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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VII)
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L'année 90 suite : la nouvelle vie de M.M., la visite des parents, l'attention portée à la petite, les nuits magiques de la coupe du monde italienne et le baptême païen du 22 septembre à la pizzeria des Glycines, 66 rue Sébastien-Marcaggi.

On vit certaines phases de sa vie en quasi lévitation, on fait ce qu'il faut (parfois ce qu'il ne faudrait pas), on se donne, on s'adapte mais on ne sait pas exactement ce qu'on fait et où l’on va…

C'est le cas de Mario devenu papa qui change sa fille, se réveille pour voir si elle est va bien, pose mille questions idiotes, s'inquiète de la santé de la maman, achète des aliments inutiles ; ne boit plus ne fume plus, ne sort plus faire un tour après dîner.

Le soir du 9 juin, alors que la petite M. et G. ne cesse de fusionner, la Squadra Azzurra bat l'Autriche 1 à O lors du match d'ouverture de "sa" coupe du monde. Une petite semaine plus tarf, le jour de la naissance de Lo, elle vient à bout des États-Unis, match que je vois aux Régates encore tout tremblant.

Mon cadeau sur ce terrain là, c'est la victoire de l'Italie 2 à 0 contre la Tchécoslovaquie grâce à un slalom de soixante mètres de Roberto Baggio, un homme qui allait m'accompagner de longues années et pour ainsi dire altérer le cours debmon destin.

La suite se noie dans l'imprécision des souvenirs ; j'ai renoncé à aller enseigner au CLA d’été et je me consacre à la petite et à sa maman.

Nous apprenons à vivre autrement. Nous allons beaucoup à Cassis, la petite est fêtée par la famille de Suze, ses parents, sa sœur P., le beau-frère libraire, leurs enfants, la famille de l'autre frère O. un médecin qui a bâtir une villa avec piscine de l'autre côté des vignes ; enfin l'autre sœur K, son mari banquier à la siciété Générale et leurs deux enfants ; bref, je suis envahi par d'autres gens, par d'autres habitudes.

Giovanni et Janine, mes chers parents, ne manquent pas à l’appel, je vais les chercher à Saint Charles et mon père n'en revient pas, trouvant que je conduis bien (ce doit être le troisième compliment qu'il me fait depuis que nous nous connaissons).

Le séjour de Janine et de Jeans est un beau moment. Maman est heureuse comme une reine, la petite fille qu'elle aurait voulu avoir est arrivée et elle adore Suzon.

Les performances de l'Italie sont à la hauteur de mon humeur. Le 25 juin une Squadra inspirée par Roberto Baggio et son compère Toto le Dingue Schillaci élimine l'Uruguay 2.0, puis bat l'Irlande 1 à 0 et se qualifie pour une demi-finale qu'elle devra jouer à Naples contre l'Argentine de Maradona.

Le choc est prévu le 3 juillet, veille de la fête nationale états-unienne, ce qui n'apporte rien à notre histoire.

Les huitième et quart de la compétition, je les ai vus à la Pointe Rouge chez Jules, un haut lieu du foot télévisé lorsque l'OM, l'équipe de France ou un match de haut-niveau est diffusé. Cela me fait rentrer tard et je m'en excuse. Suze comprend, elle est marseillaise et le foot passionnait jusqu'à son académicien de père qui allait voir les matchs de l'OM non loin du cours Lieutaud.

Suze est en congé maternité, elle se consacre à la puce, elle prend ses marques, s'inspire des principes de Françoise Dolto, une des maîtres à penser de sa pratique en pédopsychiatrie. Son métier est à la fois profession et vocation, elle aime écouter, ne pas juger, a refusé qu'une équipe de psy comportementalistes "étudient" notre fille, elle pense qu'un enfant existe avant d'être né, qu'il est sensible au monde extérieur avant de voir le jour.

Morisi, carte n*66319 du SNJ, déçu par la troisième place injuste de l’Italie, reprend le travail à la Mutuelle de l'Écureuil qui prépare sa mue face à la concurrence voulue par les socio-libéraux arrivés à Matignon.

On félicite le nouveau papa, Roland Dhordain soutient ses initiatives, on lui donne de plus en plus de responsabilités.

