Trouver des images de Tombs (PERSONAE, NYC, BIOBOOK) a été un jeu d’enfants. Filé par trois départements de police, Max Coren, notre détective, et une agence de renseignement, objet de la curiosité des médias branchés, l’Iguane était l’objet d’une surveillance qui nous a permis d’entrer en possession de comptes rendus d’écoute et de datas vidéo. Mais revoilà l’Ours brun et or de Chaliapine Oligark, le logo de Bbk, les mentions légales et un trombinoscope déroulant...

Du 488, Driggs Avenue (SETTING, NYC, SERPICO) au parking réservé aux camions de Columbia Street, au sud de Red Hook, il faut compter un bon bout de temps que l’on emprunte l’XPressway ou les avenues qui traversent Brooklyn du Queens en direction l’Océan...

 

Les Séries Télé 2.0 exagèrent à peine, c’est grâce aux 3.000 caméras de surveillance installées à Manhattan et aux dizaines de milliers d’autres - publiques et privées - implantées à Brooklyn, dans le Queens, le Bronx, Staten Island et dans les localités dépendant de l’Etat de New York que nous avons déniché le moment où The Boass sort la tête de sous une bâche dans un entrepôt d’autocars en panne et fouille dans la poche de son Perfecto pour s’assurer que personne ne lui a tiré ses papiers et son fric. Détail technique pour ceux qui ne disposent pas d’une version multimédia, la caméra objective nous révèle la présence de Max Coren, le détective que j’ai enrôlé sur mes propres deniers pour parer aux faits et gestes de Tim.

Le long virage que fait Colombia Avenue à proximité des parkings réservés aux autobus et aux camions est délimité, à droite, par des bassins de radoubs et des quais déserts. L’ambiance est disons, inquiétante à la lumière du jour, effrayante la nuit. Le Timecode du plan fixe indique : 'Crosswalk, Ocean Side' et dit  qu’il est 7:45 du matin,

Quelque chose cloche chez celui qui fut un porte-drapeau du rock Indie en son temps, ça se voit à ce bras droit qui pend raide à son côté et au tremblement de ses genoux. Le calvaire d’une hépatite C, peut-être ou bien le Sida à force de s’envoyer tout ce qui bouge, hommes, femmes et disait-on animaux...

La vérité, je crois la connaître comme je connais l’échalas à la queue de cheval : rouflaquettes frisées, jambes interminables et Church rouges, puisque c’est lui qui m’a dépucelée quand j’étais gamine, qui m’a envoyé deux fois à l’hôpital, qui a vidé deux de mes assurances-vie et a baisé copines et pas mal de mes copains... Une relation mouvementée, que la nôtre : j’avais payé les Trinitarios pour lui casser la figure. Témoigné contre lui dans une affaire de mœurs ; et je m’étais arrangé pour qu’une vente de biens sur laquelle il comptait pour monter sa radio-web soit annulée par le juge. Pour faire court on était un couple moderne : il était là pour moi, j’aurais donné ma vie pour lui au cas où. L’amour vache est le meilleur, le seul qui dure, finalement.

La vérité, c’est que Tim n’était plus celui qu’il avait été. Athlète de l’extrême depuis son adolescence, il approchait des limites au-delà desquelles le ticket n’est plus valable. Ce qui ne l’empêchait pas de vivre dangereusement depuis qu’il fréquentait un producteur de rap russe du nom de Serguei Roublov...

Ce matin-là, le ciel est d’un bleu glacial. Voûté, le chignon terne et les rouflaquettes enfoncés dans le col de son cuir, Tim retape la bâche qui couvre le hors-bord où il a passé une partie de la nuit et lance ses jambes vers l’ouest. En fond sonore, l’intro lancinante de 'I’m waiting for my man', vous savez, le morceau du Velvet avec le riff de piano façon casserole ?

Lorsque le télé-objectif s’éloigne et qu’on voit Tim de trois-quarts arrière (cliquer sur tableau de bord pour la mise au point ou un autre cadrage), on aperçoit Max Coren, sa gueule vérolée, ses yeux d’un vert presque jaune, et à droite. Quand Tim le voit apparaître entre Columbia Avenue et le parking réservé aux autobus et aux camions, il glisse sa main sous son aisselle :

Coren : « Fais pas le con Tim, je suis là pour ton bien. Lana et moi on pense que tu déconnes. »

Tim est en nage, il claudique jusqu’au hangar le plus proche et il appuie son dos contre un carton publicitaire

« Je sais, Tim, tu as des dettes et le Russe te tient. Alors écoute moi bien, c’est Lana qui m’envoie. Tu n’as pas la tête à ça, mais il te faut le fric des Français. Or le connard de prof a compris qu’on lui faisait les poches. Il a décidé... »

Gros plan à la Sergio Leona sur les paupières de Tombs qui se laisse glisser et réprime une nausée.

« Tim, ça fait mal au ventre de te voir dans cet état. Tu dois réagir avant que ton client fasse déterrer sa tante et l’expédie en Italie en avion. Dépense que La Sec évalue à 5000 dollars, somme qui ne tombera pas dans votre poche. »

Tombs attrape sa queue de cheval et tire dessus, sa main est si maigre qu’on dirait des griffes.

« Il y a pire. Il veut organiser un mémorial en hommage aux émigrantes, il y tient dur comme fer, il a demandé à L»ana se elle pouvait envoyer quelqu’un pour couvrir son oraison funèbre.

Pas un muscle du visage de Tombs ne bouge, comme s’il n’était pas là. Max sort son Samsung, compose le numéro de Lana et le tend à Tim qui ne desserre pas les dents.

« Tim, ici Sektor. Ca va trop loin, maintenant si tu en as assez de Biobook, revends moi tes parts... Je sais que tu n’aimes pas ce projet, et que tu as besoin de fric. Sois raisonnable, bordel, je ne peux rien décider sans toi. »

Rien ne sort de la bouche de Tombs...

« J’ai mené mon enquête, Tim, le prof et son frère viennent d’hériter de leurs parents. Dans un an et demi le prof touche sa retraite, dans les 4000 dollars par mois, Sans compter les copyrights de ses méthodes de langue et des droits d’auteur à droite à gauche. Si on lui enfonce l’hameçon tout au fond de la gorge, on peut le sucer jusqu’à la moelle… »

On voit Tombs lutter pour ne pas s’endormir.

« Wake up, bon sang ! Si tu t’éloigne quelques nuits de Little Odissey, Ma’ Jones peut bien se transformer en poule aux œufs d’or ! Pour ça laisses tomber la roulette et les parties de bêtes à deux dos avec tes putes russes ! »

Max arrive à temps pour que Tim ne perde pas conscience. Un aller et retour et il se redresse les poings faits.

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