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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VII)
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1991-93 – Les Bavures de l'adoption et de la vie quotidienne,...

Un récit est toujours un mensonge, figurez-vous un récit de vie où le narrateur narre ceux qu'il a été pour le meilleur mais pas pour le pire.

Or le désagréable, le pas beau, le pire implique forcément l'autre, les autres, dont il n'est pas question ici de violer l'intimité. Disons que les innombrables activités et projets du protagoniste finissent par l'éloigner de la vie quotidienne et par perturber la vie de sa famille. Vous n'en saurez guère plus.

À la Revue, c'est la soupe à la grimace mais je remplis ma part de contrat en produisant des dossiers, des enquêtes et des entretiens, dont celui avec Franco Baresi, le capitaine de l'équipe d'Italie et du Milan que j'interviewe au Palm Beach avant un match amical dans le cadre du transfert de Papin en Lombardie : thème : comment une star ultra payée peut vivre éthiquement et de manière solidaire, entretien programmé avec l'accord du club et suivi de la remise d'un maillot pour une association de défense des orphelins par Ancelotti, dans les couloirs du Vélodrome.

Cette association, créée et dirigée par Francis Contrucci, a une importance particulière pour Morisi en 1992. Contacté par un éditeur local, Gérard Blua, Mario accepte d'aider ledit Francis, un enfant de la DDASS, a publier un livre en trois parties : son enfance en famille d'accueil, la situation de l'adoption en France et des propositions en partie validées par le Pr. Mattei qui va devenir ministre de la Santé

Le problème c'est que Francis est une tornade d'1 m 60 qui a mille choses à dire et qui met le monde sens dessus dessous pour qu'on les écoute. Expédié en familles d'accueil avec ses frères et sœur, il se retrouve aux Chutes-la-Vie (ça ne s'invente pas) et s'en tire grâce à un boucher charcutier qui lui fait confiance et le forme. Devenu boxeur amateur, il épouse une gentille fille qui lui donne un fils, Juilien alors qu'il est entré à la Timone comme brancardier.

L'aventure est belle, elle aboutit à un livre édité par Garçon à Marseille mais elle est chronophage : on ne travaille pas avec Francis comme on travaille avec Amanda Lear ou Sam Bernett. Fran veut du vécu, du senti, pas de blabla mais du concret.

C'est comme cela, de fil en aiguille, que Morisi cuvée 1992 a l'idée de recueillir des reliques sporfives tel le maillot frappé du coq de Joseph Bonnel, les gants de Jeff Harding, le champion du monde de boxe australien, ceux de Christophe Tiozzo, son challenger, mais également le maillot du du Milan AC outre que le soutien d'Hervé Vilard, orphelin à succès, et d'autres personnalités.

Un gala a lieu pour payer des vacances aux orphelins, la presse en parle, le livre fait du bruit. Un succès et beaucoup d'émotion avec le soutien de la bande du poker menteur aux Régates : Bretelle et Marie Paule, Le Suisse, Ivo, Mr Brun, Akim le roi du poulet hallal et pas mal de connaissances. Au point que nous nous rendons chez Jean Paul à Besançon pour faire parler des "Bavures de l'Adoption" dans l'Est, le Progrès le Pays et France 3.

Cette année-là, Il y a la folie O.M et ce "premiers pour toujours" matérialisé par la tête de Basile Boli en finale de coupe d'Europe contre Milan, pourtant récent recordmen des matchs sans défaites (58). Assis devant la télé avec le maillot rouge et noir, je dois répondre à la question aux questions de ma fille de trois ans : "Qu'est-ce qu'y a papa, t'as l'air tout triste ?"

La tristesse est là. À force d'être appelé à droite et à gauche, je rentre tard et je suis ailleurs dans ma tête. Incapable d'empathie au jour le jour pour S., je minimise son angoisse quand je rentre en voiture et pas toujours à jeun.

Il y a plus grâve, j’ai la tête ailleurs, je ne suis pas rassurant ; peu présentable quand je conduis L, a la crèche où on l'appelle "la reine de la bicyclette" pour son refus de prêter la chose à ses camarades.

Tout se complique avec le scandale Tapie-VA, Alors que les coéquipiers de Papin, Boli, Waddle se préparent pour l'affrontement final, il y a ce scandale de la corruption présumée des joueurs de Valenciennes par Bernès, le bras droit de Bernard Tapie, que dénonce le capitaine nordiste.

