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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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Premier semestre 2000 – "La Gazette du Sport bisontin et comtois" débarque en plein Âge d'Or du sport à Besançon. Responsable d'une irruption qui plaît moyennement aux médias en situation de monopole : Gilles Trinita, historien, amateur de calembours et rocker parmi les rockers, avatar de Lee Brilleaux, père de Dr Fox, chanteur de Barfly, maintenant, avec Farid, pilier des Cosmix Banditos.

Dans l'ombre du projet, on trouve Jean-Pierre Lhôte, psychologue à la fac et Claude Condé, homme de cœur et d'esprit qui ne s'est pas contenté de faire une carrière universitaire remarquable.

Aux manettes rédactionnelles, on trouve M.M., pour qui le sport a toujours ét une mamelle nourricière, un ombilic.

Mais avant le numéro 1 de "La Gazette du Sport bisontin et comtois," un variant de l'EDZ pour ce qui est de la maquette, le Morisi du Millénium reçoit un coup de fil d'Aurélie Pavard, l'épouse de Christophe Tronchet, homme de communication, auteur d'un livre sur New York, ex Dee Dee's et toujours Silver d'Argent à présent signés chez Saravah par le fils de Pierre Barouh, une référence de la chanson faite en France.

Aurélie et Mario s'étaient vus lors d'un de ses passages à Paris pour saluer les gens de l'hôtel de Clermont. Auteure d'un roman érotique particulièrement chaud et réussi, Aurélie devenue l'épouse de Tronchet et maman, a l'idée d'une série de polars qu'elle présente à Gérard de Villiers qui trouve son idée excellente. Il y a des romans policiers de toutes les sortes, mais pas de noirs inspirés de vrais Faits Divers qui proposeraient, à la "Détective", de reconstituer et vivre les meurtres aux premières loges, à partir de dossiers avérés, minutes des procès et enquêtes de police.

La collection Faits-Divers, produite par les éditions Vauvenargues, Paris, obéit à un principe : on connaît la victime et le coupable, on s'appuie sur des faits réels, mais on les téléporte dans une autre région pour éviter les problèmes légaux. Le frisson vient du crime qui devient inéluctable au fil des pages. Pas de criminels professionnels, pas de tueurs en série, du drame au quotidien, l'horreur qui surgit au petit bonheur la poisse en Haute-Saône, à Albi ou en Saône et Loire.

Aurélie, qui signe Louise Marie le n°1, "J'ai tué l'homme de ma vie", et qui a en main "Appelez moi Jo" de Vincent Ged et "Vos papiers s'il vous plaît" de Jeff Denis, vient d'être plantée pour son auteur numéro 2 : pas facile de torcher 200 pages en quelques semaines.

C'est là que Mario intervient. Mario a écrit avec Amanda Lear, avec Sam Bernett et Max Dumas, qui d'autre pour pondre sur commande un Faits-Divers en un mois et quelque : sortie prévue pour avril 2000.

Mario est ok. Il se réfugie dans la maison familiale à Sampans et, après avoir choisi un des trois dossiers criminels qu'Aurélie lui faits. parvenir, traite la question d'un matricide œuvre d'un dadais psychotique de 40 ans que sa maman, une coureuse, veut à tout prix marier pour s'en débarrasser. Ca se passe près de Lure, dans un coin de marais qui ressemble au fief du capitaine aux yeux bleus. Horrible histoire qui vaut à son auteur d'être mal vu par le conseil général de Haute-Saône, terre de sorcellerie, d'alcoolisme et - c'était jadis - de consanguinités sanglantes.

"Mort à la Mère" est une réussite, il plait beaucoup à De Villiers, les 15 000 exemplaires distribués dans les Point H sont épuisés en peu de temps.

Mais là n'est pas l'essentiel, l'essentiel, c'est que ces Faits-Divers - il y en aura trois autres : "J'aurai ta Peau Saxo" (2001), "Achevez Cendrillon" (2002) et "Castor Paradiso" qui ne sortira pas chez Vauvenargues, liquidé suite aux ennuis du patron avec Vinci, mais chez Tigibus à Besançon (2005) - c'est que ces Faits-Divers donnent naissance à un des hétéronymes de Morisi avec Pierre Launay, Seamus Anderson, Schwartz-Belqaçem, Héraldo Flynn, Marmor et autre Vernon Bulgari, un auteur posthume.

L'anecdote mérite d'être racontée. Stressée à mort, Aurélie reçoit mon manuscrit, le révise et l'envoie au maquettiste qui ne connaît que mon prénom, Mario, et veut un nom de famille. Aurélie est injoignable, je le suis encore plus, le gars ne fait ni une ni deux, il colle ´Mario Absentès’ sur la couve, puisque je se suis Mario l’anonyme et l’innommé. Ainsi naquit le pseudo de l’auteur de noirs de l'École de l'Aire de Sampans, un mouvement littéraire qui se réunit toutes les années bissextiles sur une aire de l'autoroute A-36...

La littérature noire, c'est beau, mais début 2000 il y avait surtout les risques que prenait Trinita en mettant sur pied un dossier qui le faisait passer de chômeur à directeur d'une société de presse avec tous les tracas que cela implique, même s’il était soutenu par le L de LTC l'Agence, Jean Pierre Lhote, et par le C, Claude Condé, qu'on voyait plus au Petit Bar que dans notre bureau des Clairs Soleils.

Mais de tout cela nous reparlerons tantôt, car ce furent des mois ébouriffants à chanter les exploits de nos stars bisontines et comtoises au nez et à la barbe des importants de la presse locale ( Hein Labbé, hein Vial…) qui ne pouvaient pas nous piffrer, tout au contraire des sportifs et de ceux qui savaient lire...

(A Suivre)

2000-2001 – La superbe aventure de Gilles Trinita, Morisi et consorts au pays du sport bisontin et franc-comtois. Des moments de triomphe avec les équipes de sports co, de confidences avec les athlètes olympiques et de franc-penser avec les petits malins qui nichent dans les clubs affaires et les couloirs qui comptent, sous le regarde routinier de journalistes qui n'ont plus de sportifs que le nom et le statut...

Merci les gens de l'ESB F, de l'ESB M, du BBC, du BRC (un peu moins), du BHC, de la lutte, de l'haltéro et des sports d'hiver....

