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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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1996-début 1997 Revisited – Obsédé par le cul-de-sac d'un amour qui l'aura mis sens dessus dessous ; et bien décidé à transformer le venin d'une relation impossible en énergie rédactionnelle, Morisi rebondit et transforme "l'Écho du Zinc" en ‘Show Dedans’, un petit format mensuel placé sous le signe de l'Art, du Spectacle et de la Movida et imprimé en Franche-Comté...

Régénéré par l'arrivée de nouveaux rédacteurs Abder Soudani (politique, social , culture, qui fondera une agence de presse dans le Connecticut) - Chahira Dubois (reportage), Claude de Couvonges (méta analyses), Jean Marc Grosdemouge (zics), Agnès Wittmann (jeunesse), qui s'ajoutent à Thierry Loew (polars), Denis Bépoix (cinéma), Antoine Scararo (arts plastiques), ITV Rock (Da & Da), Thierry Lebeaupin (danse, spectacle vivant), et bien d'autres, le numéro 0,5 de Show Dedans, un numéro 0 de combat, sort à l'automne et prend tout le monde de court. Le temps de convaincre Didier Brunel de l'Opéra théâtre dont Morisi est le "nouvelliste" pour la saison 96-97!- Souris du "Pöp Hall" (les Bains Douches de la Boucle), Pralon et son "Indispensable", le même et "Meubles Plus", le théâtre municipal de Dole, la discothèque le D-3, Fançois Pinard et Los Production, outre que le Cousty, la Doublure d'Euterpe, les Bières Rouget de Lisle et Alizé pour vos listes de mariage, et le tour est joué

Le coup de magie, le coup de génie survient début janvier 1997. Ayant obtenu le blanc-seing de son maître ès journalisme et parrain Roland Dhordain, Morisi à l’idée de l'expédition "Un jour dans la vie de France Inter" dont le principe est de raconter 24 heures d’émissions et de donner un visage aux grandes voix du service public de l'information. C'est ainsi qu'une première équipe se rend à la Maison de la Radio : Pascal Grosdemouge pour interviewer Lenoir, l’icône des radio rock, et Agnès Wittmann pour rencontrer Roland Dhordain

En second rideau se tient Berth qui attendra de lire les articles pour les illustrer avec la verve que l’on sait.

Dans le gang formé ad hoc, à 9 heures du matin, se retrouvent, conduit par le "camion" de Claude, le futur président de l'Uni de France-Comté, Abder Soudani, qui a été professeur de journalisme à l'université d'Alger et a dû fuir son pays pour cause de GIA; Chahira Dubois, future professionnelle et Yves Petit, le meilleur photographe de spectacles de la place.

Tout a été pensé, les meilleurs ressources mobilisées sur place. L'équipe du ´Show Dedans’ numéro 1 dormira chez Ammad aux Abbesses. Les 360 km parcourus le cœur léger, nous sommes reçus par le directeur Casanova, qui a accédé à la demande de Dhordain, nous souhaite un bon séjour et de belles rencontres… notre avis compte, petit ou grand média, il est impatient de nous lire, un audit pour ses équipes...

La narration des 24 heures que nous passons dans la maison ronde ne tiendrait pas dans un dossier de "L'Obs" ou de "L'Express". 13 pages format A-5 au ton vivace que l'on peut résumer à ses titres : ´Laurent Ruquier, changement de direction’ – ´La rançon de l'art en son’, ´Basse fréquencé, ´15 heures 30 quand la rédaction bout, Hees veille ´ - Synergie - Claude Villers : ´Moi je travaille dans une radio libre ´, ´Roland Dhordain ou un roman de la radiô’ - ´France Inter est-elle soluble dans le temps ? ´– Inter Actif, inter Phone, inter Pelle, inter Rime, Badinter... - Pour finir par le ´Pop Club’ au Fouquet's avec José Arthur.

Puis ´C'est Lenoir’, Macha avec son équipe en son absence et ´Sous les étoiles exactement’ avec Le Vaillant. Le tour des aiguilles de l'horloge s'achevant par une paire d'heures 'au bocal", l'instance qui reçoit et classe les nouvelles fraîches et les sccops pour l'équipe du journal du matin, à l'époque dirigée par Christophe Hondelatte.

L'expérience est magique. Les professionnels de leur profession nous reçoivent, nous répondent, nous considèrent comme des collègues à part entière. On assiste, lors du comité de rédac de midi, au licenciement d'un envoyé spécial ayant ´confondu France Inter et Europe n°1´ en proposant un son obscène sur la mère d'une victime d'un enlèvement. Je demande si nous pouvons… On nous répond bien sûr. Ca a eu lieu, c’est à nous de choisir la façon de raconter.

Le moment le plus glorieux, après les entretiens avec Claude Villers, Bédouet, Hees, est cette soirée où le grandissime José Arthur nous installe à sa table ; mentionne notre présence, signale notre existence.

