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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VIII)
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Été 96 – la trêve d'été au CLA comme chaque année – Le paradis du 12 de la rue Plançon, la fille de Morisi dans la Boucle, la joyeuse bande du Petit Père des Peuples, amitié, innovation, passion, français langue(s) étrangère(s) et début août l'apparition qui changera les choses...

La "piaule" dans laquelle dort le papa de "l'Écho du Zinc", 45 ans à l'époque, est sombre, sans commodité et insalubre. En meilleur santé financière, il profite des bonnes adresses de l'Association sportive et culturelle du Centre de linguistique appliquée pour louer une moitié de maisonnette à proximité de l'orange de verre qui domine les abords du Doubs après le pont Canot. C'est une maison ravissante avec un jardinet, une pièce salon spacieuse donnant sur une cuisine, un escalier design menant à trois chambres et à une salle de bain. Il y a de la lumière dans toutes les pièces, c'est le paradis des plantes vertes à l'intérieur et à l'extérieur.

C'est L., la fille de M., qui étrenne les lieux. Elle a six ans et c'est la première fois qu'elle vient à Besançon après avoir visité ses grands parents à 50 km de là. Morisi est fou amoureux de la ville, il ne cesse d'en parler et de la faire découvrir, il finira sur "Le Besançon des Écrivains" de la ville (ça le fait sourire) entre Jules César, Victor Hugo, Chesterton et Stendhal...

La Boucle de Besac aux mois de juillet-août, à l'époque, c'était l'heure des grandes invasions grâce aux stages intensifs d'été du CLA et au stage prof de FLE qui voyait de 500 à 700 enseignants de Français langue étrangère arriver de plus de 80 pays et demeurer d'une quinzaine à deux mois en formation de formateurs.

Une invasion dans le sens où la quarantaine d'enseignants recrutés par Christian Lavenne, le cerveau et la cheville ouvrière de ces étés bisontins, n'étaient pas tous des enseignants à plein temps mais des professionnels en tout genre, ce qui avait enclenché une dynamique qui révolutionnait le secteur. Les stagiaires profs venus d'Algérie, d'Israël, d'Afrique noire, d'Amérique latine, des républiques ex-soviétiques du Kazakhstan, de l'Ouzbékistan ou encore du Kirghizstan - mais également du Canada, d'Espagne et du moyen orient - n'avaient pas seulement à choisir un certain nombre de modules par quinzaine (phonétique, syntaxe, lexique. argumentation, didactique…) mais finissaient par être aspirés par toutes sortes d'activités culturelles, sportives et festives qui transformaient leur séjour en tour de force.

Apparu en 1984 comme programmateur culturel, Morisi, qui était licencié ès lettres et avait enseigné en Angleterre et en Algérie, avait été sollicité par des collègues en 1986 et 87. Il avait fait ses débuts en 1988 et 89, où il avait mis sur pied un module "PAO et journalisme" qui donnait l'occasion aux membres de ses groupes de penser, organiser, réaliser et distribuer un "journal" où ils exerçaient une liberté de la presse garantie par Christian Lavenne, le directeur, et l'établissement. C'est ainsi qu'une vingtaine de journaux ´libres de ton’ ont été créés et vendus en ville (0,50 cts en général) et que l'un d'entre eux a été le premier en France à annoncer le coup d'État contre Gorbatchev, qui s'était produit dans la nuit et qui nous avait contraint à refaire la une au petit matin.

C'est dans "Serviette Noire", le journal pensé, composé et réalisé par une douzaine de profs algériens que furent écrits les réquisitoires les plus insolents en direction du FIS et du GIA qui avaient annoncé que les traîtres enseignant le français et propageant la propagande des infidèles étaient condamnés à rendre des comptes.

Un autre journal, travaillant sur la rumeur, fit croire à tout le CLA que le Conseil Régional offrirait des paniers garnis à chacun des stagiaires. Quel intense bonheur de travailler avec des rédacteurs aussi différents que le président de l'université d'Ispahan, un roi malawite, un physicien canadien ou un Nigérian proche du grand Fella.

Cet été là, en juillet 1996, après avoir raccompagné sa puce à Marseille et avoir passé un weekend à l'hôtel Ibis et sur les plages de la Pointe Rouge, celui que j’étais organise des apéros sympas au 12 de la rue Plançon, à côté du bâtiment principal du CLA. C'est une grande partie de l'équipe pédagogique du stage d'été qui s'y retrouve, une bande d'amis s'estimant l’un l’autre au point que le principe d'un cinquième module avait été décrété, permettant à chacun d'entre nous d'assister aux cours des autres, ce qui permit à Morisi de s'initier à la pratique vidéo avec Alain D., à d'autres de participer à son PAO et journalisme, à tout le monde de peaufiner sa pratique de l'informatique… Car le CLA est un des premiers établissements de FLE à avoir développé des méthodes qui s'appuyaient sur les NTIC.