Erik Lehmann, Germain Castano, Sandrine Mariot, Raphaëlle Tervel, les Matam Matam, Aiain Pivron, les responsables du centre de Prémanon, les autorités du sport à Dole et à Lons, la fine fleur de la boxe bisontine, des champions du monde et d'Europe. Ah, le parcours du BRC en coupe de France aux dépens de Strasbourg puis de Lens. La coupe d'Europe de l'ESB F, la lutte pour la montée de l'ESBM, lavpaddion quoi, du rugby de campagne et devla lutte au sommet ; qu'est-ce qu'on s'est régalé avec nos correspondants et nos soutiens (Merci Jacques Mariot !).

Un départ sur les chapeaux de roue, vraiment. Nés quelques mois plus tôt, nous voilà reçus par Ruty au centre de formation du FC Sochaux, à Châlon chez kes ruggers : auteurs de dossiers transversaux façon "l'Équipe Magazine" donnant la parole aux arbitres de sports co', aux capitaines, aux gardiens de but.

Au siège, en plein Clairs-So, quartier mal famé et diffamé, on fait fureur. Les sportifs de haut-niveau, les présidents de ligue et de districts, et même les politiques, viennent se faire confesser par LTC… Ah, les séances de brainstorming avec le colonel Chabert, patron de la boxe franc-comtoise ! Ah les moments festifs avec Max Boccon et ses potes de l'équipe olympique de canoë-kayak.

Le problème, c'est que nous brûlons les étapes. Au lieu d'attendre que le dispositif d'aide à la réinsertion de Trinit' se mette en place et nous verse des aides, nous nous lançons dans la bagarre de manière que nous en somme au numéro 4 quand la décision de nous aider - ou non - va être prise...

Ils sont débordés, les tuteurs et les consultants. D'autant que suivant la tradition de l'EDZ qui abuse modérément, la Gazette traque les combines et les indélicatesses, titre dur, parle de catastrophes annoncées, farfouine du côté du Club Affaires du BRC ; alerte le public et le président Granger, top manager du Crédit Agricole national, qui les écoute avec intérêt puis avec reconnaissance.

Ça tousse dans le Gotha plan-plan du sport indigène et de ceux qui devraient le raconter. Quand ´la Gazetté s'installe au Palais des Sports pour assister à un choc de Pro A ou à un quart de finale de coupe d'Europe de hand féminin, les rassis stipendiés d'autor tirent la tronche. D'autant qu'ils écrivent avec les pieds, font dans le sobre poussé jusqu'à l'ennui.

Sanction : les sportifs que nous rencontrons nous félicitent : enfin une manière vivante, insolente, engagée de parler du sport !

Le problème - il vient de la nature impétueuse de Morisi - c'est que nous faisons des pas plus longs que nos jambes en embauchant une secrétaire à mi temps que nous sommes incapables de diriger et qui, abandonnée à notre bureau sans mission à accomplir, finira par traîner LTC aux prudhommes.

Idem pour le jeune commercial qui performe au commencement mais avec qui les choses se gâtent. Il est là pour la blinde pas que pur le fun.

Autre biais, les salaires (des mi-temps) que nous nous versons et qui entament notre trésorerie. Effet de système aggravé par la décision (la faute à Morisi encore) d'abandonner la formule papier journal pour une formule magazine régional qui coûte le triple en fabrication et nous oblige à courir aux quatre coins de la Franche Comté.

- Saint-Claude, Belfort, Prémanon, Dole, Lons, c'est bien beau mais les Bisontins s'en moquent un peu. Quant aux publicités, papier glacé, quadri, elles n'arriveront pas assez tôt.. C’est un fait : on n’inspire pas confiance dans la durée…

On reçoit du renfort : le graphiste du Pop Hall nous refait la maquette.

Des correspondants se proposent dans le pays de Montbéliard et dans le Jura.

Sauf que, si Morisi dort au bureau et marne 18 heures sur 24 en plus de ses romans de gare, l'actionnaire majoritaire, Gillou Bouli, chanteur de blues rock et amateur de grasses matinées le weekend, trouve qu'il en fait trop pour ce que cela lui rapporte, avant tout des soucis.

On manque de transformer l'essai de peu. Ayant fait un reportage sur la préparation de l'étape du Tour de France dans le haut-Doubs, nous rencontrons un cadre de Festina qui trouve notre aventure séduisante. On pourrait trouver un arrangement.

Le gars ne ment pas mais, lorsqu'il se manifeste, LTC a déclaré forfait au grand soulagement du conseiller patrimoine du Crédit Agricole qui n'en peut plus de voir Bip Trinita et Bop Morisi le supplier de leur accorder une rallonge, un business-plan optimiste sous les ruggers e sorte que l'Agence met la clé sous le paillasson, pour le plus grand bonheur de ceux qu'elle a empêché de glander sur leurs deux oreilles pendant 16 mois.

La fin est désolante, Gilles et Mario se fâchent, ils se rejettent la responsabilité. Gilles assume les conséquences statutaires de la cessation d'activité de la Sarl ; le devoir rappelle Mario auprès de ses vieux parents en mauvaise santé. De Besançon à Dole, il n'y a qu'un pas mais Mario - aux Assedic - doit rebondir vite. - Ombilic de l'Amitié, c'est le moment que choisit Guy Bolet - ancien des Manches à balai, bateleur, funambule, trompettiste, dramaturge sur commande, anciens de la Cure d’Orsans, dix ans plus tard auteur Grasset - pour lui demander s'il se sent capable d'animer des ateliers d'écriture… en prison, ce qui lui permettrait de prendre un congé sabbatique...

(À Suivre)

Début des années 2000-2001 - Les parents de Morisi ont vieilli et sont un peu perdus dans la grande maison qu'ils se sont payée à la sueur de leur front. Le père ne conduit plus ou presque, la maman se sent seule loin de son fils et de sa petite fille, pour qui elle se fait du souci. ..

Alors Mario rentre à Sampans pour les soutenir. Fini le tourbillon et les béatitudes de la Boucle, retour à Dole, une ville qui, pour l'auteur du tout récent "Mort à la Mère" (un titre qui déplut à Elle S., la maman de notre fille), sentait fort la droite maussade et la naphtaline...

La liquidation de LTC signe la fin d'une époque pour le Morisi que j'étais alors.

Fini les reportages au vitriol de l'EDZ et les investigations de la Gazette du Sport, les "commandos du rade" et les portraits de citoyens en colère. Bienvenus les salons du livre et les dédicaces.

