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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VI)
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Fin 1986 - L'incroyable aventure des "Baskets d'Euripide" – Premier épisode. - Lorsque Morisi et Franquet complotent rue de l'Abbé Patureau, les premiers pas de leur capital esthétique et la traînée de poudre qui embrase les milieux branchés parisiens...

 

Guy : - Alors, cette idée géniale.

Franquet sert un café à Morisi qui vient de traverser Paris depuis la porte de Montreuil.

Mario : - Ca vient... Tu es bien placé pour savoir que les artistes crèvent de faim en attendant qu'on leur paie ce qu'on leur doit quand on accepte de leur devoir quelque chose. Alors voilà, et si on se faisait payer avant d'écrire un bouquin, de peindre une toile, de composer une chanson ou une musique ?

Guy : - Ok mais comment ?

Mario : - Imagine que nous ayons un roman à écrire tous les deux. Pour cela il nous faudra du temps que nous n'occuperons pas à gagner notre crôute, toi avec tes pubs, moi avec mes corrections. Ce qui serait chouette c'est de fixer une rémunération de, disons, 1000 francs par mois pendant six mois, et de toucher cette somme avant parution.

Guy : - Tu appelles ça une idée, je ne comprends pas...

Mario : - Voilà, imaginons que nous ayons besoin de 6 X 1000 francs X 2, soit 12 000 francs, Nous les répartissons en 120 actions de 100 francs que nous vendons à des amis, des commerçants, des entreprises, des médias... Ayant constitué cet ensemble de promesses, on les transforme en actions et le tour est joué !

Guy : - Mais tu vas les vendre contre quoi, tes actions, de vraies actions, avec une retour sur investissement pour les actionnaires ? Tu crois au Père Noël, qu'est-ce qui se passe si on ne vend pas de livres ?

Mario : - C'est là la ruse, ce qu'on leur vend contre leurs actions, c'est... une participation active dans la fiction, un rôle positif : Vous voulez être les héros d'un roman, devenez nos mécènes."

Guy : - Comment ça ?

Mario : - Eh bien oui, le loup c'est qu'on ne vendra pas des citations publicitaires à l’unité ou en paquets, on offrira à ces gens, à ces entreprises, à ces médias, l'immortalité ! Leur nom à la Bibliothèque Nationale ! Mais surtout la gloire d'avoir été les premiers à soutenir "le roman vendu par action dont les actionnaires sont devenus les héros !"

Guy : - Et qui va éditer cette folie ?

Mario : - J'en ai parlé à Simion de Vertiges, Carrere serait intéressé..."

Ca commence comme ça, dans l'appartement de Guy rue de l'Abbé Patureau, Of course, les Roux & Combaluzier du nouveau roman (Jérôme Garcin scripsit) s'enflamment, escogitent, phosphorent. Ils rédigent un contrat type, ils peaufinent la notion de "capital esthétique" et d'"assignats littéraires non participatifs" : des "actions indirectes" (c'était d'actualité !) de 100 francs l'unité de marnière que l'agence de pub, la radio privée ou le boucher du coin puissent jouer le jeu.

Les idées folles finissent en général enfermées, la nôtre court Paris, Besançon, le monde a une vitesse inouïe. Je prends rendez-vous avec Jean-François Kahn qui trouve ça marrant et m’oriente vers la directrice commerciale. Guy obtient une entrevue avec Albert Mathieu, le directeur d’Antenne de Canal Plus ; il ne s'arrête pas là, il branche le Pdg de Com-4, celui de Plan-Créatif, cet autre de Radio Décibel, la radio centralisée des Hypers hexagonaux; Dans la foulée le fondateur de Sparf, des cosmétiques pour ados. De mon côté je convaincs Annie D, l'adjointe à la Culture de Besançon, une copine de la fac, Georges Curie, le DRAC Livres de Franche-Comté et le tandem Massonie-Condé, du labo Mathématique et Statistique de la fac des Lettres de Besançon.