Le boulot, le bonheur d'opérer dans cette tour de Babel de l'interculturel, mais aussi et surtout les joies de la vie ! Les fêtes chaque semaine chez le Petit Père des Peuples à Naisey, les apéros à Granvelle et les soirées piscines, les concerts et les spectacles qui finirent par convaincre pas mal de monde à participer aux modules de nuit, la France étant le pays de l'amour, n'est-ce pas ?

Juillet s'achève par une belle fête à la Cantine du Douze. Morisi file saluer ses parents à 50 kilomètres de là, est de retour dans la cour du CLA rue Mégevand pour la deuxième partie de l'été. Comme chaque lundi de reprise, les nouveaux intervenants se présentent et présentent leur module. Morisi rigole avec Jean Perrin, Alain Dorion, Claude Condé, Vincent Orenga, Serge Borg, Thierry Lebeaupin, Athanase Shungu, Michel Jeannot, Régine Llorca, Hamid le libraire, la Paule ou Dragoje quand une grande belle jeune femme brune pousse la porte de l’amphi et apparaît sur un tapis volant ; elle salue la compagnie avec grâce et leurs regards se croisent...

(A Suivre

2 août 1996-1er septembre 1997 – La dernière romance, l'éblouissement, la fusion, l'harmonie, le grand espoir et la grande peur, le retour du réel, la "Mémoire des Grenades", le supplice de la goutte d'eau, l'arrachement dans la continuité, une année d'écriture et d'automutilation, la déchirure et la fuite chez les Étrusques, avec une grande question : Les grandes histoires d'amour sont-elles autre chose que des affabulations imaginaires ?

La citation est connue, ce qu'il se passe à Vegas ne sort pas de Vegas, de la même manière ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple est irracontable, les mots sont impuissants à le transmettre, l'œil ne peut se voir lui même, on ne peut être l'acteur forcené d'une histoire d'amour sans inventer, maquiller, embellir ou trahir, c'est une fatalité, les romances sont des fictions, des comédies ou des drames dont les héros (les victimes) maltraitent le scénario et les dialogues, souvent les réécrivent.

Mario (allons y pour le prénom) est complètement pris au dépourvu par l'apparition d'Elle I., alias Iris V. Elle S., la maman de sa fille unique, n'est plus sa compagne depuis 1993 et sa vie sentimentale s'est arrêté au moment où il a quitté la résidence d'Alembert. Sincèrement monogame, il n'a pu rencontrer d'autres femmes qu'une année et demi plus tard, et encore, dans des conditions douteuses, les soirs de fête, de concerts ou de spectacles. Au bistrot. Dans une boite de nuit. Rien de spécialement odieux, de spécialement amer. Parfois des occasions gâchées avec de chic filles disponibles ou dépressives. Avec la mauvaise conscience de ne pas être où il faudrait, de trahir la maman de sa fille, qu'on est si heureux de revoir, d'emmener au ski dans le haut Jura, sur les plages de l'Adriatique, bientôt à Londres ou Cadaquès.

Pour être honnête il y a le CLA d'été depuis quelques années et les aventures entre adultes consentants, parfois venus de loin, des congrès de vacances, un moyen mutuel de sa rassurer avant de retourner à son quotidien et à ses échecs, un couple brinquebalant ou le rôle du trompé trompeur.

Et là soudain, un 2 août, l'apparition d'une jeune femme toute en lumière, l'attirance partagée, une dizaine de proximité et d'échanges, la connivence, les regards auxquels on ne veut pas croire.

L'inévitable se produit un mardi soir au sortir d'un restaurant de la rue Bersot, elle et la première femme avec qui il dîne en tête à tête, un rapprochement graduel, une tension qui monte, l'insolence de son pied nu sous la table, le baiser torride dans le porche d'en face.

Tout cela nous dépasse, est inattendue. Discrètement, Iris V, va rejoindre M.M. à la Cantine du Douze. Ils apprennent le corps de l'autre graduellement, lentement, ils se donnent du plaisir mais gardent l'essentiel pour la fois d'après. Ils se frôlent en se croisant entre deux cours, se promettent tout du regard, elle s'assure de son désir plusieurs fois en cachette. Et ils parlent, parlent, se racontent, s'écoutent. Elle le trouve incroyablement créatif, bienveillant, généreux, follement aimant de sa fille Laura.

