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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VII)
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Hiver 94-Printemps 95 – Ca barde à Besac après la sortie du n°1 de l'Écho du Zinc. L'aller-retour pour la sortie de l'EDZ-Marseille n°5 et l'EDZ-Besançon n°2. La survie économique, les coups forcés et l'éloignement résistible de la fille adorée et de sa maman. Le décès de la tante et d'un beau-frère sur fond de rage, d'opiniâtreté et de résilience, mot que Morisi déteste...

Jusque là les deuils ont épargné le fils de Jean et de Janine Morisi qui a perdu son grand-père paternel à la fin des années 60, sa grand-mère maternelle à la fin des années 70 et perdra bientôt sa grand-mère paternelle, personnes ayant toutes dépassées les 80 ans.

La situation est plus douloureuse pour la maman de sa fille qui voit partir un de ses deux frères lorsqu'elle était enceinte de six mois et le second, encore tjeune, alors qu'elle est en vacances en Tunisie avec notre puce. Deuils auxquels s'ajoutera celuu de son papa Pierre qui aura eu le temps d'achever son dernier livre, un ´Clemenceau ´ préfacé par Philippe Seguin, son plus élève le plus fameux

Ce qui est dans l'ordre des choses m'arrive aussi. Lucia, dite Lucie, la sœur de mon père, la femme de mon oncle, couvait un cancer sans le dire, elle y succombe à l'hôpital début 1995, l'enterrement a lieu à Marly, le retour à la villa de L'Étang-la-Ville est lugubre, mon oncle ne s'en remettra jamais avant de partir dix-sept ans plus tard après que se soient envolés Jean Morisi en juin 2002 et Janine Morisi née Launay en octobre 2010.

Banalité grossière, il faut que la vie continue. Je suis parvenu à boucler le numéro d'hiver de l'Écho Marseille à partir d’un bureau qu’un copain architècte me prête en échange d'une publicité à chaque parution.

La vie est dure pour mes côtelettes, je ne dispose plus de la chambrette boulevard des Neiges et je dors dans un sac de couchage à même le sol. Privé de voiture pendant quelques semaines encore, je joue les funambules pour passer le mercredi et un weekend sur deux avec L., qui âgée de quatre ans et demi pose beaucoup de questions. C'est peu de temps après que nous irons "dans nos montagnes" avec Ivinho di Agogo et ses filles Thaïs, cinq ans, et Mona, quatre ans. Je m’arrangerais pour que ma fille voie souvent ses grands-parents à Sampans, où elle se fera une bonne amie, Camille Charlotte, la fille d'une restauratrice qui gère le Passe Muraille avec son compagnon Jacques, un ancien de Trois-Gros à Lyon. Ce sera le début d'une période où Morisi jouera les double-papa poule, conduisant ´les filles’ au ski à la Serra, à Besançon, leur faisant la cuisine à Sampans, les emmenant au théâtre et au cinéma. Puis nous irons en Suisse, sur la Costa Brava et à Sanary chez le bon Jules.

Avant cela, il y a le tracassin de la double résidence. Impossible d'être à la fois à Marseille et en Franche-Comté. C'est l'économique qui force la décision de Morisi qui continue de piger à droite à gauche et qui est au pair dans son journal.

À Marseille, la triple parution de la page quadri Casanis est révolue et avec elle ce qui payait la moitié de la publication. L'EDZ est apprécié mais je n'ai plus la trésorerie nécessaire pour tenir le coup.

À Besançon, au contraire, il y a cette stratégie de la franchise avec Jean Veille-Monnaie, Philippe R. et leurs amis. 10 000 franc par mois pour me soucier du contenu et du faire-connaître. Une aubaine pour nos vacances avec L. et ma contribution à son éducation.

C'est depuis mon bureau-bivouac à Marseille, non loin de la Comex et du quartier de la Cayoke où Dominique le Suisse exerce son sacerdoce, que je compose le numéro de téléphone de Robert Schwint, le maire de Besançon qui a mandaté ses chiens de garde pour chercher pouille au torchon qui lui est tombé dessus en novembre Je me présente, je lui explique que le journal est marseillais, qu'il est ma créature et que je suis plus à gauche que lui. Je vais faire la lumière sur les gens qui m'ont demandé de les aider à importer l'Écho et je le rappellerai. De toute manière, le numéro 2 de l'EDZ sortira, c'est vital pour moi. Le maire enregistre, on se salue.