Petit à petit notre capital esthétique se consolide. Le boucher du Cochon Rose, alors au coin de la rue Germai-Pilon et Véron, exige d'apparaître en échange de deux côtes de bœuf. Nous offrons une action à nos amis artistes, une manière de leur faire de la pub en échange de l’utilisation de leur nom.

Nous essuyons des échecs avec les fats et les prétentieux. Azzaro nous fait virer de sa boutique de la rue de Rivoli, Ajala, un stylise tunisien de petite taille, croit qu'on se moque de lui en lui parlant d’un peuple de nains. Une importatrice de saumon suédoise vient de faire faillite, on se retrouve dans le métro avec un saumon De Luxe qui fond !

Notre échec le plus poétique met en jeu le directeur de Lutsia, un géant des produits de beauté, le rival de la Roche-Posay. Le look sévère d'un officier du Cadre de Saumur, les tempes rasées, l'œil acéré, il nous demande de faire vite. On lui expose notre idée de mécénat par actions où les actionnaires jouent un rôle positif dans l'histoire et il s'enflamme. S'il était de la partie, il parlerait d'un sien ami, une sommité de la dermato qui travaille sur le vieillissement de la peau, comme notre histoire se déroule dans une grotte, il le mettrait à contribution pour protéger nos nains de la lumière du jour, quand ils sont obligés de faire surface. Guy et moi échangeons des regards : le gars devenait fou, ils devenaient tous fous !

À ce stade de ma chronique, je vous dois quelques éclaircissements. De quels nains suis-je en train de vous parler ? De quelle grotte ? De quoi s'agit-il ?

Il s'agit d'un peuple de nains vivant sous la Butte Montmartre depuis plusieurs millénaires. Ces nains, gnomes, trolls, corrigans, peikkos, nabots et autres créatures de petites tailles sont gouvernés par la reine Géronta dont les ministres sont ses fils BienNé le gentil, le solaire, et Segondin, le magnétique, le venimeux.

Dans la Grotte, aux ramifications innombrables, vivent des pégases, des chimères et des sirènes miniatures qui s'égaient au milieu d'œuvres d'art à la valeur inestimable, car les plus grands artistes de tous les temps, ayant eu vent de la grotte aux merveilles, ont fait don de leurs créations les plus précieuses à Géronta, la mécène universelle.

Jusqu'à ce que...

Jusqu'à ce que la Prophétie se réalise… le jour où la Grand Nettoyeuse mourra, les nains devront quitter leur nid pour affronter le monde extérieur. C'est là que BienNé et Segondin, envoyés en éclaireurs, rencontreront Franquet et Morisi, Angelo Pastore, Bernard Chapuis, Albert Mathieu, Eugène Simion, les pdg de Plan Créatif, de Com-4 et de Sparf, l'adjointe à la Culture de Besançon et le DRAC Livres de Franche-Comté, qui se démèneront pour qu'on n’utilise pas des pégases et les sirènes dans les campagnes publicitaires et qu'on n’enlève pas les naines pour les prostituer !

J'en rigole encore.

Faire payer des chefs d'entreprises dont certains ultra-connus pour patauger au milieu des nains, dont Nyborg qui lévite et pue chasue fois qu’il a une vision. Foirus qui veut soigner tout le londe. Ou Phédon, le narrateur à la bouche cousue condamné à graver l'histoire du peuple de Géronta sur des tables en argile, pour avoir lutiné une princesse numide la nuit où se déclara l'incendie de la bibliothèque d'Alexandrie dont il avait la garde...

Si l'on ajoute que Franquet et Morisi ont l'idée d'un aréopage de parrains composé – tenez-vous bien : d'Amanda Lear, d'Yves Robert, de Pierre Bouteiller, de Boris Bergmann, de Daniel Prévost, de Charlie Schlingo, du Professeur Choron et de Léonie Bathiat, dite Arletty, vous comprenez la stupeur des milieux autorisés et les formidables rigolades le soir chez Areski !