Du côté de 'Taktik' c'est la même chose, c’est le branle-bas de combat pour la grosse fête en vue fu troisième anniversaire du premier "Gratuit Arts et Spectacles" de l'hexagone. C'est le tout Marseille de l’underground mais également quelques piliers de la culture officielle qui festoie jusqu'au petit matin avec concerts, expos, performances.

Le rythme de vie du Morisi 1990/91 est trépident. Il ne dort pas beaucoup d'autant plus qu'il insiste auprès de la maman de sa fille pour qu'on lui organise un baptême alternatif, le baptême catho étant exclu, la petite s’en arrangeant plus tard si elle le désire.

L'idée de Morisi tient compte de ses vies antérieures, il adore organiser des événements, faire se rencontrer des groupes, "conjuguer les différences" dit-il. Aussi va-t-il voir un autre Mario, celui qui tient le restaurant-pizzeria des Glycines près de l'église à Mazargues et il lui demande de penser à un menu sympa pour une soixantaine de personnes. Ravi de l'aubaine, Mario 2, un petit bonhomme rigolo, lui donne l'accolade et lui fera un prix, surtout que c'est pour la bonne cause, l'arrivée parmi nous de la septième merveille du monde.

Suzon doute, c'est surtout le projet du père de sa fille qui veut faire venir tout Besac (l'ami fraternel, Josette, Trinita, le Schnaeb, Patrick H et pas mal de monde que le fidèle lecteur aura vu défiler) mais également Yves, Hélène, son frère luthier Dédou et les Golec, outre que des gens de ´Taktik’ et de la Revue, de Mazargues et de la Pointe Rouge. Special Guesti : le Père Neyret, l'aumônier de saint-Jean avec qui je suis resté en contact et que j'ai été visité quelques mois plutôt dans une maison de retraite mariste de la Loire. Vedettes et animateurs du baptême dit païen : Les Silver d'Argent avec Schlingo, Bottom, Tronchet, Post, Blanco et Stéphane Rosse. À qui j'ai trouvé un concert à la Maison Hantée grâce aux amis de "Taktik" bien sûr.

La fête est tout feu tout flamme. Suzon a invité une partie de sa famille, ses sœurs, ses cousins et cousines qui n'ont jamais rien vu comme les Silver dont l'allure et le répertoire les surprend. À commencer par le "un peu de bleu au fond d'un étang... Gré-gooo-ry". Ca passe mieux avec "J'ai peur des souris" et "Oreilles de Veau", et puis l’on danse beaucoup, ces gars sont drôles.

L'ouverture de la fête est signée Gilles Trinita, à qui j'ai demandé de chanter le "Preghero" de Celentano avec ses anciens compères. un indice que tout dans la doctrine de Jésus ne m'est pas étranger.

La présentation de notre fille à tout ce beau monde est gaillarde. Mon idée était de la placer non pas sous l'égide d'une famille, d'un milieu, d'une religion, d'un mode de vie, mais sous le patronage du monde dans son infinie variété, raison pour laquelle toutes les sensibilités religieuses étaient représentéed’aux Glycines : catholicisme, protestantisme, judaïsme, islam, foi gitane et bien sûr athéisme et libre-pensée.

Avant que Suze soit rentrée à la maison avec la petite, l'on voit arriver un énorme bouquet de fleurs et un mot signé Jules Z. qui n'a pas pu se libérer mais qui nous invite à passer le voir vu qu'il ferme à trois heures du matin.

J'ai logé tout le monde à droite à gauche, certains sont au camping de Bonneveine, les autres au Capricorne, un hôtel de passe qui fait bien rire les Golec, Patrick H. et sa belle.

Ne manque pas l'incident, Charlie se coince les doigts dans la porte blindée du premier étage des Glycines. Il est pâle comme un linge, c'est sa main qui dessine qui est blessée, il saigne abondamment.

C'est avec un poupon de flanelle que le père de Désiré Gogueneàu arrive aux Régates où Schnaeb se fait tancer par Jules qui ne pense pas que du bien des journalistes, et on rigole beaucoup.

Jules est un seigneur. Nous sommes une quinzaine à finir le baptême chez lui, nous buvons des seaux de bière, de Pastis et de whisky mais il refuse qu'on le paie, ce sera son cadeau pour s'excuser de ne pas être venu et pour la petite.

