« Kerguelen, peintre soldat » est le cinquième opus de Mario Absentès, un avatar de Mario Morisi, le cofondateur de l’Ecole de Sampans. Dans la lignée du grand dadais psychotique et matricide de « Mort à la Mère » (2000), de l’ex Casanova des balluches de « J’aurai ta peau, Saxo » (2001), de la naïve assassinée d’ « Achevez Cendrillon » (2002) ; ou encore de Samiah, une madone berbère en rupture de ban (« Castor Paradiso », 2005 ), le « peintre soldat » de Port-en-Bessin est un colosse absurde dont l’irruption et le projet provoquent mille désordres dans un port de pêche du Calvados.

© Bozon pour AFP et Getty images
MONUMENTAL, BOITEUX ET IVRE, chien de guerre revenu de toutes les délires, Kerguelen est obsédé par une figure féminine et par le tableau, un chef-d’oeuvre, dont il veut accoucher contre tous les pronostics. Harcelé par un nuage de personnages foutraques qui s’interposent entre lui et son rêve : une femme à tout-faire membre d’une secte vouée à Marie Madeleine ; un ex-trader en hydrocarbures, amateur d’art et irlandais ; le patron d’une bodega et sa bande de joyeux drilles ; un homonyme du Dr. Gachet, et un coach féminin que son mentor, l’énigmatique M. Singh, paie pour le remettre sur pied. Avec comme bruit de fond la rumeur d’un attentat.

 

Composé en six parties depuis le retour au bercail de Kerguelen, alias Chéri-Bibi ou Double-Mètre, ce court roman s’adresse à plusieurs publics...

— Les lecteurs qui ont adoré les Absentès précédents (Collection Faits-Divers, Vauvenargues/Gérard de Villiers, épuisés en quelques semaines) ;
— Les amateurs d’art, qui considèreront avec étonnement les enthousiasmes chromatiques d’un novice parti pour exorciser une figure féminine disparue ;
— Les fans de littérature populaire et pittoresque, avec des ambiances dignes d’ « Un Singe en Hiver » ou du « Beaujolais nouveau est arrivé » ;
— Et les mordus de littérature déjantée, car la poésie en roue libre d’un vieil homme qui déborde des cadres sème toujours le chaos et mord sur le réel...

Tout au fond, une série de questionnements :
— Le passé du héros ne va-t-il pas rendre vaine sa quête et le rattraper ?
— Henri va-t-il pouvoir achever sa toile ?
— Quelle fin vont-ils faire lui et elle ? 
— Enfin, quelle valeur accorder à un œuvre unique mais bouleversante ? 

Roman de la folie intérieure, fantaisie grinçante mettant au supplice un monstre épris de beauté, « Kerguelen, peintre soldat », le énième héros foutraque de Mario Absentès, nous invite à partager une rédemption, un accouchement et une agonie ; mais ne nous donne aucune indication sur ce qu’il faut penser du gisant et de son unique et fatale production. Pantalonnade macabre ou triomphe a posteriori sur la mort, ce sera au lecteur de décider... 
« Je rêve d’écrire un de ces romans idiots dont les Anglais ont le secret », écrivit Henry Miller, l’auteur des Tropiques... 
Il se pourrait bien qu’Absentès y soit parvenu... 
Cela dit, à idiot, idiot et demi !

Vous trouverez ci-dessous la critique signé Jean Pierre Tenoux, de l'Est Républicain

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