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LES CHRONIQUES SÉXAGÉNAIRES (III)
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INTERDIT AUX MOINS DE 16 ANS Bingo, elle me fait homme et elle n’en a rien su...

Les chronologies et mes ombilics s’entortillent. Tout ce dont il va s’agir s’est déroulé fin 1971. Je dois dire que je m’y perds un demi-siècle plus tard.

Né nomade par la faute d’un père en déplacement perpétuel. Gitan à crampons louant ses dribbles et ses buts à droite à gauche (6 clubs en 6 ans) ; philosophe dilettante s’essayant aux sciences économiques et à l’ethnographie en immersion, athlète culturel fan de pop musique et de grand théâtre, de littérature américaine, russe et scandinave, il fallait me suivre ce que personne n’a jamais essayé de faire à ce moment-là.

La vérité, c’est que j’étais un sale gosse jetant sa gourme et ne voyant pas plus loin que le bout de ses lectures.

Je n’avais pas lu Les Mémoires d’un Amant lamentable écrit par Groucho Marx en 1963 et publié en français en 1984 et c’est bien dommage, car planté sur une aire d’autoroute entre Milan et l’échangeur Torino-Aosta je me souviens m’être posé des questions après qu’un carabinier m’eut pris en stop et s'était arrêté pour m'acheter un plein sachet kraft de victuailles, du salami, du pecorino, deux fruits, une bouteille d’eau gazeuse et un mini fiasco de chianti. Avant de me dire que je valais mieux que mon look de traîne-patins céleste et que je ferais mieux de penser à mon avenir en mettant les bouchées doubles à l'université et en me trouvant une super petite copine.

Lâché entre Aoste et Courmayeur, les conseils de mon carabinier (qui avait fait de l’autostop lorsque les Allemands avaient dévasté le pays avant de rentrer chez eux) me reviennent. Pour les études, ça n’était pas trop tard, j’avais l’intention de passer les Unités de Valeur qui me manquaient en septembre et d’obtenir mon DUEL (le DEUG d’alors sanctionnant les deux premières années de fac). Bon, la philosophie n’ouvrait pas beaucoup de perspectives mais on verrait plus tard, rien n’était perdu.

Du côté de la super petite copine, c'était mal parti vu que je collectionnais les vestes, les vents et les coïtus interruptus because la concierge ou le petit copain et, naturellement, les impatiences inhérentes au jeune homme généreux surpris par la nature.

Pour un gars qui projetait un voyage plein de sensualité an Népal ou au Bhoutan, c’était un handicap. Pendant que mes copains, les footballeurs, les étudiants et les étudiantes commençaient à convoler en justes noces, je manquais occasion sur occasion et ne cessais de lever le camp pour ne pas affronter la grande épreuve.

Tout se passa à mon retour de Vénétie. Par je ne sais quelle coïncidence, je retrouve Jo, à qui j’avais fait découvrir mes montagnes trois mois plus tôt, et la moitié du quatuor de Molinges dont Joëlle, que j'avais connue à Chaussin avant qu’un groupe de fâcheux ne fasse irruption dans notre chambre et nous empêchent de découvrir la Terre Promise :. — Mario, ça va ? Tu es bien bronzé, tu as l’air en forme. Tu reviens d’Italie ?

Ne restait qu’à fêter les retrouvailles avec force demis en terrasse, un tour à la Madeleine pour un couscous arrosé de Sidi Brahim et d’alcool de figue, lorsque la question se pose de trouver un endroit où passer la nuit.

Jo est instituteur dans le Jura, il a une sœur et un neveu mais ils n’habitent pas Besac. Les montagnonnes vont entrer à la fac mais elles n’ont pas la clé de leur piaule à la cité U. Les regards se tournent vers moi. La copine de Jo le pelote amoureusement, Joëlle me prend la main.

Il se trouve que je viens d’emménager dans l’appartement que loue mon ami Jean-Paul et sa future épouse. Ca se trouve près des boulevards, à quatre ou cinq kilomètres du centre. On escalade la rue du Grand Charmont, on contourne la gare Viotte, on prend la rue de Belfort, on marche, on marche en se bécotant, il fait beau, il fait doux, les étoiles nous protègent.

En fait je n’en mène pas large. Jean-Paul est un immense ami mais je crains que Josette et lui ne soient déjà installés pour l’année universitaire et que leur propriétaire, un économiste collet-monté, n’ait également emménagé dans ce F-3 de la rue Nicolas-Nicole.

Joëlle, un loukoum blond et suave, est câline et attentive. Jo moqueur, tout comme Evelyne qui n'arrête pas de rigoler. Je fais le mec sûr de lui mais je suis tendu..

La chambre que je vais occuper (rarement) fait 4 mètres de profondeur pour 3 mètres de largeur. Pour y accéder, il faut traverser le couloir qui sépare les chambres de mes colocs et la cuisine. Sur la pointe des pieds. En priant mes invités de parler bas.