Sortis avec des étoiles dans les yeux, Claude, Abder, Chahina, Yves et Mario courons en riant du côté de l'Etoile, nous changeons au cul du "camion" de l’alors doyen de la fac et nous rentrons aux Abbesses où ceux qui ont bouclé leur programme essaient de dormir pendant que Mario et Yves s'occupent de boucler la boucle. Exténuées, les yeux piquants mais le cœur en fête, nous reprenons l'autoroute et fêtons l'événement dans un Grill. Ne restera plus à Mario qu'à faire rentrer tout ça dans son Mac et d'y mettre les formes.

´Show Dedans’ fait son effet. France 3 et Radio France nous honorent, ´Le Pays de Franche-Comté’ du bon Jean-Claude Barbault nous portraiture au Cercle Suisse. Infernaux, ces filles et ces gars du Zinc… Satisfaction du côté des annonceurs culturels et de nos partenaires, qu'on associe au reportage 5 Étoiles à Paris.

Il y aura une autre expédition, dans les locaux de Couleurs 3, la chaîne branchée de la RT suisse romande. Des reportages, des salons, des festivals un peu partout dans la région, avec des passerelles sur Suisse (Le Bikini, le musée Olympique. Tant et si bien, avec une résurgence d’un "l'Écho du Zinc" toujours aussi insolent, que l'idée vient aux félés du Zinc d'une semaine de ´l'Art en Bar’ qui se conclurait par une fiesta du feu de Dieu au Grand Kursaal.

Tandis qu'il se démène pour reconquérir Iris V., celui que j’étais devine qu'il ne deviendra jamais l'écrivain qu'il rêvait être s'il raconte la vie autô’ur de lui au lieu d’achever ´La Boucle infernale ´, ´Dans la ville aux mille coupoles’, ´Odyssée 36-15´, ´Curriculum Mortis’ et ´La Mémoire des Granades’ dont la rédaction nocturne le tue à petit feu.

(A Suivre)

1997-98 – "Show Dedans", "l'Art en bar" : du Comptoir de la rue Richebourg à la place Victor-Hugo ou comment l'amitié entre un marchand de biens condamné à mort par sa tumeur au poumon, anarchiste et sculpteur sur bois, fan du Bateau Lavoir et d'Aznavour, est à l'origine du Cylindre, l'ancêtre de la Rodia... Un conte de la Boucle ordinaire, en somme.

Ces chroniques alignent jour après jour les événements, les lieux, les gens comme si l'on filait le long d'une autoroute laissant derrière nous amours, amis, exaltations et détresse, comme si les témoins et les complices de nos vies étaient les personnages secondaires d'une série télévisée au long cours, comme si autrui n'existait pas vraiment, comme si les uns étaient remplacés par des autres, dans le but de mettre en évidence le héros, le grand homme, la série d'agités du bocal que je fus. Égo saga totale, narcissisme échevelé ?

Ce ne fut pas le cas. Chaque nom mentionné ici, masculin-féminin, a été le cœur d'une relation passionnée, féconde, émouvante, créative, formatrice, faite de temps forts et de fusion, de heurts et de ruptures, de routine et de surprises : et à la mention de chacune et de chacun d'entre elles, il faudrait une note en bas de page et des annexes, une bible entière, car chacun d'entre ces noms est une histoire à part entière, le roman d’une existence, une tragicomédie comme toutes celles qui débutent dans un berceau et s’en retournent à la poussière Telle est - en tout cas - la nature de celle qui lie le Morisi de la fin des années 90 à Jean-Claude Joyeux, personnage controversé, douloureux, généreux et ingérable.

Mario rencontre Jean-Claude rue Gama, en plein cœur du quadrilatère de la rue Pasteur. Il est vendeur de biens, il achète le moins cher possible et il revend le plus cher. Il est doué. Il fait de l'ombre à pas mal de monde. Doué pour les affaires mais insoumis, explosif : un affairiste Bohème. La nuit, il sculpte des figurines en bois. Il écrit. Il est poète. Il adore Antonin Artaud.

Jean Claude est lui même une figurine de bois sculptée jusqu'à la pulpe. Un cancer du poumon l'a expédié sur le billard. Il fume et il fume et il tousse, et c'est le tabac roulé qui le fume plutôt qu'il ne fume le tabac. Il est maigre, très maigre, réduit à l'os, sorte de déporté de l'intérieur. Heureusement il a ses "tiots", des enfants qui viennent le visiter dans sa turne toute en longueur de derrière la statue de Jeanne d'Arc, au carrefour le la rue Chifflet et de la rue Lecourbe qui conduit place du Jura, naguère un lieu de pèlerinage pour les monarchistes et les fachos.

Les gens de caractère qui savent qu'ils vont crever osent tout. Jean-Claude obtient deux fois 4% aux élections. Il joue la carte de l'empêcheur de voter en rond que l'on doit aller voir au deuxième et au troisième tour ; il négocie dur, a des idées généreuses, veut imposer son soutien aux désavantagés.

Il boit, aussi, beaucoup, canon de rouge après canon de rouge. Il vit une ultime idylle avec une jeune femme que sa courageuse agonie émeut. Il est souvent au Petit Bar, au Bar de l'U et au Carpe Diem où il déclame ses convictions et vomit ses dégoûts. Quand il a le blues, il chante "Emmenez-moi" de Charles Azanavour. Déchirant et déchiré, ses yeux baignent dans l'amour amitié, dans l'amour anarchie, avec un zest de rage et de désillusion. Il n’arrive plus à haïr les cons et les salauds, il se contente de les railler, misérables minus.

