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LES CHRONIQUES SEXAGENAIRES (VI)
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Première moitié 1983 – Lorsque la schizophrénie gagne le Morisi d'alors qui passe une année survoltée entre Palente, le Chemin des Loups et la fin des Mariemontagnes ; la controverse de Radio-Palente, l'invasion de la "maison de quartier" par des "gens' du centre-ville et le cas épineux de la rénovation-extension de la MJC la vielle des élections municipales. Par ailleurs la rencontre avec Bizet, Daniel, chanteur-auteur-compositeur et ex-matador de taureaux...

 

1983, les espoirs suscités par les premières (grandes) mesures du socialisme façon Mitterrand commencent à poser des problèmes économiques. L'inflation est l'ennemie, les mesures ne seraient pas financées, la dette nous conduirait à la faillite, la faute à Mauroy et à l'idéologie dirigiste d'État qui prônait les nationalisations quand nos voisins, Thatcher et la Grande-Bretagne en tête, libéralisait, "libéraient’’ les énergies" et battaient en brèche l'État-Providence.

Début 83 on comprend que ça ne va pas être gai. En trois mois meurent Louis de Funès, Tennessee Williams et le papa de Tintin. À Palente, Morisi et son équipe mettent sur pied un Carnaval brésilien avec stage de "batucada", défilé en ville par moins 15 et une soirée Carnavalesque animée par les Marseillais de "Coco Verde", entrée gratuite pour ceux qui se présentaient à l'entrée avec un instrument de musique.

À la MJ, on notait la présence de "horsains" du centre/ville : ce qui inquiétait le "C.A.", indigènes garants des subventions qui étaient destinées "au quartier". Tant pis pour eux, les "mardis-ciné de Palente" organisées autour d'un film en v.o, un repas typique et des associations d’étrangers, drainaient pas mal de monde dont certains découvraient la maison.

Un après-midi de grisaille, un bonhomme tout en puissance et en rondeur sollicite une entrevue avec le directeur ; la secrétaire fait barrage mais ne peut l'empêcher de fondre sur moi avec son étui de guitare. Il s'appelle Bizet, il vient d'arriver à Besançon dans les bagages de sa femme qui est enseignante et il veut rencontrer Lionel Patrick, le directeur du théâtre qu’il connaît bien puisqu'il a toréé un fauve nommé ´Carmen’ quand ce dernier était directeur des Arènes de Fréjus ! Un cd ? Pas de cd ! Le gars sort sa gratte classique: sa voix est profonde, ses paroles dignes de Ferré. On trouve une date sur le champ, le bureau fait la gueule.

Alors que les Fox étoffent notre répertoire ; que les nuits de nouba se multiplient ; que je découvre Radio Bip, la Péniche, Le CDN, le ton monte à la MJ pour cause de Radio libre, une lubie du directeur qui veut perpétuer la tradition de résistance des paroissiens de Palente. Des réunions ont lieu préparant un vote. On fait un appel à vocations, c'est une partie du centre-ville qui fait irruption au nez et à la barbe du bureau, on trouve la trace du matériel de Radio-Décibel, qui vient de mettre la clé sous la porte. Radio Bip et Radio Sud s'inquiètent, la MJC est puissante, elle a des moyens.

L'autre dossier qui inquiète les élus est celui du Festival "Jazz en Franche-Comté" piloté par la DRAC. Qu'avions-nous à voir avec le Jazz, se répétaient les membres du C.A ? Combien cela allait-il coûter ? Pas question de gaspiller des millions pour faire venir Cecil Taylor comme le CAC de Belfort. Materne de la Ville et Romanoni du FJT étaient bien gentils, c'était leur pré-carré, mais la MJ c'était le folk et la chanson, à la limite l'atelier rock pour les gamins des HLM...

Autre pomme de discorde, plus importante celle-là, l'extension rénovation des bâtiments. Manipulés par une élue à la tête d'un cabinet d'architecture, les élus de la MJ penchent pour une maîtrise d'œuvre privée alors que la municipalité pense confier les travaux à ses services. Le président et ses proches sint de l'avis qu'il faut profiter des élections municipales pour convaincre l'adjoint aux associations, un certain Jean-Louis Fousseret, le futur maire de la ville.

Autre bataille, celle qui se mit à opposer les élus à leurs personnels. Sentant que j'étais plus proche des animateurs que de l'administration, d’aucuns se mettent à harceler Patrick E. qui a le projet de faire venir "Carte de Séjour", le groupe symbole des quartiers fondé par Rachid Taha ; l’occasion selon lui de partager de la culture avec nos amis de Radio Sud : Hamid, Amor, Lazhar Hakkar, qui éducateur, qui animateur, futur cinéaste, médecin, avocat et leurs sœurs naturellement…

Avec la dette que Morisi estimait avoir envers El Oued et l'Algérie, inutile de préciser le côté vers lequel son cœur penchait...

Ces conflits finirent par pourrir l'atmosphère. J'étais devenu directeur de structure par défaut, pour faire bouillir la marmite à notre retour d'Algérie. Or ils m'insupportaient, les néobourgeois cathos bien blancs, bien propres sur eux, la quintessence du ventre mou socialo qui allait préparer l'avènement de Macron et de ses réducteurs de service public.