L’économiste du Haut-Doubs n’est pas là. Jean-Paul et Josette sont assoupis. Par acquit de conscience, je pousse la porte et je chuchote à Josette que je ne suis pas seul et que j’héberge des amis jurassiens. Elle se retourne et me dit de ne pas faire de bruit.

Du bruit, nous en faisons un peu en installant mon matelas sur la moquette et en nous partageant les draps et les oreillers. Jo et sa douce s’installent par terre, Joëlle et moi sur le sommier qui grince modérément. Jo roule un joint que nous faisons tourner. Je file prendre deux bières dans le Frigo, je mets ma radio en sourdine, de la pop mielleuse, du blues.

Les stores empêchent la lumière orangée du parvis de la résidence de filtrer. Il fait nuit noire, à l’exception d’un rayon de lumière bleu venu d’on ne sait où.

Mon lit fait une place et demie. Joëlle s’est installée côté mur. Ma main pend à quelques centimètres de la cuisse d’Evelyne et de la tête de Jo qui s’endorment d'un coup.

Je suis heureux mais partagé, la proximité du corps de Joëlle m’excite et me terrorise. J’ose à peine bouger de peur de faire grincer le sommier. Joëlle comprend mon embarras, elle enlève son haut, passe une jambe sur mon ventre et m’embrasse dans le cou.

Punaise, les filles, vous ne savez pas ce que c’est que d’être un garçon gorgé de sève mais sans expérience. Vous êtes là, courtois, poli, aimant, respectueux de liberté de choix de la jeune femme qui frémit près de vous, et vous ignorez si vous devez lui prouver sans plus tarder l’intensité de votre désir, ou attendre au risque de laisser passer votre chance.

Joëlle est aussi émue que moi. Chacun de ses gestes est tendre, mesuré, elle me frôle plutôt qu’elle me caresse, elle avance à tâtons, ose des frôlements, des frottements, mais me laisse le temps, me tente et se retire, retarde le moment où...

Il y a la proximité de Jo et Evelyne qui bougent de temps en temps. Joëlle excite ma nuque, baise mon front, arrête sa main juste quand il le faut. Sent qu’elle me fait de l’effet, un gros effet.

Fils unique et garçon pudique je n’ai jamais joué à celui qui avait la plus grosse mais j’ai pris assez de douches après le foot pour apercevoir l’équipement de mes coéquipiers au repos. Or j’avais appris que le pénis de l’homme blanc peut tripler quand l’afflux de son sang le transforme en phallus.

Tandis que je caresse Joëlle (j’ai en tête que le corps entier d’une femme est un téton ou un clitoris quand on la met en confiance), me vient l’angoisse d’être trop petit, pas à la grosseur de ses partenaires précédents. D’après les bouquins que j’ai chipés à mes copines, le sexe érigé de l’homme blanc fait en moyenne13,5 centimètres. Celui du Congolais, le champion du monde paraît-il, 17,5 centimètres. Ce soir là , la nature congolaise de ce que je brûle de mettre au service de ma première amante me rassure. Encore allait-il falloir que je ne m’effondre pas d'un coup comme cette fois dans une pension de jeunes filles, au grand dam d'une comédienne qui espérait davantage de moi.

Je vais abréger la chronique impudique de cette heure où j’ai franchi le mur de la virilité. Ayant compris qu’elle doit me montrer le chemin, Joëlle s’installe à cheval sur moi en faisant le moins de bruit possible ; elle pose sa main en bâillon sur ma bouche. M’embrasse dans le cou, sur la bouche, sur le front. Joue avec le lobe de mon oreille. ondule autour de mon pelvis, me demande si elle peut continuer...

Tout se passera à l’étouffée de sorte que nos émois ne parviendront pas aux oreilles du monde. Lorsqu’elle l’a décidé, Joëlle ajuste son bassin et m'enfonce en elle à l’extrême ralenti. Merveilleuse sensation du doigt de dieu qu’un univers d’huile essentielle et de miel accueille et fait durcir et avale. Piano e forte, serpentins, andante puis adaggio, nos corps sont portés à l’incandescence, des larmes coulent sur nos joues ; plus de crainte, que des frissons. Nous nous sommes coulés l’un dans l’autre, confiés l'un à l'autre et ça dure hors du temps, une naissance, être homme et femme. ; l'abandon. puis la plongée, la plénitude du coma partagé en se souriant.

Bingo donc ! je suis validé mec grâce à Joëlle, qui m’avouera ne jamais être allée aussi loin avec un garçon à l'époque. Combien de fois ai-je repensé au moment où je me suis réveillé en elle. Maudissant les grognements de Jo et les gloussements d'Evelyne qui ne trouvèrent rien de mieux que nous virer de notre berceau d'amour..



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