Écrivain à 50 ans, il était temps. Pas grâce aux livres sortis au milieu des années 80, pas grâce à ma traduction de l'anglais chez Actes Sud ou aux ‘Bavures de l'Adoption’ du début des années 90, mais grâce aux Faits Divers de chez Vauvenargues, un comble pour quelqu'un qui n'était pas un inconditionnel du roman noir et des thrillers.

C'est pourtant le 'Pas Sérial S'abstenir' n°3 de mai 2000 qui allait mettre le pied à l'étrier de Morisi qui signe sous le nom d'Absentès, son hétéronyme au noir, et qui est tout étonné de se retrouver

avec des pointures du genre : Crifo, Reboux, Embarek, Akkouche.

Plus étonné encore de voir son livre en tête de gondole du programme de la manifestation avec un extrait si chouette qu'il a encore aujourd’hui l'impression que c'est un autre qui l'a écrit.

La suite est inespérée, ´Mort à la Mère' passe à la télé, reçoit le titre de ´Coup de Cœur’ aux Mots Doubs en septembre, où il revoit son ami Patrice Delbourg, qui lui présente le grattin parisien.

Aurélie, la maman des Faits Divers, l'appelle dans la foulée. De Villiers trouve le livre excellent, il en veut un autre pour le printemps 2001. Il essaie même de l'enrôler dans une de ses collections...

C'est le moment de la mue, je quitte le bureau des Clairs-So et je régresse (c'est le mot pour 'rentrer' en espagnol) à Sampans dans la bâtisse familiale où j'écoutais jadis ´Bonjour Monsieur le Mairé de Pierre Bonte avant de me faire ramasser scolairement. Gueule de nostalgie forcément. C’est entre ces murs que nous avions vécu deux ans avec le capitaine aux yeux bleus...

Souvenirs, souvenirs, Je m'installe à l'avant de la maison (un ´château ´ de 12 pièces, haut de 8 mètres au garrot). J'y installe un bureau, mes archives, mon ordi, mon scan, une montagne de matériel filaire.

Maman est heureuse de me savoir là, tout à côté d'elle. À quoi cela peut bien servir de faire un enfant si on ne l'a vu qu'une dizaine de mois en 30 ans ? En attendant, je la conduis faire ses courses au Géant Casino, je l'emmène faire réparer sa montre, suivre des examens à l'hôpital Pasteur.

Avec mon père, c'est plus heurté. On regarde le foot et le vélo ensemble mais il supporte mal, lui le combattant, le meneur d'hommes, de péricliter, physiquement : chaque matin un sale sensation, Parkinson qui guette, des problème de digestion, la tension… Il ne va plus au PMU… Il ne supporte plus ma mère… Il ne supporte plus rien, dort la plupart du temps, voit tout en noir.

Trêve de lamentations, Morisi est résilient (c'en est presque de l'insensibilité), il suit les conseils de son ami Guy Bolet et ils rencontrent le SPIP de Belfort qui pilote le dispositif "atelier d'écriture" en prison, une action conjointe du ministère de la Justice et de celui de la Culture.

Côté Culture, Morisi connaît Philiippe Lablanche, le conseiller au Livre et à la Lecture de la DRAC qui a apprécié les "Culture & Cie" et ´Mort à la Mère ´.

On boucle rapidement. Je reçois une lettre m'annonçant que je dois me rendre à la maison d'arrêt de Lure pour exposer mon projet au directeur de la prison et au SPIP en charge. Bonne nouvelle (le prix horaire est alléchant, les frais d'essence et de panier calculés comme dans l'administration). Pauvre maman qui m'imagine pris en otage par des détenus sanguinaires... Il n'y a pas de limite aux angoisses d'une mère et aux grognements d'un père qui trouve que son fils unique, dont il a été si fier, est un bon à tout, bon à rien, ce qui n'est pas faux.

C'est dans ce contexte que Morisi invite pas ma de ses amis à fêter son 50e anniversaire à l'endroit précis où il avait fêté son vingtième. Une bamboula mémorable où les copains de toujours (l'ami fraternel, les Max, des amis du foot dolois, les conscrits de Sampans) fraternisent avec les camarades de fraîche date (Dahmane Soudani le journaliste et pas mal de Bisontins), en la présence de sa fille adorée et de sa copine Camille Charlotte.

Une ligne de partage des eaux de sa vie, une bande jaune qu'il allait franchir, car mis en lumière par la critique Morisi/Absentès allait devenir ce que j'avais toujours rêvé d'être, un écrivain...

(A Suivre)

001-2002 – Niccolo Machiavelli, un des pères fondateurs des sciences politiques, l'a formulé dans son traité "Le Prince", dans la "Vie au temps de Tite Live" et dans son "Histoire de Florence"...

Toute stratégie, aussi raffinée soit-elle, bute sur un élément incontrôlable, la ´fortune ´, c'est-à-dire l'ensemble des conditions aléatoires qui s'imposent au Prince, au stratège et à chacun d'entre nous. Cette "fortune" est la plupart du temps incarnée ; c'est le hasard et l'alchimie inexplicable des rencontres que nous faisons qui nous aident ou nous empêchent de réussir dans nos projets...

Morisi n'a pas à se plaindre au moment où il se détourne de ses activités d'éditeur de presse pour se consacrer à son besoin de devenir écrivain et d'être régulièrement publié car - au détour des années 2000 - se développe le Centre régional du Livre de Franche-Comté qui prend la suite d'une association précédente à la vocation, disons plus locale et népotiste.

Louis U, le vieux complice du temps des études en philosophie et des tournées rock'n'roll, y avait ses entrées. C'est lui, lorsque Morisi est directeur de MJ, qui lui a commandé une série de textes pour sa revue littéraire "Luvah", Incluse une triple traduction en aveugle d'un texte de William Blake.

L'homme de lettres, de livres, de littérature à qui l'on confie la tâche de bâtir un Centre du Livre de Franche-Comté mis au service de toute la filière du Livre (auteurs, éditeurs, libraires, distributeurs, diffuseurs, organisateurs de salons ) se nomme Dominique Bondu.

Cirer les chaussures est rarement éloigné de savonner la planche, ça ne sera pas le cas ici. Dominique Bondu a été un moteur, un lanceur, un projeteur de grande classe. Avec son équipe (un salut affectueux à Géraldine Faivre, la Madame Petites Fugues, inlassable, humaine, intelligente... et à Christophe Fourvel, auteur à la Fosse aux Ours, qui s'est chargé des premiers catalogues des ressources en région et des parutions). En fait Bondu remet l'église au milieu du village et les pendules à l'heure. Il concrétise le projet de centraliser les subventions de la DRAC, de la Région, des départements et des Villes et fait du CRLFC le lanceur des ´Dionysies’ du Triangle d'Or, une fête à la fois littéraire et viticole autour d'un thème, le premier étant le roman policier.