Je suis en train de traduire l'interview de Prince Charles Williams à Alès pour le ‘Provençal’ quand J.-J. Fiorito, du service des Sports, apprend sous les yeux que le scandale va éclater. Pris dans la tourmente médiatique, je reçois un coup de fil de mon ami Tenoux, que ´l'Est Républicain a mandé d'urgence à Marseille.

Je quitte une fois de plus ma fille et sa maman et je rejoins Jean Pierre dans un hôtel de la Corniche avant de le conduire chez Jules et chez Caramanolis, ancien champion d’Europe de boxe de manière qu'il puisse télexer (le téléphone portable n'existe pas) un papier pour l'Est du lendemain.

Comme je lui sers de cicérone, je suis encore moins présent à la maison…

Puis il y a le cinquième anniversaire de "Tatkik", l'entretien de Michel Boujenah, le showcase de Minelli à la FNAC, les coups de main médiatiques à Francis pourvun anniversaire… Bref, écartelé par mes satanés ombilics ; balle, botte, amitié, peuple, zinc, nous décidons que je trouverai une chambre-bureau à Mazargues pour ne pas réveiller l'enfant et la mère en faisant la vaisselle à 3 heures du matin… ``

(À Suivre))

1992-93 – Le temps de l'eau forte, le blanc et le noir ou lorsque l'homme éclaté le devient vraiment, entre amour paternel et fossé qui se creuse : moments intenses, moments fraternels et idées noires...

Lorsque je signe l'accord à l'amiable avec compensation avec Marius B., le président de la Mutuelle des Caisses d'Épargne, je ne me rends pas compte des complications financières que cet accord induira. Certes, à l'encontre du code du travail, la Mutuelle vire sur mon compte une belle somme, me demande de continuer notre collaboration sous forme de piges bien payées, mais cela ne durera qu'un temps et il faudra bien que je gagne de quoi payer les mercredis et les weekends avec ma puce, qui ne comprend pas pourquoi son père ne dort plus à la maison mais l'emmène à la crèche, puis à l'école, puis au parc Bortoli, au parc Borély, à Saint-Loup à l'occasion d'un carnaval pour l'adoption, au Badaboum Théâtre sur le Vieux Port, au Quick, au camping des gitans chez Bretelle et Marie Paule, au stade, au marché de la Plaine et dans les locaux de "Taktik" à la Belle de Mai, dans les anciens locaux de la Seita.

Le fric devient vite une obsession. J'écris des articles pour le journal "Le Sport" qui à l’époque veut concurrencer l'équipe : un article sur le judoka Mellilo, sur le séjour marseillais de Magnusson pour son anniversaire, sur les anciens de l'OM avant la finale de Coupe d'Europe contre Milan, sur les matchs de boxe organisés par Richard Caramanolis et Claude De Angelis, "le coiffeur des stars", que j'ai rencontrés lors d'un reportage pour la revue sur un boxeur unijambiste qu'ils espèrent conduire à une finale mondiale des lourds-légers.

Pour le Provençal (de gauche), qui n'a pas encore fusionné avec le Méridional (de droite) autour de la même régie de publicité, j'interviewe Prince Charles Williams des États-Unis et je cosigne le papier qui présente le choc Christophe Tiozzo-Jeff Harding.

Plus scabreux, comme je m'agite sur le clavier de mon Mac-Classic un ancien policier qui s'occupe des enquêtes de moralités connexes aux affaires criminelles me demande si je peux corriger, réviser et mettre en page ses rapports. Son bureau, un garage, se trouve à une centaine de mètres des Glycines où se trouve ma chambre de 3 mètres sur 3, à l’étage où nous avions fêté le baptême païen de la Puce, qui adore le "Tom Badilom" d'Higelin quand je l'amène ne voiture à l'école.

À ce moment là, bouleversé par les larmes ou les cris ou les questions de ma fille quand se pose un problème, j'ai du mal à faire tenir ensemble les morceaux de ma vie, ma famille (pas seulement S. et L, mais mes parents, après que mon père a été opéré d'une tumeur au colon), le journalisme, l'ombilic de la Balle, de la Botte (Je rêve de faire découvrir à Lo "nos" montagnes) et les amis.