Ce qui se passe entre le moment où ils s'aiment à corps perdu et le moment où elle lui concède un cadeau d'adieu charnel dans l'appartement de la rue Jean-Petit qu'elle occupe depuis un mois, ne se raconte pas, ne peut pas, ne doit pas se raconter. Mario éprouve une telle série d'éblouissements, de bonheurs, d'illuminations tant émotionnelles que sensuels et sexuels, qu'il se jette dans la rédaction au jour le jour de ce qu'il appelle "La Mémoire des Genades", l'histoire de A à Z, vécue de l'intérieur, de cette romance éperdue pour lui qui aboutira à une conversion, si si, une conversion.

L'attirance, la fusion hors norme (pour les deux au commencement), le paradis en CDD dure ce qu'il dure, car il donne des signes de folie amoureuse. D'abord aimantée, bouleversée, anéantie ("Pourquoi est-ce si bon avec toi ?), elle prend du recul. En réponse aux billets enflammées qu'il lui adresse, elle répond par un billet torride qu'elle conclut par un "amour impossible trop possible".

Elle fait allusion à la relation qu'elle entretient à Paris avec con copain, un intellectuel égocentré qui ne semble pas vouloir lui donner d'enfants. Elle n'a pas prévu de le trahir mais c'est ce qu'il se passe et au ton de sa voix il a l'air de s'en douter.

Ce n'est pas un vaudeville, M.M. est sens dessus dessous, il noircit des dizaines de pages, se dit qu''Iris met en évidence ce qu'il lui manque, qu'elle le révèle à lui même, qu'elle lui donne de la force.

Le 2 septembre 1996, Mario raccompagne Iris à son train, elle va passer le weekend chez une copine en Savoie. S'ils se reverront, sans doute, il y a cette proposition qu'il lui a faite de tenir la rubrique Livres jeunesse dans Show Dedans, le prochain avatar de L'Écho du Zinc. Elle est ok pour proposer des articles culture depuis Paris, elle a par ailleurs un projet avec le CLA...

Nous nous reverrons une dizaine de fois, entre ambiguïté et affection sincère. Elle passera un weekend à Besançon, à Arbois, à Dole. En vain. Il finit par être débordé par sa "Mémoire des Grenades", par lui laisser des messages, l'inonder de logomachies amoureuses.

L'année suivante revient le temps du CLA d'été. C'est le supplice de Tantale. Il ne pense plus qu'à elle. Craint et meurt du désir de la croiser. Sadisme tacite ou minoration de sa passion, elle vient travailler sur son ordi dans son nouvel appartement au bout de la Grande Rue, habite à deux pas de là rue Ronchaux. Son cœur bat quand il la voit boire un verre avec un supposé rival. Se renferme. Devient nerveux. Tout en comprenant. Elle a 29 ans, un DEA en cours à Jussieu, une relation pérenne à sauvegarder. Lui en a 45, il a une fille, une situation professionnelle bancale, un fond Bohème peut rassurant.

Morisi craque fin août. Il trahit la confiance du Petit Père des Peuples au milieu de son dernier module PAO et Journalisme. Le cœur déchiré, la douleur des nuits sans sommeil en bout de plume ("La Mémoire des Grenades" – confession totale et obscène - qui restera à jamais inédite - fera 300 pages, le double si l'on tient compte des notes connexes et des lettres non envoyées), il saute dans sa BX un jeudi soir et file en Italie par la Suisse. Une nuit à Ivrea en lisant "La Sérénissime" de Erica Jong, et il file à l'aveugle vers le Sud. Se retrouve dans un hôtel de Lido di Tarquinia en terre étrusque, écrit, écrit, écrit, achète "Le Cantique des Cantiques" en italien dans une bouquinerie des bords de mer et s'inonde de vin rouge et grappa dans une ambiance de "Mort à Venise" pour cause de fin de saison touristique.