Il mettra ensuite sur pied les Petites Fugues, double semaine qui propose à une vingtaine d'auteurs nationaux, suisses et locaux de parcourir les villes, les villages et les bibliothèques pour présenter leurs livres accompagnés d'un tuteur qui pouvait être un professionnel du CRL ou un partenaire, dont Morisi pendant une décennie.

Le principe dit la vision de Dominique. L'argent public qui nourrit les activités du CRL et ses festivals doit être orienté vers le public, les collégiens et les lycéens, les associations, les bibliothèques, les comités d'entreprise, les maison de retraite, les malades ou les détenus.

Du socio-culturel alors, du socio-éducatif en lieu et place du culturel pur (je vous renvoie à Bourdieu et à son discours sur la distinction) ?

Pas du tout. L'écriture, la littérature et la qualité sont au cœur de tous les choix du CRL et - de Saint-Claude à Belfort, de Luxeuil à Morteaû- les auteurs invités régalent un public trop souvent abandonné à ses pâturages par des prétentieux se targuant d'excellence parisienne.

Une des missions de ce CRL qui monte et fait des jaloux (c'est une association à laquelle tous les acteurs du Livre son appelés à adhérer) consiste en des aides à l'édition qui, après analyse des projets par une commission mixte CRL/professionnels du Livre, aboutit à proposer quelques milliers d'euros d’aides ciblées aux auteurs et à leurs éditeurs : une manière de permettre à ceux qui n'ont pas leurs entrées dans le 6e arrondissement de Paris d'être publiés et soutenus dans la promotion de leurs ouvrages.

Mais Bondu va au-delà, il est un vrai militant, un passionné, c'est lui qui encourage les auteurs, y compris celui que j'étais, dans leurs aventures littéraires. Il va jusqu'à faire transiter par son budget des missions du type de celle que Morisi se voit confier par la DRAC et le ministère de la Justice, ce qui fait rentrer ses actions à Lure, Vesoul, Lons le Saunier dans un cadre rigoureux et contrôlable.

Et lorsque celui-ci publiera "Castor Paradiso" chez Tigibus ; puis se lancera dans son triptyque consacré au Ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio (une pièce de théâtre en 2004, un roman en 2006), c'est lui qui insistera pour qu'il dépose un dossier complémentaire à la Mission Stehdhal que le ministère des Affaires étrangères lui a accordée.

Un grande reconnaissance donc – et je les cite à nouveau – à Dominique Bondu, Géraldine Faivre et Christophe Fourvel (auteur des toutes premières critiques sur les faits-divers d'Absentès).

Auxquels j'adjoindrai volontiers Philippe Lablanche, le conseiller au Livre de la Direction régionale des Affaires culturelles, un ancien bibliothécaire par ailleurs mon référent dans l'action écriture en direction des maisons d'arrêt.

Dont nous reparlerons sous peu, car ce fut une plongée dans la misère et la douleur de plus de trois ans....

(À suivre)

2001-2002 – Le retour au bercail de Morisi, devenu écrivain de polars, mais demeuré agitateur de particules culturelles et donc politiques, ne fait pas plaisir à tout le monde dans la ville natale de Pasteur dont il suffit de lire ‘Le Moulin de la Sourdine ´de Marcel Aymé, un enfant adopté de l'ancienne capitale de la Comté comme Charles Nodier, pour comprendre la nature profonde : belle endormie ourdie par une oligarchie de familles hostiles à toute intrusion imprévue, et ce depuis des lustres...

L'équipée des gens de l'Écho du Zinc quatre ans plus tôt n'était pas passée inaperçue. Appliquant le principe de l'invasion de ville, Morisi, son équipe et le photographe Yves Petit, avait troublé la quiétude de la doyenne administrée par l'ineffable sénateur-maire réactionnaire Barbier, chirurgien hostile à l'interruption de grossesse et moraliste quand ça l'arrangeait.

Au point que mis au courant de l'enquête que mène Morisi au sujet d'une obscure manipulation des subs par l'association des commerçants, il le convoque d’urgence dans son bureau pour savoir de quoi il retourne, n'hésitant pas à lui rappeler qu'il existe des lois contre les dénonciations calomnieuses.

Ca n'empêche pas le numéro 4 de "Show Dedans", couplé avec le numéro 30 et quelque de l'EDZ, d'interviewer son adjoint à la culture, l'impayable Jean Philippe Lefèvre dont les déplacements en compagnie du directeur du théâtre municipal et leur coût affole le tout Dole. De sorte qu'on a recours à l'ancien directeur de Télérama, un énarque bien introduit dans la région et à Paris, pour étouffer l'affaire. Si l'on ajoute que la note des missions/réceptions flambe et que ledit adjoint est immortalisé par’Yves Petit en compagnie du chanteur de Noir Désir, on devine que l'EDZ de ce mois-là ne passe pas inaperçu, même s'il met en évidence le talent des artistes locaux.

Ce souvenir du passage de Morisi est dans les mémoires quand on apprend au château - qui va virer du côté de la simili gauche en 2008 - que le gaillard qui a empoisonné la vie d'Yves-Marie Lehmann, un avocat dolois devenu vice-président du Conseil Régional, futur maire de Poligny et président du Festival de Musique de Besançon, n’est pas le bienvenu. Non non, Dole est une ville mémère qui n'a rien à voir avec les fiefs de gauche nourris par la population laborieuse polarisée par l'usine Solvay et par un tissu semi industriel de type Jacob-Delafon. Dole est une ville de droite, conservatrice, catholique, en partie réactionnaire. Voir débarquer un type sur qui l'on a aucun levier tracasse. Surtout au moment où éclate "l'affaire Lefèvre", une carambouille impliquant un institut de formation privée révélée par le terrible Chaou, un lanceur d'alerte enrôlé par le Petit Dolois, hebdo rené de ses cendres. En effet,quii parmi les gens sérieux, ceux qui gèrent et prospèrent peinard, avait besoin d'un "Canard enchainé" fouillant dans les tiroirs (et dans les poubelles) pour donner du grain à moudre et de la visibilité aux jaloux et aux mécontents ?