Le Morisi d'aujourd'hui s'arrête pour l'instant et se pose une question : -Est-ce que tout cela a vraiment existé ?

(La Suite au prochain numéro)

Janvier 1987 – L'incroyable aventure des "Baskets d'Euripide" – Troisième épisode. Lorsque Morisi et Franquet sont accueillis par Pierre Molet et Lucie Morisi dans les Yvelines, la manière dont ils sont bichonnés comme des coqs en pâte, la composition et la rédaction des Baskets et l'intégration dans l'histoire des suggestions des annonceurs qui "ont payés pour être dedans". Enfin la manière dont Jean-François Kahn apprend qu'il a écrit un éditorial pour sauver Géronta et son Barnum...

Pierre Molet, le parrain de Morisi et son oncle par alliance, à peine retraité de chez Dassault, plus un cheveu sur le crâne, chemise de bucheron, pantalon de velours trop large, savate au pied, frappe à la porte de son neveu et le réveille sans ménagement comme il le faisait quand il l'avait embauché comme aide-chaudronnier douze ans plus tôt. Celui-ci se frotte les yeux et s'en va sortir Franquet des bras de Morphée.

Il est 5 h 45. Tonton a bourré la cafetière italienne de moka, on l'entend siffler du ree-de-chaussée. Guy et Mario salue la gueule enfarinée, le bordeaux et le bardolino de la veille étaient excellents mais surabondance de nectar nuit.

C'est une tradition chez Pierrot, la journée commence par un café serré agrémenté d'un dé à coudre de rhum pour le coup de fouet. Tartines beurrées, confitures, œufs durs et jambon, café au lait ou à l'américaine...

Le Tonton était chef d'atelier, il appelle les duettistes de la machine à écrire les "schoumack" (de ´ Schumacher ´cordonnier en allemand) qui est le nom en jargon de l'aviation pour "chaudronnier". "Allez, au boulot les shcumacks, il faut tenir la cadence, respecter les délais."

Loin des tentations des Abbesses, Morisi et Franquet se sont partagé la tâche. Franquet rédigera la première partie, la présentation des nains dans leur grotte et leur sortie à l'air libre sur la Butte Montmartre. Mario racontera leur installation à Besançon qui a décidé de bâtir un parc d'attractions pédagogique et d'assurer leur protection. Tout cela en intégrant les "actionnaires-acteurs" de l'histoire, les gars de l'EDJ, de Canal, de Comm-4, de Radio Décibel, de Plan-Créatif et de la mairie de Besançon ; de la DRAC ou du MIS des doyen et futur doyen Massonie et Condé. Sans oublier nos saints protecteurs : Arletty, Amanda Lear, Pierre Bouteiller, Yves Robert et consorts.

Le merveilleux de l'histoire c'est que ces annonceurs appelés à sauver les nains se sont enflammés à leur tour. Bernard Chapuis, le patron du cahier "Quelle Époque" à l’EDJ, un dandy à l'élégance britannique et la faconde méridionales craque en raccompagnant Morisi après un entraînement de foot sous la tour Eiffel. Pris dans un embouteillage, il se penche au-dessus de son passager et lui dit en ouvrant son vide-poche : "Tu vois, j'imagine une toute petit créature en hénin et robe drapée qui a fui les vilains qui voulaient la mettre dans leur poche ; elle a de grands yeux bouleversants à la Giuletta Masina dans La Strada, un charme redoutable, elle me supplie de ne pas lui faire de mal. C'est le drame, je tombe dingue amoureux, mais je suis si grand, si lourd et elle est si petite : c'est l'amour impossible.".

Schnaeblé (Le Progrès, le Pays, bientôt France 3) et Jean-Pierre Perrin (AFP) font mieux, entre deux deux bières pression au Chemin des Loups, ils imaginent en bons faits-diversiers que des monstres cupides ont enlevé des naines pour les installer dans un bordel sur les hauts de Besançon. Ils inventent l'enquête qui les amène à les sauver et en tirent un article et une dépâche qui bouleverse la pays. Macquer des naines âgées de 5000 ans, quelle ignominie !