Celui que je suis devenu - qui ne boit plus une goutte d'alcool depuis le 18 août 2012 - le reconnaît. J’étais à deux doigts de sauter du vélo. Pas évident d’ètre manager d'un groupe de rock, de faire les 400 coups, de jouer les anars tout en cirant les pompes au conseil général, au conseil régional, à la DRAC ou à la CAF…

Il y aurait un Bottin à remplir avec les souvenirs contradictoires de cette période-là : des moments de fraternité joyeuse avec la bande des rockers, les soirées mézés-taboulé chez Pedro et Evelyne. Des apéros confidence avec Claude Condé qui serait bientôt le doyen de la fac. Des matchs de foot avec les potes de l'Escale qui se démenaient pour exister et s'émanciper...

Côté libido, on nageait dans l’approximatif et le douteux. Ayant dépassé la trentaine (et pris du poids), j’étais à présent classé denrée de seconde main, dans la mesure où les chouettes gamines qui rôdaient autour de mes amis musiciens avaient mieux que moi à se mettre sous la dent. Restaient les anciennes, les séparées, les divorcées, les un peu perdues.

La vérité c’est que je vais mal, début 1983. Que j'attrape une saleté sexuellement transmissible, vite guérie, que je prends des cachetons sans ordonnance, que je fais des apnées du sommeil au point de tituber aux urgences un dimanche après-midi.

Des pensées suicidaires ? Pas avant de finir cet "Émirat du tourbillon" qui allait changer ma vie…

(À Suivre)

Printemps 1983 – Carte de Séjour au Lux grâce à la MJ et aux rockers de Besac, sur fond de Minguettes et de Front national, ou comment les élus des anciens Castor tendent une main hésitante aux militants de l'Escale. Récit et arrière-plan...

La guerre d'Algérie (de libération pour les Algériens, des événements pour les Français) a laissé des stigmates qui n'ont pas fini de rendre problématique l'assimilation mutuelle à la République prétendue libertaire, égalitaire et fraternel.

C'est ce que Morisi, celui qui était directeur à Palente, constate, lui qui tient l'Algérie près de son cœur depuis son séjour de deux ans à Oued Souf.

L'idée était de Patrick E., l'animateur quartier. Engagé dans une série de mesures d'insertion concernant les hlm proches de la MJ, il s'inquiète des remous consécutifs aux incidents des Minguettes et de pas mal de "zones urbaines planifiées". Qui deviendraient des "zones éducatives planifiées" censées fonder les fameuses politiques de la ville. En fait des zones, comme on disait "la zone" pour parler des populations dangereuses qui habitaient au-delà des fortif's à Paname : aux petits blancs natifs les quartiers et les faubourgs ; aux prolos, aux métèques, aux étudiants sans le sou "les zones planifiées".

1983, c'était le vingt et unième anniversaire de la fin "déclarée" de la guerre d'Algérie. Guerre prolongée par les attentats de l'OAS dans une atmosphère de "retirada" des pieds noirs et des Harkis qui leur étaient restés fidèles. FLN contre harkis, OAS contre FLN, c’était le temps du désarroi de centaines de milliers de personnes déracinées en butte à l’hostilité des Français de la métropole qui se sentaient envahis par des gens, au drôle d'accent, au nom de qui leurs enfants étaient morts pourpas grand-chose...

Vu de Palente, lorsqu'on pensait à la cité de transit de l'Escale à quelques kilomètres de là , les chaouïs venus de Khenchela et leurs colocataires les Gitans, faisaient peine mais, bon, ils vivaient en clans et en tribu, une population inquiétante avec tous ces enfants qu'ils faisaient, des familles de 7, 8 garçons et filles qui traînaient toute la journée autour de baraques malsaines, parfois des délinquants…

La délinquance, l'insécurité, la haine attisée par Le P'haine Père, un tortionnaire ; l'attitude ambiguë de la gauche avec sa politique des grands frères : c'est dans ce contexte que le CA se demande s'il faut valider la venue de Carte de Séjour, un groupe franco-arabe qui fait polémique depuis Lyon…

Besançon n'est pas Lyon. Planoise pas encore les Minguettes. Sauf qu’un nom fait peur, un patronyme qui claque entre Drakkar viking et Haka All Black, coup de hache dans les oreilles des sédentaires originaires du haut-Doubs ou de Haute-Saône.

Et puis c'est un fait, la Butte ´en recevait pas mal, il y a eu (ou allait y avoir) l'assassinat d'un patron de bar américain dans la rue de la Bibliothèque ("Chicago sur Doubs", titre 'Libé' tout en finesse), Une sale ambiance quand on apprend qu’un autre patron de bar bisontin organise des séances de tir à balles réelles sur une baraque à frites des hauts de Battant...