Ce sont ces nouveaux amis qui contribuent à me tenir debout. Hommage à Gilles et à Marie Paule qui m'invitent ô combien de fois dans leur caravane. À Jules, qui se saisit de mes clés de voiture et me raccompagne quand j'ai le blues. À Francis qui m'est reconnaissant d'avoir écrit son livre et qui voudrait que j'entraîne les gamins de Bonneveine avec lui, puisque j'ai le diplôme. À Dominique le "pauve Suisse", qui de retour d'Afrique, diplômé en architecture, s'arrête à Marseille et fonde un centre social dans le seul quartier difficile du Sud-Est de la ville. À Akim, qui m'accueille avec chaleur aux Puces et avec qui nous parlons de Kabylie (ombilic du Maghreb). À Jean Paul à distance, quand je passe au CLA pour une quinzaine d'enseignement du FLE l’été. À Ivo le Croate, qui ne me fait pas payer toutes les pizzas que je lui commande. Aux gens de "Taktik", Hélène la Paoïste au cœur d'or, Didier et Lolita, les piliers, Fred Kahn, le rédac-chef qui nous invite S,, L, et moi à manger chez lui du côté de la Plaine, pour sue nos enfants se connaissent. À Mathieu le poisson de roche des Trois-Luc et de Saint-Loup, qui lorsque je serai sans voiture

viendra le dimanche soir me remonter le moral...

Là est le paradoxe mortel, ce qui me sauve de la dépression est ce qui a causé mon éloignement. Il n'y a pas eu d'histoire de fesses, de réel problème d'argent (encore que contribuer à l'éducation et aux loisirs de notre fille me causera bien des soucis...), de violence… ; plutôt une incompatibilité de rythmes, de disponibilité, d'emploi du temps. Surtout - celui qui écrit s'en rendra compte trop tard - d'angoisse pour Elle, morte d'inquiétude quand il rentrait la nuit en voiture, enragée quand elle pensait à l'avenir, malmenée mentalement par un homme qu'elle aime encore mais qui est incapable de la rassurer alors qu'elle est une nouvelle maman de quarante ans.

Misère, honte : ce souvenir d'une soirée pluvieuse aux Régates où S. passe le téléphone à notre fille qui m'apprend que nous avons perdu son boa, le poisson doudou auquel elle tient plus qu'à la prunelle de ses yeux. Affolé, je quitte notre partie de poker menteur au zinc et je le retrouve à l'arrière de la Uno. Demande à un client que je connais si je peux emprunter sa 125cc, monte pour la première fois de ma vie sur une moto, slalome sous l'averse de la Pointe Rouge à chez nous, prend l'ascenseur, sonne à la porte, et trempé comme une soupe, super héros lamentable, tend son boa à ma puce qui s'accroche à mes épaules pour que je ne reparte pas. Un moment gravé au fer rouge dans mon cœur qui se reproduira tant de fois. J’e pleure encore.

Mais à quelque chose malheur est bon, il faut que je trouve un moyen de gagner mieux ma vie, d'être un meilleur papa pour ma fille. Et si j'investissais mon pécule pour créer un journal satirique et indépendant, un gratuit qui donnerait la parole au peuple, aux gens, aux talents méconnus ; un journal qui abuserait modérément mais quand même beaucoup…

(À Suivre)

Fin 1993 – La naissance d'un enfant de papier, l'Écho du Zinc, et d'une sarl de presse, croix et délice de Morisi qui devient entrepreneur rebelle avec "le journal qui abuse modérément". Ce qu’il s'ensuit, la ligne éditoriale et les journées sans sommeil à arpenter Marseille, ses quartiers, ses lieux de vie, bistrots en tête...

La prime libératoire de la Revue des Caisses d'Epargne et les réserves mises de côté fondent comme neige au soleil et je me ronge les sangs à l'idée de ne pas pouvoir offrir à ma fille ce que j'aime lui offrir : les tours de manège, les spectacles au Badaboum Théâtre, les glaces, les Quck, les sorties en bateau au Frioul ou les samedis à OK Corral, un parc d'attractions western qu'elle adore. Pour cela il y a les piges au ´Sport’ et au ´Provençal’, la préparation des rapports de l'ex-policier de la rue Marcaggi, mais ça ne suffit pas vraiment. D'où l'iée d'investir mon épargne restante dans la création d'un journal qui s’inscrirait dans le sillage du Taktik de Didier Urbain, pour qui je pige et corrige plus ou moins gracieusement et qui me renvoie l'ascenseur en m'aidant à préparer une maquette.