Comme ça, entre solitaires populaires, il se rapproche de Morisi qui l'a interviewé pour l'Écho du Zinc et qui l'épate avec sa passion de faire vivre son torchon sans gagner un sou. Ils parlent et ils parlent chez Pascal, au Carpé, au bar de l’U.

À la fermeture, Jean-Claude emmène Mario chez lui, il lui montre ses sculptures, il regarde la Cinquième toute la nuit, parlent de Ferré, d’Hemingway, de Lalcolm Lowry. Ils dorment tout habillés sur un lit à demi défoncé. Le marin, Mario donne des conseils de prof à son fils qui part à l'école, corrige ses brouillons.

Un matin de 1997 (ou 98), Jean Claude invite Mario à prendre un café. Il a une proposition à lui faire. Il est propriétaire de la moitié du bar restaurant disco de Larnod, sur la route de Lyon. Il est en conflit avec le copropriétaire, il a envie de l'emmerder. Pour l'emmerder il a une idée géniale : Mario connaît le Besac des artistes, alors voilà : Jean Claude va lui vendre l'endroit pour le franc symbolique et il en fera le siège de l'EDZ, un bateau lavoir, une Factorie, avec concerts, récitals, ateliers, expositions.

Mario en tombe sur le cul, il se dit que Joyeux boit trop, a pété un câble, oublie ses enfants, est aveuglé par la détestation de son ancien partenaire (un brasseur bisontin)… mais non, c'est sincère, les papiers sont prêts, Mario sort le franc symbolique de sa poche et son nom atterrit sur le contrat de vente.

Ce genre de proposition a de quoi faire réfléchir mais Mario ne se sent – absolument pas – l'âme d'un propriétaire gestionnaire, d'un entrepreneur de spectacles. Il traverse la rue, passe devant le bureau du grand homme de théâtre fils d'un conseiller général, sonne à la porte d'Anatole, l'association créée par Manou Combi et Mario Lontananza et leur raconte tout. Un lieu pour leurs concerts à 10 minutes de Besançon, une salle de 300 places et les bureaux attenants. Pour 1 petit franc. Ils le regardent comme s'il avait perdu la tête.

Jean Claude est ok, ces gars sont bosseurs et sérieux, implantés sur le marché musical et culturel à Besançon et pas seulement.

Ça paraît irréel mais Jean Claude ne rigolait pas, il rencontre les duettistes qui signent et prennent possession des lieux, les aménagent, en font leur siège, font bouillir de rage leurs concurrents.

Un matin, mon téléphone sonne (je loue un duplex à deux pas du Square Castan. Manou et Mario me demandent de passer. Je saute dans ma voiture. Manou et Mario ( c’est fou ce que ça S’M) m'entraînent dans l'ancienne boite de nuit déserte : "Mario, toi qui as toujours des idées, tu peux nous trouver un nom, on doit remplir un tas de papiers et on est à sec."

Je fais le tour de la salle en forme de demi-tonneau et un ´Cylindré sort de ma tête ! On me saute au cou, je suis un génie ! Pour la peine je deviens invité perpétuel, concerts gratis pour moi ad vitam aeternam !

Jean-Claude me paie des coups. Il est heureux du tour qu'il vient de jouer à son enf... d'associé. Bon vent à Manou et à Mario qui après avoir fait leurs preuves au Cylindre à Larnod, jetteront les bases de la SMAC de la Rodia, un succès incontestable.

Ainsi allait la vie de Morisi et de ses potes les hypersensibles : sans les cinglés que se passerait-il de nouveau sous le soleil...

(A Suivre

Fin 1997, Début 1998. – Tourmenté par son amour impossible pour Iris V, remuant ciel et terre pour les parutions et les moutures successives de l'Écho du Zinc, Morisi, 47 ans aux pommes, emménage au bout de la Grande Rue, à deux pas de la place Victor-Hugo et du Square Castan où l'institution Saint- Jean devient le siège du Conseil Régional.

S'il avait publié les livres qu'il a dans ses tiroirs, la partie mégalo de Morisi aurait pu se flatter de la proximité de pas mal de figures célèbres : Victor Hugo, les Frères Lumière et une atelier ayant été occupé par Gustave Coubet. Ailleurs dans la Boucle : Proudhon, Fourier…

"Mon fils, à toi ce livre sur la ville que tu aimes tant et qui nous a fait si peur", telle est la dédicace de ma maman sur le tome 1 du "Mon Vieux Besançon" de Gaston Coindre, chef-d'œuvre illustré qui présente l'histoire de la capitale comtoise sous un jour intime, rue par rue, demeure par demeure avec leurs occupants ; un enchantement imagé par des gravures enchanteresses du XIXe.

C'est que le fils Morisi, douze adresses et 8 villes à l'âge de sept ans, a choisi ses racines : "Mario Morisi, l'italo-Bisontin", titre L'Express lors d'une incursion en ville. Besançon, qu'il a découvert en sortant de la bétaillère qui conduisait les gamins du FC Dole dans la ville natale de Victor-Hugo, c'est pour lui la Ville-Femme avec ses sept collines (comme Rome ?) - le ventre de la cité enserré dans une boucle presque parfaite du Doubs - de 'dubitare' qui en latin veut dire hésiter - car son cours est en méandres (mé-andres ? Masculinité en doute ?).