Le problème, c'est que Patrick E, Jean Louis D. et moi, nous ne connaissons pas les mêmes, de Hakkar. Nos potes s'appellent Amor, Lazare, Miloud, Hamid et ils font partie d'une branche de la famille plus que brillante, avec des nanas formidables qui deviendront profs, éducatrices et même candidates aux élections cantonales et législatives. Amor montera sa société de production de films et sera l'auteur de cinq long métrages. Miloud, un numéro 10 de grande classe qui n'échouera à devenir professionnel que par malchance. Lazare est médecin, Hamid, un éducateur qui fondera Radio Sud, une fréquence toujours soutenue par le CSA.

Arrive la jour où les Athéniens s'athénirent. Carte de Séjour ou pas Carte de Séjour ?

Une partie du CA est pour, l'autre incite à la prudence, la troisième n'en pense pas moins : faire venir Carte de Séjour au Lux, c'est l'assurance de voir rappliquer une bande de racailles et les fachos ou des anciens de l'Algérie française. Et puis l'argent, Carte de Séjour n'est pas donné, il va y avoir des frais, des vols, des bagarres entre rockers et Arabes, publics qui ne se supportent pas...

Les tièdes tombent sur un os car j'ai la solution. Il ne faut pas faire venir un groupe de rock qui chante en arabe pour faire plaisir aux Arabes (dont la plupart n'écrivent pas l'arabe et parlent chaouï) mais les impliquer dans l'organisation, dans la promotion, dans la tenue de l'événement lui-même. Pour cela une solution. Passer une convention entre Radio Sud, une assoce subventionnée dans les règles, Rock à Besac en train de se constituer, et la MJC de Palente. Partage des tâches tripartite : un rocker, un Radio Sud et un MJC à tous les postes, du S.0. au bar, en passant par le guichet, les placiers, les gros bras devant la scène et les roadies. Sans oublier la caisse, ce qui fait tousser les blancs-blonds réticents.

Tout roule à merveille, il est convenu qu'on partagera les bénéfices s'il y en a. C'est le branle-bas de combat, tout le monde s'y colle. Fini les chicaïas rockers-rebeuhs. Surtout lorsque les bruit court que Trinit' et les Fox ouvriront le bal à 20 heures, suivis des Dee Dee's à 21 h et de Carte de Séjour en bouquet final.

Mais il y a un hic ! Les fachos seraient prêts à faire une descente le soir du concert.

Marcel, le président responsable, le vice président choraliste et canoéiste, Madame l'architecte et les autres ne vivent plus. Ils imaginent un bain de sang au Lux.

Ils n'ont pas tort d'avoir peur mais la peur n'éloigne pas le danger et nous ne pouvons plus faire machine arrière. Nous faisons part de nos inquiétudes à la Préfecture et au Commissariat. On nous répond qu'il y aura les patrouilles habituelles du vendredi soir, mais que nous n'avions qu'à nous débrouiller avec nos amis bronzés… Furieux, je déclare haut et fort que je saurais témoigner s'il devait se produire quelque chose de fâcheux.

Le soir du concert tout le monde est sur le pont, les Arabes, les gens du quartier et l'armada des rockers, de leurs amis, de leurs groupies et des vieux gars fans de rock : Pedro, Condé, Schnaeb, les kinés, les psys, les infirmiers, les profs, les anars, les radios libres, les durillons de comptoir… C’est bien simple : le Chemin ds Loups d’Eddy Oudot est vide, ce soir-là !

Tout se passe comme dans un rêve philanthropique : les mômes de l'Escale se démènent sous les yeux des gens de la MJ qui ne les trouvent pas si moches que ça. - Sur scène, Trinita, Mémèd, Post, Michou et Duduche à l'harmo, chauffent la salle sous les vivats des minettes de Radio Sud. Dans la foulée les Dee Dee's (Bottom, Blanco, Tronchet, Valenton) sont en forme, ils chassent la dentelle et insistent pour qu'on ne sorte pas la nuit. Bon, ça traîne et Taha s'énerve, il est 23 h 30 quand il entre en scène en hurlant contre l’organisation, ce qui lui vaut une dure réprimande des gars de Radio Sud qui lui rappellent que les organisateurs sont des potes, qu'on est cul et chemise et que ce ne sont pas des 'céfrans' â la gomme !

La soirée est un succès : 700 entrées payantes. Quand les gars des trois bandes, les blancs de la gauche catholo, les fadas du rock et les enfants des Aurès ont tout plié, tout rangé, tout balayé au coude à coude, est née une alliance que je me rappelle avec émotion car par la suite…

nous allions jouer au foot ensemble à l’Escale, sauver la radio d’Hamid en organisant un concert mémorable avec les Coronados de Paris et ´Dr Dee ´, la fusion de nos Beatles et de nos Stones !Mieux, nous allions devenir amis et complices, partir avec Amor et Lazare voir Platini au Stadio Communale de Turin et entreprendre un bout de chemin qui a perduré jusqu'au sauvetage-renaissance de Radio Sud en 2018... - Alors, tas de pas-beaux : qui a dit que Hamid, Lazare, Amor, Miloud, Naïma, Bouzid, Sabaa, Fatima, Kamel et les autres étaient de moindre valeur que Jean Pierre, Isabelle, Pablo, Elie ou Mario ? Pauvres minus, jamais vous ne pourrez éviter que vivent l'amitié, le faire-ensemble et la résistance aux saloperies !