Dole fait beaucoup de rock, à l'époque, mais le rock et le sénateur maire Barbier, c'est Dracula et le point du jour. Il y a pourtant pas mal de groupes de qualité, de concerts, qui naturellement ´troublent l'ordre public’.

De tout cela naîtra une belle initiative, bien plus tard, dans le cadre du Conservatoire de Musique. Puis sonnera l'heure de la Commanderie, la méga salle de spectacle gérée par et pour le privé, en même temps que la chasse au bruit et aux incivilités d'après les gigs en ville.

Morisi n'est pas revenu à Dole – ville avec qui il a peu d'atomes crochus – pour semer la zizanie. Il a mis de côté sa panoplie d'agitateur pour écrire ses Faits Divers et pour veiller sur ses parents qui jour après jour perdent de leur autonomie. Passant son temps en voiture entre Sampans, Dole, Lons et Besançon, il mobilise son énergie sur un projet qui l'habite depuis l'été 97 : un opus sur le Ballon d'Or bouddhiste italien Roberto Baggio, qui a rejoint le Panthéon de ses idoles : Henry Miller, Léo Ferré, Dostoïevski, Les Beatles, Nietzsche, Knut Hamsun, Frank Zappa, Garcia-Marquez, Umberto Eco ou encore Crumb et les Pieds Nickelés. Pour cela, il récolte tout ce qu'il peut via Internet sur celui qu'on a appelé "Guillaume Tell", "Raphaël" ou encore "Le Divin à la Queue de cheval". Ombilic de la Balle ; ce sera l'objet d'une chronique qui nous conduira à Vicenza, à Milan, à Bologne et à Florence, en passant - tiens tiens... - par Saint-Étienne et le Chok Théâtre de Monsieur Alain Besset. (A Suivre)

1994-2002 – L'Ombilic du Théâtre et de la Fraternité combattante ou lorsque le Morisi du Millénium se laisse emporter par une lame de Chok qui lui fait découvrir : ´Un Détenu à Auschwitz’ (Bousquet), ´M. Artaud vous délirez’, Hank (Bukovski), Koltès (´la Nuit juste avant les forêts’, ´Combat de nègres et de chiens’ ) et Ahmed Kalouaz. L'amitié qui naît entre lui, Besset & Co et la manière dont l'Ombilic de la Balle le rattrape dans la bonne ville de Saint-Étienne...

Alain et Mario se rencontrent grâce au grand homme de théâtre de la rue de la Vieille Monnaie (et fils de conseiller général). Mario, dérouté de Marseille, lance le numéro 1 de L'Écho du Zinc-Besançon. Pour les pages Culture il interviewe le directeur du Chok théâtre que le théâtre de la Vieille Monnaie a programmé dans son lieu. Impressionné par la mise en scène abrupte, nue, violente d'un ´Détenu à Auschwitz’ du résistant Alain Bousquet : la rencontre imaginée en Franz Kafka et un officier nazi cultivé, Mario lui propose de se rendre dans la rue du Loup, alors un coupe-gorge qui donnait dans la rue du Lycée. Un titre lui vient illico à l’esprit : "Besset ou le théâtre chevlllé au corps".

Le séjour de Besset entre la rue de la Vieille-Monnaie et le Petit Bar, devenu le HQG, marque Morisi qui accepte de se rendre à Saint Etienne en décembre 95 pour voir un spectacle du Chok à la Comédie de Saint-Étienne : "On devrait tuer les vieux footballeurs", spectacle multimédia où un détenu quasiment nu (Beset) pédale dans une sphère métallique comme un rat de laboratoire pendant qu'on diffuse des images des exploits de George Best ou des Verts sur grand écran.

Le Chok passe et repasse à Besançon où il se fait un public. Le théâtre de la Vieille Monnaie en use et en abuse. Peu avant l’an 2000 un mois de Chok est mis sur pied à partir de trois créations de Besset, Bruyère, Valérie Gonzalez et compagnie. La première exige qu'une grosse partie de la troupe soit sur place. La deuxième n'implique que trois sociétaires, la dernière, un Koltès à nu, le seul Alain Besset. C'est un succès d'estime, pas un succès d'audience.

Le bilan est amer. Cette nuit noire-là est à marquer d'une pierre blanche. Besset : chapeau noir, gilet de chasseur noir, chemise noire, pantalon noir, chaussures noires – remonte la rue Renan direction le square Castan puis le Groony's où il doit me retrouver. Je l'intercepte car sa mine me faisait souci depuis le matin. En plein brouillard givrant Alain est furieux, il en grince du dedans, je crains un instant qu'il me décoche une droite. Salopard de grand homme de théâtre qui lui a appris que les frais de séjour de la troupe seraient défalqués des cachets, ce qui le laisse sans voix, lui qui a réglé ce qu'il devait à chacun des membres de sa troupe avant leur retour à Saint-Etienne et à Paris. Stances historiques : "Besac, votre Besac, je vous le laisse, je vous laisse sous la surveillance de votre putain de Citadelle, bande de salauds, de profiteurs..."

Alain se calme chez Lemmy, puis au Mocambo, une pizza de nuit tenue par un ancien coéquipier de Morisi du temps du RCFC. Il y a Trinite, des mecs et des nanas, des comédiens, des artistes de tout poil.

Le lendemain matin, alors qu'Alain fait son sac dans le duplex de Morisi, il lui fait une promesse. Il a lu ´Mort à la Mère ‘ et il aime les dialogues. Si un jour il écrit pour le théâtre, il lui fait le serment qu'il le mettra en scène. Et il n'est pas bourré, c'est juré craché !

Dès qu'il le peut Morisi file avec sa ZW d'occase à Sainté. Il y fait la connaissance des gens de là-bas, il ouvre grand ses yeux et ses oreilles car 1998 c'est le moment où la bande du Chok investit un entrepôt et en fait, en neuf mois, avec l'aide de tout un quartier, une salle dotée de bureaux et d'un bar. Une boite noire de 80 places avec une sono, des lights et un espace pour entreposer les décors.

Je vois naître et grandir le Chok. J'assiste à quelques premières dont un "Nuit d'automne à Paris" de Gilles Granouillet du Verso, la compagnie cousine qui viendra s'installer dans la même ruelle au pied d'un grand escalier. "Nuit" qui raconte le massacre des Algériens à Paris en 1961, sujet qui ne peut évidemment que me toucher.