Le lendemain matin, un 1er septembre, Morisi décide de combattre le deuil de son amour en arrêtant pour toujours de fumer. Il tire une dernière taf d'un paquet de Diana et laisse paquet à peine ouvert sur la table de chevet. En tirant sur le starter de sa BX, il décide de passer par Viterbe, Orvieto, Bologne, mais ne s'arrête pas à Piacenza pour visiter ses cousins. Lorsqu'il arrive dans la banlieue sud de Milan, il est tenté de prendre par l'ouest pour rejoindre Gênes, prendre par Vintimille et d'aller embrasser sa grande puce. Se sent sale et seul. Il n'a plus qu'une issue, ne plus fumer, ne plus boire et penser à respecter sa fille, la maman de sa fille qu'il a laissé tomber, et toutes les femmes du monde à commencer par sa mère. Alors il se gare sur un parking, commande un "panino alla coppa" et une San Pellegrino et boit à la santé de son salut uui – c'est de plus en plus clair – passera par l'écriture. Mais devenir écrivain à près de 50 ans, est-ce bien raisonnable ?

(A Suivre)

2 août 1996-1er septembre 1997 – La dernière romance, l'éblouissement, la fusion, l'harmonie, le grand espoir et la grande peur, le retour du réel, la "Mémoire des Grenades", le supplice de la goutte d'eau, l'arrachement dans la continuité, une année d'écriture et d'automutilation, la déchirure et la fuite chez les Étrusques, avec une grande question : Les grandes histoires d'amour sont-elles autre chose que des affabulations imaginaires ?

La citation est connue, ce qu'il se passe à Vegas ne sort pas de Vegas, de la même manière ce qu'il se passe dans l'intimité d'un couple est irracontable, les mots sont impuissants à le transmettre, l'œil ne peut se voir lui même, on ne peut être l'acteur forcené d'une histoire d'amour sans inventer, maquiller, embellir ou trahir, c'est une fatalité, les romances sont des fictions, des comédies ou des drames dont les héros (les victimes) maltraitent le scénario et les dialogues, souvent les réécrivent.

Mario (allons y pour le prénom) est complètement pris au dépourvu par l'apparition d'Elle I., alias Iris V.

Elle S., la maman de sa fille unique, n'est plus sa compagne depuis 1993 et sa vie sentimentale s'est arrêtée au moment où il a quitté la résidence d'Alembert. Sincèrement monogame, il n'a pu rencontrer d'autres femmes qu'une année et demi plus tard, et encore, dans des conditions douteuses, les soirs de fête, de concerts ou de spectacles. Au bistrot. Dans le cadre de ses reportages. Rien de spécialement odieux, de spécialement amer. Souvent des occasions gâchées avec de chic filles déjà déçues, disponibles ou dépressives. Avec la mauvaise conscience de ne pas être là où il le faudrait, de trahir la maman de sa fille qu'on est si heureux de revoir, d'emmener au ski dans le haut Jura, sur les plages de l'Adriatique, bientôt à Londres ou Cadaquès. Même si l’on se sent impur…

Pour être honnête, il y a le CLA d'été et les aventures entre adultes consentants, partenaires venus de loin ( Parfois d’Iran…), rapprochements de vacances, moyen mutuel de sa rassurer avant de retourner à la routine de nos échecs, des couples brinquebalants ou du trompeur trompé…

Et là soudain ! Un 2 août, l'apparition d'une jeune femme toute en lumière, l'attirance partagée, une dizaine de jours de proximité et d'échanges, la connivence, les regards auxquels on ne veut pas croire.

L'inévitable se produit un mardi soir au sortir d'un restaurant de la rue Bersot, elle est la première femme avec qui Morisi dîne en tête à tête, un rapprochement graduel, une tension qui monte, l'insolence de son pied nu sous la table, le baiser torride sous le porche d'en face.

Tout cela nous dépasse, est inattendu. Iris V, va rejoindre M.M. à la Cantine du Douze. Ils apprennent le corps de l'autre. graduellement, lentement, ils se donnent du plaisir mais gardent ce qu’ils désirent pour la fois d'après. Ils se frôlent en se croisant entre deux cours, se promettent tout du regard, elle s'assure de son désir en cachette. Il la lui garde, la lui offre, la lui fait sentir.

Et ils parlent, parlent, se racontent, s'écoutent. Elle le trouve incroyablement créatif, bienveillant, généreux, follement aimant de sa fille Laura.

Ce qui se passe entre le moment où ils s'aiment à corps perdu et le moment où elle lui concède son cadeau d'adieu dans l'appartement de la rue Jean-Petit qu'elle occupe depuis un mois, ne se raconte pas, ne peut pas, ne doit pas se raconter. Mario éprouve un tel chapelet d'éblouissements, de bonheurs, d'illuminations émotionnelles autant que sensuelles qu'il se jette dans la rédaction de ce qu'il appelle "La Mémoire des Genades", l'histoire d’un satori vécu de l'intérieur, l’odyssée d’une romance éperdue et accélérée qui aboutira à une conversion, si si, une conversion.