(À Suivre)

Mars 1983 – L'apparition d'Édith, sœur de Judith, fille de Lilith ; l'attirance du mal pour le bien. Regarder la Méduse au fond des yeux et plonger dans une faille entre Dole, Stresa et Florence... Une Chronique à ne pas mettre entre toutes les mains.

Elle apparaît devant la cabine téléphonique de la Madeleine à quatre heures du matin. Elle m'a fait rencontrer ses copains défoncés au prétexte de parler de ´Par-delà le bien et le Mal’ de Nietzche. Elle doit se camer mais elle parle calmement, me fait découvrir Nirvana : elle est le contraire absolu du capitaine aux yeux bleus, elle est sombre, ses cheveux sont emmêlés et hirsutes, très noirs ; elle a de beaux seins bien ronds, presque déplacés sur un corps plutôt gracile.

Je le comprends tout de suite, Édith, a été créée pour moi, aucune de mes connaissances ne la voit, ne sait que nous nous approchons.

Malgré les Mariemontagnes, l'excès d'alcool, le manque de sommeil, la colère qui gronde en moi, je vibrionne, je me donne, je m'enthousiasme, j'intercède, je suis dans la vie.

C'est cette abondance, ces débordements, ce jus, cette vitalité ; mes allocutions, mes logomachies qui l'aimantent. Elle me regarde comme on regarde de derrière un chien aux reins puissants…

Elle - Édith, fille de Lilith - c'est une créature du "Pentateuque", une fille maudite et vénéneuse déguisée en succube, vous savez, ces démons avec des ailes et une queue qui viennent baiser les moines pendant leur sommeil…

Le fait est qu'elle m'apparaît entre le carnaval brésilien et Carte de Séjour. Que nous entrons en fusion astrale et que nous sautons dans un train. Pour Dole d'abord (quel étrange moment dans la brume empesée de givre du côté du Canal Charles-Quin…) Puis pour Stresa, cité de villégiature fantôme fondée pour les riches Anglais de la fin du XIXe siècle. Descendons du train de nuit pour Venise au feeling, marchons jusqu'au premier hôtel, un quatre étoiles. Nous glissons dans un lit de 4 X 3 morts de fatigue, l'estomac en bataille ; nous endormons.

Il ne neige pas sur le lac Majeur mais presque. Le spleen nous chasse en 24 heures. Nous filons à la gare. Un train pour Milan, vite ! Un autre vers le sud qui passe par Piacenza, Parma, Modena, Reggio- Emilia, Bologne, enfin Firenze, la ville des Médicis, de Dante et de Machiavel... Posons nos bagages : à peine de quoi se changer. Prenons une douche. Filons le long de la rive noble de l'Arno, celle qui conduit à la Galerie des Offices, plus loin à droite au Ponte Vecchio et au Palais Pitti. Sommes K.O : les murs parlent, ici Dostoievski, ici Stendhal, le syndrome nous guette à moins que cela ne soit le rut des incubes et la gueule de bois.

Je me réveille au lit. Édith fixe fascinée mon pieu, ma queue, mon mât dressé.

Elle le manœuvre doucement, l'a glissé entre ses seins. Pas pour le réduire à sa merci, ça non, pour lui faire cracher sa semence. Pour comprendre ce qu’il est et qui il est. C'est les yeux mi-clos que je la surveille au cad où. Je pense à la Méduse dont la tête tranchée pend au bout du bras du Persée de Cellini sous le célèbre portique.

Édith est un succube venu jouir de moi avec sa queue et ses ailes mais son regard ne tue pas, il est mangé par le vide de ses pupilles, d'une tristesse irrémédiable, tempérér par une douceur nostalgique et des questions sans réponses : que signifient le sexe triple des hommes ; ridicule enfantin, martial, triomphant, puis pitoyable, demi mou.

Je feins de dormir, se faire prendre pendant son sommeil, la gâterie suprême…

Mais je prends peur !

J'ai en tête la toile de Caravage qui représente la Judith d'Holopherne tranchant la tête de Nabuchodonosor pendant son sommeil. Tête de méduse, tête de Nabucco au bout du bras de Judith, j’indiste pour qu’on sorte.

Voilà que nous allons manger et boire. je dévore une entrecôte à la florentine et vide une bouteille de "chianti gallo nero"...

À notre retour, les yeux désintégrés par trop de beauté, Édith-Judith-Lilith boucle à double tour et fait claquer un billet de 100 sur la table de chevet. Elle veut faire de moi son putain, elle veut que je la prenne autant de fois qu'elle le voudra.

Me revient ´l'Empire des sens’, le chef-d’oeuvre fu ciné nippon, la mort que les amants recherchent en ne pouvant plus arrêter de jouir. Je suis habité par le Chi, je me régénère anormalement mais elle ne jouis pas.

Me reviennent des souvenirs le long des rives de l'Arno avec mes parents en 1966, avec Marie trois ans plus tôt en calèche et ce cheval pommelé gris nommé Palissandre. Je ne veux pas le voir, ce cznasson, je ne veux pas qu'il me voie...