Mario et Guy, Les Pottel & Chabot de "l'incroyable mais vrai", bâtissent leur scénario en postulant autour de la question : que se passerait-il si un peuple de nains bibliques faisait irruption à la fin du XXe Siècle ? Imaginant que Nyborg, Phédon, Foirus et compagnie seraient l'objet de mille sollicitations et menaces, Morisi se met en tête d'écrire un éditorial signé Jean-François Kahn dans le style "Sauvons les nains pour sauver l'Homme". La thèse défendue - contre le Front national qui prétend que le peuple des nabots n'est pas humain et que les droits de l'homme ne s'appliquent pas à eux - affirme que la morale naturelle impose de s’interdire les violences, le viol, l'exploitation fircée, la réduction en esclavage, que ces crimes soient infligés à des hommes ; à des personnes de petite taille, des animaux ; à des créatures mythologiques ou à des œuvres de l'esprit.

Morisi ne se dégonfle pas, il pousse la porte de Kahn et lui fait lire l'éditorial qu'il a écrit à sa place. Bougon et pressé, le Galilée de l'extrême-centre le parcourt et valide : "Probable que j'aurais écrit ça, fichez le camp, maintenant, j'ai du boulot !´

Nous passons quinze jours aux petits oignons dans les Yvelines, la tata et le tonton sont adorables, on vit de grands moments le soir et nous offrons de belles parties de rigolades. Ils iront jusqu’à nous achetre 5 actions en liquide !

Ayant fini ma partie, je rejoins Guy dans sa chambre, nous revoyons tout et rédigeons la troisième et l'envoi.

Début février, les Baskets sont présentables et nous les servons encore chaudes rue Pierre Lescot, puis chez Carrere. Schlingo a fini ses illustrations. 90 000 francs sont rentrés dans nos caisses. Nous finançons la préparation de la copie, la PAO et l'impression et nous réservons un beau pourcentage des ventes hors-taxes. Chapuis, plein de classe, convainc son ami Bauby de commander un dessin à Copi, le prestigieux humoriste, dessinateur et dramaturge. C'est dans "Paris-Match" que les Baskets font leur entrée dans le seul monde qui compte en France, celui du Gotha germanopratin.

Sur ce Mario impose à Guy une idée qui laisse icelui perplexe : c'est à Besançon pour le Salon du Livre et de la Francophonie que l'on va lancer la bombe à fragmentation ´Baskets’.

Eh oui, mon cher Guy : à Besac on aura droit à une dépêche AFP de deux pages signée par l'ami Perrin. Et à un gros papier dans l’Est aux bons soins de Jean-Pierre Tenoux. À Paris ? Que dalle car pour les médias dominants nous ne comptons pas plus que Sparf et que la Grande Nettoyeuse.

Chic idée de Morisi : Géronta et son peuple allait conquérir le monde le temps d’une semaine. Mais nous verrons tout cela demain...

(A suivre)

Printemps 1987 – "Les Baskets d'Euripide 4e épisode" - Delirum très-nains au salon du Livre de Besançon, dans la Boucle, à Paname, sur Radio Canada, France Inter, France Culture, Europe, France 2, Canal Plus, Paris Match, ou comment les escrocs littéraires Franquet et Morisi deviennent célèbres pendant quelques quarts d'heure...

Dans le TGV qui conduit Pottel-Franquet et Mario-Chabot à Besac, c'est l'effervescence. Les Dee Dee's, Charlie Schlingo, Peter Winfield et une brochette de vindieux de chez Ammad reviennent au pays pour le lancement des Baskets que les deux félés brandissent au nez des passagers du wagon picole. Objectif : le salon du Livre de Besançon et la soirée surprise que leur éditeur offre aux amoureux des livres foutraques et de folie douce.