Pour lancer un journal il faut un capital social car je n'ai pas l'intention de jouer la carte associative, qui ne permet pas de récupérer la tva, et sombre la plupart du temps dans les chicanes entre adhérents.

Le Morisi de fin 1992 début 1993 décide de répliquer le principe des ´Baskets’ et de trouver des actionnaires qui seraient ses associés

Il les trouve. Jean Paul, depuis Besançon, y va de sa quote part. Bretelle et Marie Paule, Francis de l'Adoption, le Suisse éducateur, Akim le roi du poulet, et Ivo celui de la pizza à emporter sont enthousiastes, un gratuit de bistrot financé par la pub pour des boissons et tabacs interdits de pub par la loi Evin, voilà qui était finement joué car elles devenaient par le fait des PLV, des publicités sur le lieu de vente : pas folle la guêpe !

Lorsque je vais déposer le dossier de notre Sark au greffe du tribunal de commerce, le préposé n'en revient pas. 7 associés pour une Sarl de presse au capital de 21 000 francs, destinée à financer un gratuit de bistrot, il n’avait jamais vu ça... "Et elle s'appelle comment votre société ? – Bitropolitan, monsieur... Titre du journal ? – "L'Écho du Zinc, le journal qui abuse modérément.´ Le gars ôte ses lunettes, me regarde par en dessous et se demande si je suis sérieux…

Je plaisante, je badine mais je joue ma peau. Ce sont mes dernières économies et les frais sont nombreux. Il y a le coût de l’mpression chez l'imprimeur où Didier de Taktik m'emmène, 10 000 francs pour 20 pages tabloïd tirées à 15 000 ex. - 4 000 de flashage, car on filme chacune des pages à l'époque, c’est avant la transmission télématique des données. Il faut ajouter à cela les frais de déplacement (je cours partout pour trouver de la pub et parler de mon journal), les frais de bouche, les frais de représentation, les pigettes proposées aux camarades qui écrivent dans le journal.

J'ai étudié la question avec soin, avec mes 4 000 francs, je suis actionnaire minoritaire, ce qui me permettra de financer mes frais en les faisant rentrer dans la compta de la société.

J'ai un atout : l'amitié et le soutien de mes collègues journalistes de l'Evénement à Paris, de la presse bisontine et de quelques Marseillais. Qu’on en juge : Dans le n*1 de novembre 1993, dont je peaufine la maquette avec Didier, Lolita et Hélène de "Taktik" apparaissent Patrice Delbourg et Bernard Chapuis de l'EDJ, Guy Franquet de Montmartre, Jean-Pierre de l'Est, Pascal du Pays et de France 3, Fred Kahn et Létizia Dannery de "Taktik", l'historien Pierre Échinard, le fondateur de "Jazz Côte Sud", Jean Pelle, outre les dessinateurs Samir, Golec et Golec et mon bon Charlie Schlingo ... auxquels s’ajoutent le photographe Laurent Chapuis s'en va shooter le visage de notre une, l'inénarrable Paul Préboist en "ménage" dans une supermarché du nord de Marseille...

Plus fort encore, lors d'un reportage sur les puces de Montreuil pour la Revue, je passe voir Jean François Fred Kahn et j'obtiens de la directrice du marketing un échange de pub entre l'EDJ et l'EDZ, n'étais-je point un surgeon de l'idée de la maison, un plus dans la lutte pour l'indépendance de la presse et sa restitution aux populations méprisées.

Arrive le jour fatal. Didier m'accompagne, cela lui rappelle le numéro 1 de son propre journal cinq ans plus tôt. On monte sur sa Vespa et on descend au flashage sur le Vieux Port ; je signe un chèque et on remonte avec les films de l'enfant de papier annoncé pour la semaine suivante. Seulement terreur, quand nous ouvrons le paquet, il manque une page et l'imprimeur nous a programmés avec impossibilté de décaler vu le planning de la journée !