Chaque fois que je me réveille, matin midi et nuit, elle est accoudée en travers moi et flatte mon vit, le cajole, le mordille, étudie ses réactions avec ses grands yeux noirs de Méduse privée de ses pouvoirs.

Petit à oetit je prends peur. J'ai envoyé une lettre au CA pour expliquer qu'un ami de Vérone au plus mal avait demandé à me voir. Une semaine d'absence sans préavis c'était gonflé. Je me foutais du CA, mais il y avait mes collègues, les actions en cours, les mardis de Palente et les concerts des Fox.

Le retour est lugubre, entre 'Mort à Venise' et 'Sexus'. Le succube matérialisé pour moi insiste pour me vider à jamais de ma semence. Dans un compartiment occupé par un couple de personnes âgées et un ecclésiastique, elle se couche en travers de moi et couvre sa tête avec mon manteau. Elle me la sort et la prend dans sa bouche. Le sang afflue en moi, je souris à la dame qui lit 'Epoca', une revue 'pipole' parlant des stars du cinéma et je rigole en épiant le curé et en me disant qu’il bande aussi. Comme j'ai appris à me retenir, nos trois amis ont le temps de me saluer et de descendre du train.

La suite est embarrassante, on risque la taule, quand même. Lilith me tire par le bras dans les toilettes, me défroque et m'installe sur la tinette. S'empale mais n'arrive pas à se dépêtrer de ses dessous. Je la soulève, la retourne, l'oblige â poser ses mains contre la paroi, Je vais et je viens jusqu’à ce qu'on frappe à la porte.

La fin du voyage est un calvaire, regards en dessous, boule au ventre, les nerfs à fleur de peau. Comme les mots que nous échangeons n'ont pas de sens, je déraisonne par ecrit sur un carnet. - En quoi Édith allait-elle se transformer demain ? En Judith tranchant mon sexe pendant mon sommeil, car j'étais le violeur chaldéen, l'ennemi du peuple juif et de ses filles... — Ou bien alors tout au contraire, en Édith B., hébétée par l’origine mâle du monde après été violée enfant, et qui enrageait de ne pouvoir aimer celui qui avait accepté d'être son putain ?

Arrivé dans l'aube glacée de Mouchard, je ne sais plus si c'est moi qui laisse la Edith en carafe ou si c'est elle qui rentre à Besac en stop sans me saluer.

Quand je suis de retour dans la Boucle, je me sens tout chose. La Méduse aux yeux perdus me faisait peur mais je ne la laisserait pas complètement tomber…

'A Suivre)

Mai-Juin 1983 – Amitié, Rock et Ballon rond ou comment des Bisontins de tout poil font ami et ami et se paient de formidables parties de rire et de bonheur. En particulier lors d'une expédition mémorable au Stadio Comunale de Turin pour voir Michel Platini et la Juve contre les Anglais d'Aston Villa. – Sans oublier la tournée Dee Dee's-Dr Fox entre Colmar et le Lux en passant par Montbéliard, Dole, Dijon et Lons le Saunier.

Celui qui écrit ces lignes et tous ceux qu'il a été depuis son enfance n'ont jamais eu la moindre idée de ce qu'était l'ennui, cette neurasthénie issue du sentiment que rien ne se passe ni se passera, cette hypnose douloureuse de se sentir seul avec soi même et de n'avoir rien à se dire.

De la colère, de la frustration, de la discorde, du ressentiment mais pas d'ennui, de la fraternité, au contraire, grâce aux amis de la rue Gama, de la fac de Lettres, de la rue Pasteur ou de l'Escale.

Ville de Province éloignée de Paris dans les Marches de l'Est, Besançon était (est encore ?) la capitale d’une "Franch'County" qui grâce aux flux migratoires de l'après-guerre, à son université et au Centre de linguistique appliquée, un référence internationale, regorgeait de citoyens du monde, comme en témoigne la présence musicale de Pach Diawara (Pach and the Devils), un des seuls punk rocker reggae noir à notre connaissance, les premiers groupes de raï, des formations antillaises outre que le Ness, l'Anglais de On Edge, une des valeurs sûres du pub rock de cette époque.

Citoyens du monde, université, une scène musicale débordante de vitalité, mais également l'amour du foot, car foot et rock (Rod Stewart, Elton John, Celentano), foot et reggae (Bob Marley) faisaient souvent bon ménage, y compris parmi les hooligans britanniques qui deux ans plus tard allaient endeuiller le Heysel lors de la finale de coupe d'Europe à Bruxelles (Juve-Liverpool, des centaines de morts et de blessés).

L'idée vient d'un peu tout le monde. Platini est le meilleur joueur du monde avec Maradona, il illumine le jeu de son omniscience et de sa vision du jeu, or Turin ça n’est pas si loin que ça de la rue Pasteur. – Mario, tu ne pourrais pas nous trouver des places, il y a Juve-Aston Villa en demi-finale de la Coupe d'Europe dans un mois... le 16 mai 1983 exactement ?

Il peut mais pour cela il doit contacter le mari de sa cousine Lucia, Georges Cogny, un des plus célèbres chef-cuisinier d'Italie, un Français de Bourges formé à la Rôtisserie de la Reine Pédauque à Saint-Germain en Laye.