Le débarquement n'égale pas la descente de Jeannot Josselin après son championnat du monde mais presque. Tout le monde chez René ! Où JF, le prince des loufiats, Pedro Creidi ; des journalistes de Radio-France, Bip, Sud et une sélection de groupies fidèles attendent les fadas de pied ferme.

Impossible de décrire les retrouvailles, JF file mettre la bière en perce, c'est le 14 juillet au mois d'avril, alerte rosé au commissariat !

Il faut être honnête, la campagne de promotion du "premier roman entièrement sponsorisé" est un enchaînement de conflits d'intérêt.

La presse est aux premières loges : Schnaeb du Pays, du Progrès et de Radio France, Perrin de l'AFP et bien d'autres à Paris : l'EDJ, Canal Plus, etc. Quand ils n’y sont pas, ce sont de bons amis comme J.-P. Tenoux à l'Est ; Michel Buzon, poète auteur compositeur chanteur et chargé de la culture à France 3 ou Hubert Vieille, le directeur de Radio France à Besançon.

C'est la dépêche de Perrin qui déclenche le tsunami. Précise, drôle, elle atterrit sur des milliers de télescripteurs en France et dans le monde. "Le premier roman entièrement sponsorisé vient de sortir à Besançon". Le maire et la Drac ont leur retour sur investissement, leur liasse d'actions indirectes font parler de la Franche-Comté pendant une semaine : "De Butte en Boucle, de Montmartre à Besançon".

Un mot sur la soirée surprise qui précipite au Petit Kursaal plusieurs centaines d’olibrius alléchés par les boissons et les amuse-gueule gratuits, par le concert des Dee Dee's suivi du quatuor jazz de Christian Fridelance ; par l'expo photo de Peter Winfield et les œuvres de nos actionnaires invités, personnages du roman eux aussi : la peintre Sabine Delettre, le sculpteur Claudy Pellaton, d'autres amis philosophes, écrivains ou dessinateurs de bd. Tout cela autour du mythique Schlingo et de ses créatures désopilantes.

Le responsable des lieux m'en voudra (pour rire), la soirée coûtera à la Ville le prix de la moquette du petit Kursaal : trop de vin, trop de bière, trop de mégots. Nous étions morts de rire en fait, le peuple des bars et des grottes investissait un endroit distingué. Sacré peuple de Géronta ! Seul regret, l’absence d'Amanda Lear (elle s'est décommandée la veille la mort dans l'âme) et de Choron (qui n'aimait pas avoir la gueule de bois en Province).

La bringue qui suit est dantesque. Franquet et Morisi se retrouvent dans un appartement inconnu quand J.F. les retrouve à l'aube. Des coups de fil arrivent chez René : des demandes d'interview du Canada, de Suisse, de Paris !

Plus fort encore : une secrétaire d'Antenne 2, insiste, Leymergie les veut au Jt du midi !

JF - un ange - s’est renseigné. Un TGV part dans la demi-heure, si Mario et Guy l'attrapent au vol, ils seront à Paris avant midi.

Franquet et Morisi sautent dans leurs baskets, prennent un change chez Pedro et filent. L'attachée de presse de Carrere les attend gare de Lyon. Dans le taxi, elle propose qu'ils se rafraîchissent, parce que…

Douche place des Ternes, re-taxi et maquillage dans les studios d'Antenne 2. Sourires gênés aux ViP qui se succèdent, gueule de bois, trémulations diverses.

Notre moment de gloire surrvient en présence de Michel Leeb, qui se marre comme une baleine.

La suite est délirante.

Nous participons au Jt de Philippe Gildas avec Joël Bats dont Morisi embrasse la main qui a arrêté le pénalty de Zico, et Axel Bauer, l'homme du Cargo de Nuit.

Puis nous courons des studios de France Culture à ceux d'Europe n°1. Les articles de journaux pleuvent, la dépêche de Perrin est reprise et déclinée des centaines de fois. Deux pages dans l'EDJ, un dossier dans le magazine ´Stratégie ´ qui crie au génie, quelle intuition, ce capital esthétique et ces actions indirectes !