La proposition de mettre en scène un de mes textes booste mon travail sur Roberto Baggio. Et si, en plus du roman que j'ai en tête et qui s'appelle alors "Baggio et son ombre", clin d'oeil au travail du Chok sur Artaud, j'écrivais une pièce décalée : l'histoire d'un fan du Divin à la Queue de Cheval devenu criminel, un polar mariant faits-divers, football et théâtre ?

J'ai beau courir de Dole à Besançon et retour, préparer mes interventions dans les prisons, vendre des reportages sur le terrain pour "Jura Magazine", m'occuper du ravitaillement de Sampans, la chance que me donne Besset devient une obsession.

Je ne fais donc ni une ni deux : ayant appris que le Ministère des Affaires étrangères offrait des bourses annuelles destinées à aider les créateurs et les chercheurs qui avaient besoin d'aller à l'étranger pour réaliser leurs projets, j'excogite un dossier Baggio : le roman, la pièce et le biographie.

Objectif : financier un mois de recherches à Vicenza, Milan, Come, Bologne, Empoii et Florence. Rencontrer les témoins de l'enfance du ´Divin Codino’ ; interviewer un maximum de personnes l'ayant connu : journalistes, coéquipiers, entraîneurs et quidams. Si l'on ajoute à cela que j'ai collationné plus d'un millier d'articles et de dépêches en français, italien, espagnol, portugais, anglais, allemand, suédois et même roumain, ma demande de Mission Stendhal s'envole vers le ministère - à la mi juin - sur les ailes de la Poste. Et si l'on me donnait les moyens de laisser de côté les Faits-Divers et les livres sur commande pour exploiter mon amour de la Botte et de l'Italie, des mes origines et de mes amours… ?

Hélas, coup de poignard entre les omoplates du 22 juin 2002, Maman monte les escaliers et vient me réveiller dans mon bureau : "Mario, je crois que ton père est mort".

(A Suivre)

Le 22 juin 2002, deux jours avant la saint Jean Baptiste. Le papa de Mario s'en va au petit matin d'une belle journée de soleil. Mario va chercher le voisin pour l'aider à allonger le corps dans le lit de la chambre où il a imaginé "L'Émirat du tourbillon" et soigné ses oreillons à son retour d'Angleterre.

Au risque de paraître pompeux, les relations avec mon père tenait de celles qu'avaient entretenus (selon les Grecs anciens) Ouranos, Chronos et Zeus, dans la mesure où le père fier de sa progéniture finit par prendre ombrage du rejeton qui lui doit la vie et qui est à son apogée quand le premier périclite et craint d'être détrôné. Tout cela sur fond de relation à la mère, que le second voudrait subjuguer.

Le fils Morisi (et non le fils Launay, du nom de jeune fille de la maman) est accueilli comme un divin enfant. Seul héritier d'une maigre lignée (les Morisi de Groppallo, Piacenza, font rarement plus de trois enfants, la plupart du temps deux et même pas du tout), est vite l’objet de mille sollicitudes ; il n'y a pas de veillée de Noël à Nanterre, c'est autour du 1er janvier que se déroule la seule vraie grande fête de famille qui voit se réunir, les grands-parents italiens et la mamie française, la tante Lucie, les oncles (trois du côté français par alliance) et les parents du petit dont la légende familiale raconte qu'il est né le 1er jour du premier mois de la première des années 50 et dans la chambre 11.

Papa travaille dur, il a eu une jeunesse et une adolescence agitées, on l'a expédié faire son service chez les fascistes que son père avait combattus dans son village. Six mois plus tard, il déserte, rentre à Paris où il vit dans une semi clandestinité, faisant des aller-retour en Normandie pour échanger - pour son quartier - du sucre contre du beurre. Puis il échappe au Service du travail obligatoire ; aurait fait quelques jours de prison pour avoir trafiqué des produits de première nécessité avec les soldats italo-américains arrivés en libérateurs. Repoussé plusieurs fois au guichet qui s'occupait des naturalisation en 1946/47, Morisi, que tout le monde appelle Jean en France, envoie paître les fonctionnaires et jure qu'il restera italien et tant pis si cela lui complique la vie pour trouver du boulot.

Les choses se calment entre 1946 et 1950, année où Jean rencontre Janine, une brunette lumineuse et sensible qui a perdu tôt son papa. Ils dansent ensemble le dimanche, il va la retrouver à vélo au Vésinet où elle habite avec deux veuves de. guerre, Yvonne, sa maman, et Marie, l'arrière-grand-mère de son fils à venir. Elles sont toutes les deux cousettes, livrent leurs travaux à M. André, un tailleur du 9e arrondissement de Paris.

Morisi manque ne pas exister. Envoyé en déplacement, "Jean" oublie d'aller au bal un dimanche après-midi. Elle lui en veut. Dit qu'elle n'a plus envie de le voir. Choqué, Jean court acheter des fleurs un lundi après le travail et l'attend sur le quai de la gare du Vésinet. Elle feint de ne pas le voir. File vers la sortie. Se retourne. Leurs regards se croisent, elle craque, je suis né...

Jean est un battant. Il est arrivé en France sur les bras de sa mère à travers les Alpes, du sud au nord jusqu'à la gare de Lyon, puis à Nanterre où habite une de ses tantes maternelles, tenancière d'un café.

Privé de Certificat d'études pour cause de livraison de journaux à 11 ans et de boulange à 13 et demi, il accompagne son père et participe aux grandes grèves de 36 où il fait partie des groupes qui s'en prennent aux jaunes, qui les traitent de macaronis, de terroristes et mème de fascistes.

En 38, pour la Coupe du Monde de foot, Giovanni-Jean assiste au triomphe de la Squadra Azzurra (Ombilic de la Balle) toute du noir mussolinien vêtue, une fierté mâtinée de dégoût.

Jean n’est pas grand mais il a l’œil noir, de l’esprit et du succès avec les femmes, il séduit une comtesse, dit-on dans la famille, et une riche juive qui le garderait bien près de lui.

Fêtard, membre d'une bande de copains pas tous très catholiques, mon futur père se remet en question lorsque ça devient sérieux avec Janine. Ils se marient au printemps 1950, je nais neuf mois plus tard.

