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De Gaulle, Vietnam, Pop et fossé des générations....

"J’étais donc en première B, c’est-à-dire en sciences économiques, une section où l’on devait faire bonne figure en lettres comme en maths. Curiosité dans mon cas, l’apprentissage de la dactylographie, notre section donnant accès à tous les métiers de services plutôt qu’aux hautes études commerciales et économiques. Je me revois dans notre préfabriqué, sorti en nage d’une partie de ballon, glissant mes doigts sous un morceau de tissu et tapant des phrases en aveugle sur un clavier antédiluvien de marque Japy : une bénédiction si l’on pense que déplacer mes pensées sur le clavier AZERTYUIOP m’a permis de transmettre des dizaines de manuscrits mis en page selon les règles et de me lancer dans le monde des personal computers sans problème. La dactylo, les cours d'économie politique les bonnes leçons de M. Girard, le prof de français, les sourires échangés avec Maryse, Monique ou Françoise, les articles dans la presse régionale parlant de mes prestations sur les terrains de foot... Mais également une propension à blaguer et à organiser toutes sortes de frondes contre les profs qui en étaient restés à la période du "père-patron" et à la pyramide du pouvoir dressée du haut vers le bas. Ces derniers n’avaient pas toujours tort. Lorsque nous considérons le comportement des « jeunes de maintenant », nous devrions la pondérer par nos souvenirs. Pour ma part je ne suis pas trop fier des sévices psychologiques que nous infligions à ce pauvre M. Mekherta, le prof d’anglais : lancer une balle de tennis sur son tableau quand il avait le dos tournée, la rattraper au vol et faire comme si de rien n’était n’était pas de la plus grande finesse. Idem pour les rébellions contre le prof de math, un certain M. Voisin qui me prit en grippe parce qu’on me voyait pas mal sur le journal et qui m’appelait au tableau pour me coller des chapelets de zéros devant mes camarades, ce qui me força à lui dire qu’il pouvait m’en mettre une dizaine de plus sans que cela mette en valeur son génie pédagogique ; ce qui me valut d’être puni un dimanche où notre sélection jouait en coupe de France des mons de 17 ans. Allées et venues en Solex (ah, mon Solex et les côtes qu’il fallait franchir en pédalant plus vite que le moteur ! ), double ration d’entraînement après une blessure à un genou. Litiges avec le paternel, arrivées tardives au sacro-saint souper pour cause de Colette et de Françoise sur le muret du lavoir... les rapports père-fils se firent tendus, d’autant que la politique s’en est mêlée. Car si nous étions papa et moi pour les Vietnamiens contre les impérialiste US, pour Castro contre les Etats Unis d’Amérique, en faveur du FLN contre l’Algérie française, Staline ne faisait pas partie de mon Panthéon personnel et je me mis à contester la thèse selon laquelle l’alliance germano-soviétique avait été une ruse de Staline pour se préparer à repousser les Nazis plus tard. A cette époque, la radio télévision française était la seule source d’informations disponible ave Radio Luxembourg, Europe n°1 et Monte Carlo ; des radios situées hors du territoire national. C’est sur ces radios, en direct, que ma génération eut vent de la révolte des étudiants de Nanterre à la fin du mois de mars 1968. L’autre source d’information sur Cuba ou sur le Vietnam venait de la presse musicale qui se faisait l’écho de la révolution rock et pop, servant de porte-voix à Johnny Cash, Woody Guthrie, dans le domaine du fokk et de la pop US anti guerre au Vietnam, en compensant par l’immense Bob Dylan, Joan Baez, Ritchie Havens, marée jeune qui prendrait le pouvoir à Woodstock pour trois jours de paix, de musique et d’amour. Tout cela frémissait, bouillonnait et nous étions de plus nombreux à nous rendre compte que la génération des combattants pour la liberté (et des collabos qui l'avaient outragée) bloquaient la société plutôt qu’il n’en libérait les énergies dans le sens de l'égalité et de la fraternité. Ce fut le début d’une partition réactionnaires/révolutionnaires, conservateurs/progressistes qui déchira le tissu social renvoyant à demi mot aux déchirures de 1905 et de la séparation de l’Église et de l’État. Cœur de ce schisme générationnel, culturel et politique : l’émancipation individuelle dans le domaine du sexe, l’apparition et la défense des minorités de tout poil, engagement que les conservateurs qualifiaient de décadence au nom d’un ordre naturel qui ferait du 'pater familias', du libéralisme économique et de la famille chrétienne les piliers indépassables de la société civilisée. Dans la cour nous passions plus de temps à rigoler qu’à commenter la guerre du Vietnam ou les controverses entre les gaullistes et la gauche représentée par François Mitterrand et par l’inénarrable George Marchais, porte drapeau d’un communisme qui tomba dans le piège du futur président en acceptant de rejoindre une union de la gauche qui perdit 45% des voix à 55% contre le général, enfin élu président de la République par les urnes. Les femmes avaient à présent le droit de voter. Pas d’accepter un emploi sans demander l’autorisation à leur mari, ni d’avoir un carnet de chèques personnel. L’affrontement droite-gauche, gaullisme-socialisme, générations de la guerre et enfants du babyboom prit vite de l’ampleur et les satiristes issus de la tradition anar se mirent à souffler sur les braises. Passant par le centre ville avant de filer en Solex au lycée, en plus de 'France Foot' et de 'l’Équipe,' j’achetais 'Rock et Folk', 'Best'... et un nouveau truc que mes copains branchés d’alors m’avaIent fait découvrir : Hara Kiri, dont la seule présence dans un cartable, équivalait à un renvoi immédiat à une époque où écouter la radio, lire un journal, et s’endormir les mains sous son drap pouvait vous attirer de graves ennuis. Occupé à soigner mon genou (trois mois d’arrêt complet entre novembre 1967 et avril 1968) et à profiter des cours les plus intéressants, ceux d’économie politique, d’anglais, d’histoire-géo, je me pris de passion pour la politique internationale. C’est à l’époque que les Terminales du lycée se mirent à organiser des ateliers sur la révolution culturelle chinoise, le maoïsme et bien entendu la guerre du Vietnam qui s’éternisait depuis plus de vingt ans et dont les images terrifiantes retournaient la jeunesse occidentale contre son propre camp et creusait le fossé des générations en stigmatisant les enfant des classes dominées impatients de monter dans l’ascenseur social et de révoquer la vision du monde des maîtres capitalistes du monde... En avril 1968, même au Lycée technique de Dole, tout était en place pour un épisode qui allait marquer le temps à venir et pas seulement dans l'hexagone... (A Suivre)



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