La troupe se disperse.

Les uns rentrent directement à Besançon, les autres passent à Marseille ce qui reste de la nuit. Morisi papa rejoint sa petite famille éreinté, ça fait trois jours qu'il dort vite et il a boulot lundi.

( À Suivre)

1990/91 – De la lumière de l'enfant à l'ombre de la guerre, l'irrésistible ascension de l'Olympique de Marseille et la folle enquête de 66 219 dans le monde des arnaques et de la prostitution déguisée...

Celui qui écrit ces lignes a bien conscience de pénétrer dans des eaux agitées et dangereuses, délicates à rapporter car l'après-naissance de L.M. fut un franchissement des 40e hurlant puis des 50e rugissant, Cap Horn que le correcteur-réviseur parisien n'avait pas envisagé et qui s'imposait à lui, tiré à hue par sa nature protée : balle, boucle, botte, rock, peuple, livres, zinc et lubies.

Un mois et demi avant la venue au monde de L., Saddam Hussein envahit le Koweît provoquant une réaction en chaîne qui déclenche la première Guerre du Golfe. Je ne m'en soucie guère, occupé que je suis à apprendre le métier de père, à soutenir la mère et à bichonner le bébé.

Puis la tension monte, l'Alliance occidentale guidée par les États-Unis d'Amérique mettent sur pied l'Opération Bouclier du Désert suivie d'une contre-attaque massive baptisée Tempête du Désert.

Alors que L. dort du sommeil du juste (ou pleure parce qu'elle a faim), j'assiste à un déluge de feu et de fer depuis l'hôtel Ar-Rasheed où sont parqués les envoyés spéciaux du monde entier. L'effet que me fait ce spectacle est disproportionné, je me dis que l'innocence faite enfant par mes soins, Lo, pénètre dans un monde de folie et de violence, que des enfants de son âge sont en train de périr dans les flammes, que leurs mamans courent en hurlant pour se mettre à l'abri. Je n'en dors plus, je quitte le lit conjugal pour suivre les dernières nouvelles ; S. a l'impression que je la fuis depuis qu'on est parents.

1990-91, c'est l'année de l'affirmation de l'OM de Tapie qui dépense des fortunes pour hisser son club à la hauteur du Milan AC de son modèle Berlusconi. Toute la ville exulte, JPP enflamme le Vélodrome et le Vieux Port avec ses "papinades" : 22 buts en championnat, des buts décisifs en coupe d'Europe. À ses côtés Abedi Pelé, Basile Boli, Éric Cantona, Chris Waddle...

C'est chez Jules, l'ancien capitaine et entraîneur des Phocéens que j'assiste aux matchs en rentrant de la Revue ou de Taktik, après être passé dîner à la Résidence. Le temps passé en famille se réduit, je suis sollicité de toutes parts.

1991, c'est l'aube d'une ère nouvelle pour l'Écureuil qui se prépare à affronter la concurrence des autres banques, et la Mutuelle qui va devoir performer face à des mutuelles qui se transforment en Assurances. Le CA de la Somacep, décide de changer ses statuts et de devenir la Mutuelle nationale des Caisses d'Epargne dont le siège exécutif passe de Reims à Marseille. Cela aura des conséquences pour moi, comme nous le verrons bientôt.

En attendant, avec le soutien de mon rédac-chef, je me lance dans le journalisme d'investigation.

Le ballon d'essai, après un dossier sur l'enfance malheureuse mettant en cause les services territoriaux, je propose un dossier sur la sexualité du troisième âge et mon enquête me conduit dans une résidence du centre ville à partir de l'analyse d'une psychanalyste spécialisée en gérontologie. Mon travail est apprécié dans le réseau.

L'investigation suivante est autrement embarrassante. Suivant les conseils de Roland, nous programmons un dossier d'une dizaine de pages sur la manipulation mentale et les abus de confiance dirigés vers le grand public.

En relation avec Sandrine, je trouve les coordonnées de l'antenne locale de scientologie après avoir contacté le département du ministère du ministère contre la manipulation mentale. Culotté - pour ne pas dire inconscient - je pousse la porte des émules de Ron Hubbard (un ancien best seller de science-fiction) et je remplis leur questionnaire prétendant que je ne me suis pas remis de mon divorce et que je deviens suicidaire. Ayant satisfait aux exigences des très souriants scientologues de service, je recevrai des courriers trois ans plus tard, heureux de ne pas avoir donné une vraie adresse mais celle de la Com de l'Écureuil.