Je me rappellerai toute ma vie les risques que Didier prend sur sa Vespa entre la Belle de Mai et le Vieux Port, du temps qui se fige pendant que sort le dernier film de la dernière page. Remontée à la Valentino Rossi jusqu'à l'imprimerie. Course entre les jambes des presses : des monstres qui grondent. Le chef de fabrication qui nous fait les gros yeux en tapotant sur son bracelet montre. Les rouleaux qui sifflent, claquent, croquent, clinquent, crissent, repartent. Le signal est donné, les unes que la machine crache sont horribles, le pauvre Préboist est rose, bleu, orange, les pages intérieures mal calées, l'encrage déficient...

Didier me rassure, je ne paie pas les exemplaires test, l'imprimeur tient à ce que le résultat soit parfait, une question de conscience professionnelle et de réputation.

Quand le chef de fab fait signe que tout est ok et qu’il donne l'ordre de lancer les rotatives et que ´l'Echo du zinc ´ n°1 est craché par la presse géante, Didier me tire par la manche, m'installe sous l'endroit où les cahiers du nouveau né se rejoignent et me lâche, les yeux brillants : "Citizen Kane, ça te dit quelque chose ?"

La suite est magique, irréelle, grâce à ses supermen de la culture, ouviers en bleu et artisans de la démocratie â la fois, est né "mon" joiurnal, un journal pensé comme un mensuel populaire et engagé qu'il va falloir faire vivre.

(À Suivre).

1993 - Pâques 1994 – La folle bataille de l'actionnaire minoritaire et rédac-chef de Bistropolitan/L'Edz, la course aux pubs et le compte à rebours du capital social. - Le baptême de l'Écho salué par 'M6', 'France 3', 'La Marseillaise' et les radios locales. - Les numéros 2 et 3, de décembre puis de février, car de mensuel "le journal qui abuse modérément" devint épisodique à tendance bimensuelle. Une proposition indécente et la survenue d'un vendeur d'espoir bisontin qui finira par tout changer...

Mi novembre 1993 – Chez Solange, à la Trattoria de l’escale Borély, ils sont venus, ils sont (presque tous) là. il y a ma fille et sa maman, Catherine Aldington, une paire d'amies de S, les deux tiers de mes associés : Francis, Bretelle, le Suisse, Ivo, Akim en tête, Didier et Taktik…

Le numéro 1 plaît bien. Un beau mix de local et de national, de célébrités (Francis Huster, Paul Préboist, Amanda Lear), d'insolite (l'ex torero auteur compositeur Daniel Bizet), de caritatif (Une pétition pour l'adoption), de culture (La Momie du Momo Artaud signé P. Delbourg) ; de sexe (une enquête sur les 36-15 oochon), d'humour (les desins de Charlie et de Samir) et les papiers de Seamus Anderson, Pierre Launay, HBS et Marmor, les hétéronymes qui deviendront une marque de fabrique du travail de l'écrivain Morisi.

Pour le contenu, pas de problème, la ligne éditoriale ne peut pas obéir aux indications d'une enquête de marché’: le littoral marseillais fait dans les 30 km de longueur sur une 20 de km de profondeur au niveau d'Allauch.

Marseille, pour ceux qui l'ignorerait, c'est 120 villages provençaux collés un à l'autre avec leur saint, leur église, leur rue marchande et des caractéristiques variées. En travers de la Canebière on est en Algérie et en Afrique, du côte de Saint-Trond dans le ghetto de Varsovie, au Panier ou au Vallon des Auffes à Gênes. Aux Goudes en Grèce ou en Turquie, dans les quartiers nord entre le 93 et les Minguettes...

Autant de quartiers, autant de bars, autant de sensibilités : 2000 en 1980, plus que 1100 en 1993.

N'ayant pas le budget pour payer un distributeur, Morisi et ses complices font tout en voiture, tarabustant les copains de copains pour présenter l'Écho dans un maximum de zincs à la grande surprise des patrons quand ils découvrent que c'est gratuit et que s'ils ont des idées...

La vérité c'est que Morisi se tape tout dans sa Fiat de moins en moins présentable. Le samedi de la sortie, souvent seul, il fera jusqu'à 50 kilomètres en s'arrêtant moteur allumé, provoquant des bouchons, pour livrer son bébé. Un de ces jours-là, du côté des Trois Luc, une brave dame dodue, rieuse, un fichu sur la tête le félicite : "Je ne lis pas, mais c'est beau, ce que vous faites, jeune, les Marseillais ont droit à la parole, ce ne sont pas tous des brigands."