Besançon donc, La Ville femme au fond de laquelle on aimerait se blottir, une vulve, une oreille, car l'or-y-est, les alchimistes le disaient, les sons y entrent mais rien n'en sort, où est le trésor ? Et pour quelles raisons´Chrysopolis’, ces cadrans solaires, ces inscriptions cabalistiques sur les murs ?

Morisi aime Vesontio : c'est sa référence cardinale. Le Gynople ("Gynopolis") de "L'Émirat du tourbillon" (1986), son premier livre, c'est une divagation dystopique et uchronique à partir de "B'sac".

Dans les "Baskets d'Euriipide" (1987), la diaspora des nains qui s'échappent de la Butte Montmartre sont accueillis dans la Boucle : "De Butte en Boucle !' s'écrie le nain Foirus.

Besançon est le théâtre onirique de "La Boucle infernale" en 1970.

Apparaît dans "Mort à la Mère" (2000), est le cœur de "Castor Paradiso", un roman noir se déroulant à Battant (2005).

Besançon, son Grand Séminaire, est un endroit essentiel dans la formation de Renaud Outhier, "l'abbé scavans du siècle des Lumières" de "La Boue et les Étoiles" (2010).

Besançon apparaîtra dans les futurs romans de Morisi ("Jeanne Antide Vermot" (2012) et "Soldatà Sana" (2020) mais surtout dans les articles et dossiers du temps où il est journaliste (un Spécial Besançon et l'inovation sociale dans la Revue des Caisses d'Épargne (1991). A fortiori dans l'Écho du Zinc, où l'on explore les bistrots locaux en suivant les caprices de ses bistronomes : Raids du Zinc, Quatre garçons dans le vin... - Ah, les descentes en enfer et au paradis de la Viotte à Granvelle en traversant le Doubs devant la Madeleine, bonheur de se laisser avaler, de glisser, de s'enivrer au Pontarlier anis ou au Jura sous les yeux des tritons et de Neptune- "qui sur Besançon a maistrie juste après Saturne, le maître du temps" (La Boucle infernale).

Après son serment de chez les Étrusques pour honorer son satori avorté avec Iris, celui que j'étais s'accroche, il ne touchera plus jamais une cigarette, il convertira sa douleur en amour pour sa fille, restera en vie le plus longtemps possible, la rendra fière de ce qu'il est mais surtout de ce qu’il fait.

C'est lors d'un hiver extrêmement rigoureux que le Papa de l'EDZ fait découvrir "sa" ville à "sa" fille (futilité des possessifs). Par bonheur il n'habite plus dans l'antre du "chat puant" à l'arrière du "P’tit Vat", il vient de quitter l'appartement au-dessus du Comptoir rue Richebourg ; il est installé au 135 Grande-Rue, au fond d'une cours dans un appartement en duplex doté d'une mansarde. C'est un nid douillet, c’est un endroit secret où il accouche de "La Mémoire des Grenades", confession obscène qu'il fera disparaître de ses placards.

Le 185 se trouve au pied du quartier ecclésiastique, à deux pas du Square Castan et de son jardin antiquement reconstitué. Là où Morisi a étudié chez les Maristes, où il a bu ses premières bières brunes, un quartier où il y avait l'AFCC de Daniel H, l'homme qui l'a initié au théâtre, où il a rencontré le capitaine aux yeux bleus, six ans de traversée ensemble...

Fin 1997, il n'y a plus l'AFCC mais le mini théâtre de de Berghen. Surtout les Sandales d'Empédocle, une vraie librairie. Et la maison natale de Victor Hugo.

Il y a surtout la vasque du Square et au fond de la vasque de récupération des eaux d'Arcier, à la lisière du banc adossé aux catacombes, le "topos" spirituel par excellence, le "nexus" de la Ville en Boucle, de la Ville femme. Un endroit où règne un silence absolu. Un endroit où je me rendais pour panser des plaies ou jouir du temps qui fuit à la vie à la mort. J’invite ceux qui me lisent à s'y rendre séance tenante. Il s'y promène de drôles d'idées insignes, intimes - comme ce jour où, pour sublimer mon mal d'Iris, je me récitai Le "Tao Tö Ching". Cette autre où j’entamai la lecture du "Livre tibétain de la Vie et de la Mort".

L’hiver 97/98, loin de tout cela et pourtant si près, je reçois ma fille que je bichonne et qui adore les colonnes et la Porte romaine. Après avoir visité le papy et la mamie, nous filons chez Alain S., copain de foot, frère de la belle Maryse venue me visiter en Angleterre 30 ans plus tôt, patron… de zinc à Arbois, et exploitant d'un chalet au bas d'une piste de ski proche de Lamoura.

Ombilic du Foot, ombilic du Zinc, ombilic de l'Amitié, Alain nous reçoit gracieusement et ma puce va passer cinq hivers à skier et à se gorger de l’air pur des montagnes avec sa copine Camille-Charlotte, fille d'un couple... de restaurateurs dolois ; inséparables gamines que j'allais promener comme si elles avaient été des sœurs. Morisi l'éclaté en papa poule, c'était une nouveauté.