Plus fort encore, les correspondants d’ARD montent un 28 minutes pour "Blau Montag", une émission vedette de la Une allemande. Ils interviewent Kahn, Mathieu, le patron du Cochon Rose, les habitants des Abbesses ; installent une cam hi-tech devant la porte du fond de chez Ammad, celle par laquelle BienNé et Segondin font leur apparition dans le livre... - Sublime et émouvant ! Depuis la table où la folie naquit un an plus tôt entre deux Pontarlier ! Mais gardons la tête froide et la fin pour la bonne bouche, les nains n'avaient pas fini de nous surprendre...

(A Suivre)

Automne 1987 : Morisi et Franquet digèrent leur succès à obsolescence programmée, l'un depuis sa loge de veilleur de nuit chez Ammad, l'autre depuis son appartement des dessus du cimetière Montmartre. - La manière dont ils essaient d'exploiter leur notoriété, le Grand Bubon, Ray Duke et la formation de la "bande des Silver", sans oublier les convoitises qu'ils suscitent autour d'eux

Morisi profite de l'été pour répondre à l'invitation d'un prof de créativité écrite du CLA de Besançon, où Fernand Matthias - grâce lui soit rendue - l'avait invité à parler de "l'Émirat" aux étudiants étrangers en stage d''été. Morisi en profite pour prendre bouche avec l'âme de ces stages qui sont le fleuron international de l'université de Franche-Comté à Besançon. Ombilic de la Boucle, ombilic des langues...

De retour à Montmartre, Morisi et Franquet tirent leurs marrons du feu pendant quelques semaines. Leurs apparitions dans la presse et dans les médias qui comptent leur ont valu une notoriété qu'ils avaient intérêt à monnayer. D'où la naissance de nouveaux projets : par exemple un feuilleton radiophonique à proposer à France inter (puisque Pierre Bouteiller, le directeur, était un de leurs parrains), à RTL, Canal Plus (avec le soutien d'Isabelle Waroquier, le bras droit du directeur d'antenne, un de nos protecteurs) ou la Cinq, première chaîne privée concédée par Mitterrand au "Caïman" Berlusconi.

Le six mois qui suivent la rentrée sont flamboyants. Les énergumènes réunis par les nains dans les Baskets : Schlingo, Bottom, Tronchet, Monseigneur, De Chassey et consorts se retrouvent le soir, se soutiennent mutuellement, se rendent aux vernissages et aux concerts les uns des autres au point de former une maçonnerie pleine de verve et de projets, pour le plus grand bonheur des bistrots et des restos qu'ils fréquentaient : Ammad, le vieil Ali, le Tapas Nocturne, le Saint Jean, le Cockney sur le boulevard Pigalle, la Cloche d'or et le Martial en contrebas de la place Blanche.

Cupidon et ses amours, Dionysos et ses bacchantes restent en éveil, on a davantage de succès quand on est passé au jt d'Antenne 2 et sur Paris Match qu’au Mont de Piété.

Un soir de présentation des Baskets, Morisi, qui est bronzé pour cause de passages au SNB lors de son séjour à Besançon, suscite les appétits d'une libraire du 14e arrondissement qui lui fait connaître une Polonaise gourmande (elles le sont fréquemment) et un duo de galeristes du Marais dont Astrid, sémillante brunette qui habite la Bastille et qui loue un loft dans une usine désaffectée peuplée de ‘fils dé dint le fils Eustache. et de plasticiens friqués.

Je confonds probablement deux soirées de la même période mais nous sommes invités grâce à Franquet à la première d'un spectacle théâtral près le cinéma des Grand-Augustins : 4 h 30 sans entracte pour un texte hermétique que les 3 comédiens jouent pied-nu sur une bâche amidonnée recouverte de sable et de gravier. Guy me fait les gros yeux mais je sors fumer une clope (et oui, j'ai pris ce vice en attendant les copies à l'EDJ !) et bois un coup dans un bar de la rue voisine.

