Achevez Cendrillon

Ed.Vauvenargues, 2003

Olivia Le Fanu est devenue la baronne Laude-Bugatti puis rapidement la riche veuve du Baron. Elle passe l’essentiel de son temps en compagnie de son cancer dans un château relooké par des internautes et autres spécialistes de l’image et de son contrôle, collectionne les comportements dépressifs et névrotiques : alcoolisme, ennui, oisiveté, hyper-médicamentation, nymphomanie de principe, abstinence sexuelle avec fantasmes (...) C’est probablement son cadavre que l’on retrouve dans une grande forêt sombre et profonde. Les comptes de fées promettent des destins tragiques. Cendrillon aura fait sept testaments avant de mourir. (...) Mais au fait, le Prince Charmant ? On croit deux ou trois fois l’apercevoir dans cette histoire mais c’est chaque fois un méchant loup venu à son tour embrouiller la légende.

 

INCIPIT

CHAPITRE PREMIER

"La morte courait encore. Les renards et les belettes avaient beau nettoyer chacun de ses fémurs, lacérer les tendons de ses articulations, les gens de la Vallée étaient persuadés qu'Olivia Le Fanu, la baronne de Laude-Bugatti, était à Bali avec le magot. 
Le magot, c'était l'argent du baron Laude-Bugatti auquel il fallait ajouter le Trésor de l'affaire Transurbex, imbroglio politico-économique qui avait causé la mise en examen de treize personnes dont un ministre de la République et quelques magnats du B.T.P. européen. 
Alors cette histoire de cadavre décomposé retrouvé dans une tourbière était par trop commode. On ne la leur faisait pas, aux habitants du plateau et de la vallée.
La contre-enquête qui nous a permis de reconstituer les événements n'a pas été de tout repos. C'est une chose que de raconter un matricide en Haute-Saône, de se délecter d'un drame de la jalousie en Albi ; c'en est une autre d'évoquer un scandale qui a impliqué l'État français et une partie du Gotha européen du Bâtiment et des Travaux-Publics. Le plateau et la vallée, c'était en France et vous n'en saurez guère plus. Disons qu'ils étaient éloignés de la mer et largement envahis par la forêt, une des plus vastes de France. Pour plus de commodité, imaginons la forêt de Chaux ou la Sologne. 
Au seuil de cette forêt, au pied de ces plateaux, une auberge à l'ancienne tenue par un vieux Flamand et sa maîtresse, une auberge où l'on ne se bousculait plus : une grande pièce désuète dotée d'un bar, deux escaliers vermoulus menant à l'étage et un petit parc et des dépendances laissant supposer que l'auberge a été un relais. C'est là et maintenant que l'histoire commence. Car on ne la leur faisait pas, aux habitant de la Vallée et du Plateau.(...)"