Le problème n’est pas là (je réduirai le tirage de 15 000 à 8 000, les exemplaires non distribué s'amoncelant dans le garage de Marie Paule et de Bretelle). Il est d'ordre économique. Je réussis bien à convaincre le directeur général de Casanis (3 pages couleur à l'année), Ricard, les bières Paulaner, les Architectes Bâtisseurs, qui me prêteront bientôt un bureau ; l'Antidote, un café théâtre du cours Julien, le Perroquet bleu, un bar lunch branché où furent tournées des scènes de "Borsalino" ainsi que quelques petits-anninceurs, le reste consiste en des échanges d’annonces avec un 36-15 Exit ou Skyrock.

Ceux d'entre vous qui s'y entendent en commerce comprennent que le problème est vite la trésorerie. Le capital social de 21 000 euros est vite entamé et il faut payer le flashage, l'impression, l'essence, les piges, les places de match ou de concert. alors que le réglement des factures tarde

Le numéro 2 de décembre 93 se fait valoir par une "une" consacrée à Éric Di Meco shootée par Laurent Chapuis. - Par une der achetée par les Pastis Janot, des pastilles Pizza Sun, l a Marine, Box Champ's, le Bouche Charcutier Brett Pollitt et l'Agence de Voyages Asia de la rue Paradis ; - avec une promo associative pour les Contes d'hiver au Panier outre que les fidèles Ricard. Paulaner et le Perroquet Bleu.

Le hic, c'est que je vis au pair dans mon journal et que je fais entrer dans la compta mes frais, ce qui me permet de mettre de l'essence dans la voiture, de me nourrir et de passer de beaux moments avec ma fille le mercredi après-midi, un weekend sur deux et pendant les vacances scolaires. Cela me cause pas mal de soucis, la puce m'accompagnant à "Taktik" où je compose une partie du journal ou en reportage quand ils sont compatibles avec la présence d'une enfant de 4 ans et demi.

Le numéro 3 de février 93 est un tournant. Ayant décidé d’axer cette parution sur le quartier de Saint-Loup, que m’a fait découvrir l'ami Mathieu en sa qualité de Marseillais AOC. Au menu, un chef cuisinier ayant opéré dans les croisières de luxe, le groupe Reggae D'Oc d'un instit parolier de Fiori et quelques figures du quartier dont la vie du matin tôt au soir tard tourne entre un bar et le club de Boules voisin. Bar fréquenté par un peu tout le monde, y compris des lascars spécialisés dans les machines à sou et le commerce en affaires.,,

Lorsque je parle de tournant, je ne parle pas en l'air. Le jour de la sortie du n°3 à Saint-Loup, alors que le bar est bondé et que l'Écho vole de main en main, s'approche de moi un monsieur bien mis, la quarantaine avancée, qui me demande ce que je désire boire, me félicite pour l'idée de mon "journal de bistrot gratuit" et va droit au but : sans soutien seul à Marseille, je n'ai aucune chance de survivre économiquement. Si je suis ok, il me fournit la régie publicitaire, je n'aurais plus qu'à m'occuper du contenu. J’apprends que le personnage est un membre de l'équipe de Renaud Muselier, le candidat de droite pour les municipales à venir.

N’importe quelle personne dotée d'un cerveau et d'une calculette aurait accepté ; devenir locataire et employé dans la maison que j'avais imaginée et bâtie m'aurait rapporté gros, réglé le problème des loisirs et de l'éducation de ma fille, et m’aurait ouvert pas mal de portes pour la suite. - Ouais, mais devenir le porte-papier des gens que je considérais comme mes ennemis politiques ne se pouvait pas. Je tenais plus à l'amitié de mes associés et aux lutte de mon père qu'à ma réussite personnelle.

Le numéro 4 de l'EDZ, imprimé en Catalogne à moitié prix, allait sortir à Pâques avec un dessin de ´une ´ signé Yoko des Silver et titré ‘Soyez méchant à la Plage’ et des encarts de Pastis 51, Rizla-Croix, des Cafés Henry-Blanc et une demi douzaine de pastilles petits commerces à 300 francs. C'est au moment de la sortie de ce numéro, pendant la Foire internationale que mon téléphone sonne. Un Bisontin de bonne famille évoluant dans le monde du théâtre - avec qui j'avais travaillé dans le cadre des CLA d'été - avait une proposition à me faire.

(À Suivre)



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