Puis je raccompagnais Lo à Marseille, la ramenais à sa maman toute heureuse de la voir heureuse. Arrivait le moment de la déchirure quand nous devions nous quitter : supplice, répétition sisyphéenne, arrachement éternellement recommencé qui me forçait, Prométhée ridicule dans son duplex, à redoubler d'efforts pour mener à bien mes écritures.

Les femmes, les sens, le plaisir, le sexe ? Hors sujet s'il l'on excepte quelques cabrioles au sortir du Sipssi, du Mocambo voisin ou de soirées passées à écouter des amis musiciens au Casino. Le dard dressé sans problème. Du savoir-faire et du respect. Aucun désir de couple. Fidélité absurde d'un Casanova du Bon Coin, dépendance vaine à la maman de sa fille qu'il avait abandonnée et à celle de l'été 96 qu'il n'a pas su retenir.

En attendant, Ombilic de la Balle, je me fais installer une antenne parabolique puor suivre les exploits du "Divin à la queue de cheval", le ballon d'Or bouddhiste Roberto Baggio, dont le rêve est, après quatre ruptures des ligaments croisés du genou, de participer à sa troisième coupe du monde l'été suivant en France...

(A Suivre)

Année 98-99 : À la force du poignet, l'EDZ et ses avatars se cramponnent à la rampe et racontent Besançon et ses gens de tout poil : citoyens, artistes et énergumènes avant tout. Nul doute que l’EDZ est le contrepoint chaud, vif, insolent, libre de ce que racontent les médias "en place", l’Est Républicain, Besançon Votre Ville, Radio France devenue France Bleu et France 3, où les camarades journalistes perdent chaque jour davantage d'autonomie et de moyens.

Dommage, car avant que le néo-libéralisme convenu et le Covid n'euthanasient une partie de nos bistrots ( pas viables), Besac comme Saint-Etienne, Rennes, Toulouse ou Marseille, c'était la movida...

´Movida ´, le mot vient de Madrid, Espagne, dans "movida", il y a le "move" anglo-américain, le mouvement, la vie. Vous me direz que Besançon n'a pas attendu que tout cela soit la mode pour se bouger. Dans les années 80/90, il fallait voir les soirs de fermeture autour du théâtre, de la place Jean-Gigoux, de la rue Pasteur, des rues Bersot et Claude-Pouilley, de Marulaz, la Madeleine et Battant. Des dizaines de garçons et de filles qui faisaient durer le plaisir une heure, deux heures après la fermeture des bars, ce qui agaçait les patrons de night-clubs, car il y avait un night sur la place Granvelle (le Siipssi), une boite au bout de la Grande Rue (le Taos, dit le Swatt) et pas mal d'american, dont le Bagatelle, le Sélect, d'autres à la durée de vie plus ou moins éphémères.

Autre temps, autres mœurs. "En France, on entre en bistrot comme on entre en religion", écrivit Antaole France. C'était le cas du temps de l'Écho (1993-2000). Ca l'avait été les décennies précédentes, une spécialité gauloise, se la raconter, faire circuler les nouvelles, faire de la politique, commercer "en affaire", ne pas dormir seul, informer volontairement ou involontairement les flics. Trouver du boulot. Ne pas se suicider et prendre un dernier verre avant de rentrer dans sa turne. "Monsieur Richard, un dernier, pour la route !"

Nostalgie d'un temps révolu avec les lois hygiénistes, la crise économique, la chasse au bruit et les réseaux sociaux ?

Un peu, car en le privant de cet art du bistrot qui l'avait aidé à survivre à l'exode rural, à deux guerres et à la pauvreté, on a tronçonné le corps social de la France, on a brisé la chaîne des petites solidarités quotidiennes qui reliaient le bouquiniste au marchand de biens, au plâtrier-peintre, à l'étudiant, à son prof, aux clients de la salle des ventes et à l'avocat ou au patron de garage. Repassez vous les films de l'âge d'or du cinéma réaliste français de l'entre deux guerres et des années 50 et 60... Y aurait-il eu 'Hôtel du Nord', 'les Vieux de la Vieille', les 'Tontons Flingueurs' et Coluche sans Blondin, René Fallet et les hussards de la picole et du delirium lexical car, nous en sommes toujours d'accord "L'intention de l'amiral serait que nous percions un canal secret souterrain qui relierait le Wang Ho au Yang Tsé Kiang...." ('Un Singe en hiver')

Ah, les commandos du rade de l'EDZ, des tours du monde de la boucle en 90 canons du centre à la rue de Belfort en zigzagant par la place Flore, Montrapon, Saint Ferjeux, Planoise, la place du Jura, un tour à Rivotte et retour au Petit Bar avant de se finir au Cercle Suisse ou au Carpé, au Gibus, au Brussel's ou aux Passagers du zinc !

Et dans chacun de ses oasis, parfois heureux souvent lugubres, des créatures appartenant à la ‘zèt'zumanie ´ : une expression empruntée à mon ami Pedro (ne repose pas en paix, dis leur de quel bois tu te chauffes...).