Je continue d'aller à la pêche sur mon Minitel de service quand la chance me sourit. Je répère une annonce qui parle de "lunettes cosmiques" soignant toute sorte de troubles grâce à l'émission d'ondes alpha et delta, celles qu’on détecte chez les bonzes quand ils méditent.

Tenant le bout du fil d'une main, le hasard veut que je tombe sur une série d'annonces dans le Provençal e le Méridional (devenus depuis La Provence) qui vantent l'efficacité d'une Agence mtrimoniale d'un type nouveau, qu'il faut joindre au téléphone : à la même adresse que les lunettes cosmiques ! Mieux ! Trois numéros de Minitel rose aboutissent au même endroit. Relaxation, Agence matrimoniale, ´36-15 je m'envoie en l'air’ ; voilà qu'elle est une piste prometteuse ! Je mets au courant Roland que ça amuse beaucoup mais qui me rappelle que je ne suis pas au service investigation du JDD ou de Détective.

Laissant la douce mère et l'enfant dans la quiétude douillette de Mazargues, me voici transformé en agent spécial under cover. Je prends rendez-vous pour tester les lunettes cosmiques. Je sonne au pied d'un immeuble cossu de la rue de Rome, pas loin de la Canebière, on m'ouvre, je pousse la porte et je me trouve nez à nez avec la fameuse gravure de Freud, visage barbu et cuisse cachée. - Si je veux essayer ? Bien sûr. Mon nom, mon prénom, ma profession. Pas de problème.

Le préposé a des manières de technicien soigneux, installez-vous dans le fauteuil, mettez-vous à l'aise, desserrer votre cravate, allongez vos jambes. Le gars me passe un casque, il fait basculer mon fauteuil en arrière, frigonne dans son lecteur de CD. Me fait signe avec l'index et le pouce, j'en ai pour un quart d'heure.

En préparant mon enquête j'ai entendu parler des messages subliminaux qu'on peut intégrer à une bande. Je patiente deux trois minutes au cas où le Dr Follamour reviendrait me surveiller. Je me redresse et je file noter les coordonnées du CD qu'on me passe. J'ai de la chance, il n'y a pas de caméra de surveillance, on est ne 1991.

Quand le gars revient, je joue les crétins, je me sens mieux, je n'ai plus mal au bras, la boule que j'avais au creux de l'estomac est partie.

Me prenant sûrement pour un cave, on me conduit dans le bureau de la cheffe, une belle femme d'une quarantaine d'années qui me pose une série de questions plutôt privées. Si je suis toujours partant pour suivre le protocole, on se verra la semaine suivante.

La semaine suivante, j'ai une surprise. La dame m'entraîne dans un cabinet tranquille et me demande si je suis libre, si j'aime faire l'amour, car l'institut organise des séances de relaxation expérimentales pour adultes, avec le consentement des participants, cela va de soi. Comme je joue les timides mais que, évidemment, vivant seul à Marseille où je viens d'arriver....

La dame m'allume, elle me trouve mignon, est-ce que je suis bien dait, edt-ce que je me sentirais capable de satisfaire deux partenaires à la fois ; est-ce que j'ai quelque chose contre les pratiques osées.

Dire que la proposition ne m'a pas tenté est un mensonge, je réponds que je ne suis pas une épée, que j'ai des défaillances et que j'ai déjà du mal avec une seule camarade de jeu.

De retour au bureau, je profite d’une nouvelle coïncidence, les numéros de téléphones communs à l'Agence, aux lunettes et au Minitel Rose, conduisent à une salon de massage de la place Castellane. Poussé par l'hybris de ma libido, je m'y rends à la pause de midi, tend la somme prévu (pour le remboursement par l'Écureuil, ce sera coton) et m'allonge bien décidé à interdire la finition à la Thaïlandaise qui s'occupe de moi, à qui je parle sans arrêt pour ne pas succomber.