Le bon point c’est qu’Astrid me rejoint et que nous faisons un tour avant de rejoindre le metteur en scène et sa cour dans un restaurant à mezés du 5e arrondissement

Dur, très dur d’endurer desmonceaux de conneries parce qu’on ne paie pas sa bouffe… Je n'en peux plus, Astrid non plus… Nous filons rue Oberkampf puis elle l’invite sur le toit en zinc gris de son appartement pour une paire de scotchs au clair de lune.

Astrid est raffinée et tendrement perverse, elle m'explique la corrida. Lorsque le monstre boir se jette dans l'arène, il est le membre viril, le phallus, le glaive qui veut éventrer le torero en tenue d’entraîneuse de bar de nuit. Celui ci l'évite, l'esquive, l'épuise de son désir non assouvi et le rend femelle : c'est le sexe du matador transformé en phallus de Tolède qui plonge dans l'arceau de ses cornes et lui procure l'épectase, son grand et dernier frisson.

Un tel récit met Morisi en appétit et la nuit s'écoule en de très longues et lentes et profondes étreintes dont Astrid sort en lui avouant qu'elle a un copain torero, merci, merci, c’était étonnant, long, lent : où avait-il appris à faire l'amour comme ça ?

Se rappelant le moment où Morisi quitte la Bastille, traverse le boulevard et commande un chablis place des Vosges, celui qui écrit se rappelle les réflexions à haute voix d'un dadais borgne qui se lance, en le voyant arriver, dans une diatribe contre "les petits cons de provinciaux qui polluent les médias avec leurs petites combines à la noix et leurs livres vendus par actions". Eu égard au fait qu'Edern Hallier est ivre et très costaud, j'évite de lui demander s'il est ok pour acheter une action dans mon prochain roman.

Fin 1987, Franquet et Morisi sont inséparables et intarissables, pendant que le premier travaille à un script qui lui tient à cœur depuis des années, Mario accepte la proposition de Carrere de rewriter "Il neige sur Amarillo", le roman de Sam Bernett – un monument de l'époque 'Salut les Copains', l'homme chez qui Jim Morrison est passé de vie à trépas -; il s’agit d’un gros livre écrit à quatre mains avec Max Dumas, qui fait découvrir à l'anarcho-délirant Morisi, les coulisses du showbiz façon Sentier : Anconina, Bruel, etc. Cela dure très peu de temps : on ne mélange pas les sangsues et les soviets.

L'important dans cet après-Baskets, c'est la création d'une bande multi-talentueuse composée de rockers, de jazzeux, de choristes, de scénaristes, de publicitaires, de graphistes, de décorateurs et d'écrivains autour de la figure sidérante de Charlie Schlingo et de son univers anthropo-animalier.

Tout commencera par l'idée d’écrire un feuilleton radiophonique comme au temps de Gérard Sire, de Blanche et de Dac, de Yanne et de Martin.

Il se produit quelque chose de rare. Morisi et Franquet, qui passent 18 heures par jour ensemble, génèrent une troisième identité, fusion partielle des deux autres. Une turbine créative qui carburera à plein régime pendant neuf mois.

Le deuxième enfant des duettistes s'appelle ‘Le Grand Bubon’. Une vieillarde acariâtre et frustrée déclare la guerre au Beau. Sur le modèle des 12 Salopards, elle recrute une bande de venimeux, de véhéments, de vicelards et entreprend d'incendier, de sacager, de détruire tout ce qui est considéré comme prècieux : visages, édifices, peintures, sculptures, concerts, vêtements de luxe, cosmétiques...

Les pouvoir publics étant obnubilés par le terrorisme islamique, c'est Flintcott, un inspecteur ´surnuméraire ´ qui lance la croisade pour sauver le Beau car Dieu, dans son omnipotence, lui apparaît aux Buttes-Chaumont et le désigne pour sauver les beaux arts et préserver la civilisation.