Comme cette enfant qui tire son papa ivre par la manche, cette maman obligée de se prostituer qui tend un billet de 20 à une cloche ; ces comédiens cassant la croûte entre deux répètes de 'Caligula' ; ce camé tremblant à la recherche d'un fix’, ; le sosie de Sharon Stone ou celui de Pauline Carton en chaleur ; le directeur de l'Orchestre de Besançon déjeunant avec une compositrice de musique contemporaine. Le Doyen de la fac en train de préparer sa ré-élection. Un machino quittant une terrasse et courant pour aller chercher son fils à la sortie de l'école ; Monsieur Ali qui lit l’Est chez Barika, des vieux gars qui jouent au 4X21 rue des Granges : les pros du BBC qui prennent un drink sur le compte du patron, bref, des univers qui se côtoyaient et se croisaient, faisaient ville, donnaient aux quartiers de Besac des airs de' ramblas' et faisaient la nique au Quartier Latin et à Greenwich Village…

Avec des concerts, du rock, du punk, du jazz, de la chanson française : Ah, Pascal Mathieu, Boris Mégot et les autres, sans oublier le grand Raoul, sa barbe rousse et son œil qui disait merde à l'autre. Pierrot de la rie de Belfort aussi, et les autres.

Certes, c'était avant la gentryfication immobilière, les interphones, les coups de fil des minus de ma génération aux flics parce qu'il y a trop de bruit en face de chez eux, et la Triade facebook-twitter-instagram qui vide les bistrots et remplit les cabinets des psy d'autistes et d'incapacité de l'accolade et de la poignée de main.

Bordille, comment ils vont faire, les mômes du hip-hop on-line et du free-style en bocal distancié ? Qui va les ramasser quand ils pleureront leur misère en ville, comment vont-ils s'y prendre pour tomber sur ´quelqu'un’ (la compagne ou le compagnon d'une vie) par hasard ?

Bon, j'aurais eu mon épisode vieux con, tout arrive à qui sait attendre... Que voulez-vouis, j'adorais le temps où Gabin, Aragon et Audiard parlaient d'un 'artilleur de Mayence qui n’en est jamais revenu ´ ou de cette fille qui avait rencontré "un juif venant de Formose qui sentait l'ail" et ´qui l'avait tiré d'un bordel de Shangaï" . Ouais, ils ne parlaient pas de Pascal Praud, d'Hanouna et de Zemmour, cette fiente toxique, ce symbole de la France de la haine qui hélas a la vie dure.

(A Suivre)

Mai 1998 – Bistropoitan et l'EDZ-Besac invente le concept d'Invasion de ville, convoque ses meilleurs limiers et prend la ville de Saint-Éienne d'assaut. Ce qui fait dire à un anonyme sur un billet abandonné chez Yvette au bar de Lyon : "Les Bisontins (les byzantins ?) ont débarqué ! Avec leurs chapeaux, leurs ordos, leurs photos, leur vidéo et leur Mario ! Les Byzantins ont débarqué troubler l'ordre stéphanois, faire parler ceux qui ne parlent pas. Et dire enfin ce qui ne se dit pas..."

Quel hommage pour nos ‘70 heures en Vert’ ! Des souvenirs à en pleurer pour le commando du rade et de la culture composé d'Isabelle Tannier, Yves Petit, Amor Hakkar et Mario Morisi, renforcé par une vingtaine de rejetons des Armes et du Cycle, des mines et de l'ASSE... Et par Berth au feutre et au fusain...

Mai 1998. On touche là à un grand moment de L'EDZ, la semaine où, en coordination avec Alain Besset et ses lascars du Chok théâtre, souvent passé à Besac, un carré de fêlés saute dans une voiture, dévale l'A 39, l'A 40, prend par Sainté à la bifurque de Vienne et pose ses ordis, ses appareils photos et son matériel vidéo au siège du Chok puis chez Yvette, Mecque et Factory de la contre-culture (et pas seulement) de ce temps-là. "Et vous venez faire quoi, nous demandent les habitués ? - Envahir votre ville et la raconter, mon colonel, ni plus ni moins !

Ce qui suit est à peine croyable. Entre le mythe de l'auto-organisation proudhonienne des "Byzantins", et la solidarité ouvrière chère à Sainté, c'est illico le grand amour. Des PC poussent sur les tables, des reporters locaux proposent des sujetsau musée d'Art moderne comme sur le lieu de tournage d'un long-métrage parisien ; dans les caves et les garages comme dans les ateliers d'artistes, chez les décorateurs, à Radio Dio (un porte-drapeau du mouvement des Radios dites libres avec Grenouille à Marseille).

Pour payer le 8, le 12 pages stéphanois qui sera inclus dans l'EDZ Besac ? Nos complices font le tour des bistrots, des coiffeurs, des graphistes, des artisans. Tout le monde s'y colle, tout le monde est commercial, correcteur, réviseur, rédacteur, dessinateur au point qu'on comptera 24 signatures en 12 pages, un pool de rédaction métastatique qui contamine tout, au point que l'Adjoint à la Culture, de droite, jamais venu chez Yvette, rapplique inspecter la chose. Où va-t-on si des fauteurs de trouble font irruption pour mettre au grand jour les petits secrets et les combines en politique culturelle ! Pire, car le peuple a plein d'yeux, plein d'oreilles et la langue bien pendue !