Georges est bien placé, il reçoit Berlusconi et la fine fleur des industirels du nord de l'Italie – "Il te faut combien de places ?" – Une bonne vingtaine Georges...."

La nouvelle que nous allons voir jouer le roi Michel fait le tour de notre petit monde comme une traînée de poudre. Ont réservé : René Guibard de chez Lad et son pote Charlot ; Amor et Lazare Hakkar ; Schnaeblé et sa Lulu ; Thierry S, kiné, et Maillot, infirmier psy ; John, DRH à la Caisse d'Épargne, Trinit' et Bottom, les stars du rock ex punk, Jean Michel Martinella, prof de lettres et fan du père Ubu, ainsi que quelques autres.

Se forme une caravane de cinq ou six voitures ; rendez-vous au rosé-croissant à 8 heures de mat' et roule ma poule jusqu'à la frontière suisse où le fait-diversier Schnaeb, futur Pottecher de France 3 Besançon, abandonne sa douce qui a oublié ses papiers !

La route est joyeuse, on se perd en chemin mais on se retrouve au Stadio Comunale avec 60 000 excités que la pluie battante ne calme pas. Formidable soirée que l'immense Michel agrémente de deux buts, 3 à 1 (Platini-Tardelli-Platini). Que du bonheur ! - Les Italiens qui tapent sur l'épaule de nos Bisontins disséminés un peu partout dans le stade. Les retrouvailles d’après-match dans la cohue, Charlot qu'on retrouve trempé et subclaquant dans le déluge (René et lui ont préparé une Thermos de blanc cass' pour ne pas manquer...).

Ah... le repas chantant dans une pizzeria déchaînée, le journal avec le reportage du match qui arrive sur nos tables une heure après le coup de sifflet final ! Des bastons près de la gare pour cause de hooligans. Le retour en ordre dispersé, John pris dans un échange de méthane entre Bottom, Trinit' et votre serviteur.

Une autre équipée marquera ces années-là : la tournée mise sur pied par Morisi et Luigi U, conscrits en licence de philo dix ans plus tôt. Situationniste et karatéka, amateur d'art contemporain et de performances, Louis est le manager des Dee Dee's, leur tonton, leur parrain.

C'est lui qui donne l'idée à Morisi de s'occuper des Fox comme il le fait avec Bottom, Blanco, Tronchet et Volta : Fini 68, continuons le combat sur la vague née en 1977 : ´No future ´ en lieu et place de ´Changeons le monde ´ !

À la sauce bisontine, les pionniers se sont affinés, ils ont appris à jouer, ils donnent dans la tierce et la quinte diminuées ; ils chantent "S'il n'en reste qu'un, nous serons celui-là" tandis que les purs et durs s'égosillent en mode garage au 37.

Je suis les conseils de Louis, je participe aux répètes des Fox au Bastion, je suis cul et chemise avec ces gais lurons que sont Michou (Rabelais gouailleur), Post (Buster Keaton cool) puis Lemmy (Bon sens tendre), Mémèd (gaffeur aux paupières lourdes), Duduche (Iznogoud on the rocks) et Trinit' (Pierre Dac, Benny Hill et calembours à tous les étages). Quand j’y pense, que serais-je devenu sans leur amitié à ce stade de mes Mariemontagnes...

Dans mon bureau me vient une idée. Je prends mon téléphone, j’use de mon statut de directeur et je décroche un concert près de Colmar. Puis à Montbé dans une salle estampillée rock ; à Dole au Centre d'action culturelle ; à Dijon je ne sais plus où, à Lons au célébrissime Café du théâtre, le fief des Infidèles de Jean Rigo, enfin au Lux pour terminer en beauté.

Louis U. me donne un fier coup de main, il est l'assurance pour les participants que la tournée c’est du solide. Nous travaillons sur le prévisionnel, nous demandons un devis à Trafic Music et nous enrôlons un autre Gilles, le sonorisateur favori des Dee Dee's.

Patrick H, qui habite chez moi, a une Mercédès vintage et une formidable collection de dvd rock, il est ok pour véhiculer du monde.

Ballersdorf ! C’est une caravane façon Blues Brothers qui débarque dans une auberge bondée transformée en maison de fous. Une pluie de rappels, des ovations, même s’il y a un hic lorsque Luigi va collecter notre cachet, le patron ayant retranché les consos, on doit du fric et on se sauve ! La suite est épique. Les nuits d’après concerts dans la veine fichument rock !

Les Fox font la première partie des Dee Dee's mais les Bisontins sont mal vus à Montbé. Quelle bordée de sifflets quand Mémèd, pas revenu de la planète Zorg, entame ‘Down to the Doctors’ avec une guitare désaccordée et pour cause, il a monté un si à la place d'un mi, forçant Tronchet à lui arracher sa gratte et à la remplacer par la sienne accordée ! Tête de Trinit' qui se bouche les oreilles et chante faux, tête de Lemmy qui est a deux doigts de débrancher son ampli et de lui mettre une rouste.

Il faudrait un docufiction pour raconter ces neuf jours de tournée : les 500 francs disparus de la caisse â Dole et le bruit que c'était Morisi le responsable, déjà accusé d'avoir détourné la moitié du sponsor bière pour les affiches...

