est méconnue, c'est un abbé savant de 40 ans (âge canonique à l'époque) qui est recruté par Maupertuis pour raconter, illustrer, documenter l'expédition. Cet abbé jurassien né sur le premier plateau au-dessus de Poligny, a étudié au Collège de l'Arc de Dole avec les jésuites puis au Séminaire de Besançon qui était connu pour abriter des esprits forts férus de mathématique et de sciences. Vicaire provisoire à La Marre chez des parents, puis vicaire de Montain près de Lons-le-Saunier, Outhier s'illustre par ses talents d'astronome, de cartographe, de lithograveur, d'horloger et d'opticien, ce qui l'amène à réaliser des globes terrestres mobiles qui attirent l'attention de l'Académie des Sciences, ou il est appelé comme secrétaire particulier de Mgr de Luynes, un archevêque féru d'astronomie.

C'est le première partie de la vie de Renaud Outhier que Pekonen demande à Morisi de documenter. Sa famille, ses parents, sa formation, ses études, son retour sur le plateau, la manière dont il développe ses talents d'observateur et d'astronome.

Morisi adore constituer des dossiers, chasser des indices, fouiller dans les archives pour y déterrer des raretés. Le voici qui écume les archives départementales, les fonds diocésains, les bibliothèques municipales, les tiroirs de toute une série de communes perdues. Et lorsqu'il découvre dans une d'entre elles une description des pierres tombales portant le nom des Outhier et de leurs familiers. il saute dans sa GX et fait le tour des cimetières du plateau avec son appareil photo et son stylo, harcelant les maires des villages, les présidents d'association et les habitants du Fied, de La Marre et des hameaux perdus sur un plateau lunaire qui lui donne le titre de l'autobiographie imaginée de l'abbé qu'il intitulera "La Boue et les Étoiles".

Pekonen, qui est docteur ès sciences, entend soutenir une thèse sur "la Rencontre des Religions lors du Voyage au Nord de Réginald Outhier", a besoin d'un assistant en France. Il ne s'agit pas pour lui de laisser Absentès s'échauffer et dériver comme dans le cas du "Monde selon Baggio" ou du "Poisson d'Absentès" mais de l'encourager à lui livrer des informations sourcée utilisables dans un doctorat de haut niveau.

Morisi a un passé universitaire, une maîtrise de phllo. Il tient compte des exigences d'Osmo et se démultiplie à Poligny, Salins, Lons, Dole, Besançon, mais également à Bayeux, dans le Calvados, où l'abbé, devenu académicien à Paris et à Berlin, a fini sa vie. Manne d'infos que Pekonen intègre dans sa thèse et qui contribuera à lui faire gagner le prix "Estienne de Chaix" et à faire rentrer Morisi dans la bibliographie mondiale concernant la Figure de la Terre. Rose à la boutonnière de ce travail de fourmi - la démonstration que l'abbé jurassien n'a pas pu être l'auteur d'un mémoire scandaleux sur la confession des pénitentes paru en Avignon, ragot qui se perpétuait depuis l'année de sa mort.

Tout habité de cet abbé improbable, Morisi ne s'arrête pas en si bon chemin. Il convoque sa coopérative d'hétéronymes dont le siège se trouve sur une aire d'autoroute près de Sampans et leur annonce qu'il va entrer dans la peau de l'abbé à partir des données de la thèse à présent publiée.

Édité par Alain Mendel, des éditions Sekoya, illustré par les gravures originales de "l'abbé sçavans", 'La Boue et les Etoiles" est chroniquée dans la revue "Sciences et Espace" qui le classe deuxième livre de vulgarisation scientifique de l'année derrière un ouvrage consacré... à Einstein. Le plus beau étant à venir, lorsque les organisateurs de la Fête du siècle des Lumières invitent Morisi et son éditeur à présenter leur livre au pavillon Fersen de Suomenlinna, le jour de la Saint-Jean, en plein soleil de minuit. Comme Morisi a réussi à convaincre sa fille Laura de l'accompagner, c'est les yeux mouillés et plein d'étoiles qu'il profite de ce qu'elle dort pour s'en aller saluer la statue d'Alexis Kivi, un inspirateur d'Arto Paaslinn, à qui, finalement, il devait de vivre ces moments inespérées et pour ainsi dire incongrus.

Mais d'El Oued Souf à Rovaniemi il n'y a qu'un tir d'aile quand on est élu par les fées et par les djinns..

(A Suivre)



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