Bien évidemment, l’attirance, la fusion hors norme, le paradis mutuel en CDD dure ce qu'il dure, car le Mario de 1996 donne des signes de folie amoureuse. D'abord aimantée, bouleversée ("Pourquoi est-ce si bon avec toi ?), elle prend du recul. En réponse aux pages enflammées qu'il lui adresse, elle répond par un billet torride qu'elle conclut par un "amour impossible trop possible" qui signe un tournant…

Puis elle fait allusion à la relation qu'elle entretient à Paris avec un intellectuel un peu fat qui ne semble pas vouloir lui donner d'enfants. Elle n'a pas prévu de le trahir mais c'est ce qui advient, et au ton de sa voix quand elle lui téléphone, il finit par s'en douter.

Ce n'est pas un vaudeville, M.M. est sens dessus dessous, il noircit des dizaines de pages à l’intention de la dame au tapis volant ; se dit qu'Iris le révèle à lui même, qu’elle lit en lui, qu'elle lui donne de la force.

Le 2 septembre 1996, Mario raccompagne Iris à son train, le stage d’été est fini, elle passe le weekend chez une copine en Savoie. S'ils se reverront ? Sans doute, il y a cette proposition qu'il lui a faite de tenir la rubrique Livres jeunesse dans ´Show Dedans’, le prochain avatar de L'Écho du Zinc. Elle est ok pour proposer des articles Culture depuis Paris, elle a par ailleurs un projet avec le CLA...

Nous nous reverrons une dizaine de fois entre frustration, regret, ambiguïté et affection sincère. Elle passera un weekend à Besançon, à Arbois, à Dole. Une faute, Il y croit toujours, est débordé par sa "Mémoire des Grenades", il lui laisse des messages, l'inonde de logomachies amoureuses.

L'été suivant revient le temps du CLA. C'est le supplice de Tantale. Il ne pense plus qu'à elle. Craint et meurt du désir de la croiser. Sadisme tacite ou minoration de sa passion, elle vient travailler sur son ordi, a choisi un appartement à deux pas de chez lui. Son cœur bat quand il la voit prendre un verre avec un potentiel rival. Il se renferme. Devient nerveux. Tout en comprenant : elle a 29 ans, un DEA en cours à Jussieu, une relation pérenne à sauvegarder. Lui en a 45, il a une fille, une situation professionnelle bancale, un fond Bohème peu rassurant.

Le soldat Morisi craque. Fin août il trahit la confiance du Petit Père des Peuples au milieu de son module PAO et Journalisme. Le cœur déchiré, la douleur des nuits sans sommeil en bout de plume il vaticine. Devenue une obsession ´La Mémoire des Grenades’ – confession obscène qui restera à jamais inédite - fait 400 pages, le double si l'on tient compte des notes connexes et des lettres non envoyées.

Le soir tombe. Il la voit rieuse à une terrasse. Alors il ne peut plus, il saute dans sa BX et file par la Suisse. Une nuit à Ivrea en lisant "La Sérénissime" d’Erica Jong et en pissant son désarroi par écrit, et il plonge plein Sud. Se retrouve à Lido di Tarquinia en terre étrusque, écrit, écrit, écrit, achète "Le Cantique des Cantiques" en italien dans une bouquinerie et s'inonde de vin rouge et de grappa dans une ambiance de "Mort à Venise" pour cause de fin de saison touristique.

Au petit matin, un 1er septembre, Morisi décide de combattre le deuil de son amour en arrêtant pour toujours de fumer. Il tire une taf et laisse son paquet de Diana sur la table de chevet. En mettant le contact de sa BX, il décide de passer par Viterbe, Orvieto, Bologne, mais ne s'arrêtera pas chez lui à Piacenza.

Lorsqu'il arrive dans la banlieue sud de Milan, il est tenté de prendre par Gênes et Vintimille et d'aller embrasser sa grande puce à Marseille. Se sent sale et seul. N’a plus qu'une issue : ne plus fumer, boire moins, respecter sa fille, la maman de sa fille et toutes les femmes du monde, à commencer par sa mère qui pense si fort à luu, ce salaud…

Alors il se gare sur le parking d’un Grill, commande un "panino alla coppa" et une San Pellegrino et boit à la santé de son salut qui – c'est de plus en plus clair – passera par l'écriture.

Mais devenir écrivain à 50 ans au lieu de trouver un vrai boulot, est-ce bien raisonnable ?

(A Suivre)



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