C'est là que la brigade des mœurs fait irruption dans le salin et me demande qui je suis. Par miracle, l'inspecteur qui s’occupe de moi veut bien croire mon histoire d'Écureuil au vu de ma carte de journaliste. Je l'ai échappé belle, à 14 heures il y a une réunion importante au journal.

Il en faudrait plus pour m'arrêter. Je file voir une cousine de S. qui est avocate et je lui parle des coïncidences entre les numéros de téléphones de la société à laquelle conduisent toutes les pistes. Me permettant l'accès aux affaires jugées, elle me permet de constater que le Pdg de l'Agence matrimoniale et de ses annexes est un homme connu des services de police qui purge de la prison pour proxénétisme. considérant que je ne veux pas finir au fond du Vieux Port avec des Nike en béton, je boucle l'enquête, je la rédige en occultant certains détails et je reçois à parution un tas de félicitations crispées.

Un peu partout en France, les mutualistes des Caisss d'Epargne se régalent, on est loin de la feuille un peu fade des années précédentes.

Même si le bruit court que la direction de la Revue va passer de la Mutuelle à une Société de presse déclarée ad hoc, ce qui changera pas mal de choses au plan de mon statut...

(À Suivre)

1991 Suite – Au début de l'année qui suit la naissance de L.M, la fille de S.G. et de M.M., ce dernier a quarante ans, la force de l'âge dit-on alors. Si ce n'est qu'il doit affronter un écueil, la mutation de la Revue des Caisses d'Épargne, qui comme le réseau Écureuil effectue une mue dont il est la victime. Histoire d'une année conflictuelle, d'un litige contractuel et d'un bras de fer que Morisi, dans la droite ligne de son père et de sa tante, finit par gagner. Pendant ce temps-là, sort "Ci-Gît Constance", une traduction en français de la nouvelle de Richard Aldington que sa fille Catherine et lu publient chez Actes-Sud...

L'expression est imagée : faire un enfant dans le dos à quelqu’un. Alors que je produis la moitié de la Revue des Caisses d'Épargne ancienne formule, j'apprends lors d'un briefing que la direction de la publication va changer et qu'une Sarl de Presse au capital de 50 000 euros va remplacer la Mutuelle en tant qu'éditeur. Décision connexe : le déménagement de la rédaction dans une pépinière de bureaux du côté de la Porte d'Aix en face de l'hôtel de Région et la nomination d'un rédacteur-en-chef qui exercera son autorité entre Roland Dhordain, le conseiller, et la rédaction, dont je ne serai plus qu'un membre. J'envoie une lettre incendiaire à Roland qui me comprend et va voir ce sûil peut faire.

Le changement n'est pas seulement ingrat il est financièrement inepte car le contrat qu'on me propose me rétrograde d'indice et me prive de l'avantage d'une adhésion gracieuse à la Mutuelle de l'Écureuil.

Je ne fais ni une ni deux, je monte les marches qui conduisent à l'avocate dont le cabinet est à l'étage, et que tout le monde considère comme l'ennemi n°1 de l’Ecureuil local. Elle me donne le conseil de consulter un syndicat avant de me lancer dans la bataille ; cela dit j'ai bien lu et compris le code du travail que j'épluche depuis que j'ai appris la nouvelle : il est formellement interdit à un employeur de proposer un contrat de travail moins avantageux au prétexte que le statut de son entreprise a changé, si la raison sociale et les taches à effectuer sont les mêmes.

Le combat est farouche. Si Marius B., une cheville ouvrière de la maçonnerie aux affaires dans les Bouches du Rhône, pensait que j'étais un garçon créatif et sympathique prêt à tous les compromis pour sauver sa place, il ignorevque mon père s'appelait Jean Morisi, un chef de chantier capable d'inciter ses propres ouvriers à faire grève pour défendre leurs intérêts et leurs droits.

Le bras de fer dure une partie de l'année 91. Le contrat qu'on me propose est illégal, je suis prêt à aller aux prudhommes.

La direction de la Revue est gênée aux entournures. Si l'on ne trouve pas une solution, c'est la Revue entière qui sera impactée et la sortie du mois de mai menacée ;!Morisi ne réalise-t-il pas à lui tout seul, pseudos compris, un quart du magazine dont une série de dossiers et d'entretiens dont les adhérents et les abonnés sont friands.