Né aux forceps, contrarié par les disputes entre son père (un mâle alpha blessé de guerre, d'une intelligence notoire mais terrassier) et sa mère (treize ans de moins, soupçonneuse, bilieuse, se détruisant au travail), Papa change du tout au tout. Il a tellement peur de ne pas pouvoir entretenir son épouse et élever son fils qu'il travaille douze, quatorze heures par jour et décide d'accepter les propositions de déplacements qu’on lui fait : missions bien payées avec pas mal de primes.

Jean gravit les échelons, il travaille pour une société parisienne d'isolation thermique qui en fait vun chef d'équipe puis un chef de chantier tant il est habile à optimiser ses chantiers et à diriger ses ouvriers qui pour la plupart l'estiment beaucoup.

Ces Chroniques en ont parlé. On bouge beaucoup dans la famille Morisi. Berre en 1952, puis Boulogne et Dunkerque en 53/54. Le Pornichet en 65, Saint-André de l'Eure en 56. Papa signe un contrat, trouve un 'garni' et maman et moi allons le rejoindre.

Enfin pas toujours, les ´chantiers’ ne durent parfois que deux ou trois semaines. Souvenir de nos adieux un dimanche sur un quai de gare, des larmes, des larmes, et s’il ne revenait jamais et s’il tombait malade…

De 1950 à 1958, mon père fait le tour de la France industrielle, envoie une montagne de cartes postales, s'inquiète du sort de sa Janou et de ´la puce ´ qui l'attendent à Nanterre. Puis il y a ce chantier ‘Chez Solvay’ à Tavaux, dans le Jura.

Jean Morisi a été un bon footballeur. Accusant un déficit de croissance, il était doté d'une bonne capacité pulmonaire mais n'avait pas atteint la taille prévue, la mauvaise nutrition, l'angoisse d'une naissance forcée, la peur d'un malheur, qui sait ?

Le Jean et son fils Mario, c'était quelque chose, deux forts caractères et une maman au milieu. Mario est doué pour les études et pour le ballon. Ce serait le rêve du père de le voir jouer en pros car selon lui il ressemble à Giovanni Ferrari, le milieu de terrain de la Squadra deux fois vainqueure du Mondial.

Il faudrait trop de temps pour raconter l'amour-chamaille du père et du fils. Papa voterait communiste s'il était français, le fils est soixante-huitard. Papa est pour l'Inter de Milan et Felice Gimondi. Le fiston pour l'AC Milan et Gianni Motta. Le père est belcanto, Bécaud, tango et accordéon, son rejeton fan de Léo Ferré, des Beatles et des Doors. Ainsi va la vie, le père soucieux voyant le noir partout, il se coltine un bohème qui ne sait pas ce qu'il veut en dépit de nombreux talents.

On a plusieurs fois frisé la crise. Janine, une grande lectrice, a dû tenir bon la barre entre ses deux machos au grand cœur, hypersensibles, souvent incapables de se contenir verbalement (sans un gros mot, attention !).

Puis avec le temps, Mario s’était mis à demander à son père de lui raconter son enfance, sa jeunesse, ses virées à vélo, ses copains de misère à Nanterre : - Bon dieu, ses yeux humides et sa voix tremblante quand il parlait de sa mère qui faisait des lessives le ventre glacé, de son père ou de ses défunts amis.

Car il avait beaucoup d'amis, de jeunes ouvriers qu'il avait formés et à qui il avait proposé de devenir chefs d'équipe, des Yougos intempérents qu'il menait à la dure mais avec respect, Calais, Bouffaré, Le Barazer, son équipe de choc dans la jungle chimique de Chez Solvay, un Sevezo 2 qui leur a mangé les poumons et souvent les cellules du dedans.

C'est un ras de marée de souvenirs – touchants ou dérangeants - qui se rue dans la mémoire au moment d'évoquer un de nos parents en allé. Et dans ce cas un immense merci à un homme qui s'est détruit au boulot pour son fils et pour sa femme. Qui a trouvé le moyen de restaurer tout seul ou presque une ferme de 12 pièces après le travail. Et qui – fils de Rital honni – a fini par devenir un "Monsieur Jean" qu'on saluait avec respect et dont on parle encore à son fils, un crétin incapable de penser à l'avenir, lui et ses foutus livres… - Et s'il en était fier, celui que ses copains du foot appelait "Peppone", et s'il était heureux lorsqu'un client du PMU mentionnait un article élogieux sur un des livres de son fils, il ne lui en disait rien, comme il ne lui avait jamais fait un compliment ou presque quand il jouait au ballon.

Ah si, il y avait ses merveilleux moments dans la salle à manger de Sampans, sous une toile du Tonton, avec l'ami fraternel Jean Paul, Trinite, Martinella, Salva, Abdou Vincent et Nicole, les amis de la famille... Un match de coupe d'Europe, de la coppa, de la pancetta, une escalope à la milanaise, des lasagnes faites maison, du valpolicella, du bardolino, du 'parmeggiano reggiano', du gorgonzola et pour faire passer le tout de l'asti, de la grappa ou du fernet-branca...

Et comme ma gorge se serre quand je le revois chanter, la voix cassée ‘ Mamma sono tanto felice ‘ ou ´Torn’a Surriento ´ - Ou quand je le surprends en train de faire ´une gâchée ´ avec sa petite-fille, dix ans… ´Ou quand il établit la liste des vainqueurs du tour de France dans la marge de l’Équipe pour lutter contre un début de Parkinson…

Mais on est le 22 juin 2002 et Giovanni Morisi, mon papa, s'est effondré près du radiateur en ouvrant les volets qui donnent sur le pré. Il fait un temps splendide, le ciel est d'un azur jamais vu. Janou ? Elle ne comprend pas bien. On appelle le docteur qui constate le décès. Un véhicule des pompes funèbres met en souci le voisinage qui vient aux nouvelles. Gisèle, la grande copine de Janine, vient la consoler, ainsi que ses enfants et des voisins. Deux grands diables font descendre le corps inerte de mon père dans un sac noir. Je ne souviens plus s'il - mon Papa - est parti la tête ou les pieds devant.

En fait, il n'est pas parti.

Je suis fait de lui et je lui envoie des marées de lumière là où il est.

Papa, tu sais quoi ? J'ai fini la pièce que j'ai écrite sur Baggio. Elle a été jouée le 3 juin 2004 à l'Opéra théâtre de Besançon en présence d'une équipe de la RAI, on en parle sur la Gazzetta. Du foot et de l'Italie à l'Opéra ! Je suis sûr que tu aurais été fier de moi, tu ne crois pas ?