Des "byzantins", en pius, qu'on ne peut pas tenir en échange d'une sub ou d'une faveur...

Vindieu ! Ce sont des jours flamberge au vent, Amor, ce cinéaste qui mériterait tellement mieux (allez voir "La Maison Jaune" et pas seulement) se régale sa cam au point. Yves Petit, à qui l'EDZ devrait faire une statue, fait un reportage tous azimuts 24 h 24. Isa Tannier, l'"alter ega" de M.M. déniche des merveilles de sujets et de portraits. "Lui" l'homme qui travaille du chapeau, coordonne le flux tendu (et confus) des propositions qui affluent ; on boit, on rit, on séduit, on mange, tout semble gratuit car partagé, il finit par y avoir dans nos pages des artistes pauvres, des artistes connus : le patron du CDN, Pierre Pécoud, une pointure de l'art brut, des rockers, le jeune dramaturge Granouillet ; des punks, des décoratrices, des artisans, des fadas, des mythos, un chirurgien d'excellence, des fachos planqués, des génies aigris, des gitans flamboyants, un poète russe qui n'écrit pas, des nanas épatantes, une ancienne fleur da pavé au cœur d'or...

Pas tout à fait deux jours et arrive le Boss du Chok, celui qui fait tout bouger depuis la création de sa compagnie et bientôt de son théâtre. Il revient de Toulouse où il donne des cours et propose ses spectacles. Il n'en revient pas de ce qu'il trouve, c'est la Factory de Warhol, un atelier du Quattrocento, un laboratoire de Cine-Citta ! Bon sang, les invasions de Ville ! J'en ferai plus tard quelque chose mais l'idée n'a pas pris comme je l'espérais. Le projet était sublime : une demi douzaine de reporters multi-disciplinaires débarquent dans un bistrot ou dans un atelier et en font leur rédaction. Sont accueillis par des indigènes qui les guident puis se joignent au commando. Objectif : raconter le quotidien des artistes du lieu des plus prestigieux aux plus obscurs. Façon "Là bas si j'y suis" de Mermet. On collationne des réclames, des annonces, des pubs. On bosse le chemin de fer, on met en page et on file chez l'imprimeur. Une semaine plus tard, on livre le résultat aux gens du là-bas devenu un ici et on s'en va.

Les envahis choisissent une tierce ville à envahir, préparent le coup avec des gens de là-bas et la chaîne se met en route urbi et orbi. — P..., et personne pour comprendre ce que ça signifiait ! Si, les Stéphanois quand il parcourent l'EDZ Saint-Étienne 23 ans plus tard. Que de méconnus devenus des références, que de foyers de résistance et de créativité ! Bref, quelle richesse dans le bas-peuple des bistrots...

Bref, quand on boit un dernier verre chez la Sublime Madame Yvette, partie elle aussi, on a les yeux pas secs, vous vous souvenez, Isa, Yves, Amor ?

(A Suivre)

1999/2000 - Vers le Millenium, les parutions de l'EDZ sont en avance sur leur temps, elles inventent le périodicité épisodique et les variants, une chaîne de titres qui obéit aux lois occultes de l'anamorphose et qui accouchent d'un "Show Dedans" (4 numéros), d'un "Culture & Cie" (7 numéros), d'un "Welcome Magazine" façon Guide du routard pour l'été et bientôt d'une autre diablerie :"la Gazette du Sport bisontin et comtois"....

C'est avec "Culture & Cie" que l'EDZ atteint sa maturité éditoriale, un équilibre de culture(s), de société et de vie de tous les jours, avec l'apparition parmi les annonceurs de tout ce qui se faisait de mieux sur Besançon : L'Opéra théâtre, le Nouveau théâtre de Besançon, l'Espace Planoise, l'Orchestre de Besançon, Los Production, Micropolis, le théâtre de Dole, celui de Lons ; le Cylindre, Le Moulin de Brainans, mais également, fidèles à leur engagement initial, le Bar de l'U, le Cercle Suisse, les Passagers du Zinc, le Café, Au Pt'it Bar, la Casa d'Espé, le Timis, le Parechoc, l'Annexe des Aviateurs, le Yam's, le Globe, le Black Hawks, l'Embuscade, le Blankass, le Café de la Viotte, le Groony's, la Brasserie Granvelle, le Kilarney, et de nouveaux partenaires comme une école de salsa et l'Épicerie 'Le Temps présent', ouverte presque non-stop et guidée de main de maîtresse par 'l'épicière est une sorcière"...

Dans le contenu, grâce à pléthore d'amis amoureux de théâtre, de musique, des arts plastiques, de livres, de bd et de polars (merci Thierry Loew, merci tous les autres), on remarque ´la Tour prend garde ´, club d'échecs d'excellence qui propose des problèmes ´top of the pops’ aux candidats à un classement ELO.