Le Morisi 1995 n'y va pas de mainmorte. De retour dans le bureau de la Vieille-Monnaie et au Petit Bar pour préparer la sortie de l'Écho number two, il feuillette les papiers qui traînent et trouve la liste des partenaires, soutiens, actionnaires de l'homme de théâtre fils du conseiller général et du boss du centre information jeunesse.

Et là - enfer et coquecigrue ! - il découvre qu'il est en train de ramer pour le comité de soutien de M. Jacquemin, l'adversaire de droite du maire PS/Union de la gauche ! Le sang du rebelle Morisi ne fait qu'un tour. Jamais il n'acceptera de dénaturer son journal, qu'il veut insoumis et libertaire, au service de ceux qui n'ont pas la parole, pour les artistes et les gens ´de tous les jours’, sans dieu ni maître, en abusant modérément mais pas que s’il le faut. Selon les règles et la déontologie qui encadrent la liberté d'expression.

Le coup de pouce, c'est que la tante de M.M., sans enfant, a pensé à lui au moment de rédiger ses dernières volontés. Une somme d'argent arrive sur son compte place Saint-Pierre, qui lui permet d’ordonner des virements automatiques sur le compte de la maman de sa fille, et d'avancer de la trésorerie à Bistropolitan/L'EDZ. Voilà qui préserve l'autonomie du journal et lui permet de sortir un Écho en février 95.

À droite et à gauche, six mois avant le premier tour des élections municipales, c'est le grand chambard. La bande à Jacquemin a misé sur le mauvais cheval, la gauche craint que je ne remue trop la boue et que je sois mis au couran des petits secrets entre amis. Qu'y a-t-il de pire pour les social-démocrates que d'avoir un électron libre dans les pattes, un anar diplômé, un idéaliste, un fauteur de trouble sachant penser, lire et écrire et n’ayant pas de plan de carrière ?

(À Suivre)

Avril 1995 L'Écho du Zinc n°3 sort au bon moment. deux mois les élections municipales et débarrassé du comité de soutien du candidat de droite aux élections. Il n'en est pas moins critique. Pour la peine son créateur et directeur s'installe dans une chambre de 3 m sur 3m à l'arrière du Petit Vatel, en plein triangle des Bermudes. 1995, une année impaire, une drôle d'année...

Une nouvelle touche pas mal de Franc-comtois, le décès de l'explorateur Paul Emil Victor, qui a sans doute inspiré les membres du labo de géographie de la Fac des Lettres de Besançon, experts polaires si l'en était. Dans le monde, la terre tremble à Kobé, au japon et la Russie Soviétique met la main sur Grozny, la capitale de la Tchétchénie. En France, la fièvre de la Présidentielle s'empare de l'hexagone, la dérive libérale du PS et de ses alliés suggère que la soi disant gauche va passer la main et que Jacques Chirac, l'adversaire malheureux du défunt François Mitterrand en 1988 sera le prochain président de la République. Ipso facto, le 7 ma, alors que le numéro 3 de l'EDZ Besançon (n° 8 si l'on tient compte de l'édition marseillaise) traîne encore sur le comptoir d'une centaine de bistrots et de lieux culturels bisontins, Chirac, qui adore les pommes, la Corona et les andouillettes 5A, est facilement élu, pour la plus grande joie de ses supporters locaux, qui rêvent de déboulonner Bob Schwint, le baron socialiste venu de la Petite Vendée du haut.

Pendant ce temps-là, initiant une longue série d'aller-retour entre la capitale comtoise et la métropole phocéenne pour voir sa fille lors des périodes de vacances, Morisi n'a pas chômé. Aidé par un ancien garçon de café de la place de la Révolution, il arrive à convaincre pléthore d'annonceurs, parmi lesquels une majorité de cafés et de restaurants. Par devoir d'inventaire, il remercie encore Le vieux Comtois, le Grand Vatel, la Double Page, le petit hôtel des Cigales à Marseille, la Sarl de jeux automatiques Beaune et Fils. L'Hôtel du Commerce, l'Éden Bar, le Wynn's bar, le Cercle Suisse, le Bar de l'U, l'Annexe des Aviateurs, le Cusenier, le Mortimer, le Vélodrome, la Gibelotte, le DIonysos, La Brasserie des Voyageurs, le Pare-Choc, le Globe, le Yam's, le Cousty, le Pt'it Vat, le PMU de la Boule d'Or, la Boite à Sandwichs, la Brasserie Universelle, le Black Hawks, le Républic, le Café, le P'tit Velle, le Croony's, le Café de la Mairie, la Patate, le Petit Bar (sponsor sentimental), les Ets De Gribaldy, trois commerces de la place du Jura : Le boucher Pagnot, le Dragon d'Or et le bar-tabac le Jurassien. Un sacré exploit, une grande partie des zincs de la Boucle qui investissent 150 francs la pastille ou 350 francs le car de page dans la coqueluche des bistrots, le Charlie Hebdo/Canard du moment.