Ce n'est pas une exagération. Dans le numéro 68 de Mai 1991, une parution de 50 pages couleurs en format A-3, Mario Morisi signe ; "Ces sages-femmes qui nous accompagnent" (Santé, 2 pages) - "Y-a-t'il une vie au-delà du périphérique" (Dossier Banlieues de 5 pages) – "Nos aînés aiment aussi" (Conseil des Sages – 2 pages) – "Lève-toi et marche, Craig Bodzianovki, le boxeur unijambiste". (Reportage, 3 pages) – Enfin "Maintenant ou Rien signé Seamus Anderson (Kiosque, 1 page) – soit 11 pages parmi les plus lues sur une quarantaine de rédactionnels hors pubs, auto-promos, annonces et jeux.

Je ne menace pas le président, je me contente de laisser intervenir Pierre G., un journaliste professionnel qui collabore au "Marin", et Roland faire remarquer que me remplacer au vol va poser des problèmes.

Les négociations continuent. Si l'on ne me réintègre pas à l'échelon "Secrétaire de rédaction du 3e degré" et qu'on ne renouvelle pas mon adhésion à la Mutuelle sur-le-champ, je vais voir mon syndicat.

Marius B,, qui aura pas mal de problèmes par la suite, se rend à l'évidence. La solution, ce serait qu'on me paie six mois de salaire à l'amiable et que je signe un solde de tout compte et une promesse de ne pas poursuivre la Revue par la suite.

Je ne me suis jamais trouvé dans une telle situation, que je cache à S. pour qu'elle ne panique pas avant qu'une solution ne soit trouvée. Elle l'est assez vite, On me dédommagera de 9 mois de salaires plus les primes. Je file dans le tout nouveau bureau des tout nouveaux locaux de la Revue et je salue la compagnie, dont Sandrine et les secrétaires qui regrettent la situation.

Le problème, c'est qu'il n'y a plus personne pour remplir la revue de manière adéquate. Aussi je reçois un coup de fil de Pierre G, le rédac-chef, qui me demande si je serais ok pour reprendre mes articles en tant que pigiste, car il ne pourra pas s'en tirer tout seul.

Voilà comment un grand mutualiste comme Marius B. enfreint pour la deuxième fois le code du travail en réembauchant en CDD un professionnel à qui il avait signé un CDI précédemment. Assez fier de moi, je frappe à sa porte après avoir livré le dossier, l'entretien, l'enquête et le papier d'humeur du mois de septembre. Pâle qu'il est, quand je lui dis ce que je pense de son attitude envers moi, qui avais collaboré à faire de sa Revue autre chose qu'un torchon professionnel.

Tout n'est pas gris en 1991. Fruit d'un travail que nous avons effectué chez elle, Catherine et moi avons traduit "Here She lies" sous le titre de "Ci-Gït Constance", une nouvelle de son père incluse dans le recueil "Soft Answers" où il portraiture au vitriol les géants littéraires de son époque : Ezra Pound, D.H. Lawrence, T.S. Eliot et dans ce cas Nancy Cunard, la croqueuse de poètes et d'écrivains qui finit par mettre Aragon dans son lit. Une aventure pleine de charme faite de séances de travail (Catherine pour sa parfaite connaissance de l'anglais de son père, moi pour celle des registres et de la langue française) qui se terminaient par un dîner en bonne compagnie avec la bande des lacaniens de Laborde, Suze et une poignée de psychanalystes que je faisais rire et qui me recommandaient surtout, si un jour j'allais mal, de ne pas les contacter.

Conflits du travail, journalisme à la Revue et pour "Taktik" (des papiers insilents sur les figures parisiennes en visite à Marseille) mais également le parcours de l'OM qui pousse l'effronterie jusqu'à éliminer "mon" Milan double champion d'Europe au stade Vélodrome, avant d'écarter Moscou et de succomber aux tirs au but contre les Yougoslaves de l'Etoile Rouge, avec l'image de Basie Boli s'effondrant en larmes en Eurovision. Comme la passion du journalisme implique d'être là où il faut, je suis sur la parvis du Vélo lorsque les héros malheureux descendent de leur car etbjettent un œil désolé sur le char qui aurait pu les faire triompher sur la Cannebière et autour du Vieux Port...

(À Suivre)



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