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LES CHRONIQUES SÉXAGÉNAIRES (III)
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En attendant de devenir un homme, l’équipe de la fac, l’Ajax d’Amsterdam et le jus de raisin dans la montagne...

Ces chroniques sont bien reçues, elles suscitent des réactions et je comprends l’impatience du lectorat féminin qui appelle de ses vœux le moment où l’élève Morisi cessera de vanter son désarroi sexuel et passera aux travaux pratiques.

Eh bien ce ne sera pas pour cette livraison, et n’en déplaise aux esprits chagrin que le ballon rond laisse froid, j’en reviens à mon Ombilic de la balle, puisque c’est l’angle que j’ai choisi pour revivre ma vie avec vous.

D’octobre 1970 à juin 1974, à Besançon, il y eut Kant, Hegel, Schopenhauer, Nietzsche, Marc Aurèle, Gogol, Tourgueniev, Miller, Mailer, Faulkner, l’ethnologue branché Allan Watts, Burroughs, Leary, Emmet Grogan, les bd de Crumb et de Shelton, Hara-Kiri, Fellini bien sûr, Soldier Blue, Un homme nommé cheval, et On achève bien les chevaux...

Mais encore et toujours ce maudit ballon qui m’incitait à me mettre en tenue le mardi et le jeudi pour les entraînements en club, le dimanche pour les matchs officiels et, comme si ça ne suffisait pas, tous les mercredis avec la fac de Lettres conduite par Jean-Luc Manso, un futur cadre de la Ligue, Roger Borey, Joël Limongelli, Patrick Rémy, gaillards avec qui nous formions une équipe redoutable qui à l’exception de l’équipe de droit pulvérisait tous ces adversaires et n’engendrait pas la mélancolie !

Comme ce jour où transis par la bise nous filons boire une paire de vins chauds en face sous les applaudissements des clients et des joueurs de PMU. Avant de filer en ville pour englourir une montagne de moules frites et de vin du Jura. En chantant à tue-tête, cela va de soi.

Nous avions vraiment une belle équipe au point que sept d’entre nous allaient être choisis pour représenter l'Université en coupe nationale. Parmi nous Roland Coquard, superbe attaquant de Baume-les-Dames qui chaque année faisait des misères aux pros en coupe de France et deviendrait international universitaire et président de la Ligue. Lui en faux 9, Guillaume en 8 et moi en 10, on peut dire qu'on se régalait. Quel bonheur, entre joueurs intelligents et doués, de ne pas avoir d’entraîneur qui vous aboie dans le dos !..

Le moins que l’on puisse dire c’est que le mélange des genres ne me gênait pas. Devenu metteur en scène suppléant du Goûter des généraux de Vian pour la fête de fin d’année de Sant-Jean, je quittai un soir Vernon Dudaïev, le mythique comédien de la compagnie de Sacha Pitoëff et filai m’entraîner à Léo-Lagrange, me douchai, sautai dans un bus et me rendis au temple désaffecté voisin de Goudimel pour assister à une répétition des frères Fridelance, les pionniers du free-jazz en ville. Un autre soir, j'allais voir un concert d'Introversion, la réponse bisontine à Ange, qui montait, montait et deviendrait légendaire.

Le lundi matin, s’installa un rite. Sorti de la leçon de Françoise P. Lévy, je faisais une pause au bar de l’U où m’attendait Chouchou, sa mèche rebelle sur le front, ses yeux bleu faïence, sa molaire argentée, qui tournait à l’héro mais adorait le football, ce qui l’avait amené à me voir jouer avec le RCFC. Flatté mais un peu tendu, je passais ces matinées à lui parler de notre match de la veille, avant que nous feuilletions l’Équipe en faisant des pronostics sur les matchs à venir des Verts, de l’OM ou du FC Sochaux,

Ce n’est pas parce que je participais à des débats sur l’antipsychiatrie, le pacifisme, le maoïsme tout en cherchant une main secourable pour faire de moi un homme que je ne suivais pas l’actualité du foot international. Tifoso acharné de tout ce qui portait une casaque azur, j’avais adoré les années 60 où mon Milan et l’Inter avaient dominé le monde. Et où la Squadra était devenue championne d'Europe. Période qui s'acheva en 1969 par un triomphe 4 à 1 contre les insolents hollandais de l’Ajax Amsterdam, qui allaient se venger en inventant un football dit total qui voulait expédier aux oubliettes le Verrou Suisse peaufiné par les Transalpins sous le nom de 'catenaccio'.. Résultat de l'opération, l’Inter et la Juve succombent en finale contre Cruyff et ses oranges mécaniques qui en passant éliminent l’Olympique de Marseille de mon futur ami Jules Zvunka.

Allait commencer une longue traversée du désert pour le football latin, dépassé par la verve offensive et athlétique des Néerlandais (Ajax, Feyenoord, PSV Eindhoven) ; des Allemands du Bayern ou du Borussia Mönchengladbach, enfin des Anglais de Nottingham Forest et d’Aston Villa, qui rejoignirent Liverpool et United au rang de mes ennemis intimes.

A propos d’intimité, je passe mon unité de valeur (UV !) en sociologie urbaine et je fais l’impasse de septembre pour le reste.

Parti en vadrouille dans le Jura Bressan, je me lie d’amitié avec Gillou et Francine, Didier et Marie-Rose et me rapproche du quatuor de Molinges, près de Saint-Claude, dont je vous ai entretenu précédemment.

Pour mieux m’en approcher je m’en éloigne : je pars en stop, j’empile des cagettes dans les Basses-Alpes de Haute-Provence et je file en Italie où j’entraîne Jo, l’oncle de Gillou, à qui je fais découvrir le pays de mes pères, toutes sortes de jus de raisin fermenté et des bistrots perdus dans la montagne. Ah ces courses folles torse-nu le long des sentiers, quand il fallait regagner nos pénates. Ces plongeons dans l’eau glacée du torrent Nure. Ces coppa et ces parmesan parties chez les cousins !



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