Ça ne s’arrête pas là. ´Moriflasque et Gay Francky ´ présentent le projet à la bande des fadas de chez Ammad : Charlie, les Dee Dee's, Mary-Linne et Monseigneur et on enregistre un épisode dans les studios de Com-4, un des annonceurs de Baskets.

Pas gênés ( les cons osent tout !) on prend rendez-vous avec le directeur d'Antenne d'Europe que Guy connaît bien et qui nous donne l'autorisation d'enregistrer un pilote sur place ! Avec la surprise de voir arriver Jean Roucas qui insiste pour jouer gratis la voix d’un Chaban-Delmas qui incite le peuple de France à se soulever contre la secte du Bubon....

L'autre initiative délirante est la création d'une série de polars burlesques entre San Antonio et Gotblib baptisée : "Ray Duke et IGV, les investigations à grande vitesse". Avec Bible et galerie des personnages récurrents.

Principe : 2 heures de lecture en TGV entre Paris et Lyon ou Paris en Rennes. Personnage principal : Alice Pauillac (AP), fille de l'assistance publique parrainée par le Père Goikotchea, un abbé basque rugbyman, et Edmond de Beurgandfrais, un monarchiste soclal girondin…

Alice vient d'obtenir sa patente de détective, elle est sexy, athlétique et elle s'occupe de sa petite-sœur, une Geek avant l'heure. Elles occupent l'arrière-salle d'un Lavomatic à Paname.

Schlingo, Raymond dit Fefé, Guy et Mario s'y collent. C'est derniers écrivent "SOS Saucisses" : - David Bowie arrive affolé au Lavomatic. Pourchassé par une meute de fans, Il se présente, il appartient à une agence de sosies de Strasbourg, il a découvert le secret de la saucisse déshydratée...

Pendant ce temps-là Charlie imagine qu’une bande de bras cassés animaliers glissent une molécule désinhibante dans le puligny-montrachet et lebchâteau-yquem, ce qui provoque une vague d'attentats à la pudeur à l'Assemblée nationale !

Raymond n’est pas en reste : il travaille sur un trafic de toiles de maîtres où les faussaires peignent des copies sur les originaux pour détourner les soupçons.

Morisi signe ´Le Rimmel se mange froid’ dont j'ai oublié le pitch… Et nous présentons le tout au directeur des Éditions n°1, qui nous fout à la porte. Tant pis pour lui, Le Poulpe de Pouy & Co allait montrer que nous étions en avance sur lui..

Demi échec pour le ´Grand Bubon’ en janvier. Le directeur d'Antenne d'Europe, qui nous à la bonne, demande à Charlie, Guy et moi de nous rendre disponibles un jour de selaine. Il cherche un trio pour commenter l'actualité et distraire le bon peuple entre 11 heures et 13 heures. L'idée de notre feuilleton est validée, mais elle ne suffira pas, il faut tout un programme autour, nos voix se marient bien ensemble, in peut décrocher la timballe.

Charlie est ok, pourquoi pas, du moment qu'on est grassement payés. Guy, dont la voix profonde est un parangon d'organe radiophonique, est enthousiaste. Pas moi, je suis écrivain pas humoriste, impossible de me faire faire la même chose cinq jours sur sept pendant des mois. Et puis il y a le bouquin que j'ai commencé dans ma loge : ´Rue Vérin´, l'histoire d'un groupe de réfugiés hongrois qui veulent monter une radio libre en haut de la rue des Martyrs. Les Inconnus l’ignorent mais c’est à moi qu’ils doivent tout.

Jacqueline ; Eva, une Polonaise rousse ; la libraire du 14e en dessous sexy ; des admiratrices pompettes qui le confondent avec d'autres vus à la télé, Morisi avance à sauts et à gambades et se perd un peu.

Jusqu'à cette fin d'après-midi lubugre, sinistre, bouchée où Charlie et lui int l’idée de la ´nouvelle poésie".

(La suite au prochain numéro..."

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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