Le chemin de fer a pris ses marques et puisque ces chroniques s'adressent aussi à ceux qui raconteront l'histoire, citons la colonne d'accroches du numéro 6 de mars 2000 :

CULTURE PROJETS – une Friche à Bsac ? Une salle rock à Besac ? No more pub rock à Besac ? / THEATRE EN REGION - Opéra-théâtre, Belfort, Lons... / ZIK(s- - Fred Lançon, Lamb, Curtis Mayfield, Raspigaous, JAZZ : Vorarshadouia . CHANSON : Le Mégot Tour. POLAR : Viande froide. POEZIE 2000 : Tija convie. / CULTURE CITÉ - Cult-Laïque, Cult-zinc, Cult-Urba, Cult-Gastro, Cult-Peuple...

Les mots disent la chose, un vrai city-news où les programmes sont introduits, habillés, exaltés ou vilipendés, un média chaud, l'humus sur lequel va prospérer ‘Diversion(s)´, un éditeur venu du grand est appelé à faire florès en mode cool, sans polémique, au service des acteurs culturels, moyennant finance...

Mario Morisi va quitter le 135 Grande Rue pour s'installer au Clairs-Soleils dans le cadre de la "Gazette du Sport," folie éditoriale mise sur pied par le trio universitaro-rock, Jean-Pierre Lhôte, Claude Condé et Gilles Trinita, avec Morisi en rédac-chef,

2009 c’est le moment où le sport bisontin est au zénith avec les handballeuses de Sandrine Mariot et Valérie Nicolas. bientôt championnes d’Europe, le BRC en coupe de France, le BBC de Mulon en Pro A, le hand masculin et le hockey sur classe auxquels s'ajoutent les haltérophiles, les lutteurs et les kayakistes, dont Maxime Boccon qui sera notre envoyé spécial aux JO de Sydney.

Des journées bien remplies, d’autant que celui que j'étais, ivre d'hyperactivité et motivé par le financement des moments consacrés à sa fille unique sur le point d'entrer au collège, décide avec Condé devenu doyen de la fac de Lettres, de lancer les Éditions du Zinc qui présentent aux Sandales d'Empédocle ´:´La Boucle infernalé - ´Dans la Ville aux Mille Coupoles’ ; un recueil de dessins de Berth ; un essai de Louis U, et un roman foldingue d'un élève de Claude dont, qu'il me pardonne, j'ai oublié le nom.

1998, c'est l'année de la première victoire de la France dans "sa" coupe du monde. Ombilic de la Balle, mon cœur ne balance pas, je suis les exploits de Roberto Baggio, le 'Divin à la queue de cheval' qui s'est rasé, ô tempora ô mores ! Pour quelques centimètres en quart de finale au stade de France, mon héros manque le but en or qui aurait fait pleurer la France. Déçu moi, pas ma Lo qui saute sur la table d'un bar terrasse avec le maillot 10 de Zizou, sous les applaudissements des touristes présents à Rimini où nous passons une inoubliable semaine...

Plus de nouvelles d'Iris, si ce n'est sporadiques. Je tiens le coup côté cigarette, mieux, je prends une décision tous les 1er septembre, date de notre rupture : je ne bois plus pendant six mois, je me fixe des délais pour mes écritures. Je sors moins, je phosphore seul aux Clairs-So, y amène parfois une camarade de jeu dans un appartement bureau presque vide. Mécaniquement, tout va bien, j'essaie de donner à l'autre ce qu'il attend. C'est sympa et triste. À l'ombre des trois Dames : Elle M,, Elle S et Elle I.

Ah si, je rentre souvent voir mes vieux parents à Sampans. Giovanni dit Jean se morfond dans sa retraite, sa tumeur au colon l'a affecté même s'il en est guéri.

Ma mère lutte dignement, ils ne s'entendent plus que par routine et reconnaissance. Elle est folle de joie chaque fois que je lui amène Lo, "sa petite reine". Elle est désolée que ça n'ait pas marché entre moi et sa maman, elle l'aimait beaucoup, elle aurait tellement voulu avoir une fille...

Ces années-là le débat fait rage pour savoir si le Millenium commence le 31 décembre 1999 ou le 31 décembre 2000. Ma fille est moi fêtons la fin de 99 et mon 48e anniversaire chez Claude au Point du Jour. Nos enfants font connaissance ; Ève adore Lo. J'apprends à Léo à frapper de l'extérieur du pied, il deviendra pro et jouera en première division à Chypre.

Le deuxième Millénium, nous le fêtons chez Hans, mon vieux copain des années italiennes et du Fashing à Schwäbisch-Hall. Nous prenons une photo de Lo avec un billet de 50 Deutsch-Mark, qui sera caduc le lendemain matin, premier jour de la monnaie "tunique". Bon, Lo encaisse mal la nature gutturale du parler local et la névrose morbide de la compagne de Hans. On visite un château, Hans lui fait faire de la luge...

Ainsi venait de passer l'An 2000. Fin des parutions de L'EDZ et début du journalisme sportif avec la "Gazette du Sport", puis "Spormidable", le mensuel que Sylvie Magnenet va lancer dans la foulée.

Tout cela jusqu'à ce que l'Ombilic du Rock et de l’Amitié m'offre une occasion inattendue sur un plateau, qui sera l'objet du prochain épisode....

(À Suivre)



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