On rigole beaucoup, on s’aime mais il y a les chicaïas autour du sonorisateur soupçonné de favoriser les Dee Dee's , sous l'influence de leur manager parisien, un dadais qui insistait pour que Bottom, le boutonneux et Blanco le castagneur adoptent le concept d’ insouciance... Mais surtout ne prennent pas l'apéro avec Trinit', leur pote d'enfance...

Les Fox lui faisaient du souci, au gandin parigot, ils jouaient de mieux en mieux et leur section rythmique (les sax de Christian Fridelance et de Salva Maugeri) apportait un plus. Les Dee Dee's en tête à Ballersdorf, Montbé et Dole, égalité à Dijon et à Lons, triomphe des Fox au Lux grâce à la claque venue de l'Escale et de Radio Sud ; Aaah, Gilles Trinita entonnant le "Preghero" (Stand by me) de Celentano : '' Io t'amo, t'amo, t'a-a-mo, o-o, quest'è'l primo segno, o-o..." Evviva, tout le monde debout !

Quel con tu as été Bouli, de ne pas croire en toi et de céder à la facilité, maudit Corse, va...

(A Suivre)

1983-84 – Le directeur de MJC laisse tomber l'éducation soi disant populaire et se lance dans le showbiz associatif - Ou les ruses dont le Morisi nomade abuse pour devenir l'écrivain qu'il rêve d'être. Par ailleurs Rock à Besac au Lux avec Feelgood, Rock à Besac avec Mario L. et Manu C., les concerts foldingues des Fox à Poligny et Dijon... et la rencontre avec M. Christian Lavenne dans la cour du CLA 37 rue Mégevand...

Non merci, M. Matock-Grabot, pour moi les MJ c'est fini, je ne veux plus travailler dans l'associatif, je n'ai pas la vocation du négociateur manipulateur, je ne serai pas le pansement sur la jambe de bois du socio-éducatif. À mon avis ce qu'il faut c'est une bonne révolution du peuple par le peuple. Matock en connaît un rayon sur les pathologies professionnelles du directeur de MJC – stress, duplicité, divorces, alcool, paranoïa. Je ne suis pas raisonnable, j'ai été sélectionné parmi des milliers, j'ai obtenu un diplôme et un poste qui vaut de l'or ; que je réfléchisse au moins, il peut me soutenir, j'ai commis des erreurs mais rien de grave. - Désolé Monsieur, répond le Morisi d'alors, je me lance dans l'organisation de spectacles : que voulez-vous, je suis un créatif pas un gestionnaire, plus anar que socio-communiste...

Celui qui écrit le comprend, j'étais devenu directeur de MJ pour apporter de l'eau au moulin du couple Mario Polo-capitaine aux yeux bleus (qui venait de réapparaître avec sa fille Eïko et son Delon...) : à présent je me sentais bridé aux entournures, j’avais besoin de temps pour écrire, pour expérimenter, pour vivre à ma manière.

L'argent ?

Pas un problème pour seize mois avec mes droits au chômage. - À condition d'anticiper, bien sûr. Je prends rendez-vous à l'ANPE, j'expose mon projet au préposé : remplir le vide qui existe à Besançon dans le secteur des spectacles jeunes, du rock, du raï, de la chanson française, du reggae, du jazz. Le tout-gris tout-fade me regarde avec de gros yeux incolores : vous étiez directeur, qualifié, bien payé l'avenir assuré et...

Le dossier que ses zigues-pâteux me prient de remplir fait cinquante pages. À mon crédit, les concerts de la MJ, l'aptitude à trouver des subsides, les connaissances en comptabilité-gestion et ce qu'on appelle un réseau, baptisé par les têtes-d’œuf "capital social".

Pendant que je change mon fusil d'épaule, le socialisme projeté tourne en eau de boudin. Mauroy, le prof du technique de la région lilloise, est remplacé début 1984 par Laurent Fabius. Le changement dit tout, on passe du prof des faubourgs poou à la resserre aux Orfèvres. Fini les réformes du programme commun i En route pour la normalisation libérale qui conduira à Rocard et à Jospin, des social-démocrates aux socio-libéraux en somme. Résultât mi 198 : des mouvements étudiants, des grèves, le chômage, la baisse du pouvoir d’achat et la colère qui monte avec le F N qui radine.

Fin 1983, c'est le temps des marches antiracistes initiées à partir des banlieues : la naissance d'un syndrome français, l'intégration possible-impossible des enfants et des petits-enfants de la décolonisation ; les blessures récurrentes de la guerre d'Algérie ; la fracture judaïsme-islam-République avec pour toile de fond l'ambiguïté de SOS Racisme, le mouvement initié par Harlem Désir (désir d'Harlem ?), un leurre satellite du PS...

À Besac, après un été dont je n'ai aucun souvenir (un tour dans nos montagnes chez ma tante en Italie ? De la planche à voile chez Christian B, au Loutelet ? Du vélo ? Un mois de fête dans la maison louée par l'ami fraternel du côté de la Belle Etoile, les fêtes du CLA d'été...?) je me mets à l'ouvrage. Morisi et le showbiz, faut voir... Ou alors une aporie, le showbiz à visage humain...

