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L'OMBILIC DE LA BALLE, DAILY...

LES CHRONIQUES SEXAGÉNAIRES, pour profiter du texte dans sa totalité, interagisssez dans le cadre ci-dessous... SIX NOUVELLES CHRONIQUES en date du jeudi 8 juillet 2021....


PARRIS-HOLLYWOOD, LES ESPIONNES RUSSES ET LES ROIS MAUDITS

"Et les filles direz-vous, où était-elle dans mon monde et qu’est-ce que j’en faisais entre la balle qui chante, les cours au lycée et les escapades à vélo avec les copains ? C’est vrai à la fin, bien fait, les cheveux noirs et l’œil marron, généreux et chaleureux, il paraît impossible que je ne sois pas tombé sous le charme d’une gourgandine à l’époque où apparaissaient la mini-jupe et le twist, bientôt le stérilet et la pilule...

Eh bien non, il y avait avant tout cette satanée balle que j’avais domestiquée au point d’en faire une extension de mon corps ; ma nouvelle vie de lycéen inscrit en Science Eco et le monde qu’avait ouvert devant moi un saint pédagogue, M. Girard, qui me fit découvrir la grande littérature française (La Condition humaine de Malreux), mais également les grands du patrimoine mondial : Kazantzaki (Le Christ recrucifié), Georghiu (La 25e Heure), Pasternak (Le Docteur Jivago) ; outre que mes cours d’économie politique où je me mis à mettre de l’ordre dans les notions marxistes-léninistes embrouillées que papa cuisinait à sa manière.

Je dois revenir sur mon passage du Collège de l’Arc, pré carré de la bourgeoisie doloise, au Lycée Technique dit de la Susse, installé dans une série de préfabriqués voisins de mon ancien domicile rue des Arênes ; puis aux Mesnils Pasteurs, quartier de barres qui allait devenir un nid de frelons au XXIe siècle.

« Votre fils a du bagout, avait dit le prof principal après que j’ai décroché mon brevet pour faire plaisir à mon père... et récupéré mon vélo de course. - On va l’envoyer en science-économique... Puisque vous le dites, répond ma mère : en route pour la section B qui venait d’être créée. Adieu l’École normale supérieure donc, à moi HEC, dont le nom volait dans les conseils de classe. Ou Science Po, dont je ne savais rien, étant persuadé de passer professionnel de foot avant la fac...

Je dois remercier le gros lourd de prof principal qui croyait que les sciences éco exigeaient du bagout. Car dans les pré-fas, l’ambiance était géniale, mes camarades sans façon... et la section mixte, une révolution pour les gamins de ma génération où l’on pratiquait l’apartheid genré depuis la crêche, où l’on pouvait passer la totalité de sa scolarité sans voir une seule gamine de son âge.

Attention, je vous vois venir, je ne suis pas tombé gaga d’une belle Monique, d’une Martine ou d’une Maryse. Je me demande d’ailleurs comment j’aurais pu m’y prendre. Pas de femme à la maison hormis ma mère. Des silhouettes féminines aperçues du côté du lavoir depuis la fenêtre de ma chambre : (Ah, Colette, la blonde platine aux formes généreuses, et sa cousine Françoise, belle grande brune pour qui j’avais un faible...). Pas de sortie au bal le samedi soir pour cause de matchs le lendemain. Pas de baiser volés en douce aux Bains à l’exception de celui que m’administra Fanette, une bombe à la bouche moelleuse qui faillit faire fondre l’intégralité de ma moelle épinière avant de disparaître comme par enchantement.

Le point d’orgue de mon apprentissage sensuel ? La Sainte-Anne, jour de la fête paroissiale de Sampans, mon village. Je me mis même à danser le twist, le rock et découvris le slow, qui me mettait dans tous mes états dans la mesure où la proximité des corps provoquait chez moi un réflexe physiologique de belle taille que les filles qui acceptaient de danser à moi repéraient forcément, ce qui m’incitait à les repousser de mes bras tendus et à danser comme un canad boiteux....

On ne peut pas grand-chose contre la montée de la sève. J’étais très physique, les heures passées en exercices divers et variés servaient de leurre à l'épanchement de toute une série d’hormones qu’on a du mal à canaliser à cet âge là. Solution trouvée pour ne pas perdre de vue mes rêves de San Siro et de Parc des Princes : les petits livres illustrés pour adultes et les magazines coquins, dont l’inoubliable 'Paris-Hollywood' dont l’esthétique Folie Bergères et Pin-up palliait très partiellement l’absence de contacts physiques homologués Les OSS 1107 aussi, qui montraient comment Hubert Bonisseur de la Bath réduisait la résistance des espionnes russes et chinoises qu’on semait sur son chemin pour l’empêcher de sauver le monde occidental...

Dans la foulée je ne dus pas l’essor de ma vie sexuelle intérieure à Paris Hollywood ou a Jean Bruce mais à Jean... Dutourd ! Si si, le futur Académicien, un homme de droite dont les positions conservatrices étaient connues mais qui avait eu la bonne idée d’écrire 'Les Rois Maudits' dont mon père, un féru d’histoire, avait acheté les six volumes aux tranches de couleur différente : Le Roi de fer, la Reine étranglée, les Poisons de la couronne, la Loi des âmes, Louve de France et le Lis et le Lion ! Ah, la scène où, à la lumière du bûcher où grille de Molay, le dernier des Templiers, deux sœurs se donnent à leur amant debout devant une cheminée dans la Tour de Nesle... Ah, le charme lascif de Mahaut, l’âme lige de Robert d’Artois, qui me prenait la nuit pendant mon sommeil ! Ah, la grande littérature, celle qui marie le verbe et le sexe, l’histoire avec un grand H et les secrets d’alcôve... Comme les Petites Histoires de l'Histoire de France, par exemple..

(A suivre)



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