La une du numéro 2 de février était signée Jean-Paul Boillet, prof d'arts plastiques, peintre et contrepéteur fou. La 3 sort de l'imagination rebelle de Christophe Bertin, dit Berth, qui deviendra un dessinateur d'humeur et d'humour parmi les meilleurs du pays (actuellement à "Siné mensuel", prix Charlie Schlingo à Augoulème).

Au menu de l'EDZ n°3, comme l'indique l'exergue de une ("Le pommier est l'avenir de l'homme), des papiers à charge conte les politiques de tout poil. "Le premier salon RPR de la jeunesse", "Rasons la Citadelle", "Besac-City va-t-elle descendre en promotion d'honneur". Accompagné de brèves saignantes ou utiles, de papiers people comme "La Mémoire des de Grry" ou "Conaissez-vous Géroald". Agrémenté d'un texte de Gilles Trinita sur Antoine Blondin et d'un autre de Patrice Delbourg des Papous dans la Tête sur George Darien, l'irréductible auteur anar du "Voleur". Pour le reste des photos sur le vif dans les bars, des brèves au vitriol, des papiers rock, expo ou féministe...

L'ours dit tout. Morisi est soutenu par une belle brochettes de plumes saignantes. Valentin Chataufarine (un philosophe amateur de performances et d'art contemporain), Le Pr Lebolabeau, informaticien, libre penseur et initiateur de la revue Croa, pour les anti-agenouillistes... Dans l'ours on trouve même une féministe coriace, Florine Fleur, et le doyen de la fac qui signe Chevalier d'Albussac ! On peut dire que les édiles et les caciques tremblent dans leur costume de pingouins, les anars sont là et on ne sait plus comment les faire taire...

Je ne peux pas archiver le numéro 3 de l'EDZ Besac sans parler de la page 7 en quadri titrée : "Les 4 président du Zinc bisontin", enquête réalisée grâce aux bécanes et au logiciel de correspondance de données crée par le labo de Claude Condé, le cher ami des Baskets, futur doyen et même président de l'université de Franche-Comté. Avant la vraie présidentielle, on apprend qu'il y a un président idéal au Pop-Hall, au Yam's, au Pare-Choc et au P'tit vat. Un autre au Théâtre, au bar de l'U, à l'Hermitage et au Domino. Un troisième à l'Annexe, à la Boule d'Or, chez Marcel, chez Wynn's et au 25. Un quatrième au Globe, au Petit Bar, au Café, et au Chaprais. Si l'on en croit les réponses au questionnaire de ces derniers, le président idéal "porte un bonnet en cuir, se pinte la bière de Mars, habite en HLM ou en caravane et utilise les transports en commun, se nourrissant exclusivement de sandwichs." Celui du bar du théâtre, du Républic ou du Domino est un meneur d'homme, pourquoi pas corse, qui roule en Ferrari ou en Porsche, pore tantôt un Borsalino tantôt un haut-de-forme (...) habite une ferme restaurée ou un hôtel particulier (...), son sport favori ? La glisse...

Ayant bataillé pendant trois mois pour faire survivre son enfant de papier, le Morisi de 1995, quitte son taudis équipé d'un matelas, d'un McClassic et d'un scanner pour passer une semaine avec sa fille adorée à l'hôtel Ibis, leur nouveau gîte avec les caisses qui se sont remplies. De quoi tenir moralement, se ressourcer et préparer le numéro 4 dont la sortie tombera la veille des municipales des 11 et 18 juin de l'année. Côté Jacquemin (droite), Sennerich (FN), Carrez (PC), Nachin (Ecologie) et PS, on n'est pas tranquille. Laissez un journal indépendant influencer les élections, non mais vous n'êtes pas un peu fous ?

(À Suivre)

 

 

 

 

 

 



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