(A Suivre)

2002-2003 – La vie sans le père à Sampans – Les refuges à Dole, la Cave d'Enfer, le Bar des Sport... – Les longues heures passées sur Mac à traquer Baggio – Un début de reconnaissance à Arbois aux côtés de Didier Daeninckx, Dominique Manotti, Alain Raybaud... et Cesare Battisti...

Impossible de décrire le sentiment qui m'habite lorsque je vois ma mère se hisser au premier sans mon père dans les parages. Nous l'avons enterré au tout petit cimetière de Sampans où l'attendait mamie Yvonne, décédée lorsque j'étais en Algérie. En présence de l'ami fraternel, de son cousin Philippe Terrier, ancien pro du FC Sochaux, de mes fidèles amis, de villageois et d'un groupe d'ouvriers ayant travaillé avec lui.

Par un beau soleil, j'avais demandé à tout ce petit monde de s'approcher et j'y étais allé d'une oraison laïsue expliquant ses origines et son parcours, prêchant pour que de nombreux immigrants puissent accomplir le même chemin que lui et donner le meilleur d'eux mêmes en France. D'où le choix d'une pierre tombale réalisée par mon ami Claudy Pellaton, un demi puits bâti en pierre de taille de la région serti d’un éclat de roche volcanique de notre vallée en Émilie-Romagne.

Par delà la nouvelle vie à organiser avec ma mère, les "courses" au Géant Casino et les consultations chez le Dr Jacob, devenu un ami, à Damparis, je me partageais entre mes recherches sur le Ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio, qui finissait sa carrière à Brescia et le quatrième Faits-Divers destiné à Gérard e Villiers, un noir se passant dans le quartier Battant. Hélas pour moi, tarabusté par Vinci qui dit souffrir de la crise, le père fouettard de "SAS" et de "l'Exécuteur" (un facho qut traitait bien ses auteurs) se débarrasse de la collection mais m'envoie un chèque de 3000 euros en me restituant les droits de "Mort à la Mère", de "J'aurai ta peau Saxo" et d' "Achevez Cendrillon", ce qui me vaut d'être "sélectionné" comme comme "régional de l'épate" (Blondin) aux premières Fêtes de Dionysos organisées à Arbois en compagnie de piliers de la littérature noire et sociale invités par le CRL de Dominique Bondu.

Je regrette ce début d'été 2003 que mon père soit parti. Arbois et Poligny, c'étaient des villes et des équipes que j'avais affrontées quand je jouais au foot au point que j'en avais gardé un grand copain, Alain Seguin, qui m'avait invité à La Serra, permettant à ma tendre Lo de faire du ski pendant une demi-douzaine d'années.

C'est "chez Seguin" que j'ai l'occasion, pendant quelques jours de prendre le petit-déjeuner croissant avec Didier Daenincks, Dominique Manotti, et Cesare Battisti, ancien activiste de 'Prima Linea' dans les années 70 qui ne devait sa liberté qu'à François Mitterrand et à sa doctrine de neutralité envers les opposants politiques. Nous en profitons pour parler italien et je lui dis tout le bien que je pense de son "Dernières Cartouches". Par la suite, il sera adopté par nous toutes et tous, par Élisabeth Cerutti des Sandales et - entre autre - Thierry Loew et Pas Serial S'abstenir...

J’ai 52 ans passé. Je deviens écrivain à l'usure. Mes copains du foot et de lycée et les ouvriers de mon père me félicitent, je ne signe pas d'autographes dans la rue mais mes polars se vendent bien.

Écrivain mais pas seulement, je vends des reportages au "Jura Magazine" de Marc Pouillard, qui par la suite fera prospérer l'agence de com' D'Artagnan et qui me voudrait dans son panel de créatifs.. - Dans la foulée, Sylvie Magnenet lancera un "Spormidable" qui reprend le principe de 'La Gazette' : un gratuit papier glacé qui parle du sport et des sportifs à la manière de 'l'Équipe Magazine'. Étant le rédac/chef d'une équipe saupoudrée dans la région, je roule beaucoup, j'interviewe à tire-larigot, je redouble d'activité.

En ce sens, mon image est brouillée : Ombilic du Polar et Ombilic du Stade ne font pas forcément bon ménage ; confusion accrue (volontairement) par l'idée que j'ai exposée lors des Petites Fêtes de Dionysos : le concept d'hétéronymie cher à ´l'intranquille ´ Fernando Pessoa : une coopérative d'auteurs pseudonymes qui travaillent chacun dans un style et dans une direction différents. Fastoche pour quelqu'un qui a signé ses premiers textes Heraldo Belqacem-Schwarz, Launay, Seamus Anderson, Marmor et à présent Absentès, l'alter-ego au noir qui fait de l'ombre à l'auteur soi-même.

Il y a la vie de tous les jours et les zincs. À Dole, il y a Le Parisien qui fut un PMU, le Café Central des Monnin et Fils, le Pub Rock de la Paix, la Navigation maisi surtout La Cave d'Enfer reprise par Claude Pastore, dit El Diablo, un ancien joueur de rugby châlonnais, Ombilic de la Botte, originaire du sud de l'Italie...

C'est à la Cave d'Enfer (que les anciens ont en tête pour son aquarium grouillant de truites et la plaque commémorant le martyyre d'un groupe de Dolois résistant au roi de France brûlés vifs sur place). C'est en fait chez Claude que le Morisi dplois prenait l'apéro et assistait aux matchs du tournoi des Six Nations. Puis on allait le long du Canal Charles Quint chez Chartier, un troisième ligne pétaradant et légendaire à Dole, où on 'se la racontait' à en mourir de rire. Au point qu'il m'arriva de dormir sur une banquette ou sous les arbres pour ne pas conduire ivre et risquer l'accident en rentrant à Sampans. — Quel beau souvenir la soirée d'été ou mon ami "l'aérobarde" québécois, Jean-Pierre Bérubé, rencontré au CLA, s'est joint à Vincent de Chassey, banquier auteur et chanteur originaire du haut-Doubs connu aux Abbesses… pour une soirée chanson française mémorable, sous le regard de Dolois heureux d'être à pareille fête et de voir honorer leur bonne langue françoise.

En attendant, du matin au soir, j'accumulais des informations en une douzaine de langues sur ce footballeur stupéfiant dit "Le Divin à la Queue de Cheval", né le 18 février 1967, soit 45 ans jour pour jour après ma maman qui naturellement l'aimait beaucoup...

(A Suivjour



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