La mémoire a toujours des démêlés avec la chronologie. Ce que je sais 40 ans plus tard, c'est qu'il y a eu le baptême de l'assoce Caffier-Magnin-Ucciani-Morisi au Lux pour la venue de Feelgood. Premier pas réussi en terme d'assistance, pas au plan de l'entente cordiale, un des membres fondateurs, enfant gâté, insistant pour que l'envoyé de la SACEM ne puisse pas nous soumettre à la comptée.

Il y eut cette semaine hivernale je crois, où, grâce au secours éclairé de Manu Combi et de Mario Lontananza, les futurs Anatole, le Cylindre, la Rodia, nous mettons sur pied un mardi, mercredi, jeudi, week-end sur le principe du 5 francs par concert et une première partie pour débutants suivie d'une seconde partie pour formations confirmés ou pros. C’est décentralisé ça de passe à la cave du CLA, dans les bars pour finir au Lux avec Act (Trio new-wave de Dole), le Nawari reggae de notre grand Pach, et Litfiba, appelé à devenir une légende de la pop-rock italienne... Sacré succès, une dynamique du mardi au samedi et un banquet géant pour finir artistes et public confondus.

Je passe sur les expéditions des Fox. À Poligny à l'invitation de Promegel, et à Dijon où la performance de Michou, arrivé en bermuda-lunettes noires trente secondes après que Trinti', Mémèd et les autres ait balancé le premier morceau sans leur batteur, amuse Steve Hooker et ses Shakers, qui adoptent ces cousins rigolos et finissent par jouer avec eux.

La dynamique rock est enclenchée. La scène bisontine profite du journaliste TV Caffier et de son émission ´Jeans. De ses accointances avec les journalistes du Pays (Schnaeb) ou de l'Est (Govignaux). À France 3, il y a Michel Buzon, poète, auteur et chanteur lui même. Luigi, le philosophe situ, fait dans l'agit-prop sous-marine. Claude Condé, le futur doyen de la fac de Lettres puis président de l'Université, apporte son patronage éclairé par la bande. On parle de Besançon entre Strasbourg et Lyon, la Ville joue le jeu, il y a le Bastion, pris en exemple dans l'hexagone du rock et bientôt "Besançon ville ouverte aux Jeunes". Ca pulse, mon dossier est prêt, je le soumets au préposé.

Je vis de mes ASSEDIC depuis une dizaine de mois quand m'arrive une convocation. Je n'aime pas les convocations, ça se trouve à Saint-Claude, au pied de la nouvelle institution Saint-Jean...

Je vois tout de suite qu'il y a un loup. Le préposé, un type qui ne retient pas la lumière, m'annonce que mon projet a été étudié et que, désolé, il y a problème. En effet, les articles de journaux, les déclarations à l’URSSAF, les budgets prévisionnels prouvent que j'ai occupé mon temps à travailler (au noir) en laissant de côté ma recherche d'emploi.

Je fusille le mec du regard et je lui dis, quoi, comment ? Vous m'encouragez à remplir un dossier, au lieu de me la couler douce je remue ciel et terre, faisant bosser des musiciens, des techniciens, des roadies, des transporteurs, des éclairagistes, des sonorisateur, et lui et sa bande de planqués m'annoncent que...

Je tombe de ma chaise quand l'enfoiré me sert la suite. Il se pourrait que je doive rembourser les 10 mois d'allocations qu'on m'a alloués, ça n'est pas décidé mais ça se pourrait bien.

Ce que je dis au lugubre n'est pas à glisser dans toutes les oreilles, je débarrasse son bureau d'un coup de pied chassé et je l'envoie aux pelotes, c'est à dire chez les Grecs.

L'imminence de la suppression de mes ASSEDIC remet tout en cause. Si tout se passe aussi mal qu'il y paraissait, j'allais me retrouver sans le sou à la rentrée.

Par bonheur le tissu social, culturel, confraternel vole à mon secours. Michel Lacaille, qui a en charge l'animation culturelle du Centre linguistique appliquée, me propose de monter un programme de spectacles dans le cadre du stage international d'été, deux mois de vacation à un tarif plus qu'honnête, une bénédiction pour de sacrés moments dans la cave voutée du CLA: ombilic du peuple, ombilic du rock, ombilic du monde…

J’ai l’iniative et un budget. Je fais venir un groupe d'insolents parisiens dont la chanteuse allait faire carrière, un groupe d'acid-rock fameux en Allemagne : un été chaud comme il n'y en avait jamais eu à Besac, ville morte l'été. Avec en prime une rencontre qui changerait beaucoup de choses, celle avec le Petit Père des Peuples au CLA d’été.

Début septembre 1984, on peut dire qu'il y a une ´scène rock’ à Besac.

Sur mes feuilles volantes tachées ça donne :

« In la citta de Gynople, en un temps dont l'histoire n’a rien retenu, vivait un bateleur de ceux qui n’ont qu’un limonaire et un costume de scène…» - Un bateleur ?

(À Suivre)



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